vendredi, 09 février 2007

Déboires d’un voyageur

Il y a probablement une quinzaine d’années environ, repartant des Etats-Unis vers le Mexique à la fin d’un congrès scientifique, le personnel au sol de la compagnie aérienne que j’utilisais pour ce voyage a oublié de retirer de mon passeport ce petit morceau de formulaire vert que l’on remplit à l’entrée quand on a le droit d’entrer sans visa, et sur lequel vous jurez bien fort que vous n’apportez ni plante toxique ni arme, que vous n’avez jamais été condamné pour terrorisme, et qu’il n’entre pas vraiment dans vos intentions d’assassiner le président des Etats-Unis. Le morceau qui reste dans le passeport, généralement agrafé, et qu’on doit retirer, c’est la garantie que vous ne vous êtes pas transformé en immigrant clandestin. Si on ne le retire pas, l’ordinateur ne sait pas que vous êtes sorti… et patatras, vous êtes bon pour la galère chaque fois que vous revenez aux Etats-Unis. Je suis un heureux voyageur dans ce cas. Venant de Paris à Washington, il me faut compter 10 à 15 minutes de plus qu’un voyageur « normal » pour passer les formalités d’entrée. Venant d’Amérique latine, c’est une autre histoire. Dimanche dernier, je suis entré par Houston venant de Cali, en Colombie. Presque tous les vols d’Amérique du Sud arrivent à Miami. Là, j’ai déjà donné : je dois passer au minimum 3 heures dans les locaux de la police aux frontières, débordée par les arrivées de latinos qui ne sont pas 100% en règle. A Houston, je n’ai passé qu’une heure 20, à la fin de laquelle un officier très souriant m’a dit : « mon pauvre monsieur, cela doit vous arriver souvent… ». C’est vrai, cela m’arrive à chaque fois. On m’a déjà expliqué que lorsqu’une erreur se produit, comme celle qui me concerne, « il est impossible de l’effacer de l’ordinateur ». Extraordinaire, non ? Je croyais que les américains étaient les champions du monde de l’électronique. Moi quand je me trompe, je tape sur la commande effacer, et ça marche. La police américaine aux frontières a sans doute des ordinateurs d’un autre âge, qui n’ont pas cette commande. En attendant qu’on les équipe correctement, et mes fonctions m’obligeant à aller régulièrement à Washington, je rêve à cette proposition du sommet de l’union africaine : donner un passeport diplomatique aux chercheurs pour faciliter leur circulation. Cela ne marchera jamais: les chercheurs sont des gens dangereux, c'est bien connu. N’est-ce pas, monsieur Bové ?