mercredi, 24 janvier 2007

Le défi du XXIème siècle : l’eau seulement ?

Notre quotidien préféré consacre une page au problème de la gestion de l’eau au 21ème siècle, sous le titre « Le défi ». Puisque la mode et l’époque est aux sondages, je me demande si l’eau qui vient à manquer sur les rives est et sud de la Méditerranée, comme dans bien d’autres régions arides du globe, c’est un sujet susceptible d’intéresser beaucoup, sinon de mobiliser les lecteurs du Midi Libre. Dans notre région, nous consommons jusqu’à 200 litres par habitant par jour (plus que partout ailleurs en France à l’exception de la région PACA). L’usage de l’eau domestique n’est visiblement un souci pour personne. Bien sûr, pour nos agriculteurs, nous savons depuis quelques années que les choses ne sont pas aussi roses. Mais globalement, qui se soucie de l’eau en France ou ailleurs (loin du coeur...) ? Très peu, trop peu de gens. Il y a donc un énorme travail de communication et d’éducation à faire.

Mais mon propos est autour « du » ou « des défis de notre siècle. Entre parenthèses, je n’entends pas beaucoup les candidats à la présidentielle parler de ces défis, et l’absence de Nicolas Hulot du paysage ne va pas arranger ça. L’eau, c’est une ressource essentielle, qui diminue dramatiquement, mais ce n’est pas la seule. On nous parle un peu des énergies fossiles. 30 ans ou 50 ans de réserves, c’est rien, c’est demain, et cela devrait nous angoisser au moins autant que de manquer d’eau. L’attitude dominante, c’est de faire l’autruche, style « c’est pas encore pour demain » ou « en France on a des idées ».

Mais il y a plus grave encore, et là, franchement, tout le monde s’en fiche comme de sa première sucette, c’est le problème de l’alimentation mondiale. Dans 40 ans - c’est encore et toujours demain - il faudra avoir doublé les productions agricoles mondiales pour répondre aux besoins de la population d’alors. Pas chez nous. Produire plus chez nous, Francis, ne sert à rien puisque ceux qui vont crever de faim demain n’auront pas les moyens de nous acheter ce que nous produirons à prix d’or, puisque sans subventions européennes ou françaises. Il faut que l’Afrique, pour prendre l’exemple qui va le plus nous affecter demain, produise chez elle ce dont elle aura besoin. Au train où vont les choses, avec moins d’eau, moins d’énergie, une surface cultivable par habitant qui diminue comme peau de chagrin, des sols de moins en moins fertiles, le changement climatique, les maladies qui émergent, qui resurgissent, qui s’amplifient, et tous les cons qui se battent pour empêcher les recherches d’avancer, on ne voit vraiment pas comment on pourra éviter une catastrophe d’une ampleur sans précédent. C’est ça le GRAND DEFI du XXIème siècle.

Lisez ou relisez (ce que je vais faire) la petite histoire de l’avenir de Jacques Attali, et posez-vous la question du « comment ? ». Comment va-t-on pouvoir faire, avec quel type de gouvernements et d’hommes politiques, avec quel type de citoyens et d’organisations citoyennes va-t-on pouvoir faire bouger notre monde vers un monde plus conscient et donc plus solidaire ?

Notre mode de vie n’est pas durable. Ceux qui en profitent aujourd’hui - vous, moi, tout le monde autour de nous - ruinent et condamnent la terre de leur enfants.

mercredi, 27 septembre 2006

Il est où, notre Bill Gates ?

Il y a exactement deux semaines, précisément le 12 septembre, deux des plus grandes fondations américaines, la Fondation Rockefeller et la Fondation Bill Gates, ont lancé un nouveau programme en partenariat pour aider l’Afrique à faire sa révolution agricole. En mettant immédiatement 150 millions sur la table. Je reviendrai sur ce programme dans des notes futures, notamment parce que le centre international de recherche que j’ai l’honneur de présider est l’un des partenaires de ce programme. Vous pouvez lire une note sur ce lancement sur le site de la Fondation Gates.

Ce sur quoi je veux mettre l’accent aujourd’hui, c’est sur la générosité de l’Amérique. Je n’entends que critiques des américains autour de moi. C’est vrai qu’il y a beaucoup à critiquer, et je ne m’en prive pas moi-même quand il s’agit d’évoquer leur président et la politique étrangère ou économique américaine. Mais l’Amérique ne se résume pas à cela. Merci à Jean-Louis pour son commentaire sur ma note précédente et les références à deux interventions dans la rubrique « Rebonds » de Libération. Je partage totalement la fureur de Philippe Manière, directeur de l’institut Montaigne, quant à l’opinion exprimée par le président du comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde. Comment peut-on déplorer que deux milliardaires dépensent leur argent pour aider l’Afrique ? C’est indécent.

Il y a des milliers de fondations aux Etats-Unis, et la solidarité et l’entraide y sont développées comme nulle part ailleurs, et surtout infiniment plus que chez nous. Où est-il, notre Bill Gates, ce grand chef d’entreprise français qui après avoir réussi se déciderait à se lancer dans un grand et vrai mécénat solidaire – pas une Fondation finançant des recherches qui ne servent que les intérêts de sa ou des ses propres entreprises (ce qui n’est pas du tout le cas pour Gates ou Buffett, n’en déplaise à Mr. Millet) ? Pourquoi n’y a-t-il que des américains pour faire un truc comme les Buffett et Gates aujourd’hui, pour ne citer que deux des plus grands dans une longue série ?

Liberté, égalité, fraternité. C’est beau comme un idéal.

Quand j’aurai le temps, je répondrai à Philippe Manière sur « sa » phrase scandaleuse : « si les organismes publics d’aide au développement étaient parfaitement efficaces, ça se saurait ». Le plus efficace des organismes ne peut pas grand chose si les politiques locales rament à contre-courant. La question, ici, est trop complexe pour être évacuée d'une "bonne phrase".