jeudi, 28 septembre 2006

Il nous faut un Nicolas Hulot !

Chaque cause a besoin d'un champion. Les enfants accourent dans les écoles de football ou de tennis chaque fois que nos sportifs font des exploits, abondamment retransmis à la télévision. La cause de l'environnement a fait un grand pas dans la tête des français depuis quelques années, et Nicolas Hulot n'y est pas étranger. Mieux vaut une jolie émission télévisée sur l'île des Galapagos qu'un long discours de scientifique devant un parterre d'académiciens. Chirac prend maintenant ses décisions en allant au cinéma!

Je crois que ce que fait - bien et efficacement - Nicolas Hulot pour l'environnement, un clone de Nicolas Hulot pourrait le faire pour le développement. Et notamment pour toutes les actions de recherche et développement en faveur des pauvres du Sud dont on peut entendre parler en interrogeant nos scientifiques de l'IRD et du Cirad. Ce que personne ne fait. Ils ont des milliers d'histoires à raconter, beaucoup d'entre elles très "télégéniques" et ce sont des histoires d'hommes, de femmes, de nature, passionnantes.

Comment trouve-t-on un clone de Nicolas Hulot? Comment trouve-t-on un champion?

mercredi, 20 septembre 2006

Qu’est ce que José Bové et Georges Bush ont en commun ?

Georges Bush et José Bové ont quelque chose en commun. L’arrogance. Ils savent tous les deux ce qui est le mieux pour le paysan africain. Le premier dit : les OGM vont vous aider à en terminer avec la faim et la malnutrition, achetez-les chez nous. Le dernier dit : c’est tout le contraire, vous serez encore plus dépendants qu’avant, et de plus les OGM polluent.

Vous connaissez déjà mon point de vue. Ils n’ont pas seulement l’arrogance en commun. Ils ont tort tous les deux. Il appartient aux africains de décider, seuls, de ce qui est bon ou non pour leur développement. Ni José Bové, et encore moins Mr. Bush, n’ont la moindre idée des besoins des africains.

Dans le domaine des biotechnologies, la fondation africaine pour les technologies agricoles (AATF étant son sigle anglais) a lancé la semaine passée à Nairobi un forum qui se traduira par un débat public chaque dernier jeudi du mois où politiques, décideurs, chercheurs et public pourront discuter des grandes questions relatives à l’utilisation de toutes les biotechnologies pour l’amélioration quantitative et qualitative des productions agricoles, végétales et animales.

La note d’information, relayée par le réseau SciDev.Net Explique le choix de Nairobi pour un tel forum. La capitale kenyane est la ville d’Afrique qui concentre le plus grand nombre d’universités et d’instituts de recherche nationaux et internationaux.

lundi, 11 septembre 2006

Messages venus d’Afrique (2)

Le forum en cours pour préparer le Sommet Africain sur la Recherche qui aura lieu en janvier 2007 (voir ma note du 7 septembre) continue d’accoucher de quelques messages qui interpellent.

Worku Yifru intervient sur la question des connaissances nécessaires au développement africain. Son idée, c’est grosso modo que l’Afrique doit progresser à partir de racines africaines et pas de racines importées. En d’autres termes, il revient sur les milliards déjà dépensés en Afrique pour faire venir des experts extérieurs avec leurs connaissances et recettes miraculeuses pour conclure que si l’Afrique en est là où elle est aujourd’hui, c’est parce que l'essentiel de cette expertise extérieure n’est pas pertinente quand il s’agit de problèmes africains.

« On se demande encore pourquoi toutes les connaissances qui ont conduit à une profonde transformation économique et sociale dans d’autres parties du monde semblent totalement inefficace en Afrique. La différence, c’est que cette connaissance que nous avons “acquise” au travers de l’assistance technique, les transferts de technologies, etc., était quelque chose qui était né dans le monde occidental, dans d’autres sociétés, pour répondre à leurs besoins, leurs questions, leurs problèmes […], pas aux notres.

Jusqu’à ce que arrivions au stade où nous sommes capables de definer nous-mêmes nos besoins, nos questions, nos problèmes et que nous commencions à y répondre avec nos propres méthodes de pensée et nos valeurs, ces technologies nous sont restées étrangères pour l’essentiel […] »

Le constat d’inefficacité, basé sur les évolutions comparées des économies africaines, asiatiques ou sud-américaines, a son mérite. Mais les causes principales de la disparité ne sont pas celles qui sont présentées par Worku Yifru. La critique qu’il fait à la science et aux transferts de technologies produites « dans un autre monde » s’applique aussi bien à l’Afrique qu’à l’Asie ou à l’Amérique latine. Pourquoi les africains auraient-il plus besoin d’une science propre à eux-mêmes que les chinois ? La culture chinoise est plus proche de l’occidentale que la ou les cultures africaines ? Non. Et les solutions toutes faites made in USA ou made in France ne sont pas plus optimales en Chine qu’en Afrique. La révolution verte a permis de multiplier les productions par trois d’un côté, elle n’a eu aucun impact de l’autre. Parce que les connaissances à la base n’étaient pas « africaines » ? Tenir compte de la demande et des réalités économiques et sociales n’a pas plus été fait d’un côté que de l’autre. Aujourd'hui on travaille mieux partout, de manière plus intégrative, plus participative. Le temps du ce-qui-est-bon-pour-nous-est-bon-pour-vous est heureusement terminé. La vraie différence entre Asie et Afrique, cependant, existe toujours parce qu'elle est ailleurs. Elle s’appelle appui des politiques au développement agricole. Elle s’appelle aussi appui aux organisations qui assurent l’interface entre la recherche et l’agriculteur. D’un côté cela existe depuis longtemps, c’est bien organisé. De l’autre cela a été laissé à l’abandon, et c’est seulement très récemment, sous l’égide de quelques chefs d’Etat plus éclairés, que cela a été relancé. Si la révolution verte avait été soutenue politiquement et financièrement en Afrique, dès 1960, la situation d’aujourd’hui serait peut-être un peu différente. En tous cas pour certains pays plus favorisés écologiquement parlant. On peut adresser beaucoup de critiques aux assistants techniques venus du Nord, et on ne s’est pas privé de le faire depuis les indépendances. Mais même s’ils avaient été à l’écoute des besoins spécifiques des paysans africains et su travailler avec eux sur un mode participatif rien n’aurait pu changer sans support politique et sans structures de relais capables d’organiser la distribution des semences, des engrais, des techniques, toutes choses qui ne relèvent pas de la recherche mais sont indispensables et encore aujourd’hui terriblement déficientes un peu partout en Afrique.

La critique est aisée, mais l’art est difficile.