jeudi, 30 mars 2006

L'aide au développement et la recherche

L’alarme est tirée outre-Manche parce que l’agence britannique pour le développement (DFID) vient de produire une première version d’un document de stratégie sur l’aide aux pays du Sud qui parle peu ou pas de recherche et de technologie.

David Dickson, qui signe l’article de SciDev.Net sur ce sujet soulève un certain nombre de questions.

Exemple: «Comment pourrait-on reformer le système international d’aide au développement pour qu’il produise de meilleurs résultats pour le développement ?». Et Dickson de répondre que les réformes devraient mettre en avant les bénéfices de la science et de la technologie à tous les étages du système de développement.

De la même manière, à la question «qu’est-ce qui peut conditionner le succès économique et promouvoir la croissance dans les pays pauvres ?» il faudrait répondre que le succès économique dépend de la qualité des infrastructures de recherche et de technologie.

Tout aussi important est l’encouragement donné à une approche «systèmes d’innovation » pour la croissance économique, plutôt que la vue traditionnelle qui consiste à voir la science et la technologie comme sources de croissance en elles-mêmes.

Même sur la question «que peuvent faire les donateurs pour aider à l’émergence d’états plus performants ?» il faut répondre que l’on doit faire en sorte que les gouvernements aient la possibilité de prendre leurs décisions sur la base d’une information scientifique de qualité. Les gouvernements des pays du Sud sont de plus en plus conscients de ce besoin, dans la mesure où de plus en plus souvent ils se retrouvent face à des questions complexes qui vont de la grippe aviaire aux OGM.

Il est vrai, et on ne peut l’ignorer, que science et technologie n’ont pas toujours répondu aux promesses, et cela peut, dans une certaine mesure, expliquer la frilosité actuelle des agences de développement à leur endroit. Mais les contributions potentielles de la science et de la technologie n’en restent pas moins énormes, et on ne peut pas les ignorer.

Ignorer cela, ce serait rendre un très mauvais service au nombre croissant de gouvernements des pays du Sud qui souhaitent explorer des voies de développement basées sur la connaissance. Et ce serait une terrible occasion perdue…

Après ces lignes, extraites de l’article de David Dickson, je ne peux m’empêcher de penser à ce qui se passe aujourd’hui chez nous dans ce domaine. L’Agence Française de Développement ne s’occupe pas de recherche. Le ministère des affaires étrangères presque plus. Et le ministère de la recherche considère que le développement c’est tout sauf son affaire. Il n’y a qu’une recherche : celle qui rapporte à l’hexagone, économiquement, le plus vite possible. Et on veut bien y ajouter une pincée de recherche fondamentale, pour avoir des articles scientifiques publiés dans des revues prestigieuses. Résultat ? La recherche française pour le développement, un des fleurons de notre spécificité française vis-à-vis du Sud, se retrouve comme le cul entre deux chaises. A moins d’une remise en cause de l’état de fait actuel par le gouvernement, ou par un groupe de politiques qui prendrait (enfin) conscience de l’importance qu’il y a à attaquer les maux à leurs racines, elle est condamnée à plus ou moins brève échéance.