mardi, 15 juillet 2008
Crise alimentaire : d’abord construire de bons partenariats
La semaine passée, Colin Chartres, Directeur Général de l’institut international sur la gestion de l’eau (IWMI) publiait une note sur SciDevNet pour dire, grosso modo, « attention ! Fabriquer des super-plantes ou super-cultures pour répondre aux besoins alimentaires croissants ne résoudra pas le problème essentiel : on n’aura plus d’eau ! ». Bon, chacun travaille pour sa chapelle et le budget de son institut, mais sur le fond il n’a pas tort. Sauf que d’autres pourraient dire la même chose que lui…
- sans plantes plus productives, on n’arrivera pas aux productions nécessaires,
- sans eau, ces plantes ne produiront pas ce que l’on attend d’elles,
- sans sols fertiles, même chose,
- sans résistances ou produits phytosanitaires, même chose,
- sans technologies et infrastructures de stockage, les pertes après récolte seront trop importantes,
- sans marché bien organisé et accessible, les productions seront perdues,
- etc.
Tout ceci suggère que donner à l’un, pour améliorer une composante du système – comme par exemple donner seulement à la recherche – c’est comme jeter l’argent par les fenêtres. Il faut d’abord réunir tous les acteurs et les obliger à travailler ensemble. Problème : où sont ceux qui savent faire dialoguer ensemble les politiques, les chercheurs, les agriculteurs, etc. ? Où forme-t-on ces "intégrateurs"?
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samedi, 07 juin 2008
Science et société (3): en avant le dialogue!
Les institutions de recherche et les chercheurs communiquent peu ou mal, c’est une évidence, même si les responsables de ces institutions disent le contraire. La communication est un vrai métier qui requiert une vraie formation spécialisée. On ne devient pas un bon communiquant par hasard ou parce qu’on est seulement « doué ». La communication est a été, pendant trop longtemps, négligée par les responsables des institutions de recherche. Les chercheurs ne reçoivent aucune formation ou reçoivent une formation d’une ou deux journées sur la base du volontariat, ce qui ne les prépare ni à présenter leurs recherches à un public non spécialisé ni, et encore moins, à débattre devant des caméras avec des extrémistes aguerris. Or ce sont les chercheurs, les spécialistes qu’on veut entendre, pas les professionnels de la communication.
La crise de confiance entre la société française et sa recherche contribue à écarter les jeunes des carrières scientifiques depuis de nombreuses années. Pourquoi investir tant d’années dans des études supérieures pour une carrière incertaine, mal payée, et un métier déconsidéré, dévalorisé ? J’ai trouvé un emploi dans la recherche – on est venu me chercher ! - à la fin de ma quatrième année d’université, avec encore trois ans de formation à faire avant de pouvoir être titularisé chercheur, mais trois années rémunérées, un peu comme l’est en médecine l’interne pas encore médecin. De mon BAC+4 lors de mon recrutement au début des années 1970 on est passé aujourd’hui à BAC+10 pour avoir une petite chance d’être recruté. Il faut en effet avoir fait une licence (BAC+2), un master (BAC+5) puis une thèse (BAC+8), et enfin un minimum de deux ans de post-doctorat (BAC+10) pour pouvoir postuler, parmi beaucoup d’autres, à un concours de chercheur au résultat des plus aléatoires. Il faut beaucoup de passion, d’innocence et/ou d’inconscience pour aller jusque là quand les filières techniques ou commerciales permettent d’arriver plus vite sur un marché du travail plus rémunérateur. Mon voisin maçon qui a dix ans de moins que moi roule en BMW et moi en Citroën C1. Certes je me préoccupe plus que lui de la terre que nous laisserons à nos enfants et je dépense 2,5 fois moins d’essence que lui au 100Kms (et nous polluons tous deux en proportion). Mais je n’ai réussi à convaincre aucun de mes enfants d’étudier la maçonnerie. Ni mon salaire, ni mes horaires de travail souvent loufoques, ni mes nombreux déplacements à l’étranger ne les ont davantage incité à se lancer dans une carrière de chercheur.
Nous avons néanmoins terriblement besoin de recherche pour notre développement économique. Et nous avons terriblement besoin de recherche pour le futur harmonieux de notre planète. La crise alimentaire qui est apparue dans la presse depuis deux mois est une occasion pour rappeler cette évidence, et l’illustrer par quelques exemples. Bien sûr aucun problème de société ne se résume à une question de recherche, c’est infiniment plus compliqué que cela, mais la recherche peut contribuer de façon parfois très significative à la solution du problème. C’est vrai pour bien des problèmes, comme les problèmes de l’énergie, du changement climatique, de la biodiversité, qui vont conditionner la vie de nos enfants. C’est vrai aussi pour la crise alimentaire qui est là pour durer.
Crise de confiance de la société vis-à-vis de la recherche, méconnaissance de ce que fait la recherche, de ce que peut la recherche dans l’esprit de l’homme de la rue, tout cela est la faute à pas ou peu de communication. Les chercheurs doivent parler aux non chercheurs. Et pas seulement pour les informer, mais aussi et surtout pour dialoguer avec eux. En France on n’a pas de pétrole mais on a des idées disait-on au moment du premier choc pétrolier (1973): nombre de chercheurs français ont prêché dans les années 1980-1990 pour la création d’un forum mondial de la recherche agricole (GFAR) qui baserait les recherches Nord-Sud et Sud-Sud sur un dialogue avec tous les acteurs, incluant les agriculteurs comme les bailleurs de fonds, et pas seulement sur des choix de scientifiques et/ou de leurs institutions. Ce forum s’est mis en place et a commencé à travailler selon ces grands et beaux principes de « recherche participative » dans beaucoup de pays du Sud. Mais pas chez nous. La recherche française ne dialogue pas plus aujourd’hui avec la société qu’elle le faisait 20 ans auparavant. Le GFAR a observé l’évidence : l’adoption de nouvelles variétés de riz ou de maïs par exemple, dépend étroitement de ce que les agriculteurs ont été impliqués ou non dans leur développement. Extrapolez cette recette chez nous : l’absence (ou l’insuffisance) de dialogue entre science et société conduit au rejet de la première par la seconde ou au moins à un fossé d’incompréhension. Il est toujours étonnant de voir que l’on peut demander aux autres d’appliquer chez eux des recettes qu’on est incapable d’appliquer chez nous. Participant récemment à une réunion avec le Directeur exécutif du GFAR, un représentant du GRET, une ONG française qui se dédie à la solidarité et la coopération internationale avec les pays du Sud, remarquait qu’il n’avait été invité qu’une seule fois, dans toute sa carrière, pour discuter et participer à la sélection de projets de recherche liés au développement dans ces pays. Comme une exception à la règle de non dialogue.
Nous devons changer cela. Un peu comme la fête des mères, la fête de la science cela ne doit pas être un jour ou une semaine par an puis on oublie tout. Cela doit être tous les jours. Il faut plus de dialogue.
12:05 Publié dans Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : recherche, agriculture, pays du Sud, pauvreté, développement, biodiversité
jeudi, 05 juin 2008
Pas facile d’être chercheur
Je reviens sur le dernier commentaire du seul lecteur de ce blog qui ose commenter, Patrick Yeu. D’abord pour le remercier parce que ses commentaires enrichissent l’information que j’essaie de distiller sur ce blog. Ensuite parce que certains points soulevés méritent plus ample discussion (et donc pas un autre commentaire caché dans un pile de commentaires).
Le premier, c’est la question du financement de la recherche. J’ai eu l'immense chance, travaillant dans un organisme public en un temps où 100% du financement venait d’un seul robinet, de pouvoir travailler pendant un quart de siècle sur un seul et même sujet, au point d’avoir pu l’approfondir jusqu’à un niveau jamais atteint par aucun autre laboratoire autour du monde, ce qui a eu pour première conséquence de me donner une renommée internationale ce qui n'est jamais désagréable, et ensuite et surtout de me permettre de consolider mon équipe grâce à des financements internationaux publics et privés. Certains diront que c’est ce qu’il ne faut plus parce que trop de projets, dans ce mode de financement pérenne du passé, n’avaient pas de fin, même quand ils avaient des résultats minimes ou contestables. Mais on sait aussi que la recherche fondamentale a besoin de temps et de tranquillité pour faire des avancées significatives. Aujourd’hui on entend de plus en plus les chercheurs français se plaindre de ce qu’ils doivent passer trop de temps à chercher de l’argent ou écrire des rapports pour des financiers divers au lieu de faire de la recherche. La meilleure recherche du monde, aux Etats-Unis, fonctionne selon ce modèle depuis des décennies sans pour autant que sa production ait sensiblement baissé, au contraire. Je sais qu’il y en a qui n’aime pas faire ce que font les autres, surtout si ces autres sont américains, mais force est de constater que c’est un système où la compétition est plus stimulante qu’autre chose. A l’inverse, l’absence totale de compétition dans notre vieux système de recherche permettait à certains professeurs d’université de ma connaissance de publier une fois tous les dix ans, voire moins, ce qui a de quoi choquer le contribuable, pourvu qu’il en soit informé.
Le deuxième, qui m’intéresse beaucoup, c’est celui de l’évolution de la science et du métier de scientifique, où il n’y a plus de savants mais seulement des chercheurs de plus en plus « pointus », autrement dit de plus en plus spécialisés. Je crois, contrairement à ce que dit Patrick Yeu, que si la réalité des choses était simple, les chercheurs spécialisés pourraient et l’appréhender, la comprendre, et y contribuer simplement. Le vrai problème aujourd’hui, c’est que l’on demande à la recherche de s’attaquer à des questions extrêmement complexes et qu’elle n’a pas d’intégrateurs. Chaque chercheur travaille sur une seule pièce d’un puzzle, mais la solution du problème requiert un chef d’orchestre, qui veille à ce que toutes les pièces du puzzle soient présentes, que des chercheurs travaillent sur chacune d’elles, et enfin et surtout qu’elles s’emboitent correctement pour produire le tableau final, complet, solution du problème. Reprenons l’exemple de la crise alimentaire. Elle a elle-même un grand nombre de composantes et/ou facteurs aggravant. Le remède ne peut donc être que multiple, diversifié. La recherche peut être une composante de la solution. Mais quelle recherche ? La cible principale, à mon sens (qui n’est pas partagé par tous), c’est l’agriculture familiale dans les pays du Sud. Qu’est-ce que c’est ? Je fais simple, donc je caricature quelque chose que je sais être extrêmement divers, mais c’est pour aider à comprendre. La ferme typique fait moins de 5 hectares, et l’agriculteur – souvent une femme – y cultive une dizaine de plantes différentes, par exemple du maïs, des haricots, quelques pommes de terre, du manioc, des bananiers, des ananas, quelques pieds de caféier, et quelques plantes fourragères, grandes herbes et légumineuses, ces dernières contribuant autant à l’alimentation de ses deux vaches qu’à la fertilité du sol de sa petite ferme. Est-ce qu’un généticien, spécialisé dans l’étude des gènes responsables de la tolérance à la sécheresse chez le maïs, va révolutionner ce type d’agriculture ? A l’opposé, est-ce qu’on peut accepter l’idée que ce type d’agriculture doit disparaître pour laisser la place à de grandes exploitations où l’on produirait, en monoculture, cinq à dix fois plus de grains à l’hectare. Que ferait-on alors des centaines de millions de familles rurales qui vivent de ce type d’agriculture ? L’Afrique serait totalement autosuffisante si on multipliait seulement par deux la production moyenne de ce type d’agriculture, pas par 5 ou par 10. Et on peut le faire. Mais est-ce qu’on a les variétés de maïs, de haricot, de manioc, etc. qui ont toutes les caractéristiques souhaitées par notre agriculteur et qui, dans son système, lui permettrait de doubler sa production ? Je suis catégorique : la réponse est non. On a des variétés qui peuvent le faire, mais l’exception à la règle, ce sont les variétés qui peuvent le faire et qui, en même temps, ont toutes les caractéristiques souhaitées par notre agriculteur. Parce qu’il ne sert à rien de vouloir faire produire deux fois plus si ce deux fois plus est produit par une variété qui n’a pas les qualités gustatives habituelles (maïs), demande autant ou plus de temps pour cuire (haricot) ou est plus difficile à peler (manioc). J’ai pris volontairement trois caractéristiques qui intéressent une agricultrice, mais auxquelles le généticien-sélectionneur (un homme très généralement) est peu sensible s’il ne travaille pas dans une équipe pluridisciplinaire avec un minimum d’intégration recherche-développement. Parce que c’est là le point essentiel, le niveau manquant dans la construction du puzzle (ou de la grande majorité des puzzles) : la plupart des organismes de recherche, la plupart des projets de ces organismes, sont trop spécialisés, trop ciblés, trop peu intégrateurs. Et la même chose s’applique à la formation. On forme des biologistes moléculaires là où autrefois on formait des généticiens-sélectionneurs. Le directeur du GCRAI, hier, dans une réunion à laquelle je participais, a donné l’Indonésie en exemple : un grand pays où il n’y a plus un seul sélectionneur de moins de 50 ans. Les nouvelles variétés dont l’agriculture indonésienne aura besoin dans 20 ans seront produites par qui ? Les formations d’aujourd’hui ne produisent pas de chercheurs capables d’apporter des solutions adaptées et durables – et relativement simples – pour booster les agricultures familiales. On produit toujours des producteurs de pièces de puzzle, et on commence à peine à leur enseigner qu’ils devront s’associer à d’autres pièces, mais on ne produit pas des chercheurs capables de dessiner et d'assemble le puzzle. Ce qui rejoint ce que je disais dans une note antérieure sur le discours et la pratique. On parle de plus en plus de transversalité, d’interdisciplinarité (ce qui est encore relativement nouveau dans le petit monde de la recherche agronomique), de co-construction pluri-acteurs, mais on bricole, on balbutie, on expérimente beaucoup mais encore un peu chacun dans son coin. Et une difficulté majeure reste l’écart entre l’ampleur du problème – la terre pour faire court – et l’échelle où la solution proposée doit être pertinente et optimisée – la ferme. Qui voudrait d’un pays où 50 millions d’hectares sont plantés avec la même variété ?
Il faut former un nouveau type de chercheur agronome (au sens large).
11:05 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : recherche, agriculture, pays du Sud, pauvreté, développement
jeudi, 15 mai 2008
Crise alimentaire mondiale: des gènes pour produire plus?
Selon, l'institut international de recherche sur le riz (IRRI), basé aux Philippines, la première priorité face à la crise alimentaire est de transformer les résultats de la recherche en améliorations réelles sur le terrain, c'est à dire à la ferme. L'écart observé, entre le potentiel d'une variété tel qu'observé sur la station expérimentale de l'institut, et ce que l'agriculteur moyen produit est énorme, et se doit largement à ce que cet agriculteur n'a pas accès à l'information et/ou aux technologies, pratiques agricoles qui permettent à la variété d'exprimer pleinement son potentiel. Le résultat , c'est qu'une variété qui peut produire 5 tonnes n'en donne qu'une ou deux chez l'agriculteur. Et la crise alimentaire actuelle, liée aux stocks insuffisants et à la spéculation, n'est pas prête à reculer, à moins d'une augmentation très forte des productions, ce que personne n'envisage à court terme.
Mais même si les gouvernements investissent, ce qu'ils ont commencé à faire - un peu tard - il faudra faire plus demain pour faire face à l'accroissement de la demande. Et les experts s'accordent pour dire que "faire comme avant" ne suffira pas. Autrement dit, améliorer les rendements potentiels, chaque année, d'environ 1%, par une amélioration variétale traditionnelle, ne permettra pas d'équilibrer offre et demande. Il faudra faire plus. Donc innover, prendre des risques, et surtout investir davantage dans la recherche.
Publié la semaine passée dans Nature Genetics et relayé par SciDev.Net, un article présente les résultats d'une recherche menée en Chine sur un gène qui modifie notablement le nombre de grains sur l'épi, entre autres caractères. D'une manière plus générale, et en faisant un petit retour sur l'histoire de l'agriculture et de la domestication des plantes cultivées, de très nombreuses espèces ont été "apprivoisées" par l'agriculteur qui a retenu, sélectionné dans ses champs les plantes, les épis portant le plus grand nombre de grains bien formés. Mais il est illusoire de penser que cette progression de la production s'est faite de manière linéaire, progressive. les rendements qui augmentent régulièrement, de 3% par an, c'est de l'histoire récente. Celle de la génétique et des sélectionneurs de ma génération. Entre le maïs sauvage, le téosinte et ses 6-7 grains par épi et le maïs des indiens du Mexique qui en contenait déjà plusieurs centaines, il n'y a pas eu des épis à 10, puis à 20, puis à 40 grains. Il y a eu un saut, une rupture. On est passé directement de quelques grains à beaucoup. Il n'est pas déraisonnable de penser que de telles ruptures sont encore possibles, sur un certain nombre de plantes alimentaires, même si cet avis est contesté. L'exemple de la recherche sur le riz cité plus haut tendrait plutôt à confirmer la possibilité. Il montre, au moins, que certaines équipes de recherche y croient et qu'elles sont soutenues dans leurs efforts.
Il est à espérer que les ambitions seront permises chez nous aussi. L'ordinaire ne suffit plus. Ce que le gouvernement doit soutenir, en priorité, n'est pas "ce qu'on peut faire" mais "ce qu'on pourrait faire d'extraordinaire". Et nos chercheurs ne manquent pas d'idées.
11:05 Publié dans Actualités , Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, agriculture, pays du Sud, pauvreté, développement, biodiversité
mercredi, 07 mai 2008
Crise alimentaire: aide internationale et recherche agricole
3 points à retenir :
1. Chaque euro investi dans la recherche agricole internationale produit neuf euros en aliments*, tandis que chaque euro investi dans l’aide alimentaire ne produit évidemment qu’un euro d’aliment.
2. La recherche produit des bénéfices qui perdurent année après année, tandis que l’aide alimentaire n’est un bénéfice… que jusqu’à ce qu’elle ait été consommée.
3. La recherche donne aux gens le pouvoir de produire leur propre alimentation, tandis que l’aide alimentaire les confine à la dépendance du monde extérieur.
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Ces données proviennent du Rapport sur le Développement Mondial 2008 publié par la Banque Mondiale. Elles sont établies à partir de l’analyse de quelques 700 projets. Sans cet investissement, les pays du Sud produiraient 7-8% d’aliments en moins et les prix des denrées de base seraient 20% plus élevés qu’ils ne le sont actuellement.
08:53 Publié dans Actualités , Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, agriculture, pays du Sud, pauvreté, développement
mardi, 06 mai 2008
Le CIAT fait échec au biopiratage
En 1994, Larry Proctor, un américain du Colorado, avait acheté un paquet de haricots secs sur le marché de Sonora, au nord du Mexique. Après un an de culture sur sa ferme, il avait affirmé avoir développé une nouvelle variété de haricot sec avec une couleur jaune toute particulière. Il a appelé sa variété « Enola » (le prénom de sa femme) puis il a déposé et obtenu un brevet qui revendiquait des droits sur tous les haricots secs de couleur jaune. Ce brevet rendait illégal tout achat, vente ou utilisation des haricots jaunes. Proctor en avait le monopole. Selon le gouvernement mexicain, ce brevet a provoqué une diminution très sensible des exportations de haricots mexicains vers les Etats-Unis. Le gouvernement mexicain, avec la FAO, ont alors attaqué le brevet.

A gauche : Enola ; à droite : la variété traditionnelle mexicaine
Il fallait pouvoir faire la démonstration que la nouveauté revendiquée par Proctor n’en était pas une. Autrement dit qu’il n’y avait pas eu d’amélioration variétale, mais seulement usage d’une ressource qui existait au Mexique depuis des milliers d’années. C’est là que le Centre International d’Agriculture Tropicale (CIAT) est entré en lice. Ce centre a la responsabilité de conserver et d’étudier les ressources génétiques des haricots depuis sa création en 1967. Sa collection contient quelque 35.000 variétés*. Six d’entre elles, de couleur jaune, originaires du Mexique et d’Amérique centrale ont été envoyées au Bureau des Brevets américain comme preuve de l’absence de nouveauté dans la variété Enola. Après un très long procès, le Tribunal Fédéral des Etats-Unis vient d'annuler le brevet par décision du 30 avril 2008.
« La biopiraterie est possible parce que malheureusement trop de gens méconnaissent la biodiversité ». Daniel Debouck, responsable de l’Unité de Ressources Génétiques du CIAT , souligne aussi que la mise en place, sur internet, des données morphologiques, agronomiques, génomiques et les photographies des variétés, devrait maintenant limiter l’attribution illégitime de brevets sur des variétés traditionnelles, développées par les agriculteurs latino-américains depuis la nuit des temps.
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Le 28 janvier dernier, une copie de cette collection a été envoyée dans le centre mondial de conservation à long terme inauguré quelques mois plus tôt à Svalbard (Norvège)
09:32 Publié dans Actualités , Economie , Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, agriculture, pays du Sud, pauvreté, biodiversité
dimanche, 04 mai 2008
Réussite agricole en Afrique de l'Est
La crise alimentaire est là. Mais les agriculteurs du Sud ne se croisent pas les bras. En Afrique, les progrès sont évidents. Un exemple.

A gauche, sur la photo, vous voyez Esther Mudomo, et si vous voulez être tout à fait correct en s’adressant à elle, vous l’appelez Mama Esther Mudomo. Et derrière elle, à droite, vous voyez sa dernière acquisition. Sa première vache, baptisée « Recherche ». Je vais vous expliquer pourquoi.
Les haricots sont originaires d’Amérique. On les trouve, à l’état sauvage, du Mexique à l’Amazonie. Pas étonnant que le Centre International d’Agriculture Tropicale, installé en Colombie, au cœur de cette diversité, ait été choisi pour rassembler et étudier toutes les formes de haricots. Sa « banque de gènes » contient environ 30.000 variétés différentes de haricots. Vous visitez l’endroit. On vous ouvre une armoire et devant vous des milliers de petits flacons remplis de haricots de toutes les couleurs et toutes les tailles.
Comme toutes les plantes alimentaires, les haricots ont voyagé avec les hommes. Et aujourd’hui, ceux qui mangent le plus de haricots habitent en Afrique de l’est, comme Mama Esther Mudomo. Vous mangez entre 4 et 6 kilos de haricots par an, en moyenne. Au Ruanda ou dans l'ouest du Kenya, on en mange entre 30 et 40 kgs. Certains disent que le haricot, très riche en protéines, c’est un peu la viande du pauvre.
Comme toutes les plantes cultivées, surtout sous les tropiques, le haricot a ses ennemis, aussi divers et variés que les haricots le sont eux-mêmes. Alors les chercheurs essaient de trouver des variétés qui résistent à tous ces parasites. Et en même temps ils cherchent des variétés qui produisent plus, et des variétés de meilleure qualité nutritive. Le problème, c’est que le plus souvent, ces nouvelles variétés n’arrivent pas dans les villages comme celui de Mama Esther Mudomo. En 2000, une analyse a montré que dans tous les pays d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe où la culture du haricot est importante (17 pays), les instituts de recherche ont produit de nouvelles variétés à partir de collections reçues du CIAT. Oui, mais voilà , seulement 5% des surfaces cultivées en haricot étaient plantées avec ces variétés, faute de semences disponibles dans tous les villages. Une grande Fondation (Gatsby, Grande-Bretagne) a décidé de financer un grand projet pour aider les agriculteurs africains à accéder à ces nouvelles variétés. L’objectif était d’atteindre 2 millions de familles en 5 ans. Fin 2007, un an avant la fin du projet, 6,5 millions de familles cultivaient les nouvelles variétés de haricot*. Mama Esther Mudomo a fait partie des premières agricultrices qui ont eu accès à quelques semences, multipliées par l’institut de recherche national. Elle a eu la chance de travailler avec un chercheur du CIAT, Robin Buruchara, pathologiste-sélectionneur, qui l’a aidé à choisir sa nouvelle variété parmi un grand nombre de plantes résistantes au pourrissement des racines dont souffraient les haricots de Mama Esther Mudomo jusqu’alors. Cette « recherche participative » a permis la sélection d’une nouvelle variété très résistante, que Mama Esther Mudomo a commencé à cultiver chez elle, puis à donner à ses voisines. Le succès a été tel qu’elle a ensuite commencé à vendre des graines aux villages voisins. Et avec l’argent gagné, elle a acheté sa première vache. Et elle l’a appelée « recherche », « parce que, explique-t-elle, c’est la recherche qui m’a permis d’obtenir l’argent pour l’acheter. »
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* Le réseau pour l’amélioration du haricot africain (PABRA, acronyme anglais) a réuni plus de 250 instituts de recherche, ONG, associations d’agriculteurs et autres depuis 2003, pour sélectionner de manière participative (chercheurs et agriculteurs travaillant ensemble sur le terrain) de nouvelles variétés et produire les semences nécessaires.
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dimanche, 27 avril 2008
SCOOP: En 2009, Montpellier accueille tous les financiers de la recherche contre la faim
La Banque Mondiale, la Fondation Bill et Melinda Gates, la Fondation Rockefeller, tous les gouvernements, du Japon au Canada en passant par la Grande-Bretagne, la Suisse ou la Chine, les organisations internationales, comme la FAO ou le Programme des Nations-Unies pour le Développement, bref tous ceux qui financent la recherche agricole pour le développement, la recherche contre la pauvreté et la faim, se réuniront au Corum de Montpellier du 7 au 10 décembre 2009 à l'occasion de la 9ème assemblée générale du GCRAI*, une assemblée organisée pour la première fois en Europe, et donc bien sûr pour la première fois en France.
La journée du mardi 8 sera consacrée à l'offre française et européenne de recherche pour le développement, et elle aura lieu à Montpellier SupAgro, sur le campus de La Gaillarde, avec des conférences, des tables-rondes et une rencontre avec les étudiants.
C'est Agropolis International qui coordonne l'organisation côté français, avec la participation de tous les établissements d'enseignement et de recherche concernés et avec le soutien des collectivités.
Toujours fortement médiatisée dans la presse internationale, cette réunion braquera pour quelques jours tous les projecteurs sur Montpellier, centre mondial des sciences vertes.
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*Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale, qui finance les 15 centres internationaux de recherche agricole avec lesquels les chercheurs montpelliérains ont de nombreuses collaborations.
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mercredi, 20 juin 2007
coucou le revoilou, et il parle encore de biotechnologie
Un mois et demi sans note nouvelle sur ce blog, et il y a toujours autant de visiteurs chaque jour. C’est fou. Merci. Il faudrait que je m’y remette, mais pour qui a deux jobs (un seul salaire) le temps est vraiment court, et comme je ne suis pas encore décidé à prendre ma retraite cela ne va pas s’arranger.
L’une de mes principales sources d’information, comme ceux qui regardent ce blog depuis un moment le savent, c’est le réseau anglophone Science et développement (Science and Development Network). Montpellier accueille aujourd’hui et jusqu’à vendredi un atelier sur les biotechnologies végétales et animales en Afrique de l’ouest, co-organisé par les membres du CORAF(*) et les instituts de recherche pour le développement (Cirad et IRD). Profitant d’une pause, je viens d’aller faire un tour sur le Sci.Dev.Net et je vois que l’éditorial est précisément sur les biotechnologies en Afrique : « l’Afrique doit se doter de son propre programme sur les biotechnologies ». Et paf (pour ne pas dire m…), le sous-titre parle d’OGM et regardant plus bas, je vois qu’il n’est question que d’OGM dans l’article en question.
LES BIOTECHNOLOGIES NE SONT PAS LES OGM
LES OGM NE SONT PAS LES BIOTECHNOLOGIES
Les chercheurs sont muets ou personne ne les écoute jamais quoi qu’ils disent ?
Mes collègues africains, dans la séance d’ouverture de l’atelier ce matin, ont pris soin de rappeler que pour eux comme pour nous, parler de biotechnologies c’était parler de toutes autres choses que d’OGM. On en parlera, parce qu’ils ont besoin d’aide dans ce domaine AUSSI, mais on parlera beaucoup plus des outils de la biologie moléculaire qui permettent aujourd’hui d’espérer produire, par exemple, de nouvelles variétés mieux adaptées aux contraintes de l’environnement SANS QU’ELLES SOIENT OGM.
Au fait, dans les demandes formulées ce matin, nos collègues du Sud nous ont demandé de les aider à former leurs décideurs, leurs politiques, leurs journalistes. Je n’ai rien dit, mais j’ai pensé : « vous devriez vous adresser ailleurs, parce que nous, nous n’avons réussi à former personne. Ils continuent tous de dire n’importe quoi, quoi qu’on fasse ! »
Je ne suis pas favorable au OGM qui existent aujourd’hui dans le commerce (le seul maïs Bt autorisé chez nous, comme tous la plupart des autres existants ailleurs) parce qu’il apportent peu d’avantages réels aux utilisateurs, et beaucoup aux entreprises qui les vendent. Mais je suis favorable à la poursuite des recherches sur cette technologie, sachant combien il y a de problèmes graves dans les agricultures du monde qu’on ne sait toujours pas résoudre aujourd’hui avec nos techniques « conventionnelles ». Si un OGM apporte une solution durable à l’un de ces problèmes sera-t-il éthique de cracher dessus ? Si la technologie peut aboutir à un tel résultat, est-il éthique de cracher sur la technologie ? A chacun de répondre.
Mais comme les OGM sont aux biotechnologies ce que sa partie visible est à l’iceberg, il faudrait peut-être que les médias se décident un jour à parler d’autre chose…
(*) CORAF: Conseil ouest et centre africain pour la recherche et le développement agricole
19:00 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : recherche, agriculture, pays du Sud, pauvreté, développement
jeudi, 03 mai 2007
actualité
J'étais, comme quelques autres, collé devant mon petit écran hier soir. La dame a parlé de la misère à Dakar, le monsieur a vite dévié vers le contrôle des sans papiers chez nous. Sur ce chapitre, j'ai préféré ce que disait la dame: pour que la solution soit durable, on doit soigner le mal à la racine, pas ses symptômes.
Mais droite au gauche, Ségolène ou Nicolas, je crois que personne ne s'intéresse vraiment à ce qui ne rapporte pas des voix à court terme. Il faut donner aux français ce qu'ils veulent entendre, maintien des avantages acquis ou ambitions pour l'avenir. Le développement au Sud importe peu. Aveuglement ou manque de vision.
J'ai quand même eu une bonne nouvelle aujourd'hui. Pour la Fondation Rockefeller, la priorité désormais est de comprendre comment agir pour que la recherche agricole ait un impact sur les plus pauvres. Enfin!
Rappels: près d'un habitant sur deux, soit près de 3 milliards de personnes, vit avec moins de 2 dollars (1,5 euros) par jour; les 3/4 des pauvres sont des ruraux qui dépendent de l'agriculture pour leur survie; toutes les solutions passent par le développement agricole; il faut produire plus mais il faut aussi produire des choses qui se vendent à un meilleur prix que les denrées de base, comme des fruits, des légumes, des fleurs, et ajouter de la valeur en transformant les produits bruts avant de les vendre. Tout cela est bien loin de l'élection de dimanche et des préoccupations des français. Mais si les pauvres du Sud ne gagnent pas un peu plus demain, notre monde va exploser et toutes les questions débattues ici seront bien dérisoires.
Combien de temps encore pourrons nous vivre dans ce monde inégalitaire où les inégalités augmentent chaque jour? On ne cesse de nous dire que nous vivons dans un monde de plus en plus globalisé, et c'est vrai.
Le pire a lieu chaque jour en Afrique. A notre porte.
Les solutions existent. Elles sont d'abord politiques.
A condition que les politiques s'y intéressent. Ils s'intéressent seulement aux urnes.
Au delà le vide, l'oubli, l'ennui.
Comme je ne crois pas qu'ils se réveilleront demain, la pauvreté continuera de s'étendre.
Les pauvres seront encore plus pauvres et plus nombreux.
Les gentils parmi eux seront gentils jusqu'à quand?
Les méchants auront de moins en moins de peine à recruter.
Et l'impuissance comme aujourd'hui en Irak ou au Darfour menera où?
Les murs aux frontières serviront à quoi?
On prépare un drôle d'avenir à nos enfants. Plus de loisirs sans doute, mais pour rester à la maison parce que voyager va devenir de plus en plus dangereux. Notre monde va devenir de plus en plus dangereux. Qui voit cela venir?
Je suis trop pessimiste?
Vous pensez que la pauvreté va disparaître toute seule?
Dépéchons-nous de faire la fête!
17:02 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : recherche, agriculture, pays du Sud, pauvreté

