lundi, 15 janvier 2007

Le grand retour du DDT?

Extrait - traduit très librement - d’un article de Charles Mkoka sur le réseau SciDev.Net

L’insecticide interdit – le DDT – fait-il son grand retour en Afrique, comme moyen de lutte contre le paludisme?

Il semble que la principale inquiétude des pays africains dans ce domaine, ce ne sont pas les dangers pour la santé et l’environnement, mais plutôt les dangers pour les exportations agricoles qui risquent de se voir interdire l’entrée dans les pays du Nord où l’usage du DDT a été banni depuis longtemps.

Une réunion a eu lieu au Malawi vendredi dernier pour discuter des risques et des avantages du DDT. D’après le directeur du programme national de contrôle du paludisme au Malawi, le DDT est toujours un des moyens les moins chers de combattre le paludisme.

En septembre dernier, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a publié des recommandations indiquant que le DDT – qui présente un danger pour l’environnement à long terme - pourrait être utilisé ponctuellement, sous conditions, comme pour des traitements à l’intérieur des maisons.

Le gouvernement ougandais a annoncé le mois dernier qu’il allait utiliser cet insecticide pour lutter contre le paludisme. Mais les producteurs de légumes ougandais ont répliqué que les régulations européennes leur fermeraient aussitôt le marché européen, très lucratif pour eux.

Au Kenya, les autorités sont encore hésitantes parce que les exportateurs de fleurs disent que la convention de Stockholm rend toute vente impossible en Europe si le DDT est réutilisé, ne serait-ce qu’à l’intérieur des maisons.

Le Malawi est l’un des six pays d’Afrique qui participent à l’initiative du président américain sur le paludisme lancée en décembre. L’objectif est de diminuer de moitie le nombre de morts dues au paludisme d’ici cinq ans, en ciblant l’action sur les personnes les plus vulnérables : les femmes enceintes et les jeunes enfants.

Une partie des 15 millions de dollars reçus par le Malawi dans le cadre de ce programme a été mise de côté pour l’achat de DDT, si un accord pour son utilisation est obtenu des autorités.

jeudi, 09 février 2006

Grippe aviaire, chikungunya, il faut relativiser

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la grippe aviaire a tué 88 personnes depuis 2003. On en parle tous les jours dans nos journaux. Le chikungunya, la maladie virale qui sévit actuellement à la Réunion, a tué un enfant. On en parle tous les jours dans nos journaux. Pendant ce temps-là, le paludisme tue plus d’un million de personnes chaque année. Son éradication fait partie des objectifs du millénaire pour le développement. C’est aussi, on en est déjà sûr, l’un des objectifs qui ne seront pas atteints d’ici 2015. Qui en parle ? Le Midi Libre de temps en temps, notamment parce que des chercheurs de Montpellier travaillent sur le sujet et essaient périodiquement de tirer la sonnette d’alarme.

Quand la recherche pour le Sud aura été complètement avalée par les grands organismes nationaux - c'est en route, et je parie que cela va avancer d'autant plus vite qu'on s'approche d'élections qui risquent de faire encore changer les têtes - combien de temps cette entomologie médicale française qui s’intéresse aux grands fléaux qui s’abattent sur les pays en développement (avant de migrer demain chez nous) continuera-t-elle d’exister ?

mardi, 31 janvier 2006

Recherche et prise de décision

Deux études conduites dans la forêt amazonienne, et qui viennent tout juste d'être rendues publiques, suggèrent l’existence d’une relation entre la déforestation et un risque accru d’attraper le paludisme. Chaque fois qu’un morceau de forêt est défriché pour installer de nouveaux colons, on crée des zones d’eaux dormantes dans lesquelles les moustiques peuvent déposer leurs œufs. Une fois que l’espace est totalement utilisé, par l’agriculture et/ou un développement urbain, le risque décroît à nouveau. Il faut donc apprendre à gérer les populations de moustiques dans les zones frontières au moment où les gens s’installent.

On a apparemment 300 fois plus de chance de se faire piquer par un moustique dans ces zones nouvellement défrichées qu’en forêt. Ce n’est pas le nombre d’habitants qui fait qu’il y a plus de moustiques, mais bien la gestion de l’environnement au moment où on le modifie comme cela se passe dans les zones frontières entre forêt et agriculture. Rien de bien surprenant ici. Ce qui est nouveau c’est l’alerte ainsi transmise aux autorités pour qu’elles développent des actions de prévention quand et où c’est nécessaire.

Je donne cette exemple pour montrer que si certaines recherches ont des effets directs sur les conditions de vie des ruraux les plus pauvres, et sont appliquées par les utilisateurs eux-mêmes (la lancement d'une nouvelle variété, par exemple), d’autres servent plutôt à aider à la prise de décision par les autorités. Et il est nécessaire de faire une certaine publicité aussi sur ces recherches-là pour que les autorités ne restent pas les bras croisés jusqu’à avoir, dans notre exemple, une recrudescence dramatique de paludisme.
Source : SciDev.Net

lundi, 16 janvier 2006

Grippe aviaire et droit d’ingérence

Le député socialiste du 13e arrondissement de Paris Jean-Marie Le Guen, président de la mission d'information parlementaire française sur la grippe aviaire, recommande d’instaurer un véritable "droit d'ingérence sanitaire" dans le droit international, qui aille au-delà des actuelles pratiques de coopération (Le site du Monde, aujourd’hui).

Ma première réaction, c’est : deux poids, deux mesures. Il y a ces maladies qui NOUS menacent. Droit d’ingérence. Et puis il y a les autres qui, finalement, ne tuent QUE les pauvres. On s’en fiche. Cela ne vous rappelle rien ? Il y a les pays où les gouvernements se conduisent de façon abominable notamment sur la question droits de l’homme. Et puis, la porte à côté, il y a les gouvernements qui se conduisent de façon abominable mais qui, en plus, ont du pétrole. Alors là, aucun doute (au moins pour certains dirigeants occidentaux), il y a droit d’ingérence !

La seconde réaction, c’est : « oui mais quand même… » On peut se barricader chez nous, avec toutes les précautions sanitaires en place. Si le voisin ne prend aucune mesure, on est sûr de se ramasser la maladie quoi qu’on ait fait. Je me replace dans un monde que je connais mieux, celui de l’agriculture : si vous traitez votre champ contre les insectes mais que votre voisin n’en fait pas autant, le résultat ne sera pas le même que si tout le monde traite. Mais entre aider le voisin et le droit d’ingérence, il y a un monde à franchir. La Turquie a refusé l’aide européenne ? Ou bien l’Europe n’a rien proposé parce que la Turquie n’est pas dans l’Europe ?

C’est l’histoire du tsunami. On en a parlé plus que toute autre catastrophe mondiale parce que des occidentaux y ont perdu la vie. Le nombre d’enfants africains qui meurent chaque année avant cinq ans est équivalent à plusieurs tsunamis. Qui en parle ? La grippe aviaire a tué trois jeunes turcs. Le paludisme tue deux millions de personnes par an. Que fait Mr. Le Guen pour changer cela ?