dimanche, 07 janvier 2007
Le maïs OGM au Kenya aide-t-il les pauvres ?
Et tant pis pour ma résolution du 1er janvier 2007... je reviens déjà sur les OGM!
Le maïs, originaire du Mexique, est la plante la plus importante pour l’alimentation au Kenya. Si la population s’accroît, la production de maïs, elle, reste stable, et ce malgré une extension de la culture du maïs vers des zones marginales (moins favorables pour l’agriculture). Le maïs est une plante qui a besoin de sols fertiles et d’eau, toutes choses pour le moins aléatoires au Kenya. Le maïs est aussi une plante très aimée des insectes, à la fois pendant sa croissance au champ et après la récolte, dans les greniers. Le maïs a été importé par les colons. Aujourd’hui les kenyans ne peuvent plus s’en passer. Mais le maïs est une plante inadaptée pour des agriculteurs qui n’ont pas les moyens d’acheter des engrais et des pesticides en quantité. Les pluies aléatoires contribuent également fortement à la production en yo-yo observée d’une saison à l’autre dans tous les pays d’Afrique de l’est.
Alors… une certaine recherche arrive qui suggère que la solution miracle (encore une fois!), ce sont les OGM. Par transformation génétique on sait en effet produire des OGM de maïs qui résistent à certains insectes parmi les plus agressifs. Pas tous tout de même, seulement certains de ceux qui affectent le croissance de la plante au champ.
Cette recherche est une recherche « publique ». Il ne faut pas chercher beaucoup pour découvrir que cette recherche « publique » est pour partie financée par des compagnies privées semencières… Mais si cela peut bénéficier aux petits agriculteurs, je ne ferais pas la fine bouche comme certains. Est-ce que cela peut les aider vraiment ? En me promenant ce matin sur le site de SciDev.Net j’ai trouvé un article de Melinda Smale, de l’institut international de recherche sur les politiques alimentaires (l’IFPRI) qui suggère que tous les agriculteurs ne bénéficieraient pas de la même manière de cette « avancée » scientifique.
Soyons clairs. Par ce que je vais appeler « la technique OGM » pour simplifier, on peut modifier des variétés pour une caractéristique seulement, en gardant toutes les autres. Autrement dit, si la variété lambda plait aux habitants de telle ou telle zone, on est aujourd’hui capables de leur donner une variété lambda+ qui poussera pareil, aura le même look et le même goût. Par les méthodes classiques, conventionnelles, de sélection, c’est pratiquement impossible ou cela prend une éternité. Je me rappelle mes premières « classes » sur le terrain en Afrique de l’ouest. Mes « vieux » collègues sélectionnaient le mil depuis des décennies, mais toutes les variétés extraordinaires qu’ils obtenaient ne tenaient pas la comparaison avec les variétés villageoises dès qu’elles étaient placées dans les mêmes conditions. Il y a donc un avantage évident à la technique OGM pour les plantes alimentaires : on ne change rien que le caractère qui doit être changé. Retournez voir aussi mon histoire de Maléna sur la qualité de ses tortillas. Bon, mais…
Le « mais », le GROS « mais », c’est que dans une zone géographique comme le Kenya on ne cultive pas une seule variété, on en cultive une myriade. Et plus on va vers les zones marginales, donc plus on va vers les agriculteurs pauvres, et plus la diversité, le nombre de variétés augmente. Vous voyez à quoi je veux en venir ? Si la variété OGM peut apporter un plus en terme de production sur une grosse ferme, qui fait de la monoculture, il faudrait par contre transférer le gène d’intérêt à des dizaines voire des centaines de variétés différentes pour que la technique OGM profite à tous et surtout aux petits agriculteurs les plus défavorisés qui, en majorité, cultivent des variétés traditionnelles, villageoises.
La conclusion est évidente : on ne multiplie pas le nombre des « événements » OGM à l’infini parce que produire un « bon » OGM cela demande beaucoup d’efforts, de moyens, de temps. On n’en produit que quelques uns, pour les variétés les plus utilisées. Donc pour les gros agriculteurs. Et tout cela contribue à creuser le fossé entre ceux qui sont déjà les plus riches, qui obtiennent des plantes résistantes et produisent plus, et les pauvres, qui gardent leurs variétés sensibles et leurs maigres récoltes.
Il n’y a pas de technologie mauvaise en soi. C’est la façon dont on utilise la technologie qui peut être mauvaise, voire très mauvaise.

Parcelle de maïs devant l'église de Kitui, à l'est du Kenya. Un semis typiquement très espacé, des plantes peu vigoureuses, une maigre récolte.
crédit photo: www.pastornet.net.au
09:50 Publié dans Les news "Science" que j'ai notées pour vous | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : OGM, maïs, Afrique, agriculture, développement
vendredi, 31 mars 2006
ahh... l'agriculture d'autrefois!
J’entends quelquefois les nostalgiques de l’agriculture d’hier, qui rejètent tout progrès mais s’éclairent au nucléaire, regretter les plantes d'autrefois. Les mêmes critiquent abondamment les sélectionneurs qui ne savent que produire des variétés sans goût et sans saveur. Ils n’ont pas forcément 100% tort, reconnaissons-le. Certains poussent le bouchon jusqu’à évoquer les plantes sauvages, les premiers blés ou maïs trouvés par leurs ancêtres il y a quelque 10.000 ans et aujourd’hui presque tous disparus.
Si les premiers agriculteurs avaient pu avoir accès aux variétés qui existent aujourd’hui, ils se seraient pourtant sûrement jetés dessus en remerciant tous les dieux de la terre et d’ailleurs de leur avoir apporté un tel cadeau. Il y a 10.000 ans, en effet, les ancêtres de nos blés et maïs n’avaient que de tout petits épis, avec un tout petit nombre de grains, souvent bien durs, qui avaient la bien regrettable habitude de tomber par terre à maturité. La récolte sur le sol. La galère.
On imagine souvent que ces géniaux agriculteurs, fins observateurs, ont fini par trouver un jour qui une plante qui avait un épi plus gros, qui une plante qui avait un épi gardant ses grains, etc., comme autant de mutations ponctuelles facile à identifier et donc à sélectionner. Si on a quelques restes archéologiques en Amérique centrale par exemple, le nombre d’épis ayant une taille intermédiaire entre le maïs sauvage à 6-8 grains et un maïs ressemblant au notre et ayant déjà plus de 100 grains est extrêmement limité. Et les généticiens ont suggéré que le caractère pouvait, effectivement, être conditionné par un tout petit nombre de gènes. D’où l’idée d’un progrès possible important tout d’un coup, comme un saut en avant.

Cette semaine le journal Science publie le travail d’une équipe française* associée à des japonais, qui porte sur la domestication du blé. Le passage du blé sauvage qui perd ses grains au blé cultivé qui ne les perd plus ne s’est apparemment pas produit « en un clin d’œil », comme on pourrait l’attendre de la découverte dans les champs de ces « variants » liés à une mutation vite sélectionnée que j’évoquais ci-dessus. L’étude montre que les premiers blés ne perdant pas leurs grains sont apparus il y a environ 9500 ans, mais les blés les perdant étaient encore très abondant deux mille ans plus tard. Une bien longue période pendant laquelle les agriculteurs ont donc cultivé… des plantes sauvages. En imaginant sûrement pas un instant qu’il y aurait des gens assez fous, un jour, pour regretter « le bon temps » de l’agriculture d’autrefois.
* CNRS, Unité Mixte de Recherche 5133, Jalès, Berrias 07460, France.
Peinture murale (D.Rivera) dans le palais présidentiel à Mexico (photo YS)
11:08 Publié dans Les news "Science" que j'ai notées pour vous | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : blé, plantes sauvages, maïs, sélection variétale
vendredi, 03 février 2006
De la sécurité alimentaire en Afrique
Dans un récent rapport sur l’Afrique, la FAO annonce que malgré un bond en avant des productions agricoles en Afrique du Sud en 2005, l’insécurité alimentaire de l’Afrique australe demeure un problème très sérieux. Environ 12 millions d’habitants, principalement au Zimbabwe et au Malawi, ont besoin d’une aide alimentaire d’urgence. Le retard des pluies a perturbé les semis pour les principales cultures et avec des réserves limitées, les prix continuent de grimper. Les besoins d’importation en maïs, pour le Sud du continent, Afrique du Sud exclue, sont de 2,7 millions de tonnes, alors que les quantités effectivement importées ne sont que 1,6 million de tonnes. Côté Afrique du Sud il y a eu un surplus en maïs, après une récolte record de 4,66 millions de tonnes.
Me reviennent en mémoire, d’une part une conférence donnée à Agropolis par le directeur général de l’IITA (Institut international d’agriculture tropicale, dont le siège est au Nigeria) et d’autre part un article d’un chercheur africain travaillant pour le CIMMYT (Centre international d’amélioration du maïs et du blé). Le contenu était à peu près le même : le maïs est une plante totalement inadaptée pour l’Afrique, ses pluies irrégulières et ses sols pauvres. Depuis des siècles on voit le maïs remplacer peu à peu les céréales africaines. Les pays d’Afrique de l’est sont devenus dépendants les premiers. Aujourd’hui c’est au tour des pays de l’Afrique de l’ouest. L’histoire se répète, personne n’apprend des erreurs de ses voisins. Bien sûr, l’année où les pluies sont « normales », le maïs arrive à produire plus que le sorgho et beaucoup plus que le mil. Mais la « normale » ne dure jamais bien longtemps, et les productions de maïs jouent au yo-yo partout en Afrique, sauf là où une agriculture intensive avec irrigation et fertilisants peut être pratiquée, comme c’est le cas en Afrique du Sud. J’ai construit le graphique ci-dessous à partir des données de la FAO depuis 1985 (donc sur 20 ans) pour cinq pays d’Afrique de l’est : Malawi, Mozambique, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe. Le yo-yo observé est totalement inacceptable : les productions annuelles varient entre 30 et 80 millions de tonnes !
Je touche ici du doigt à un problème fondamental pour le développement agricole en Afrique. Finalement, on perpétue l’échec de la révolution verte sur ce continent. On s’entête à vouloir y faire pousser des plantes inadaptées. Toute la recherche se focalise sur la recherche de résistance/tolérance à la sécheresse, aux parasites, etc., pour des plantes inadaptées, au lieu de recentrer les ressources (les quelques euros consacrés à cette recherche) sur l’amélioration des productions des plantes naturellement bien adaptées. On augmente ainsi la vulnérabilité des plus pauvres, la vulnérabilité de ceux qui ont le plus besoin de sécurité alimentaire. Les africains ont besoin de manger tous les jours, comme nous, pas un jour sur deux, pas une année sur deux. Je peux comprendre que le Mali, seul, ne puisse pas rattraper 50 ans de retard de recherches sur l’amélioration du sorgho et du mil. Mais pourquoi serait-il impossible à tous les pays qui cultivent du sorgho ou du mil traditionnellement depuis des milliers d’années de s’associer au sein d’un grand programme continental, voire mondial, pour faire que la recherche sur ces plantes change de vitesse. Les seuls programmes d’envergure internationale que je connaisse sur ces plantes sont le fait d’un centre frère de l’IITA et du CIMMYT cités plus haut, dont le siège est en Inde. Pas d’un consortium africain.
Les donateurs n'investissent pas là où ils devraient.
17:09 Publié dans Réactions | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Afrique, agriculture, maïs, sorgho, mil
Les plantes « qui peuvent rapporter gros »
Le Centre International d’Agriculture Tropicale (CIAT) coordonne l’Alliance pour un Programme de Diversification Agricole (DAPA) en Amérique latine, un partenariat de recherche public-privé dans lequel les petits producteurs de plantes “de rente” (mauvaise traduction de “plantes à forte valeur” en anglais) ont la possibilité de collaborer avec des chercheurs, des technologistes de l’agro-alimentaire, et des distributeurs pour améliorer leur produit, son accès au marché, et donc au final leurs revenus. Parmi les plantes concernées, quelques unes des « spécialités » du continent, notamment le café et les plantes médicinales.
En réussissant ainsi à faire travailler ensemble des personnes du secteur agricole, de la recherche et de l’entreprise, DAPA vise à “développer une bonne pratique de la gestion de filières, et développer des produits de qualité susceptibles d’entrer sur les marchés à un prix satisfaisant pour les producteurs”. Le programme a également pour objectif d’identifier les conditions environnementales optimales pour que les agriculteurs obtiennent des produits de qualité répondant aux exigences spécifiques des consommateurs.
DAPA est actuellement financé pour trois ans par le ministère de la coopération économique et du développement allemand (GTZ). Source de l'info: CropBiotech Update, lettre courriel de l’ISAAA.
Je l’ai déjà écrit ici. Il est bien peu probable qu’on aide les petits producteurs à sortir de leur misère en leur donnant les moyens de produire plus de riz ou de maïs, si ces produits se vendent, bruts, pour rien sur les marchés. Par contre, si le riz ou le maïs ont des qualités particulières et qu’on aide les producteurs à identifier et pénétrer un marché spécifique, la donne est différente. Bien sûr, l’autre voie est d’améliorer le rendement de la plante vivrière pour libérer un espace sur la ferme permettant de cultiver des plantes “de rente” sources de revenus.
Petit aperçu de l’immense diversité des maïs. Le maïs blanc tout à droite est un épi de la variété Cacahuacintle, utilisée pour faire un excellent plat traditionnel mexicain, le pozole. Je vous donnerais bien la recette, mais vous le trouveriez où, le maïs en question ? Le Cacahuacintle n’est produit que par de petits producteurs. Voilà un exemple de marché à créer, en partenariat avec les restaurants mexicains en Europe !
11:47 Publié dans Les news "Science" que j'ai notées pour vous | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, agriculture, maïs, diversification


