mardi, 24 janvier 2006
Mes bébés !
J’ai débarqué au Brésil en 1982 avec une collection de plus de 400 plantes africaines – de l’herbe à vaches – dans mes valises. Passée la quarantaine et tous les tests pour vérifier que je n’importait pas en même temps toutes les maladies de l’Afrique, on s’est mis à bosser, ma jeune collègue brésilienne Liana et moi, pour sélectionner « les meilleures ». Les meilleures, qu’est-ce cela veut dire ? D’abord, nous étions convaincus que dans un pays sans diversité (pour les fourrages) où plus de 50 millions d’hectares de pâturages sont cultivés avec un seul et même clone – en faisant sans doute la plus grande monoculture du monde – il ne fallait pas sélectionner UNE plante mais plutôt une diversité de plantes répondant à aux besoins. Et puis nous étions aussi convaincus que ces plantes devaient avoir un minimum de caractères, en faisant des cultivars plus intéressants que ceux qui étaient alors plantés comme : une bonne production de semences, permettant de les multiplier rapidement ; une croissance non nulle voire raisonnable même en saison sèche ; une teneur en protéines supérieure aux rares variétés existantes sur le marché, etc. Je suis parti avant le premier « lancement » officiel, mais nous avions déjà choisi les 25 « meilleures » plantes, qui toutes avaient un potentiel commercial. Le premier cultivar sur le marché est celui qui est dans la main de Gee Her (voir dans la rubrique « mes histoires » ma note sur l’histoire de Gee Her) et ci-dessous dans la photo de gauche. Tanzânia-1 (à gauche, aussi connu comme T58) a été lancé en 1990, Mombaça (au centre), en 1993, et Massai (à droite) en 2001, soit près de 20 ans après son arrivée au Brésil. Carrément lente, cette recherche, quand on pense que les utilisateurs qui veulent planter des fourrages à feuilles fines et persistants comme le Massai n’ont aucun choix sur le marché. La demande est telle que plusieurs vols de variétés ont eu lieu pendant que j’étais sur place, malgré le fait que nous cachions nos plantes et nos essais très loin de l’entrée de la station expérimentale.



Si ces trois cultivars portent des noms d'Afrique de l'est, c'est que les clones sont originaires de cette région, collectés en 1969 par deux collègues français. Le directeur général de leur institut à l'époque - Guy Camus, qui vient de disparaitre (voir ma note à ce sujet) - les soupçonnait de vouloir simplement visiter les parcs nationaux et avait longtemps hésité avant de leur payer ce voyage. Ces idiots n'avaient même pas passé une journée dans un parc, en deux mois de mission!
16:58 Publié dans Mes histoires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, fourrage, Brésil, agriculture

