mercredi, 27 septembre 2006

Il est où, notre Bill Gates ?

Il y a exactement deux semaines, précisément le 12 septembre, deux des plus grandes fondations américaines, la Fondation Rockefeller et la Fondation Bill Gates, ont lancé un nouveau programme en partenariat pour aider l’Afrique à faire sa révolution agricole. En mettant immédiatement 150 millions sur la table. Je reviendrai sur ce programme dans des notes futures, notamment parce que le centre international de recherche que j’ai l’honneur de présider est l’un des partenaires de ce programme. Vous pouvez lire une note sur ce lancement sur le site de la Fondation Gates.

Ce sur quoi je veux mettre l’accent aujourd’hui, c’est sur la générosité de l’Amérique. Je n’entends que critiques des américains autour de moi. C’est vrai qu’il y a beaucoup à critiquer, et je ne m’en prive pas moi-même quand il s’agit d’évoquer leur président et la politique étrangère ou économique américaine. Mais l’Amérique ne se résume pas à cela. Merci à Jean-Louis pour son commentaire sur ma note précédente et les références à deux interventions dans la rubrique « Rebonds » de Libération. Je partage totalement la fureur de Philippe Manière, directeur de l’institut Montaigne, quant à l’opinion exprimée par le président du comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde. Comment peut-on déplorer que deux milliardaires dépensent leur argent pour aider l’Afrique ? C’est indécent.

Il y a des milliers de fondations aux Etats-Unis, et la solidarité et l’entraide y sont développées comme nulle part ailleurs, et surtout infiniment plus que chez nous. Où est-il, notre Bill Gates, ce grand chef d’entreprise français qui après avoir réussi se déciderait à se lancer dans un grand et vrai mécénat solidaire – pas une Fondation finançant des recherches qui ne servent que les intérêts de sa ou des ses propres entreprises (ce qui n’est pas du tout le cas pour Gates ou Buffett, n’en déplaise à Mr. Millet) ? Pourquoi n’y a-t-il que des américains pour faire un truc comme les Buffett et Gates aujourd’hui, pour ne citer que deux des plus grands dans une longue série ?

Liberté, égalité, fraternité. C’est beau comme un idéal.

Quand j’aurai le temps, je répondrai à Philippe Manière sur « sa » phrase scandaleuse : « si les organismes publics d’aide au développement étaient parfaitement efficaces, ça se saurait ». Le plus efficace des organismes ne peut pas grand chose si les politiques locales rament à contre-courant. La question, ici, est trop complexe pour être évacuée d'une "bonne phrase".