lundi, 21 juillet 2008
Crise alimentaire : les pays riches et les pays africains pourraient travailler mieux ensemble
En période de crise on voit surgir toute sorte d’innovateurs et d’innovations. La crise, c’est une opportunité pour remettre en question les acquis, l’existant, les dogmes. Une opportunité pour démarrer de nouvelles choses, basées sur de nouveaux principes, une nouvelle vision d’avenir. La crise alimentaire est une crise avant tout, même si elle n’est pas une crise comme toutes les autres. Et l’agro, l’agriculture et l’agroalimentaire, sont des secteurs où l’on doit, comme pour les autres, se poser des questions, inventer, innover, renouveler les idées.
Il y a quelques mois j’ai lu, un peu surpris et un brin scandalisé, que des investisseurs américains achetaient des fermes au sud, en Amérique latine, pour produire moins cher que chez eux des produits agricoles en demande croissante. Aujourd’hui je lis dans le New York Times que les riches de tous les pays sont sur les rangs. C’est un peu le business à la mode, le secteur où investir, à condition d’être malin (comme pour tous les investissements, non ?). Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord on trouve quelques belles fortunes, en phase de croissance rapide grâce au prix du pétrole, qui constatent que vouloir faire de l’agriculture chez eux à tout prix, sur le sable, c’est à la fois très difficile et très peu rentable alors qu’acheter de la terre sur le continent africain, plus au Sud, c’est un investissement beaucoup plus raisonnable qui peut permettre de produire beaucoup et d’exporter vers son pays, donc de rapporter gros. Parce que les contraintes à la production en Afrique sub-saharienne proviennent D’ABORD d’une monstrueuse absence d’investissements depuis des décennies, un intérêt bien compris et bien partagé pourrait permettre à cette Afrique-là de se moderniser durablement tout en répondant aux besoins à la fois des populations locales et des importateurs du Moyen-Orient.

Poussons l’idée plus loin, et demandons-nous pourquoi quelques fortunes françaises ne s’intéresseraient-elles pas à développer le même genre d’entreprise, en Afrique sub-saharienne ou ailleurs, comme en Amérique latine. Certains diront que cela s’est toujours fait. Il a toujours eu des émigrés de la terre, en effet. Certains sont revenus fortune faite, d’autres – sans doute la majorité – ne sont jamais revenus. L’idée aujourd’hui serait de passer à une autre échelle, plus entrepreneuriale qu’aventure individuelle. Il faut investir massivement dans l’agriculture africaine et les gouvernements locaux n’ont que des moyens limités pour le faire. Ce que les américains ou les saoudiens sont en train de tenter au Sud, aucun businessman français n’est capable de le faire ?
(photo de la Fondation "a Glimmer of Hope")
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jeudi, 19 juin 2008
G8 au Japon en juillet : assez de promesses non tenues. De l’action !

« En collaborant, nous pourrions toujours être la génération qui fera de l’extrême pauvreté en Afrique une histoire ancienne
Le sommet de Gleneagles en 2005 avait marqué un tournant décisif pour tous ceux qui sont concernés par l’avenir de l’Afrique. C’est le moment où les leaders du G8 ont fini par reconnaître que les problèmes de l’Afrique nous concernaient tous; que l’avenir de ce continent nous intéressait tous ; et qu’il fallait un vrai partenariat afin que tout soit mis en œuvre pour façonner l’avenir. Le type de partenariat requis ne relève pas de ceux que nous avons l’habitude de voir. Il s’agit d’un partenariat bâti sur l’honnêteté face aux défis, sur une position réaliste concernant les solutions nécessaires et sur une responsabilité mutuelle en termes de suivi. Depuis la signature des Objectifs de Développement du Millénaire, il y a eu de nombreux rapports sur les défis. Des solutions ont fait leurs preuves - à une micro échelle, nous voyons se développer un faisceau de preuves sur ce qui marche ou ne marche pas et sur ce qui est possible – mais ceci doit encore être amplifié et c’est là où la question de la responsabilisation intervient. Sans elle, tout ce que nous avons fait jusqu’ici se résume à une histoire de rhétorique ambitieuse et d’intéressantes études de cas réussis, mais l’histoire générale reste la même.
Nous devons tous rendre des comptes et faire preuve d’honnêteté sur les engagements que nous avons pris et sur ce qu’il faut faire pour atteindre ces objectifs. Ce qui est de plus en plus évident quand on voit les partenaires dans le développement travailler de concert, c’est qu’ils peuvent donner les moyens aux citoyens africains d’assumer la tâche de responsabiliser leur gouvernement. Ils peuvent aider les ministres de l’Éducation africains et les ONG à nourrir et scolariser les enfants. Ils peuvent faire prodiguer des soins médicaux aux enfants qui en ont besoin et les sauver en leur administrant les médicaments nécessaires contre le sida ou en remettant des filets antimalaria aux mères et aux enfants auxquels ils seront le plus utiles. Pour chaque tragédie que représentent le Zimbabwe, le Soudan ou la République du Congo, il y a plus de deux fois plus d’histoires positives à raconter : le Mozambique, la Tanzanie, le Ghana, le Bénin ou le Mali.
Nous souhaitons assurer ce succès non pas par des subventions, mais par le travail, la persistance, la créativité et un vrai partenariat avec le monde développé. Nous ne sommes pas encore arrivés au but, mais nous pouvons y parvenir si l’Occident respecte les engagements qu’il a pris en grande pompe à Gleneagles, et si les chefs d’État africains tiennent aussi leurs promesses à l’égard de leurs citoyens.
Les intentions sont une chose, le suivi en est une autre, et je crains que la France, l’Allemagne et l’Italie ne respectent pas les engagements qu’ils ont assumés envers l’Afrique en 2005, parce que toute l’Europe sera alors en traîne. Le Président Sarkozy, la Chancelière Angela Merkel et le Premier Ministre Silvio Berlusconi doivent écouter davantage leurs citoyens à ce sujet, s’ils veulent prendre les bonnes décisions à la fois pour l’Europe et l’Afrique. Les associations privées dans ces nations et le monde entier doivent davantage se faire entendre.
En collaborant, nous pourrions toujours être la génération qui abolira l’extrême pauvreté en Afrique, à condition d’élaborer nos politiques à partir de données chiffrées sur ce qui marche et ne marche pas et de travailler à l’unisson. »
ARCHEVÊQUE DESMOND TUTU
Sur le site de l’ONG ONE de Bono
voir aussi l'article de ce jour sur Libération
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mardi, 17 juin 2008
Crise alimentaire mondiale: c'est le moment de réviser sérieusement la PAC!
En même temps que les chefs d’Etat et de gouvernements se réunissaient à Rome pour discuter de l’aide d’urgence face à la crise alimentaire, l’ONG Oxfam * publiait une note intitulée « C’est le moment : Comment les leaders du monde devraient répondre à la crise des prix agricoles ».
Mes notes sur cette note :
- Partout on observe que l’augmentation des prix des denrées de base force de très nombreuses familles à manger moins ou moins bien, et elle pousse les plus pauvres à couper dans les dépenses de santé, d’éducation, et d’autres besoins.
- Selon le programme alimentaire mondial (PAM) les urgences alimentaires qui augmentaient de 15% par an en moyenne dans les années 1980, augmentent maintenant de plus de 30% par an.
- Pour aider à la stabilisation du système financier mondial, la réserve fédérale américaine et la banque centrale européenne ont su injecter plus de 1000 milliards de dollars dans le système au cours des six derniers mois. L’assistance nécessaire aujourd’hui pour aider les 53 pays les plus pauvres représente seulement 14,5 milliards. Malgré les promesses, on ne les a pas.
- L’aide alimentaire, donnée en « nature » (en grains) par les pays du Nord, a souvent contribué à augmenter la dépendance des pays du Sud vis-à-vis de ces importations et à miner la production alimentaire locale. L’assistance internationale devrait faire tout le contraire et soutenir les économies locales.
- Il est essentiel de développer des banques de semences locales
- La crise des prix alimentaires est en partie le résultat de décennies de négligence de l’agriculture dans les pays pauvres. Il faut s’attaquer sérieusement au développement agricole des pays pauvres si on veut faire disparaître la pauvreté comme on le prétend.
- Aucun pays pauvre n’a réduit sa pauvreté grâce à l’agriculture seule, mais pratiquement aucun n’y est arrivé sans avoir commencé par augmenter ses rendements agricoles
- La part de l’aide internationale consacrée chaque année à l’agriculture est d’environ 4 milliards de dollars. Les subventions agricoles des pays de l’OCDE représentent environ 125 milliards de dollars par an.
- Il faut plus d’argent. Il faut surtout mieux l’utiliser.
- Il vaut mieux donner des bons pour que les agriculteurs aillent eux-mêmes acheter leurs semences que de leur donner un paquet de semences choisies par d’autres que les utilisateurs directs.
- La quantité de maïs nécessaire pour remplir le réservoir d’un 4x4 marchant à l’éthanol est suffisante pour nourrir une personne adulte pendant une année.
- A Haiti en 1995, Banque Mondiale et FMI ont forcé le gouvernement à « libéraliser » son marché en ramenant les droits de douane sur les importations de riz de 50 à 3%, inondant le pays avec du riz américain subventionné et donc bon marché. Le pays qui était autosuffisant en 1990 doit maintenant importer, à prix d’or, 80% du riz qu’il consomme. 80% de la population rurale de Haiti est pauvre.
- L’augmentation des prix agricoles constitue une occasion unique de rectifier toutes les distorsions crées par les subventions agricoles. Les récentes déclarations des leaders américains et européens, dont Michel Barnier, suggèrent plutôt qu’on va dans le sens contraire.
La défense résolue de la politique agricole commune (PAC) par le gouvernement français est la preuve du double discours et marque le discrédit de notre pays sur la scène internationale et notamment dans nos relations avec les pays du Sud. Un geste fort est nécessaire et aujourd’hui possible. Nous restons bras croisés, assis sur nos privilèges scandaleux, quand – comme l’a rappelé le premier des hypocrites nationaux – un enfant meurt toutes les 30 secondes.
* seulement quelques unes des notes produites par Oxfam sont traduites en français. La note en référence ici est disponible uniquement en anglais et en espagnol.
11:00 Publié dans Actualités , Coup de coeur/Coup de griffe , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise alimentaire, agriculture, faim, développement, aide internationale, recherche
vendredi, 13 juin 2008
Crise alimentaire mondiale: En parler, c’est bien... Agir, c'est mieux !

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23:39 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise alimentaire, agriculture, faim, développement, aide internationale
Crise alimentaire et recherche : l’obligation d’intégration
Un article plus très récent (mais toujours terriblement d’actualité) du New Agriculturist online interroge: est-que la recherche agronomique a vraiment changé ? Est-ce que les nouvelles façons de faire de la recherche pour le développement, tout ce que l’on appelle les recherches participatives, ont rétabli sa pertinence pour le développement rural ? Ou bien est-ce que les taux d’adoption et l’impact des recherches continuent de frustrer les chercheurs comme les bailleurs ? Il y a encore des chercheurs qui sont convaincus que la science peut changer l’histoire.
La recherche agronomique peut avoir l’impact attendu sur la pauvreté et les crises alimentaires, mais à condition et seulement si elle est intégrée dans une connaissance, une compréhension, une prise en compte plus large des systèmes de ressources naturelles (des écosystèmes), des communautés qui dépendent d’eux, et des politiques qui gouvernent leur gestion.
Un chercheur de l’ICRISAT (Institut international focalisé sur les zones semi-arides) résume très bien l’évolution : « dans le passé, on ne nous demandait pas d’avoir un impact. On nous demandait de développer de nouvelles technologies, des inventions, qui pouvaient diminuer les contraintes de production. C’est seulement depuis une dizaine d’années qu’on nous a demandé de regarder l’ensemble de la ferme, l’ensemble du système agraire, le niveau de vie des agriculteurs et les opportunités pour accroître les revenus. Et finalement à tout ce qui bloquaient les agriculteurs pour avancer. »
Autrefois il fallait seulement produire plus. Ce que l’on exige aujourd’hui de la recherche est infiniment plus complexe.

La nouvelle recherche doit intégrer des savoirs d’origines diverses: Il ne suffit plus en effet de produire de beaux et bons savoirs, il faut s’assurer qu’ils s’intègrent dans la réalité des circonstances d’un agriculteur, d’un village, d’une région.
Les agriculteurs eux-mêmes savent, mieux que quiconque, combien les choses DOIVENT changer. Ils ont, tout autant que les chercheurs, une vue partielle sur ce qui PEUT changer. La rencontre des savoirs est encore très largement à systématiser.
« Si on regarde les succès du passé, ils sont peu nombreux et assez anciens. Et une bonne partie du problème vient de ce qu’on ne s’attaque pas vraiment à l’ensemble des difficultés auxquelles les agriculteurs doivent faire face. Les agriculteurs et leurs familles vivent dans un monde difficile et doivent répondre à des problèmes complexes, et si on essaie de les aider à trouver des solutions à leurs problèmes, on ne peut le faire sans prendre en compte toute une série de dimensions en plus de celles pour lesquelles on a une expertise spécifique en tant que chercheur. Le travail utile et pertinent ne peut être qu’un travail d’équipe où se retrouvent des compétences pluridisciplinaires et alors, seulement alors, on a une chance d’accoucher d’une solution qui non seulement est une solution qui marche, mais qui est aussi une solution acceptée par les agriculteurs. » (d'après Dyno Keatinge, aujourd’hui directeur général de l’AVDRC, centre international travaillant sur les espèces potagères et basé à Taiwan)
La vraie question aujourd’hui me semble la question d’échelle. Pratiquer l’intégration à tous les niveaux, cela se fait déjà, (a) beaucoup dans les discours, (b) trop peu dans la pratique et (c) quand cela se fait, c'est à toute petite échelle, c'est-à-dire dans des villages pilotes. On sait travailler avec quelques dizaines, voire quelques centaines de familles rurales*. Mais on sait aussi que cette naissante efficacité doit impérativement passer du cent au cent million. Et il n’y a pas une recette universelle disponible pour réussir cet énorme changement d’échelle.
Dans un tel contexte, et face à un tel défi, les discussions actuelles sur la réorganisation des structures de recherche, comme celles qui concernent actuellement le système des centres internationaux de recherche agricoles, me semblent assez dérisoires. Au fond, on parle des structures surtout pour trouver le moyen de mieux les pérenniser, assez peu pour les rendre plus performantes sur le fond : les nouvelles structures seront-elles plus pertinentes, plus à l’écoute, auront-elle plus d’impact ? Certainement pas si cet objectif de pertinence n’est pas ce qui domine la réflexion.
A-t-on encore besoin d’un centre international qui travaille presque exclusivement sur l’amélioration génétique du maïs, du blé ou du riz ? Ne devrait-on pas plutôt créer de nouvelles structures intégratives pour répondre aux besoins d’une région ou sous-région particulière ?
Comment met-on les discours en pratique, à une échelle significative, sans d’abord mettre en place l’organisation que cela requiert ?
* l’exception à la règle, la seule que je connaisse du moins, est « le réseau haricot » en Afrique de l’est. Encore n’est-il qu’un exemple d’intégration entre acteurs à grande échelle, et pas encore un exemple d’intégration à l’intérieur d’un système ou d’un petit nombre de systèmes agraires. Les agriculteurs satisfaits des résultats de ce programme n’ont pas manqué d’interpeler les chercheurs pour qu’ils ouvrent leur programme notamment à d’autres cultures que le haricot, qu’ils ont en mélange sur leurs fermes.
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mercredi, 11 juin 2008
Crise alimentaire: 1% des dépenses militaires y suffirait
Tous les chefs d’Etat ou leurs représentants qui se sont réunis à Rome trois jours la semaine passée pour ne pas trouver de quoi aligner ne serait-ce que la moitié des 30 milliards nécessaires pour sauver des millions d’enfants d’une mort certaine sont les mêmes qui, en 2007, ont dépensé 1.339 milliards de dollars (851 milliards d'euros) pour acheter des armes de toutes sortes. Les dépenses militaires mondiales, qui se sont accrues de 6% en 2007 en glissement annuel ont bondi de 45% en dix ans, selon le rapport annuel de l'Institut international de recherche pour la paix à Stockholm (SIPRI), publié lundi (AFP).
Les Etats-Unis représentent à eux-seuls 45% de ce total, qui correspond à 2,5% du produit intérieur brut (PIB) mondial ou encore à 202 dollars (128,4 euros) par personne.
"Les facteurs expliquant l'accroissement des dépenses militaires mondiales sont, entre autres, les objectifs de politique étrangère des pays, les menaces réelles ou supposées, les conflits armés et les politiques destinées à contribuer aux opérations de maintien de la paix multilatéral combinés à la disponibilité des ressources économiques", commente le SIPRI.
Cette hausse est à la fois "excessive et obscène", a réagi M. Jayantha Dhanapala, membre du SIPRI et ancien sous-secrétaire général des Nations unies pour le désarmement, au cours de la conférence de presse organisée à Stockholm pour présenter le rapport.
Obscène, c’est le mot !
Et qu’est-ce qu’en pensent, par exemple, les citoyens russes ? Pour la période 1998-2007, l'Europe de l'Est - qui ne sait pas comment dépenser son argent plus utilement - a enregistré la plus forte hausse de ces dépenses qui ont plus que doublé (+162%) et c'est également dans cette région que les dépenses ont le plus augmenté l'an passé (+15%), note ce rapport. Avec 13% d'augmentation en 2007, la Russie compte pour 86% de l'accroissement des dépenses régionales.
L'institut relève que l'augmentation des dépenses militaires des Etats-Unis a, en 2007, atteint un niveau supérieur à celui enregistré pendant la Seconde guerre mondiale!

"Depuis 2001, les dépenses militaires américaines se sont accrues de 59%, principalement en raison des opérations militaires en Afghanistan et Irak mais aussi en raison de l'accroissement du budget de la défense de base".
Et toutes les 30 secondes, un enfant africain meurt de faim…
11:36 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise alimentaire, agriculture, faim, développement, aide internationale
mardi, 10 juin 2008
Crise alimentaire mondiale: pas une crise!
Racine profonde. Dans les pays du Nord, selon les statistiques de la Banque Mondiale, les deux-tiers des jeunes vont jusqu’à un niveau d’études supérieures (ce qui ne veut pas dire qu’ils complètent tous ce cycle). En Amérique latine la proportion est de 29%, en Asie de 20% et en Afrique sub-saharienne d’à peine 5%, Afrique du Sud incluse. Première racine profonde à la crise actuelle : un sous-investissement chronique dans l’éducation.
Traduction dans la recherche. Je me faisais le relais, dans une note précédente, d’une information donnée par le directeur du GCRAI, selon laquelle aucun sélectionneur, en Indonésie, a moins de 50 ans. Aujourd’hui je vois sur le site du réseau SciDev.Net que le ministre de la recherche de Zambie considère qu’il faudra peut-être relever l’âge de la retraite de ses scientifiques à 70 ans au moins. Faute de formation de jeunes et faute de crédits dans la recherche qui reçoit moins de 1% du budget de l’Etat. Ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres de ce que les gouvernements et leurs politiques nationales pèsent et continueront de peser lourd dans la crise en cours. Infiniment plus que les biocarburants, utilisés un peu vite comme alibi par tous ceux qui ne veulent pas qu’on pointe trop le doigt dans leur direction.
Utilisons le terme exact. La crise alimentaire est-elle une crise? François Bayrou, ex-ministre de l’éducation et aujourd’hui président d’un parti virtuel, nous rappelait gentiment hier qu’on ne devrait pas parler de crise du pétrole parce que contrairement aux crises précédentes, il ne va pas cette fois y avoir de baisse importante et durable du prix du baril. C’est une tendance, une évolution, pas une crise puisque c’est là pour rester, pour durer. La même chose s’applique au déficit alimentaire. Même si de bonnes récoltes cette année permettraient de diminuer l’intensité du phénomène, la tendance au déséquilibre entre offre et demande est là pour rester, pour durer. Les problèmes alimentaires d’aujourd’hui ne vont pas disparaître et ils ne devraient donc pas être appelés crise mais plutôt phénomène, déséquilibre, etc.
La crise alimentaire demande plus qu'une réunion de trois jours sans suite ou quelques vagues promesses non tenues. Elle demande une politique à tous les niveaux, national, régional, mondial. On ne s'occupe - à peine - que de l'urgence, comme si ce n'était qu'une... crise (entendez: passagère).
12:39 Publié dans Actualités , Economie , Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise alimentaire, agriculture, faim, développement, aide internationale, recherche
lundi, 09 juin 2008
Crise alimentaire et biocarburants de deuxième génération
A part les américains, à peu près tout le monde trouve scandaleux qu’on puisse utiliser des cultures alimentaires pour faire des biocarburants. Et donc on parle (beaucoup) d’autres espèces, arbustives ou arboricoles notamment, qui permettraient de produire de nouveaux biocarburants. Parmi elle, et très à la mode, le jatropha.
Extrait d’un article du Figaro publié ce jour : Le jatropha est une plante oléagineuse voisine du ricin qui suscite beaucoup d'espoir dans les régions tropicales. Également appelé pourghère ou tabanani, ses graines peuvent produire jusqu'à 1900 litres de diester par hectare, soit deux fois plus que le colza. Mais, pour obtenir de tels rendements, il doit être implanté sur des sols riches plutôt réservés aux cultures vivrières. « Pour toutes ces raisons, le jatropha a surtout vocation à répondre à des besoins énergétiques locaux, qu'il s'agisse d'alimenter des moteurs agricoles ou une petite centrale électrique comme c'est déjà le cas au Mali », tempère Christian Sales, chercheur au Cirad.
J’aurais bien aimé que mon collègue signale aussi à tous les politiques qui se précipitent pour décider d’en planter des milliers d’hectares dans leur pays, que cette plante a toutes les caractéristiques d’une plante invasive, c'est-à-dire d’une plante qui envahit l’espace, éliminant les autres, et dont il devient extrêmement difficile de se débarrasser. Encore un domaine où quelques recherches préliminaires ne seraient pas superflues.
17:07 Publié dans Actualités , Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise alimentaire, agriculture, faim, développement, aide internationale, recherche
Crise alimentaire : des images choquantes

Vous avez peut-être vu de telles images sur vos petits écrans ces derniers jours ou sur Télé-matin aujourd’hui même. Dans plusieurs pays européens, des producteurs ont déversé leur lait dans les champs pour protester contre l’augmentation du prix du gazole. En même temps on nous explique que les agriculteurs allemands reçoivent de 28 à 34 cts pour un litre de lait vendu 73 cts au supermarché. Et les superdiscounters annoncent leur désir de baisser ce prix de vente à 61 cts quand il faudrait l’augmenter puisque les coûts de production augmentent. Tiens, il y a peut-être quelque chose à changer dans ce monde en folie, dans ce domaine aussi.
Lu sur Romandie.news www.romandie.com
"Au lieu de verser des larmes de crocodiles parce que le prix du lait a un peu reculé par rapport aux prix records de l'an dernier, les producteurs devraient plutôt danser de joie que les prix soient toujours nettement plus élevés qu'il y a deux ans", a critiqué le directeur pour le commerce et l'agriculture de l'OCDE, Stefan Tangermann, dans le quotidien économique Handelsblatt à paraître demain mardi.
M. Tangermann a aussi fustigé les producteurs allemands pour avoir jeté du lait en grande quantité en signe de protestation et le soutien qu'ils ont obtenu dimanche du ministre de l'Agriculture, Horst Seehofer.
"A l'heure de la pénurie alimentaire mondiale qui conduit à des révoltes dans d'autres pays, de telles actions consistant à jeter de la nourriture en grande pompe dans une Allemagne nageant dans l'abondance avec la bénédiction de la politique ne rencontrent guère de compréhension à l'étranger", a-t-il ajouté.
Comme toujours il y a deux sons de cloche (de vache)…
15:15 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise alimentaire, agriculture, faim, développement, aide internationale
vendredi, 06 juin 2008
Crise alimentaire, dit papa, ça se traduit comment en Amérique ?
Par : $$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$ !
Patrick Yeu m’envoie un lien avec un article du New York Times qui vaut son pesant de cacahouètes (de Georgie). Fin du sommet de Rome sur la crise alimentaire. Qu’est-ce que les américains en ont compris ? Qu’il faut investir massivement dans l’agriculture américaine et tout l’agrobusiness américain. « Allez-y, ils ont besoin de nourriture, on va en produire beaucoup plus, avec plus d’eau, plus d’engrais et de pesticides, des machines encore plus performantes, etc. La demande ne va pas diminuer, les prix non plus, c’est le moment d’acheter. »
Critiquer les américains, on sait faire. Est-ce qu’on pense différemment chez nous ? Qui ose dire, chez nous, qu’il faut supprimer les subventions agricoles européennes ? Zéro. Bové préfère taper sur des OGM insignifiants que de s’attaquer à cette vraie question.
Au fait, personne ne m’a encore dit si tous les agriculteurs céréaliers français qui recevaient des centaines de milliers d’euros de subventions en 2006 les reçoivent toujours en 2008 quand les prix sur le marché ont doublé ?
Je ne suis pas souvent d’accord avec lui, mais cette fois j’approuve. Selon Jean Ziegler (Le Monde de ce jour) , pour qui le sommet de Rome est « un échec total », il y a trois choses urgentes à faire. « Tout d'abord, l'interdiction totale de brûler de la nourriture [entendez : du maïs] pour en faire des biocarburants. Ensuite, retirer de la Bourse la fixation des prix des aliments de base, et instaurer un système où le pays producteur négocie directement avec le pays consommateur pour exclure le gain spéculatif. Troisièmement, que les institutions de Bretton Woods, notamment le Fonds monétaire international, donnent la priorité absolue dans les pays les plus pauvres aux investissements dans l'agriculture vivrière, familiale et de subsistance. »
C'est tellement évident qu'ils ne risquaient pas de se mettre d'accord là-dessus les cravatés du sommet de Rome!
16:35 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : crise alimentaire, agriculture, faim, développement, aide internationale

