jeudi, 25 septembre 2008

« Le jour du dépassement global »

C’est nouveau, ça vient de sortir… mais est-ce que cela servir à quelque chose ? Le Monde rapporte qu’une ONG canadienne a inventé un nouveau concept pour essayer de réveiller le monde : celui du jour où nous autres, stupides humains, avons épuisé les ressources produites par notre planète pour l’année en cours. Nous venons de le passer, c’était mardi dernier. Ce que cela veut dire, c’est que du 24 septembre à la fin de l’année nous dépensons des ressources que nous n’avons pas, que nous dépensons l’avenir. En somme, on vit à crédit, un crédit sur le futur, personne ne sachant si et comment on pourra le rembourser.

Est-ce qu’une seule autruche sortira sa tête du trou pour autant ? C’est douteux, même si l’essai (et le concept) ne manque pas d’intérêt. Nous vivons dans des sociétés où l’individualisme, l’égoïsme, l’indifférence sont en croissance exponentielle. Tel des assidus de Goscinny, une poignée d’irréductibles résistent encore à l’envahissement. Gagneront-ils contre la majorité qui veut continuer de rouler en 4x4 climatisé, de bétonner le littoral ou de manger un steak de charolais chaque midi ? Je l’espère. Je crois davantage à la bonne gouvernance, qui impose les mesures nécessaires, qu’au « bottom-up » où chacun « prendrait conscience » et commencerait à se comporter en citoyen du monde. Faut pas rêver.

J’entends d’ici ceux qui vont dire « et vous beau parleur, que faites-vous pour changer votre style de vie dans le bon sens ? ». Moi j’ai la plus petite et une des plus économes voitures du marché, sans climatisation. Je surveille étroitement ma consommation d’eau. J’investis cette année dans le remplacement de ma chaudière au fioul dans une pompe à chaleur et des panneaux solaires. Et pour mes loisirs je n’utilise que le vent… Oui je fais attention, même sachant que le comportement d’une seule famille ne change pas grand-chose. Mais sachant aussi que la plage est faite de grains de sable.

Ceux qui ne veulent rien changer à leur style de vie disent que « science et technologies y pourvoiront », demain, dans dix ans, dans cent ans, comme cela s’est toujours fait dans le passé. Je suis convaincu qu’on a passé un cap et que ce n’est plus vrai, même si les technologies continuent de progresser à un rythme toujours plus élevé. Je me soucie aussi de l’équité dans cette dépense inconsidérée de ressources : pouvons-nous durablement nous arroger unilatéralement le droit de dépenser dix fois plus, de ces ressources que la planète produit par année, que les habitants du Bangladesh, de la Somalie ou de l’Afghanistan?

lundi, 15 janvier 2007

Le grand retour du DDT?

Extrait - traduit très librement - d’un article de Charles Mkoka sur le réseau SciDev.Net

L’insecticide interdit – le DDT – fait-il son grand retour en Afrique, comme moyen de lutte contre le paludisme?

Il semble que la principale inquiétude des pays africains dans ce domaine, ce ne sont pas les dangers pour la santé et l’environnement, mais plutôt les dangers pour les exportations agricoles qui risquent de se voir interdire l’entrée dans les pays du Nord où l’usage du DDT a été banni depuis longtemps.

Une réunion a eu lieu au Malawi vendredi dernier pour discuter des risques et des avantages du DDT. D’après le directeur du programme national de contrôle du paludisme au Malawi, le DDT est toujours un des moyens les moins chers de combattre le paludisme.

En septembre dernier, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a publié des recommandations indiquant que le DDT – qui présente un danger pour l’environnement à long terme - pourrait être utilisé ponctuellement, sous conditions, comme pour des traitements à l’intérieur des maisons.

Le gouvernement ougandais a annoncé le mois dernier qu’il allait utiliser cet insecticide pour lutter contre le paludisme. Mais les producteurs de légumes ougandais ont répliqué que les régulations européennes leur fermeraient aussitôt le marché européen, très lucratif pour eux.

Au Kenya, les autorités sont encore hésitantes parce que les exportateurs de fleurs disent que la convention de Stockholm rend toute vente impossible en Europe si le DDT est réutilisé, ne serait-ce qu’à l’intérieur des maisons.

Le Malawi est l’un des six pays d’Afrique qui participent à l’initiative du président américain sur le paludisme lancée en décembre. L’objectif est de diminuer de moitie le nombre de morts dues au paludisme d’ici cinq ans, en ciblant l’action sur les personnes les plus vulnérables : les femmes enceintes et les jeunes enfants.

Une partie des 15 millions de dollars reçus par le Malawi dans le cadre de ce programme a été mise de côté pour l’achat de DDT, si un accord pour son utilisation est obtenu des autorités.

jeudi, 04 janvier 2007

La biodiversité et les personnes vulnérables

Ce qui suit est extrait (et traduit assez librement) d’un article paru en août 2006 dans la revue en libre accès sur Internet PLoS Biology (volume 4, no.8, pages 1300-1305). L’article passe en revue les rôles que joue la biodiversité et les risques pour l’homme de l’érosion de plus en plus rapide de cette biodiversité. Je m’intéresse ici à un point particulier, déjà souligné dans l’extrait de l’intervention de Nicolas Hulot à l’UNESCO (voir la note précédante) : les premières victimes de la dégradation de notre environnement et de l’érosion de la biodiversité – toutes choses dues à notre mode de vie - sont les personnes les plus pauvres qui vivent dans les pays du Sud.

Les personnes qui sont les plus dépendantes des services rendus par les écosystèmes, comme les petits agriculteurs, les pauvres du milieu rural, les sociétés traditionnelles, sont ceux qui sont les premiers touchés par la perte de biodiversité avec des conséquences désastreuses importantes et immédiates. Ce sont ces gens-la qui sont en effet les plus dépendants de « l’assurance » que représente la biodiversité des écosystèmes naturels en terme de sécurité alimentaire et d’accès permanent aux plantes médicinales, au bois de chauffage, à des matériaux de construction comme en terme de protection contre les aléas naturels que sont les orages ou les inondations. Dans bien des cas les services rendus aux secteurs les plus aisés de la société sont subventionnés et laissent les pauvres payer l’essentiel du coût de la perte de biodiversité. Des exemples qui illustrent ce fait ? L’impact de nos agricultures industrielles subventionnées sur la petite agriculture tropicale. L’impact de la pêche industrielle subventionnée sur les petits pêcheurs pauvres du Sud. Du fait de leur absence de pouvoir économique, les secteurs les moins privilégiés de la société ne peuvent pas compenser leurs pertes en services rendus par les écosystèmes en achetant des biens et des services ailleurs, et typiquement ils n’ont aucun pouvoir sur les politiques nationales ou internationales. Quand la qualité de l’eau se détériore sous l’effet de l’usage excessif d’engrais et de pesticides par ceux qui peuvent pratiquer une agriculture industrielle, les pauvres n’ont pas les moyens d’acheter de l’eau potable ailleurs. Quand les ressources naturelles en protéines et vitamines, issues de la chasse et de la cueillette de fruits disparaissent parce que la forêt disparaît, les riches peuvent encore acheter de la viande et des fruits, mais les pauvres cessent d’en manger. Quand la capacité des écosystèmes naturels à compenser les effets des orages et des inondations est perdue du fait du bétonnage des zones côtières, ce sont ceux qui ne peuvent pas migrer – par exemple les petits pêcheurs – qui en souffrent le plus. En résumé, l’érosion de la biodiversité et des services qu’elle rend accentue les inégalités et la marginalisation des personnes les plus vulnérables, en diminuant leur accès à toute une série de matériaux qui sont pour eux une garantie de vie saine, et en réduisant leur liberté de choix et d’action. Un développement économique qui ne tient aucun compte de ses effets sur l’érosion de la biodiversité aura très probablement pour conséquence d’aggraver la pauvreté, alors qu’en même temps d’autres secteurs en tireront profit. L’érosion de la biodiversité est très étroitement et indissolublement liée à la question de la pauvreté, identifiée par les Nations Unies comme la plus grande menace pour le futur de la planète. On doit marteler cette conclusion pour qu’elle entre dans le crâne de toutes les autruches qui dirigent le monde et qui pensent que la biodiversité n’est qu’une préoccupation intellectuelle de gens aisés.

Je soutiens Nicolas Hulot

Nous foutons en l’air notre planète et les premières victimes de notre confortable insouciance sont ceux qui souffrent déjà le plus de la pauvreté et de la malnutrition au Sud.

La recherche s’engage pour trouver des solutions, pour aujourd’hui, pour demain, pour reconstruire des agro-ecosystèmes dégradés ou pour faire que l’on produise mieux et plus durablement. Mais l’engagement doit être de tous.

Je ne peux donc que soutenir l’engagement de Nicolas Hulot.

(…) On nous a vanté le XXIe siècle comme un siècle qui serait le siècle de l’éthique ou le siècle de la spiritualité. Il serait temps d’ailleurs parce que l’homme n’est plus relié à rien et c’est probablement d’ailleurs la raison de son grand désarroi. Eh bien, l’impératif écologique nous oblige urgemment à inscrire trois formes de solidarité. Une solidarité dans l’espace parce que, comme on l’a dit tout à l’heure, les premières victimes, ce seront ceux du Sud notamment. Et vous le savez très bien d’ailleurs, un degré d’élévation de température dans la fourchette basse, dans la bande sahélienne, ça rend l’usage des sols impossible, ça rend l’accès à l’eau encore plus difficile, ça rend le prélèvement des ressources halieutiques encore plus problématique. Et que personne n’imagine que nous pourrons observer cela à l’abri derrière nos frontières. Non. Ils auront toute légitimité pour aller voir ailleurs, pour trouver des sols et des zones plus viables. La deuxième notion de solidarité, j’y suis profondément attaché, parce que cela fait partie des transgressions qui nous ont laissés totalement insouciants depuis quelques décennies, c’est que nous nous sommes désolidarisés du vivant. L’homme pense pouvoir détacher sa branche de l’arbre de la création impunément. Au-delà de l’aspect éthique, je dirais que c’est – pour employer un euphémisme – une bêtise ou en tout cas la pire des vanités. Vous savez, j’ai toujours pensé que la blessure la pire infligée à l’amour propre de l’humanité – et encore d’ailleurs cette blessure n’est toujours pas cicatrisée – c’est quand Darwin nous a fait la démonstration que nous n’avions, nous les hommes, pas fait l’objet d’une création séparée. De la même manière que nous avons longtemps, et que certains continuent de refuser cette communauté d’origine avec tout ce qui vit sur terre, nous nous entêtons à accepter que nous avons une communauté de destin. Et il est temps que nous sonnions la réconciliation avec tout ce qui vit sur terre. Enfin, et c’est probablement ce qui nous réunit ici, c’est que cette injonction écologique ou climatique nous oblige à une troisième forme de solidarité : la solidarité avec le futur, car nos enfants sauront que nous savions et que nous n’avons rien fait !
(extrait de l’intervention de Nicolas Hulot à l’UNESCO, Paris, le 25 novembre 2007)

Vous pouvez soutenir l’action de Nicolas Hulot en visitant le site de son association,

et en signant le pacte écologique, comme je viens de le faire.

mardi, 24 octobre 2006

Rapport « Planète vivante 2006 » du WWF

Biodiversité et consommation, un nouvel équilibre à trouver : Rapport « Planète vivante 2006 » du WWF

Je reprends ici, in extenso, la nouvelle publiée ce jour sur le site du WWF et invite tous les bloggeurs à faire de même. C’est un message d’alerte à relayer !

Les écosystèmes naturels de la planète se dégradent à un rythme encore jamais atteint dans l’histoire de l’humanité. En trente ans, les animaux vertébrés ont vu chuter leur population de près d’un tiers. La faute à qui ? A une partie de l’humanité qui vit au dessus de ses moyens par rapport aux ressources naturelles disponibles de la planète. Les Français ne font pas exception, loin s’en faut : si tous les habitants du monde vivaient comme nous, il faudrait la capacité biologique de trois planètes pour satisfaire la demande.

Le dernier rapport « Planète vivante » du WWF publié aujourd’hui montre que la planète est en perte régulière de biodiversité : - 31 % d’espèces de vertébrés terrestres, - 28 % d’eau douce, - 27 % d’espèces marines.

L’empreinte écologique - indicateur environnemental qui mesure l’impact des activités humaines sur l’environnement - dépasse d’environ 25% la capacité biologique de la terre contre 21% dans le précédent rapport daté de 2004. L’humanité consomme donc trop et hypothèque les ressources naturelles des générations futures. Au rythme actuel, il faudrait l’équivalent biologique de deux planètes en 2050 pour satisfaire à la demande mondiale si nous ne changeons pas nos modes de consommation et de développement. Les Etats-Unis et l’Europe consomment à l’excès des ressources naturelles qu’ils n’ont pas. En effet, un habitant de la planète devrait utiliser au maximum 1,8 hectare « global » (évaluation moyenne par habitant de la superficie disponible biologiquement productive) compte tenu des capacités de régénération des ressources naturelles. Or, un Américain utilise 9,6 ha ; un Français 5,6 ha. Nous sommes donc débiteurs par rapport à tous ceux qui exploitent moins de 1,8 ha comme c’est le cas d’un Indien, d’un Vietnamien, d’un Péruvien ou d’un Soudanais. Selon Bernard Cressens, Directeur des Programmes WWF-France, « l’empreinte écologique de la France compte parmi les douze plus mauvaises sur les 147 pays référencés. C’est notre consommation énergétique (énergie fossile et nucléaire) qui pèse le plus lourdement dans notre empreinte ( + de 50%). »Pour le WWF, il est encore temps de faire des choix cruciaux. Le rapport Planète Vivante 2006 propose un scénario de sortie de crise d’ici 2050 permettant à la fois un développement durable et une restauration progressive de la biocapacité.

« Nous vivons au dessus de nos moyens et ce sont les choix que chacun de nous fera aujourd’hui qui détermineront les possibilités des générations qui nous suivront » James P.Leap, Directeur général WWF-International.

Pour les plus curieux, l'intégralité du rapport : Planète vivante 2006

lundi, 23 janvier 2006

Peuples indigènes et conservation de l’environnement

J’ai reçu l’information par courriel vendredi. Elle provient du Centre international de recherche sur les forêts, le CIFOR.

Une étude menée par une équipe de l’Université de l’Idaho (USA) dans une réserve du Nicaragua montre que les peuples indigènes respectent leur forêt et déboisent beaucoup moins que les non indigènes, en moyenne dix-sept fois moins.

On discute depuis longtemps pour savoir si les peuples indigènes ont conscience de la valeur de leur environnement et en prennent soin en conséquence. Ceux qui se font leurs porte-parole ne manquent pas de rappeler que ces peuples ont vécu des milliers d’années dans ces forêts sans les détruire. D’autres affirment que les indigènes, comme tout autre groupe, sont prêts à détruire leur forêt pour gagner un peu d’argent.

L’étude a montré que les colons détruisent beaucoup plus que les indigènes, essentiellement parce que leurs pratiques agricoles sont différentes. Les colons coupent la forêt et plantent du riz par exemple. Quand le riz ne donne plus assez, ils le remplacent par des fourrages et mettent leurs animaux dessus sans laisser à la terre le temps de se reposer. La présence de leurs animaux leur permet aussi de revendiquer la propriété de la terre. Les indigènes, eux, préfèrent garder leurs animaux à la ferme et gérer leurs terres de façon communautaire, entre deux cycles de culture.

Bien sûr, les auteurs de l’étude soulignent qu’il ne s’agit que d’un exemple, qu’on ne peut sans doute pas généraliser. Reste que cela souligne combien le renforcement des droits des peuples indigènes a servi la cause de cette réserve. Dommage que le gouvernement n’ait pas été capable de faire respecter ces droits dans la partie sud de la même réserve, détruite en grande partie par les colons.

Pour moi, la leçon c'est celle du savoir partagé. Pourquoi les décideurs devraient-ils décider sans consultation parce que les consultables sont des gens moins éduqués qu'eux? Pourquoi les chercheurs devraient-ils avoir le monopole de l'expertise, parce qu'ils ont fait de longues études? Tous doivent pouvoir se faire entendre, être écoutés, dans le respect. La raison n'appartient en exclusif à aucun groupe.