samedi, 22 novembre 2008

Merci

Merci à tous ceux et celles qui sont venus à la Maison du Départment du Gard hier soir et qui m'ont dit avoir passé une excellente soirée. Merci à ceux et celles qui étaient là et ne font pas que parler de solidarité mais la pratiquent en aidant telle ou telle communauté africaine à améliorer peu à peu ses conditions de vie. J'ai, parait-il, bousculé "fortement" quelques idées reçues, souvent véhiculées par la presse comme encore ce matin dans Le Monde, sur le lien entre la crise alimentaire et les biocarburants. Vous avez aimé et m'avez invité à recommencer. Je le ferai.

Personne n'a attendu la canne à sucre pour inventer la monoculture. Elle a existé chez nous avant d'envahir les savannes brésiliennes. Et on mélange un peu trop souvent savanne et forêt amazonienne, en se servant un peu trop du doute de la frontière (certes mouvante) entre les deux. Le Brésil peut encore mettre en culture des surfaces immenses sans pour cela toucher à sa forêt amazonienne. Et la concurrence qui existerait entre la canne et les cultures vivrières a été et continue d'être exagérée par les activistes relayés (toujours avec plaisir) par les médias. On ne doit pas la nier, c'est vrai, mais elle est l'exception, pas la règle. Et surtout il faut arrêter de tout reconsidérer tous les six mois parce que le prix du pétrole monte ou chute. Quand il atteignait les nuages tout le monde louait le Brésil pour sa clairvoyance et sa recherche. A moins de 50 dollars le baril aujourd'hui on bouderait la conférence brésilienne sur les biocarburants? C'est d'une grande stupidité. Le baril va remonter parce qu'il ne peut que remonter vers les nuages: où sont les nouvelles découvertes de champs de pétrole qui justifieraient un changement de tendance? Cette énergie fossile s'épuise, nous le savons tous, et les investissements dans les énergies alternatives sont plus que jamais nécessaires.

mardi, 16 septembre 2008

Ecouter pour innover : l’exemple du chuño bolivien

L’article est paru dans le New Agriculturist, et constitue un bon exemple de projet co-construit avec tous les acteurs d’une filière. Un des responsables du projet rappelle les difficultés au départ : « le principal défi était de réunir autour d’une même table des gens ayant des perspectives différentes, issus de milieux très différents, et de créer un climat de confiance ».

2008 est l’année de la pomme de terre, et l’exemple en question concerne un ensemble de variétés blanches d’altitude, cultivées depuis des millénaires par les communautés Amyara et Quechua. Traditionnellement, les pommes de terre sont séchées sur le sol, par l’alternance de grandes variations de températures jour-nuit. Elles subissent en fait plusieurs gels nocturnes, puis finissent sous les pieds des femmes pour éliminer le peu d’eau restante, et les pommes de terre séchées ainsi obtenues peuvent se garder des mois voire des années, quand que les pommes de terre non séchées subissent les attaques de divers parasites et pourrissent en quelques jours. Considérées comme une nourriture de pauvre, ces pommes de terre séchées étaient rarement vendues sur les marchés de la capitale ou dans les supermarchés. Le projet, qui réunissait des agriculteurs, des commerçants, des transformateurs, des exportateurs, des spécialistes de la cuisine et des organisations de recherche nationales et internationale (le Centre International de la Pomme de terre, CIP) a permis d’améliorer la qualité du produit et de le faire passer au rang de « produit andin naturel et sain ». Les chuños se vendent désormais sur des marchés de spécialités au Brésil, en Argentine, en Espagne et aux Etats-Unis. Des sous-produits, farines et soupes se développent et se créent un marché.

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(photo: CIP)

Aujourd’hui les agriculteurs qui participent au projet connaissent mieux la filière. Ils savent l’importance des critères de qualité. Ils ont accès aux informations sur le marché et sont devenus plus compétitifs. Les chuños font partie de la culture alimentaire de la Bolivie. Ils ne sont plus aujourd’hui seulement une agriculture de subsistence, le monde les découvre et les apprécie. Combien de cultures inconnues ou oubliées pourraient ainsi arriver sur nos marchés, être appréciées des consommateurs que nous sommes, et en même temps contribuer à améliorer le niveau de vie de ceux qui sont aujourd’hui les plus démunis ?

mercredi, 24 janvier 2007

Le défi du XXIème siècle : l’eau seulement ?

Notre quotidien préféré consacre une page au problème de la gestion de l’eau au 21ème siècle, sous le titre « Le défi ». Puisque la mode et l’époque est aux sondages, je me demande si l’eau qui vient à manquer sur les rives est et sud de la Méditerranée, comme dans bien d’autres régions arides du globe, c’est un sujet susceptible d’intéresser beaucoup, sinon de mobiliser les lecteurs du Midi Libre. Dans notre région, nous consommons jusqu’à 200 litres par habitant par jour (plus que partout ailleurs en France à l’exception de la région PACA). L’usage de l’eau domestique n’est visiblement un souci pour personne. Bien sûr, pour nos agriculteurs, nous savons depuis quelques années que les choses ne sont pas aussi roses. Mais globalement, qui se soucie de l’eau en France ou ailleurs (loin du coeur...) ? Très peu, trop peu de gens. Il y a donc un énorme travail de communication et d’éducation à faire.

Mais mon propos est autour « du » ou « des défis de notre siècle. Entre parenthèses, je n’entends pas beaucoup les candidats à la présidentielle parler de ces défis, et l’absence de Nicolas Hulot du paysage ne va pas arranger ça. L’eau, c’est une ressource essentielle, qui diminue dramatiquement, mais ce n’est pas la seule. On nous parle un peu des énergies fossiles. 30 ans ou 50 ans de réserves, c’est rien, c’est demain, et cela devrait nous angoisser au moins autant que de manquer d’eau. L’attitude dominante, c’est de faire l’autruche, style « c’est pas encore pour demain » ou « en France on a des idées ».

Mais il y a plus grave encore, et là, franchement, tout le monde s’en fiche comme de sa première sucette, c’est le problème de l’alimentation mondiale. Dans 40 ans - c’est encore et toujours demain - il faudra avoir doublé les productions agricoles mondiales pour répondre aux besoins de la population d’alors. Pas chez nous. Produire plus chez nous, Francis, ne sert à rien puisque ceux qui vont crever de faim demain n’auront pas les moyens de nous acheter ce que nous produirons à prix d’or, puisque sans subventions européennes ou françaises. Il faut que l’Afrique, pour prendre l’exemple qui va le plus nous affecter demain, produise chez elle ce dont elle aura besoin. Au train où vont les choses, avec moins d’eau, moins d’énergie, une surface cultivable par habitant qui diminue comme peau de chagrin, des sols de moins en moins fertiles, le changement climatique, les maladies qui émergent, qui resurgissent, qui s’amplifient, et tous les cons qui se battent pour empêcher les recherches d’avancer, on ne voit vraiment pas comment on pourra éviter une catastrophe d’une ampleur sans précédent. C’est ça le GRAND DEFI du XXIème siècle.

Lisez ou relisez (ce que je vais faire) la petite histoire de l’avenir de Jacques Attali, et posez-vous la question du « comment ? ». Comment va-t-on pouvoir faire, avec quel type de gouvernements et d’hommes politiques, avec quel type de citoyens et d’organisations citoyennes va-t-on pouvoir faire bouger notre monde vers un monde plus conscient et donc plus solidaire ?

Notre mode de vie n’est pas durable. Ceux qui en profitent aujourd’hui - vous, moi, tout le monde autour de nous - ruinent et condamnent la terre de leur enfants.

dimanche, 12 mars 2006

Le lait des enfants du Sud

Quand je travaillais au Brésil, dans les années 80, je pestais contre le décalage observé entre des recherches animales sophistiquées – en reproduction comme en santé animale notamment – et les recherches sur l’alimentation animale, encore à l’âge de pierre. Et ceci dans un pays qui est un des très rares à avoir un programme de recherche significatif sur les plantes fourragères.

medium_stevemannilri_1.jpgCette semaine, j’ai lu un article publié sur le site du « New Agriculturist online », qui concernait l’alimentation animale en Inde. Densité de population oblige, les bovins doivent avaler 40% de résidus agricoles de mauvaise qualité et 60% on-ne-dit-pas-de-quoi, mais sans doute des « fourrages » de mauvaise qualité aussi, à savoir les plantes qui poussent sur les bords de route et les terrains vagues. L’article souligne en effet que dans un pays où le secteur privé semencier s’est bien développé par ailleurs, il n’y a pas de semences fourragères disponibles.

Pour faire court, je dirai que presque personne ne travaille sérieusement sur cette question de l’alimentation animale, quand bien même tout le monde répète et répète encore que la demande pour les produits animaux, lait et viande, explose partout. C’est un vrai paradoxe. Et une absurdité, parce que, comme pour les autres plante cultivées, il existe dans la nature une diversité disponible tout à fait extraordinaire, et qu’il suffit donc (a) de la rassembler (b) de l’étudier un peu, comparant les avantages des unes et des autres (plantes) (c) de multiplier les meilleures par voie de graines et (d) de les donner à quelques agriculteurs-entrepreneurs pour qu’ils créent le marché. Le CIAT a récemment fait la démonstration en Asie du Sud-Est que c’était une voie qui pouvait très bien fonctionner, même en zone à forte densité (donc sans trop de place pour les pâturages). Le même institut a également montré que les légumineuses fourragères d’Amérique latine pouvaient remplir plusieurs rôles utiles à la ferme, comme aliment pour le bétail, mais aussi comme élément améliorant la structure et la fertilité des sols, du fait de leur capacité à fixer l’azote de l’air (via des bactéries symbiotes).

Bref, je montre seulement, par cet exemple, qu’il y a des pans entiers de recherche qui ne se font pas (ou si peu…). Et ici encore, les recherches du Nord qu’on veut nous vendre comme « répondant aux besoins de tous » ne répondent en rien aux besoins des productions animales des petits agriculteurs du Sud. Il y faut des recherches spécifiques. En leur absence, les vaches indiennes continueront de manger des résidus agricoles de mauvaise qualité qui ne leur permettent que de produire une quantité dérisoire de lait chaque jour.

Et ici encore, les victimes sont les enfants.

Photo: Steve Mann (ILRI) - vaches mangeant des résidus de culture de sorgho, près de Hyderabad (Inde)