lundi, 09 juin 2008

OGM : encore du tout-blanc-tout-noir, raz le bol !

Le Monde publie ce soir un article de Hervé Kempf qui sent bon le tout-blanc-tout-noir-tout-pourri-vendu. Derrière le titre « Les grands semenciers brevètent les gènes d'adaptation au changement climatique », HK nous informe que les centres internationaux de recherche agricole membres du CGIAR sont pieds et poings liés avec les grands méchants semenciers comme Monsanto pour assurer à ses derniers le monopole de l’utilisation des gènes de résistance à la sécheresse en Afrique. Ignoble! Ceci sur la base d’une information relayée par ETC et ses « chercheurs indépendants ». Et c’est qui qui les paient, les « chercheurs » activistes qui n'ont jamais rien cherché de cette ONG connue de longue date pour être 100% anti-OGM quel que soit l’OGM? Et si on veut avoir une information vraie, impartiale, sur ce qui existe derrière l’accord entre le CIMMYT, la Fondation Gates et le secteur privé, on va la chercher où ? Pas dans Le Monde, c’est clair, ou alors Hervé Kempf aurait aussi interviewé le CIMMYT et la Fondation Gates, pas seulement les opposants irréductibles d’ETC.

Moi qui ne suis pas journaliste je me suis quand même payé le luxe d’aller voir ce que le CIMMYT avait à déclarer, sur son site web, page intitulée : « l’initiative sur le maïs tolérant à la sécheresse en Afrique ». http://www.cimmyt.org/dtma/index.htm Je passe sur les détails. J’y ai quand même trouvé que le projet avait le soutien de tout un tas d'agences publiques, nationales, et pas seulement de Gates et du secteur privé. Et qu'il avait entre autres objectifs de produire des variétés résistantes qui seraient des variétés-populations, autrement dit des variétés que les petits agriculteurs pourraient replanter, cycle après cycle, sans avoir à racheter des semences chaque année chez un quelconque Monsanto… On lit ce qu’on veut lire, et donc on continue avec le tout-blanc-tout-noir. C’est cela qui aide chaque citoyen a y voir plus clair, à pouvoir se faire une opinion « informée » !

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Photo CIMMYT

mercredi, 30 avril 2008

interview "en español": les OGM sont-ils la solution à la crise alimentaire mondiale?

Ce midi, j'ai été appelé par une radio mexicaine pour donner, en direct, mon avis sur la crise alimentaire actuelle, ses causes, les remèdes possibles, et - pas de surprise - la dernière question du journaliste a été "pensez-vous que les OGM puissent être la solution?"

Je me fatigue un peu d'avoir à répondre à ce genre de question. D'abord cela m'exaspère que l'on parle "des" OGM. Dire "les OGM" c'est déjà démontrer qu'on ne connaît rien à la question. Il y a autant de différence entre le maïs de Monsanto qu'on a interdit à nos agriculteurs de planter cette année et certains OGM que concoctent certains labos publics (bien sûr non français) qu'entre un éléphant et une fraise des bois.

Et puis depuis plus de soixante ans maintenant, c'est la même histoire. Si vous savez qu'on peut faire un bon usage de l'énergie nucléaire comme on peut en faire un très mauvais usage, vous pouvez comprendre que c'est à peu près vrai de TOUTE technologie.

Alors ma réponse au journaliste mexicain a été: la solution est bien plus complexe que l'utilisation d'une simple technologie. On est en total déséquilibre entre l'offre et la demande en matière de céréales. Les pays du Sud ont beaucoup progressé, la croissance chez eux est plusieurs fois supérieure à la notre, et la consommation de leurs habitants a suivi. Les chinois et les indiens, en moyenne, consomment beaucoup plus aujourd'hui qu'il y a dix ans, et c'est vrai aussi pour les produits alimentaires, pas seulement pour la vente des téléphones portables. Comme on a négligé d'investir dans l'agriculture et la recherche agricole depuis 30 ans, il y a maintenant un décalage qu'on n'est pas près de rattraper. Au contraire, la crise va certainement s'aggraver au cours des prochaines années. Déjà l'Inde a annoncé une augmentation de 30% de son budget agricole, notamment pour remettre en état un système d'irrigation laissé à l'abandon depuis trop longtemps. Mais ce sont TOUS les pays du Sud qui devraient investir massivement, avec notre aide si nécessaire, et ils sont encore loin de le faire, voire d'y penser. A côté de cela, les OGM ne sont qu'une anecdote. On a besoin, d'abord, de combler l'écart entre ce qu'une variété améliorée traditionnelle (non OGM) peut produire sur les parcelles de la station de recherche et chez l'agriculteur. Cela peut être 4-5 tonnes dans le premier cas, et moins d'une tonne dans l'autre. Cela veut dire investir dans l'amélioration des pratiques agricoles comme par exemple la généralisation du semis direct, l'accès aux engrais verts, aux semences, etc. Mille et une choses sont nécessaires et possibles avant le recours aux OGM. Ce qui ne veut pas dire, surtout pas, qu'on ne va pas, d'ici quelques années, voir apparaître des OGM résistants à la sécheresse, ou à des maladies, des parasites qu'on ne sait pas combattre aujourd'hui, etc., et notamment et surtout des OGM de meilleur qualité nutritive qui amélioreront très sensiblement l'alimentation des populations les plus démunies. Technologiquement c'est possible. Bien sûr, ce n'est pas Monsanto qui va sortir ces variétés là. Mais elle viendront peut-être de recherches soutenues par Bill Gates. Et si cela permet d'éviter chaque année la cécité, le rachitisme, voire la mort de dizaines et de dizaines de milliers d'enfants, je ne ferai surement pas partie de ceux qui oseront encore crier haro sur les OGM !

mercredi, 07 mars 2007

OGM sans danger: LA FRANCE DESINFORMEE

Le réseau SciDev.Net a publié la nouvelle le 16 février dernier. Cela fera trois semaines ce vendredi. Et AUCUN JOURNAL FRANCAIS, AUCUNE TELEVISION ne s'en est encore aperçu. Personne n'a encore vu, voulu voir et/ou compris que l'article publié par les chercheurs chinois et américains dans le numéro de mars du Plant Biotechnology Journal révolutionnait totalement le débat sur les OGM. On peut discuter des qualités et des défauts des OGM existant aujourd'hui. Les OGM de demain, par contre, seront totalement garantis sans danger, que ce soit pour l'environnement ou pour la santé, puisque ni leur pollen ni leurs grains ne contiendront plus le transgène. Cette nouvelle devrait avoir fait la une des journaux. Personne n'est au courant. Pas même les scientifiques que j'ai cotoyé hier au salon de l'agriculture. On continue de parler des OGM comme s'il ne s'était rien passé. Je vous parie que si l'article avait conclu que les OGM sont nocifs pour la santé il aurait été déjà abondamment relayé dans tous nos medias!

VOILA COMMENT LES FRANCAIS SONT INFORMES SUR LES AVANCEES DE LA RECHERCHE !

mercredi, 21 février 2007

OGM 100% sans risque: le grand silence

Plant Biotechnology Journal
Vol. 5 Issue 2 Page 263 March 2007

'GM-gene-deletor': fused loxP-FRT recognition sequences dramatically improve the efficiency of FLP or CRE recombinase on transgene excision from pollen and seed of tobacco plants
Keming Luo, Hui Duan, Degang Zhao, Xuelian Zheng, Wei Deng, Yongqin Chen, C. Neal Stewart Jr, Richard McAvoy, Xiangning Jiang, Yanhong Wu, Aigong He, Yan Pei, Yi Li

L’article a maintenant été publié depuis plusieurs jours. Il constitue une véritable révolution dans le monde des OGM. Certainement LA nouvelle de l’année sinon de ces dernières vingt années, depuis que le premier OGM a été produit. Pourtant, aucun journal, aucun media français ne s’en est encore fait l’écho.

La technologie mise au point par l’équipe chino-américaine permet d’éliminer le gène introduit (le transgène) avant la floraison de la plante. Il n’y a donc plus aucune possibilité de transmission de ce gène ajouté, ni dans le pollen, ni dans les semences. Et donc plus aucune possibilité de pollution environnementale ou de risque pour la santé. Des OGM 100% sans risque !

Bien des vérifications restent bien sûr encore à faire, comme dans toute recherche, notamment être sûr que l’expérience réalisée sur le tabac marche aussi chez les autres espèces, avec de plus grandes descendances, etc. mais rien n’étant vraiment spécifique dans le protocole, on ne voit pas pourquoi il n’en serait pas ainsi.

Silence total. Au secours !

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lundi, 19 février 2007

OGM: le grand tournant

J’ai trouvé la nouvelle sur le réseau SciDev.Net, avec une note mise en ligne vendredi dernier et intitulée : l’outil du « gène coupeur » pourrait conduire à des variétés OGM plus sûres.

Un des gros arguments des anti-OGM est lié au fait que les plantes peuvent échanger des gènes via le pollen et la fécondation, et que par exemple un pied de maïs OGM peut envoyer son pollen sur un pied de maïs non-OGM et le « polluer ». De même, les semences ramassées sur les pieds de maïs OGM peuvent, par accident, se mélanger à des semences non-OGM, et des produits labellisés non-OGM peuvent se retrouver « pollués », ou des sacs de semences vendues pour non-OGM contenir quelques semences qui sont OGM. Bref, les gènes peuvent circuler, y compris les « vilains » gènes que Bové et vous ne voulez pas dans votre assiette. Et il va devenir de plus en plus difficile de garantir une filière 100% non-OGM pour des plantes comme le maïs le soja ou autre coton.

Ce sera bientôt sans importance. Le risque de pollution par les OGM va disparaître totalement grâce à un travail réalisé par des chercheurs chinois et américains et publié fin janvier 2007 dans le Plant Biotechnology Journal (voir ci-dessous pour accéder à l’article intégral, en anglais).

L’idée, c’était de trouver le moyen d’éliminer le gène étranger introduit dans la plante une fois qu’il a rendu le service attendu – par exemple protéger la plante des insectes foreurs de tige pendant sa croissance – et donc de faire en sorte que ni le pollen, ni les semences produites par cette plante OGM ne contiennent plus le gène OGM. C’est fait. Et vérifié, pour l’instant sur un nombre encore limité de descendances : 21 plantes OGM et 25.000 descendants de chacune d’elles. Mais à chaque fois avec une excision qui marche à 100%. Alors bien sûr il faut continuer, vérifier que l’expérience réalisée sur le tabac marche aussi chez les autres espèces, avec de plus grandes descendances, etc. mais rien n’étant vraiment spécifique dans le protocole, on ne voit pas pourquoi il n’en serait pas ainsi.

Plus précisément, le gène étranger est introduit, petit morceau d’ADN qu’on ajoute à l’ADN de la plante cultivée, mais avec ce qu’on pourrait appeler un « point de faiblesse » de chaque côté, de petites séquences qu’un autre gène, que j’appelle le « gène coupeur » saura reconnaître et casser au bon moment, et en tous cas avant la reproduction de la plante.

C’est donc une énorme avancée scientifique pour les semenciers et les agriculteurs. Le gène introduit ne peut plus polluer puisqu’il est éliminé avant toute propagation (pollen ou semence) ou toute consommation.

Le seul argument de poids qui restera aux anti-OGM absolus sera celui du monopole des semenciers et de la dépendance des agriculteurs vis-à-vis d’un petit nombre de fournisseurs. Pour combien de temps cet argument tiendra-t-il ? Produire un OGM est tellement simple qu’on trouve des américains pour s’amuser à en produire dans leur garage. Tous les semenciers du monde s’y mettront si les risques pour la santé et/ou l’environnement n’existent plus, le gène étant systématiquement excisé après avoir joué son rôle et ne passant donc plus dans aucun grain de pollen ou semence.

Une révolution. Comme chaque grande avancée scientifique, il faut maintenant attendre que la chose soit vérifiée encore et encore, et qu’elle soit ensuite appliquée dans l’industrie semencière. Sur ce dernier point, je fais le pari que cela va aller très vite.


L'article intégral (en anglais):
Keming Luo, Hui Duan, Degang Zhao, Xuelian Zheng, Wei Deng, Yongqin Chen, C. Neal Stewart Jr, Richard McAvoy, Xiangning Jiang, Yanhong Wu, Aigong He, Yan Pei, Yi Li, 2007.
'GM-gene-deletor': fused loxP-FRT recognition sequences dramatically improve the efficiency of FLP or CRE recombinase on transgene excision from pollen and seed of tobacco plants.
Plant Biotechnology Journal (OnlineEarly Articles).

vendredi, 16 février 2007

Le dernier des faucheurs volontaires

Septembre 2007. C’est la rentrée. Pour les enfants à l’école. Pour José Bové derrière les portes du pénitencier (qui se sont refermééééées). Avec lui les 168 faucheurs volontaires de l’été, tous fichés aux RG – quel scandale ! - ont la gueule de bois. Ils ont bien réussi à faucher quelques 6,24 hectares en une douzaine d’opérations coup de poing, mais il aurait fallu recruter beaucoup, beaucoup de bras en plus. Malheureusement leurs rangs iraient plutôt s’éclaircissant, comme peau de chagrin. Le fait que les agriculteurs du Sud-Ouest aient cultivé 32.000 hectares de maïs Bt pendant l’été (contre environ 5.000 l’année précédente) a rendu leur combat de moins en moins populaire et de plus en plus difficile. Les agriculteurs et les forces de l’ordre ont en effet considérablement amélioré leur service de renseignement et les faucheurs ont essuyé de nombreux échecs sur le terrain. Surtout, les agriculteurs ont mené une importante campagne pour mieux informer le public : semences plus chères de 23 euros à l’hectare, certes, et donc bénéfice pour les « vilains » semenciers, mais beaucoup moins de pesticides dans l’environnement et, à la fin, un gain de 200 euros à l’hectare pour l’agriculteur. Tout le monde sait compter : avec les hectares cultivés en maïs OGM pendant l’été 2007, les agriculteurs du Sud-Ouest ont augmenté leurs revenus de plus de 6 millions d’euros cette année. 6 millions, un chiffre qui fait sans doute rêver Mr. Bové derrière ses barreaux, lui qui n’a pas réussi à réunir 600.000 voix sur son nom au premier tour de l’élection présidentielle du printemps. Il se console sans doute en pensant qu’à sa sortie, qui sera anticipée pour bonne conduite – la prison étant sans doute le seul endroit où sa conduite, depuis longtemps, mérite ce qualificatif – il y aura bien encore une ou deux caméras et trois ou quatre micros devant lesquels il pourra exposer les grandes lignes de son prochain combat : il a décidé de s’associer à Brigitte Bardot pour dénoncer la reprise de la chasse au sanglier une semaine avant l’ouverture générale.

(les chiffres indiqués dans ce billet d’humour sont tirés de l’article de Laetitia Clavreul, paru dans Le Monde du vendredi 16 février)

mardi, 13 février 2007

... et un article qui m'afflige

Kokopelli se trompe de combat. En essayant de rallier les anti-OGM à sa cause, l'association fait un amalgame désastreux. La cause de la diversité est une belle cause, et le procès contre Kokopelli n'honore pas les professionnels qui le mènent. Mais y méler le combat des anti-OGM, c'est faire preuve d'un opportuniste malsain en même temps que d'un manque de clairvoyance.

La seule chose indubitablement condamnable aujourd'hui dans les OGM, c'est le monopole industriel qui y est associé et oblige les agriculteurs à acheter leurs semences trop cher chez une poignée de grosses firmes qui favorisent la monoculture et se fichent de la diversité. Mais s'associer à ceux qui condamnent les OGM en bloc, sans tenir compte des innombrables problèmes insolubles aujourd'hui qui pourraient être résolus demain (résistance à la sécheresse, production de molécules thérapeutiques par exemple), cela fait de l'ombre au combat légitime pour la conservation de la diversité des variétés traditionnelles. OGM et diversité ne sont pas incompatibles, si on ne laisse pas à Monsanto seul le soin de s'en occuper.

Empêcher la recherche publique française de travailler sur les OGM, c'est laisser le champ libre à la recherche privée et à tous ses excès. Si c'est ce que Kokopelli soutient, moi je ne les soutiens plus.

lundi, 22 janvier 2007

La France et les OGM : la grosse prune, les politiques au piquet

La Commission européenne reproche à la France de n'avoir toujours pas transposé - plus de quatre ans après la date butoir - la directive 2001-18 sur la dissémination des OGM en plein champ. Depuis mercredi dernier on sait officiellement que le projet de loi sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) ne sera pas adopté avant la fin de l'actuelle législature, le 23 février. « C'est matériellement impossible, » a reconnu François Goulard, selon une nouvelle trouvée sur le site du Figaro . Le ministre délégué à l'Enseignement supérieur et à la Recherche, qui pilote ce dossier sensible, a ainsi mis fin à un suspense de plusieurs semaines, contredisant au passage le porte-parole du gouvernement, Jean-François Copé, qui assurait le contraire, le mois dernier.

La France risque d'être condamnée à payer une amende astronomique : 38 millions d'euros plus 360 000 euros d'astreinte journalière. Calculez, pour un retard de six mois, cela fait 65,5 millions d’euros en plus, un total qui dépasse les 100 millions d’euros. Les chômeurs et les RMIstes apprécieront. Pour rappel, la directive n’incite pas à la propagation des OGM mais plutôt à en encadrer l’usage pour limiter les risques. Alors pourquoi ce retard ? Parce que les politiques ont peur de murmurer le mot OGM ? Encore une fois, en période d’élection, ils veulent bien parler de tous les sujets, mais seulement de tous les sujets consensuels.

Ou bien, c’est seulement qu’ils sont nuls sur les questions scientifiques, ne font pas leur travail d’apprendre pour comprendre et savoir expliquer, et ont donc trop peur de se prendre les pieds dans le tapis en disant n’importe quoi sur ce sujet sensible? Ce ne sont pas 500 signatures que l’on devrait exiger des candidats à la présidence de la république. Il faudrait plutôt leur faire passer un examen sur leurs compétences, et sur leurs connaissances des questions qui intéressent. A propos, vous avez vu comment Ségolène a bien répondu, sur la question des maris violents ? Zéro pointé. Mais pour qui vais-je donc pouvoir voter cette année ?

jeudi, 18 janvier 2007

Un Monde peu diplomatique contre les OGM

C’est vrai qu’une des grosses différences entre la presse « d’avant » et l’information sur Internet, c’est le stockage des données : mon Midi Libre ne reste pas plus de 2-3 jours à traîner dans la maison avant de trouver le chemin de la poubelle-papiers ; sur Internet je ma ballade et je retrouve des infos stockées il y a cinq ans, cinq mois, cinq jours. Je peux accéder d’un coup à des milliers de pages sur le même dossier. Les journalistes ont du mouron à se faire, à moins qu’ils ne sachent faire évoluer très vite leur métier.

Et donc, en farfouillant, je suis tombé sur deux pages d’un Monde diplomatique d’octobre 2006… que je n’ai pas trouvées diplomatiques du tout. Mais franchement, combien d’articles avez-vous lus sur les OGM qui méritent d’être considérés comme équilibrés, « faisant la part des choses » ?

Oui les OGM font faire de gros bénéfices à une toute petite poignée de grosses entreprises, Monsanto en tête, et constituent par conséquent une menace pour l’indépendance, le libre choix des agriculteurs et des consommateurs ;

Oui les OGM ne concernent aujourd’hui vraiment que 5 pays, deux caractères agronomiques et quatre plantes cultivées en zone tempérée, ne constituant donc pas un espoir à court terme pour la sécurité alimentaire des plus pauvres qui vivent sous les tropiques ;

Non on ne sait pas si les OGM sont sans risque pour la santé, pas plus qu’on le sait pour toutes les autres variétés conventionnelles que vous mangez pourtant tous les jours; le ou les risques très médiatisés des OGM, jusqu’à preuve du contraire (toujours manquante) ne sont pas comparables aux risques que nous faisons courir tous les jours à la planète et à la biodiversité de par notre mode de vie, nos voitures, nos industries, etc.

Oui les OGM peuvent échanger des gènes avec des plantes non-OGM de la même espèce ou d’espèces voisines, comme toutes les variétés conventionnelles l’ont fait depuis l’aube de l’agriculture, conduisant à l’évolution et souvent à la disparition des variétés traditionnelles et des espèces sauvages apparentées ;

Non les 8,5 millions d’agriculteurs qui cultivent aujourd’hui des OGM (a) ne sont pas tous stupides et (b) n’ont pas été tous violés par les semenciers, et non Mr. Bové n’est pas le seul agriculteur intelligent et éduqué que vous devriez écouter ; vos médias vous ont-elles donné la possibilité d’en entendre d’autres, et notamment ceux qui cultivent des OGM et en tirent profit ?

Non, tout cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas prendre des précautions et faire des études sur les risques, et c’est justement ce que la recherche publique voudrait bien pouvoir faire ; elle en est empêchée par une poignée d’irréductibles opposants que les autorités laissent faire ;

Qui a intérêt à ce que la recherche publique ne puisse pas démontrer l’innocuité et/ou l’avantage économique des OGM ?

Qui a intérêt à ce que la recherche publique ne puisse pas démontrer qu’on peut aussi produire des OGM utiles pour le consommateur, pour la santé ou pour l’environnement ?

dimanche, 07 janvier 2007

Le maïs OGM au Kenya aide-t-il les pauvres ?

Et tant pis pour ma résolution du 1er janvier 2007... je reviens déjà sur les OGM!

Le maïs, originaire du Mexique, est la plante la plus importante pour l’alimentation au Kenya. Si la population s’accroît, la production de maïs, elle, reste stable, et ce malgré une extension de la culture du maïs vers des zones marginales (moins favorables pour l’agriculture). Le maïs est une plante qui a besoin de sols fertiles et d’eau, toutes choses pour le moins aléatoires au Kenya. Le maïs est aussi une plante très aimée des insectes, à la fois pendant sa croissance au champ et après la récolte, dans les greniers. Le maïs a été importé par les colons. Aujourd’hui les kenyans ne peuvent plus s’en passer. Mais le maïs est une plante inadaptée pour des agriculteurs qui n’ont pas les moyens d’acheter des engrais et des pesticides en quantité. Les pluies aléatoires contribuent également fortement à la production en yo-yo observée d’une saison à l’autre dans tous les pays d’Afrique de l’est.

Alors… une certaine recherche arrive qui suggère que la solution miracle (encore une fois!), ce sont les OGM. Par transformation génétique on sait en effet produire des OGM de maïs qui résistent à certains insectes parmi les plus agressifs. Pas tous tout de même, seulement certains de ceux qui affectent le croissance de la plante au champ.

Cette recherche est une recherche « publique ». Il ne faut pas chercher beaucoup pour découvrir que cette recherche « publique » est pour partie financée par des compagnies privées semencières… Mais si cela peut bénéficier aux petits agriculteurs, je ne ferais pas la fine bouche comme certains. Est-ce que cela peut les aider vraiment ? En me promenant ce matin sur le site de SciDev.Net j’ai trouvé un article de Melinda Smale, de l’institut international de recherche sur les politiques alimentaires (l’IFPRI) qui suggère que tous les agriculteurs ne bénéficieraient pas de la même manière de cette « avancée » scientifique.

Soyons clairs. Par ce que je vais appeler « la technique OGM » pour simplifier, on peut modifier des variétés pour une caractéristique seulement, en gardant toutes les autres. Autrement dit, si la variété lambda plait aux habitants de telle ou telle zone, on est aujourd’hui capables de leur donner une variété lambda+ qui poussera pareil, aura le même look et le même goût. Par les méthodes classiques, conventionnelles, de sélection, c’est pratiquement impossible ou cela prend une éternité. Je me rappelle mes premières « classes » sur le terrain en Afrique de l’ouest. Mes « vieux » collègues sélectionnaient le mil depuis des décennies, mais toutes les variétés extraordinaires qu’ils obtenaient ne tenaient pas la comparaison avec les variétés villageoises dès qu’elles étaient placées dans les mêmes conditions. Il y a donc un avantage évident à la technique OGM pour les plantes alimentaires : on ne change rien que le caractère qui doit être changé. Retournez voir aussi mon histoire de Maléna sur la qualité de ses tortillas. Bon, mais…

Le « mais », le GROS « mais », c’est que dans une zone géographique comme le Kenya on ne cultive pas une seule variété, on en cultive une myriade. Et plus on va vers les zones marginales, donc plus on va vers les agriculteurs pauvres, et plus la diversité, le nombre de variétés augmente. Vous voyez à quoi je veux en venir ? Si la variété OGM peut apporter un plus en terme de production sur une grosse ferme, qui fait de la monoculture, il faudrait par contre transférer le gène d’intérêt à des dizaines voire des centaines de variétés différentes pour que la technique OGM profite à tous et surtout aux petits agriculteurs les plus défavorisés qui, en majorité, cultivent des variétés traditionnelles, villageoises.

La conclusion est évidente : on ne multiplie pas le nombre des « événements » OGM à l’infini parce que produire un « bon » OGM cela demande beaucoup d’efforts, de moyens, de temps. On n’en produit que quelques uns, pour les variétés les plus utilisées. Donc pour les gros agriculteurs. Et tout cela contribue à creuser le fossé entre ceux qui sont déjà les plus riches, qui obtiennent des plantes résistantes et produisent plus, et les pauvres, qui gardent leurs variétés sensibles et leurs maigres récoltes.

Il n’y a pas de technologie mauvaise en soi. C’est la façon dont on utilise la technologie qui peut être mauvaise, voire très mauvaise.

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Parcelle de maïs devant l'église de Kitui, à l'est du Kenya. Un semis typiquement très espacé, des plantes peu vigoureuses, une maigre récolte.
crédit photo: www.pastornet.net.au

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