jeudi, 07 septembre 2006
Hommage particulier: Eliseu Alves
Un peu plus tôt aujourd'hui, mon collègue Luis Vieira, coordonnateur du "Laboratoire Extérieur" de l'EMBRAPA (l'institut national agronomique brésilien) à Montpellier, m'a appelé pour me remercier de la note consacrée au ministre Paolinelli et au Dr. Lobato. Et d'ajouter: c'est quand même dommage que le professeur Eliseu n'ait pas également reçu le prix.
Mais Luis, c'est toujours pareil dans ce genre de récompense. Il y a toujours des gens qui connaissent bien l'histoire en question et qui pensent: très bien ce prix, mais untel méritait surement autant sinon plus de le recevoir. Dans l'histoire (encore courte) du World Food Price, j'ai déjà pensé cela moi-même au moins une fois, s'agissant de récompenser un travail que je connaissais d'assez près.
Et puis rien ne nous empêche de faire notre petit hommage à nous. Le professeur Eliseu Alves n'a pas été le premier directeur général de l'EMBRAPA, mais de l'avis d'un très grand nombre il a certainement été celui qui a le plus contribué à transformer cet institut en ce qu'il est aujourd'hui. Il a aussi oeuvré avec force pour faire que cette recherche soit étroitement associée à ce qu'on appellerait chez nous des instituts techniques, des organes chargés de faire le relais entre la recherche et les exploitants agricoles. Résultat: la recherche de l'EMBRAPA est très utilisée et l'institut est reconnu par tous comme très utile pour le développement économique du pays. Le professeur Alves a surtout compris que tout cela passait par une bonne formation des cadres, et si l'Embrapa a aujourd'hui plus de 2000 chercheurs bien formés, il le doit largement aux efforts de cet homme-là.

Et c'était donc un grand honneur pour moi que de me retrouver dans une session du colloque international sur le futur de l'agriculture tropicale, à Brasilia en juillet dernier, où le professeur Eliseu et moi étions les deux seuls intervenants.
15:55 Publié dans Réactions | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Brésil, agriculture, développement
mercredi, 06 septembre 2006
Hommage à deux grands brésiliens
Invité à participer, en juillet dernier, à un séminaire international sur le futur de l’agriculture tropicale organisé à Brasilia, j’ai eu l’honneur de croiser deux personnages qui viennent de recevoir ce que l’on peut considérer comme l’équivalent d’un Prix Nobel dans le domaine des sciences agricoles, le « World Food Price » ou Prix Mondial de l’Alimentation.


Le minsitre Paolinelli à gauche, le Dr. Lobato à droite
Leur contribution ? Avoir permis le développement d’une région immense jusque là considérée comme à peu près stérile, les savanes du centre du Brésil ou cerrados. Voir ma note du 2 août dernier Le premier, Mr Paolinelli, a été le politique visionnaire, ministre de l’agriculture pendant les années 1970, qui a cru que son pays avait besoin d’un système de recherche agricole de 1ère classe et qui a tout fait pour cela. Le second, le Dr. Lobato, l’agronome, a joué un rôle de premier plan dans les recherches qui ont conduit à transformer 70% des 200 millions d’hectares de cerrados en terres agricoles fertiles, poumon des exportations brésiliennes et du développement économique rapide de ce pays.
14:20 Publié dans Les news "Science" que j'ai notées pour vous | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Brésil, savanes, agriculture, développement
mardi, 24 janvier 2006
Mes bébés !
J’ai débarqué au Brésil en 1982 avec une collection de plus de 400 plantes africaines – de l’herbe à vaches – dans mes valises. Passée la quarantaine et tous les tests pour vérifier que je n’importait pas en même temps toutes les maladies de l’Afrique, on s’est mis à bosser, ma jeune collègue brésilienne Liana et moi, pour sélectionner « les meilleures ». Les meilleures, qu’est-ce cela veut dire ? D’abord, nous étions convaincus que dans un pays sans diversité (pour les fourrages) où plus de 50 millions d’hectares de pâturages sont cultivés avec un seul et même clone – en faisant sans doute la plus grande monoculture du monde – il ne fallait pas sélectionner UNE plante mais plutôt une diversité de plantes répondant à aux besoins. Et puis nous étions aussi convaincus que ces plantes devaient avoir un minimum de caractères, en faisant des cultivars plus intéressants que ceux qui étaient alors plantés comme : une bonne production de semences, permettant de les multiplier rapidement ; une croissance non nulle voire raisonnable même en saison sèche ; une teneur en protéines supérieure aux rares variétés existantes sur le marché, etc. Je suis parti avant le premier « lancement » officiel, mais nous avions déjà choisi les 25 « meilleures » plantes, qui toutes avaient un potentiel commercial. Le premier cultivar sur le marché est celui qui est dans la main de Gee Her (voir dans la rubrique « mes histoires » ma note sur l’histoire de Gee Her) et ci-dessous dans la photo de gauche. Tanzânia-1 (à gauche, aussi connu comme T58) a été lancé en 1990, Mombaça (au centre), en 1993, et Massai (à droite) en 2001, soit près de 20 ans après son arrivée au Brésil. Carrément lente, cette recherche, quand on pense que les utilisateurs qui veulent planter des fourrages à feuilles fines et persistants comme le Massai n’ont aucun choix sur le marché. La demande est telle que plusieurs vols de variétés ont eu lieu pendant que j’étais sur place, malgré le fait que nous cachions nos plantes et nos essais très loin de l’entrée de la station expérimentale.



Si ces trois cultivars portent des noms d'Afrique de l'est, c'est que les clones sont originaires de cette région, collectés en 1969 par deux collègues français. Le directeur général de leur institut à l'époque - Guy Camus, qui vient de disparaitre (voir ma note à ce sujet) - les soupçonnait de vouloir simplement visiter les parcs nationaux et avait longtemps hésité avant de leur payer ce voyage. Ces idiots n'avaient même pas passé une journée dans un parc, en deux mois de mission!
16:58 Publié dans Mes histoires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, fourrage, Brésil, agriculture

