vendredi, 05 septembre 2008

La Chine investit 3,5 milliards dans les OGM

Bové a du souci à se faire. La revue Science annonce aujourd'hui que la Chine lancera une grande initiative de recherche sur les OGM à la fin du mois, investissant la bagatelle de 3,5 milliards de dollars dans l'opération. Cela représente, si je ne me trompe pas, quelque 30% de plus que le budget TOTAL de la recherche en France! La Chine justifie cet investissement massif sur la base d'un constat - qui s'applique à la majorité des pays du monde: les sols sont dégradés et l'eau se fait rare, quand la population augmente, donc on va tout droit à une catastrophe alimentaire majeure si on ne prend pas des mesures drastiques (constat évident mais pourtant contesté par des chercheurs du Cirad hier dans leur conférence sur la crise alimentaire*). Pour les chinois, on peut bien sûr prendre des mesures agronomiques pour faire face aux contraintes mais il faut aussi des "super plantes" et les voies traditionnelles de la sélection ne suffisent plus. Il n'y a pas de miracle. On est bon, c'est à dire performant, efficace, là où on investit. Les chinois ont déjà mis au point il y a plus d'un an une technologie OGM qui permet l'excision du gène ajouté une fois qu'il a fait son travail et avant que le produit n'arrive dans l'assiette ou risque de "contaminer" l'environnement. En bref, l'OGM apparemment sans risque. Nul doute que leur nouvel investissement va révolutionner l'agriculture, chez eux et partout ailleurs où ils interviennent. ---------- * J'y ai même entendu que la dégradation des sols en Afrique est un mythe, quand bien même on y pratique l'agriculture depuis la nuit des temps sans engrais ! Tous les centres de recherche africains, dans les enquêtes sur les contraintes à l'agriculture réalisées par les centres de recherche internationaux d'une part, le forum africain pour la recheche agricole (FARA) d'autre part, placent pourtant la fertilité des sols et la sécheresse en tête de liste. L'évaluation des priorités par la Fondation Bill Gates a également conduit à la même conclusion.

jeudi, 31 juillet 2008

La tragédie OMC

Le Monde aujourd’hui, sous le titre « OMC : les gagnants et les perdants » résume très bien le scandale : « les agriculteurs les plus subventionnés sont les grands gagnants de l'échec des négociations. ». Autrement dit tous les chefs d’état peuvent se précipiter à Rome pour jouer la scène de la grande solidarité face à la crise alimentaire. Le lendemain, quand on parle sérieusement d’ouvrir les vannes des subventions et d’autres avantages douaniers, il n’y a plus personne pour se mettre d’accord. Les américains, comme les européens, français en tête, se réjouissent donc ouvertement de l’échec des négociations (voir l’interview du président de la FNSEA dans le Midi Libre aujourd’hui). Nous n’aurons pas de barrages de tracteurs sur les autoroutes pour la rentrée des vacances ! Mes voisins de Camargue peuvent continuer à produire le riz le plus cher du monde et tous nos éleveurs peuvent continuer à dormir tranquilles sans être menacés d’être mis en concurrence avec la viande brésilienne. Le sacro-saint principe de l’indépendance alimentaire est maintenu à 200%. C’est une calamité pour le Sud et pour les pauvres, à 180° des discours humanitaires de notre président et de ses ministres. Mais nous ne sommes plus à une monstrueuse contradiction près.

dimanche, 27 juillet 2008

crise alimentaire: les chercheurs qui "récupèrent"

Quand un problème n’a pas de solution simple parce qu’il résulte de multiples facteurs, comme c’est le cas pour la crise alimentaire, vouloir mettre à tout prix l’accent sur l’un au détriment des autres est une garantie d’échec. Et une prise de responsabilité grave. Un comité interministériel a été créé chez nous, je ne sais comment ni avec qui, pour apporter un éclairage au gouvernement sur la conduite à tenir dans les circonstances présentes. Une conférence annoncé pour le 4 septembre prochain au Cirad suggère que ce comité ayant fait « la démonstration » que la crise est la résultante de marchés tordus, de contraintes aux échanges et autres subventions, barrières douanières et j’en passe, ceux qui mettent aujourd’hui l’accent sur les problèmes de production agricole – comme moi - sont totalement à côté de la plaque. Il n’y a pas de problème de production, mais seulement un problème d’accès ! Les présidents brésiliens et argentins ne disaient pas autre chose au récent sommet de la FAO à Rome. Ils étaient sans l’avouer, comme tous ceux qui ont beaucoup à vendre, américains … et français dans le même club, plutôt soucieux d’écouler leurs productions nationales plutôt que de voir l’Afrique devenir autosuffisante. Que nos chercheurs en sciences économiques et sociales jouent ce jeu-là, où qu’ils défendent leur chapelle ce qui revient au même, a de quoi perturber l’honnête homme. Je pensais naïvement que nous avions au contraire devant nous un problème qui demandait une grande coopération entre toutes les disciplines, sciences économiques et sociales et sciences agronomiques au sens le plus large, entre recherche et développement, entre organismes du Nord et du Sud, etc. L’impression est plutôt d’une volonté de mainmise sur un sujet par un club monodisciplinaire, faisant fi de toutes les données qui contredisent leur thèse. Il est « démontré » disent-ils, que l’on n’est pas devant un problème de production. Pourtant, là où l’agriculture a été intensifiée, les rendements stagnent, voire diminuent. Là où on aimerait voir un certain degré d’intensification – chez les agricultures traditionnelles du Sud – les progrès sont trop lents. Résultat : les stocks mondiaux de riz ne cessent de diminuer depuis 2000. Les échanges, les marchés, les spéculations aggravent le problème, c’est évident. Mais il est au moins tout aussi évident que la sélection variétale, l’amélioration des plantes, ne poussent plus les rendements de 3 à 4% par an comme dans les années 1970-80. Pour le riz on en est maintenant à moins de 1% de progrès annuel. Loin derrière l’accroissement des populations qui s’alimentent en riz. La génétique coince un peu (encourageant certains à penser que les OGM sont la seule solution) et les ressources naturelles étant mal gérées - eaux et sols s’épuisent - on ne peut même pas envisager « de continuer comme avant ». Que l’on ait un GROS problème de production devant nous est une évidence. Nous savons tous que les populations du Sud vont encore croitre de 2 à 3 milliards dans les 30 ans qui viennent, et si les échanges peuvent être considérablement améliorés il faudra quand même arriver à doubler les productions agricoles. Et pour le généticien que je suis… je ne sais vraiment pas comment on va pouvoir y arriver ! Et donc quand j’entends mes collègues clamer qu’il ne faut pas se tromper de priorité et que les productions agricoles n’en sont pas une, je m’attriste. Dieu merci, tous les autres centres mondiaux de recherche agricole internationale ne font pas la même erreur. Mais cette attitude, si elle se confirme, risque de nous marginaliser encore un peu plus sur la scène internationale.

lundi, 21 juillet 2008

Crise alimentaire : les pays riches et les pays africains pourraient travailler mieux ensemble

En période de crise on voit surgir toute sorte d’innovateurs et d’innovations. La crise, c’est une opportunité pour remettre en question les acquis, l’existant, les dogmes. Une opportunité pour démarrer de nouvelles choses, basées sur de nouveaux principes, une nouvelle vision d’avenir. La crise alimentaire est une crise avant tout, même si elle n’est pas une crise comme toutes les autres. Et l’agro, l’agriculture et l’agroalimentaire, sont des secteurs où l’on doit, comme pour les autres, se poser des questions, inventer, innover, renouveler les idées. Il y a quelques mois j’ai lu, un peu surpris et un brin scandalisé, que des investisseurs américains achetaient des fermes au sud, en Amérique latine, pour produire moins cher que chez eux des produits agricoles en demande croissante. Aujourd’hui je lis dans le New York Times que les riches de tous les pays sont sur les rangs. C’est un peu le business à la mode, le secteur où investir, à condition d’être malin (comme pour tous les investissements, non ?). Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord on trouve quelques belles fortunes, en phase de croissance rapide grâce au prix du pétrole, qui constatent que vouloir faire de l’agriculture chez eux à tout prix, sur le sable, c’est à la fois très difficile et très peu rentable alors qu’acheter de la terre sur le continent africain, plus au Sud, c’est un investissement beaucoup plus raisonnable qui peut permettre de produire beaucoup et d’exporter vers son pays, donc de rapporter gros. Parce que les contraintes à la production en Afrique sub-saharienne proviennent D’ABORD d’une monstrueuse absence d’investissements depuis des décennies, un intérêt bien compris et bien partagé pourrait permettre à cette Afrique-là de se moderniser durablement tout en répondant aux besoins à la fois des populations locales et des importateurs du Moyen-Orient.

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Poussons l’idée plus loin, et demandons-nous pourquoi quelques fortunes françaises ne s’intéresseraient-elles pas à développer le même genre d’entreprise, en Afrique sub-saharienne ou ailleurs, comme en Amérique latine. Certains diront que cela s’est toujours fait. Il a toujours eu des émigrés de la terre, en effet. Certains sont revenus fortune faite, d’autres – sans doute la majorité – ne sont jamais revenus. L’idée aujourd’hui serait de passer à une autre échelle, plus entrepreneuriale qu’aventure individuelle. Il faut investir massivement dans l’agriculture africaine et les gouvernements locaux n’ont que des moyens limités pour le faire. Ce que les américains ou les saoudiens sont en train de tenter au Sud, aucun businessman français n’est capable de le faire ? (photo de la Fondation "a Glimmer of Hope")

jeudi, 19 juin 2008

G8 au Japon en juillet : assez de promesses non tenues. De l’action !

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Texte de Mgr. Desmond Tutu, prix Nobel de la paix « En collaborant, nous pourrions toujours être la génération qui fera de l’extrême pauvreté en Afrique une histoire ancienne Le sommet de Gleneagles en 2005 avait marqué un tournant décisif pour tous ceux qui sont concernés par l’avenir de l’Afrique. C’est le moment où les leaders du G8 ont fini par reconnaître que les problèmes de l’Afrique nous concernaient tous; que l’avenir de ce continent nous intéressait tous ; et qu’il fallait un vrai partenariat afin que tout soit mis en œuvre pour façonner l’avenir. Le type de partenariat requis ne relève pas de ceux que nous avons l’habitude de voir. Il s’agit d’un partenariat bâti sur l’honnêteté face aux défis, sur une position réaliste concernant les solutions nécessaires et sur une responsabilité mutuelle en termes de suivi. Depuis la signature des Objectifs de Développement du Millénaire, il y a eu de nombreux rapports sur les défis. Des solutions ont fait leurs preuves - à une micro échelle, nous voyons se développer un faisceau de preuves sur ce qui marche ou ne marche pas et sur ce qui est possible – mais ceci doit encore être amplifié et c’est là où la question de la responsabilisation intervient. Sans elle, tout ce que nous avons fait jusqu’ici se résume à une histoire de rhétorique ambitieuse et d’intéressantes études de cas réussis, mais l’histoire générale reste la même. Nous devons tous rendre des comptes et faire preuve d’honnêteté sur les engagements que nous avons pris et sur ce qu’il faut faire pour atteindre ces objectifs. Ce qui est de plus en plus évident quand on voit les partenaires dans le développement travailler de concert, c’est qu’ils peuvent donner les moyens aux citoyens africains d’assumer la tâche de responsabiliser leur gouvernement. Ils peuvent aider les ministres de l’Éducation africains et les ONG à nourrir et scolariser les enfants. Ils peuvent faire prodiguer des soins médicaux aux enfants qui en ont besoin et les sauver en leur administrant les médicaments nécessaires contre le sida ou en remettant des filets antimalaria aux mères et aux enfants auxquels ils seront le plus utiles. Pour chaque tragédie que représentent le Zimbabwe, le Soudan ou la République du Congo, il y a plus de deux fois plus d’histoires positives à raconter : le Mozambique, la Tanzanie, le Ghana, le Bénin ou le Mali. Nous souhaitons assurer ce succès non pas par des subventions, mais par le travail, la persistance, la créativité et un vrai partenariat avec le monde développé. Nous ne sommes pas encore arrivés au but, mais nous pouvons y parvenir si l’Occident respecte les engagements qu’il a pris en grande pompe à Gleneagles, et si les chefs d’État africains tiennent aussi leurs promesses à l’égard de leurs citoyens. Les intentions sont une chose, le suivi en est une autre, et je crains que la France, l’Allemagne et l’Italie ne respectent pas les engagements qu’ils ont assumés envers l’Afrique en 2005, parce que toute l’Europe sera alors en traîne. Le Président Sarkozy, la Chancelière Angela Merkel et le Premier Ministre Silvio Berlusconi doivent écouter davantage leurs citoyens à ce sujet, s’ils veulent prendre les bonnes décisions à la fois pour l’Europe et l’Afrique. Les associations privées dans ces nations et le monde entier doivent davantage se faire entendre. En collaborant, nous pourrions toujours être la génération qui abolira l’extrême pauvreté en Afrique, à condition d’élaborer nos politiques à partir de données chiffrées sur ce qui marche et ne marche pas et de travailler à l’unisson. » ARCHEVÊQUE DESMOND TUTU Sur le site de l’ONG ONE de Bono voir aussi l'article de ce jour sur Libération

jeudi, 01 mai 2008

Crise alimentaire mondiale: la faute aux bioénergies?

Le système agricole international (le GCRAI, voir le site en anglais) était mentionné hier mercredi 30 avril dans au moins 147 articles de presse sur la crise alimentaire mondiale. La majorité de ces articles, malheureusement, présentaient aussi les bioénergies comme un des principaux facteurs de la crise. Et c’est très grave. Parce qu’à désigner pour coupable ce qui n’est qu’un facteur aggravant, on ne s’occupe pas du ou des vrais coupables! Il est plus facile en effet de dire que le prix de la tortilla qui explose au Mexique est dû à ce que les américains utilisent leur maïs pour faire du bioéthanol à grands coups de subventions, faisant que le prix du maïs explose sur le marché international… plutôt que de d’interroger le gouvernement mexicain sur ses propres investissements dans la culture du maïs depuis 10 ans. Si les agriculteurs mexicains ont cessé d’en cultiver – le prix du maïs il y a seulement 5 ans n’était pas assez attractif ! - pour faire des choses plus rentables, la faute n’est pas seulement aux américains. Et on pourrait multiplier les exemples. La crise est d’abord et avant tout due à un déséquilibre entre l’offre et la demande. La demande grandit très vite, notamment parce que de nombreux pays du Sud passent à consommer plus et manger mieux, ce qui est très bien. Mais cela était très prévisible. Une croissance chinoise ou indienne à 10% ce n’est pas nouveau. Les stocks se sont cassés la figure depuis 2000, pas depuis hier. Et personne n’a rien fait. Les investissements publics dans l’agriculture, au Nord comme au Sud, ont vu leur croissance ralentir depuis 30 ans, voire diminuer dans certaines régions. C’était peut-être compréhensible chez nous qui produisons trop, trop mal et trop cher. Mais quid du Sud qui ne parvient pas (ou mal) à nourrir ses populations ? Jetez un coup d’œil sur ces Suds, tout proches de nous. Une majorité d’agriculteurs ne parviennent même pas à produire 1 tonne à l’hectare pour une culture qui, quand elle existe chez nous, produit 5 tonnes, voire plus. Les imbéciles disent que ce sont les tropiques et la nonchalance, les gens ne travaillent pas assez, vous comprenez. Allez voir. Allez voir ces femmes qui se lèvent avant le soleil pour travailler dans leur champ et faire ensuite tous les travaux domestiques, s’occuper des enfants, et porter l’eau ou le bois qu’elles vont chercher loin de leur maison. Elles n’ont jamais vu un sac d’engrais – personne n’en vend près de chez elles et si c’était le cas ce serait infiniment trop cher pour elles. Si leur récolte est bonne est qu’elles peuvent en vendre une petite partie sur le marché, alors le marché est trop loin pour elles, et elles doivent en passer par des intermédiaires maquignons qui les paient trop peu pour que ce soit vraiment incitatif. La grande priorité, c’est d’investir dans la modernisation, l’intensification de cette « agriculture paysanne » délaissée. Diminuer ce grand écart entre ce qu’une variété PEUT produire et ce qu’elle produit vraiment à la ferme, faute d’accès à l’irrigation, aux engrais, aux bonnes pratiques agricoles. Il faut aussi s’attaquer au problème des pertes APRES la récolte. J’ai moi-même rencontré des agricultrices qui me disaient avoir tout perdu, une année, à cause des insectes dans leurs greniers à grain. Il faut que les gouvernements investissent plus dans l’éducation, dans les infrastructures, dans les marchés, dans l’information. Les agriculteurs s’organisent, un peu partout, mais ces jeunes organisations ont besoin d’être aidées davantage qu’elles ne le sont aujourd’hui. IL FAUT QUE L’AGRICULTURE REDEVIENNE PARTOUT AU SUD LA PRIORITE. Ensuite il faut réinvestir dans la recherche agricole. Demain, quand tous les agriculteurs auront pu adopter de meilleures variétés, mieux gérer les ressources comme l’eau ou la fertilité des sols, d’où viendront les augmentations de rendement encore nécessaires ? Si on n’arrive pas à nourrir 6,5 milliards d’habitants aujourd’hui, comment nourrirons-nous les 9 ou 10 milliards que tout le monde annonce pour 2040 ou 2050 ? Il faut réveiller les chercheurs qui rêvent, leur donner les moyens d’explorer, d’innover tous azimuts. Le monde a besoin de nouvelles idées, de technologies révolutionnaires, pas seulement dans la téléphonie portable ou l’aérospatiale. « Les » OGM ? Une anecdote ! Il faudra beaucoup, beaucoup plus pour faire face aux besoins. Et cela ne va pas tomber du ciel tout seul. Il y a beaucoup de chercheurs, tout autour de notre planète, qui travaillent déjà pour un meilleur futur. Dans le domaine de la recherche agricole, comme dans d’autres domaines. Mais dans ce domaine spécifique, qui doit assurer finalement la nourriture de chacun des enfants de cette planète, il y a deux grands « pôles » mondiaux. L’un est ce GCRAI que j’évoquais en introduction, conglomérat de 15 centres internationaux de recherche agricole – j’ai le grand privilège de présider l’un d’entre eux – et l’autre… est le pôle agronomique de Montpellier. 2200 chercheurs et enseignants chercheurs, plus d’une centaine de labos, d’équipes qui travaillent sur des thèmes liés au développement d’une agriculture nouvelle, plus productive (en quantité comme en qualité), mais aussi en meilleur équilibre avec l’environnement. C’est le moment que ce pôle s’agite pour contribuer davantage au grand défi de l’alimentation mondiale et qu’il reçoive tout le soutien nécessaire. C’est le moment pour qu’on en parle davantage. La crise alimentaire mondiale, c’est aujourd’hui. Et on fait quoi dans la recherche agricole à Montpellier ?

dimanche, 27 avril 2008

La recherche contre la faim

Quand on commence à dire, nous autres chercheurs, que les pays pauvres, les agriculteurs pauvres et même, indirectement, les urbains pauvres, ont besoin de la recherche agricole pour sortir de leur pauvreté, la plupart de ceux qui écoutent pensent « balivernes, ce dont ils ont besoin, c’est de gouvernements qui travaillent, adoptent de bonne politiques de développement, contrôlent la corruption, construisent des routes, des écoles, etc. Tout ce dont les agriculteurs ont besoin, c’est de faire ce qui se fait partout : préparer le sol, mettre des fertilisants, de bonnes semences, irriguer, et récolter. S’ils ne ramassent que 6 à 800 kgs par hectare aujourd’hui au lieu de 10 tonnes chez nous, c’est parce qu’ils ne font rien comme il faut, etc. » Ce que je trouve intéressant c’est que les mêmes personnes, qui osent dire que les recettes existent déjà et qu’il n’y a qu’à les appliquer – on ose parler de « transfert de technologie » même quand rien n’est vraiment directement transférable - critiquent ces mêmes recettes quand elles sont appliquées chez nous : « notre agriculture pollue les sols et les rivières, etc. Vous avez vu la récente étude sur les vins, qui montre que même les grands crus contiennent des résidus de pesticides en quantités astronomiques ? » Oui, on a des solutions toutes faites, qui nous arrangent plus qu’elles n’aident ceux qui ont désespérément besoin de solutions adaptées à leurs conditions environnementales, sociales, économiques. On dit : « plantez plus de maïs, plus de blé, oubliez les menus de vos ancêtres et adoptez les nôtres, ils sont plus nutritifs, plus sains, etc. ». Alors aujourd’hui tout le monde mange du pain au Burkina Faso, fait d’une farine de blé importée à prix d’or. Et aucun pays africain n’est autosuffisant en céréales, tous importent, et les prix s’envolant on achète moins (on mange moins) ou on s’endette plus. Spirale infernale. Les pays du Nord, Europe et Etats-Unis en tête peuvent se frotter les mains : nos agriculteurs ont de beaux débouchés pour des denrées de plus en plus chères. Si les africains sont insolvables peu importe, c’est l’aide internationale qui paie ces produits agricoles « donnés » pour se retrouver ensuite sur les marchés africains. Au fait, est-ce que Bruxelles a arrêté de donner des subventions à tous les céréaliers européens qui vendent leur grain deux fois plus cher que l’an passé ? Le savez-vous ? L’agriculteur (-trice) burkinabé(e) n’a que faire d’un maïs exigeant qui produit un peu s’il pleut et plus du tout si la pluie cesse de tomber pendant quelques jours. Ce qu’il (elle) veut, ce sont des variétés adaptées à un sol pauvre qu’il (elle) ne pourra amender qu’en cultivant des légumineuses – haricots ou légume-fourrage, plantes qui fixent l’azote de l’air - en mélange ou en rotation, ajoutant quelquefois s’il (elle) a un peu d’argent un bouchon de coca d’engrais, pas plus, au pied de chaque plante, en semant directement, sans labour, pour retenir l’humidité de la pluie plus longtemps et limiter le ruissellement. Ce qu’il (elle) veut se sont des plantes résistantes aux insectes, aux champignons, au virus, aux nématodes, toutes ces plaies qui s’attaquent aux racines, ou aux feuilles, ou aux fleurs, ou à l’épi avant et après la récolte. Mais rien de ce qu’on lui propose n’est vraiment adapté à ses besoins, à ses contraintes, parce que les variétés viennent d’ailleurs, pour un autre sol, pour une autre pluviométrie, pour un autre environnement parasitaire. Personne ne fait de la sélection près de chez lui (elle). Personne ne produit de semences adaptées près de chez lui (elle). Tout vient de loin. Quand cela vient. Alors on garde ce qu’on a, précieusement, et on le ressème, année après année, si on n’a pas été obligé de le manger à cause du désastre de la dernière récolte. Le chercheur ne peut pas travailler dans le village de chaque paysan burkinabé. Il y a trop de villages et pas assez de chercheurs. Et à cela on ne peut rien changer. On peut former un peu plus de chercheurs, pour qu’ils fassent davantage de sélection participative avec les agriculteurs. Mais surtout, il faut former auprès des chercheurs tous ceux qui travaillent dans ces ONG qui s’intéressent au développement agricole, pour qu’ils sachent répéter dans chaque village ce qu’ils ont vu faire dans celui où le chercheur travaille. La sélection participative ce n’est pas nécessairement très compliqué, et cela permet de produire de nouvelles variétés plus étroitement adaptées aux besoins de chacun. Et si l’on apprend aux mêmes personnels des ONG à aider les agriculteurs à s’organiser, pour acheter ensemble et donc moins chers les engrais dont ils ont besoin, ou la machine qui transforme le grain en farine, ou le mini silo qui permet de conserver ces grains à l’abri des insectes et des rongeurs, ou pour développer la production semencière par eux-mêmes, ou pour aller au marché au moment où il faut pour tirer un bon prix du surplus de grains, ou les fruits, ou les tubercules que la famille ne mangera pas… Le problème, c’est que ceux qui ont besoin d’aide, ce sont des personnes, des hommes, souvent des femmes, quelquefois des adolescents, alors que les gouvernements qui « aident » ne s’adressent pas aux personnes mais aux autres gouvernements, ceux qui sont incapables d’assurer l’auto-suffisance alimentaire de leurs populations. Ceux qui ont besoin d’aide sont des personnes qui veulent s’en sortir par leur travail, pas par l’aide internationale. S’ils sont prêts à travailler, il leur manque très généralement la connaissance du possible et un petit coup de pouce – une assistance technique, un micro crédit, une variété adaptée, etc. Vous, moi, nous pouvons aider une association, une ONG, pour qu’elle aide Esther, Amadou ou Suzan. Le désert, finalement, n’est fait que de grains de sable accumulés.

mardi, 22 avril 2008

L'alimentation mondiale est plus que très sérieusement menacée

La Banque mondiale considère que 33 Etats dans le monde sont menacés de troubles politiques et de désordres sociaux à cause de la montée brutale des prix des produits agricoles et énergétiques (lu dans Le Monde du 14 avril dernier). Trois graphiques valent mieux qu'un long discours. Dans le premier, vous voyez que les stocks de riz se sont cassé la figure depuis... 2000. Pas hier. Les gouvernements avaient le temps de réagir. Ils ont laissé faire.

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Quand l'offre diminue et la demande augmente, notamment parce que les pays asiatiques s'enrichissent et consomment plus, tout le monde s'attend à ce que les prix augmentent. Quand en plus de cette loi économique élementaire on laisse les spéculateurs investir librement sur les marchés agricoles et qu'on laisse la presse étaler tous les jours la menace (encore toute virtuelle) des bioénergies, le problème s'accentue. Les prix des principales céréales ont donc presque doublé en 1 an (deuxième graphique).
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Pour faire retomber le soufflé, il faut simplement inverser la tendance: produire plus fera retomber les prix. Oui, c'est bien beau mais comment? On doit produire plus, de toute façon, pour nourrir les 3 milliards d'habitants qui vont s'ajouter au 6,5 milliards actuels dans les 30-40 années à venir. Mais pour cela on aura moins de terres, moins d'eau, des sols dégradés, des engrais plus chers (leur prix suit celui du pétrole), etc, etc, PRODUIRE PLUS AVEC MOINS DE TOUT ! Pas de miracle: il faut investir massivement dans la recherche agricole. Le troisième graphique montre qu'on a fait le contraire depuis trop longtemps.
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RESUME: LE MONDE MARCHE SUR LA TETE, PAS ETONNANT DONC QU'ON SOIT DANS UNE SITUATION DE PRESQUE CATASTROPHE ALIMENTAIRE MONDIALE. Dernier point: l'inertie actuelle est amplement alimentée (si j'ose dire) par tous les imbéciles qui répétent depuis des années que l'agriculture mondiale produit assez pour nourrir le monde. Tous les pays pauvres doivent manger ce qu'ils produisent, parce qu'ils n'ont pas les moyens d'acheter ailleurs, parce que le marché leur propose est trop cher (pas de transport ou transport trop cher), parce que ce que nous produisont pour leur vendre modifie leurs habitudes et goûts alimentaires. Ecouler leurs surplus agricoles subventionnés, nos agriculteurs adorent. En faisant cela on n'aide pas le Sud. On le condamne un peu plus. A suivre (très vite) Les trois graphiques de cette note proviennent d'une étude qui vient d'être publiée par l'institut international de recherche sur le riz (IRRI). Voir www.irri.org

vendredi, 07 décembre 2007

Le développement en Afrique ça craint (9/366)

Que mes lecteurs assidus – que je remercie – se rassurent, je ne vais pas continuer à annoncer des catastrophes sans solutions pendant 366 jours. Je me fatiguerai bien avant. Et il y a des raisons d’espérer… aussi. Mais pour qu’elles se concrétisent il faudra des leaders et des soutiens bien au-delà de ce qu’on voit aujourd’hui. Car si le présent est gris, les projections sur l’avenir annoncent encore pire. Si le changement climatique est le facteur aggravant dont on parle le plus aujourd’hui, les changements des prix agricoles suite aux spéculations sur les bioénergies auront un impact plus précoce et plus grave. Tous les deux ans, le directeur de l’institut international de recherche sur les politiques agricoles (connu sous son acronyme anglais IFPRI) présente une synthèse sur « la situation alimentaire mondiale » (The world food situation). Selon le rapport présenté cette semaine à Pékin, quel que soit le scénario qui se concrétise l’expansion des bioénergies s’accompagnera d’une diminution des aliments disponibles pour les sociétés et des consommations en calories par jour qui seront en dessous des normes, la région la plus atteinte étant, encore une fois, l’Afrique sub-saharienne, où les disponibilités en calories pourraient chuter de 8% d’ici 2020, contre environ 5% en Amérique (ce qui y fera sans doute le plus grand bien) ou en Europe. On n’en parle pas assez : Depuis 2000, le prix du pétrole a triplé, celui du blé aussi. Depuis 2000, le prix du riz et celui du maïs ont presque doublé.Que font les pauvres quand les prix des denrées essentielles augmentent ? Ils changent leur alimentation et le plus souvent ils passent à consommer des denrées qui ont une valeur nutritionnelle inférieure et qui sont carencées en micronutriments essentiels. Le développement en Afrique ça craint

jeudi, 06 décembre 2007

Le développement en Afrique ça craint (8/366)

La croissance agricole au cours des dernières décennies du 20ème siècle a été spectaculaire. Entre 1980 et 2000, la part agricole dans les économies des pays du Sud a augmenté de 2% par an quand les populations n’augmentaient que de 1,6% par an. Ceci résultant d’une augmentation des rendements plus que des surfaces cultivées. Et la conséquence principale a été une réduction des prix des denrées premières. Sur la même période la croissance des pays agricoles du Sud était supérieure à la croissance des pays industrialisés. En moyenne. Parce que l’Afrique n’a pas participé à ce boom agricole. Une des composantes de ce succès des agricultures au Sud a été l’augmentation des surfaces irriguées. 39% des surfaces cultivées en Asie du sud, 29% en Asie de l’est et du Pacifique bénéficient de l’irrigation. Pour seulement 4% en Afrique sub-saharienne. L’autre composante est l’utilisation de variétés améliorées. 80% des surfaces aujourd’hui en Asie – contre 10% en 1960 – mais seulement 22% en Afrique sub-saharienne. J’ai parlé hier des engrais trop chers, essentiellement à cause du transport. La consommation d’engrais a fortement augmenté en Asie. Pas en Afrique. On ne peut pas produire plus et durablement sans apports (intrants). Les sols ne sont pas inépuisables. Les variétés traditionnelles cultivées, qui peuvent être un luxe dans nos pays du Nord, ne produisent pas assez, au Sud, pour nourrir les populations. Il faut les améliorer. Il faut donc de la recherche. Jusqu’ici l’investissement est resté beaucoup trop faible. Le résultat est là : Comparaison des rendements des céréales

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Le développement en Afrique ça craint