lundi, 29 septembre 2008
Faisons vite, ça chauffe !
Nouveau rapport publié aujourd’hui, dixit une dépêche de l’agence Reuters, par l’agence européenne pour l’environnement, l’organisation mondiale de la santé (OMS) et la commission européenne. Rien de bien nouveau ni de sensationnel d’après la dépêche, juste la confirmation que notre planète se réchauffe bien et que nous allons en payer le prix en catastrophes en tous genres. Les canicules vont devenir plus fréquentes, en particulier en Europe, continent qui se réchauffe le plus vite. Comme je suis curieux, j’ai voulu en savoir plus…
Ne cherchez pas le rapport en question sur le site de l’Agence européenne pour l’environnement , il n’y est pas. Sur le site de l’OMS pas davantage, et je ne suis pas allé à la Commission européenne parce qu’il est impossible d’y trouver quoi que ce soit en partant de la page d’accueil…
Les rapports qui se multiplient et qui tous disent la même chose, de toute façon ça ne suffit pas. Il faut que des mesures soient prises, et vite. Tiens, et si on commençait par boycotter TF1 quand la première chaine retransmet un scandaleux Grand Prix de Formule 1 comme celui de Singapour dont la facture énergétique est astronomique ?
15:31 Publié dans Actualités, Nature/Environnement, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
vendredi, 26 septembre 2008
Prix du riz et recherches à risque
Décembre 2007, le riz Thai se vend à 362 dollars la tonne sur le marché international. Fin avril 2008, il est à 1000 dollars. La récolte de juin fait tomber les prix, mais en juillet ils sont encore à deux fois le prix de décembre dernier. Deux-tiers des pauvres de la planète dépendent du riz pour leur alimentation. Et plus ils sont pauvres, plus le poids de cette alimentation dans leur budget devient lourd. Certains consacrent jusqu’à 40% de leurs revenus à l’achat du riz. Quand le prix de celui-ci augmente, ils sont obligés d’en acheter moins. Et donc de manger moins.
Mes petits camarades économistes pourront dire ce qu’ils veulent sur le rôle des marchés et de la spéculation, le fait est que le monde consomme plus de riz qu’il n’en produit, et cela ne date pas d’hier. Les stocks qui existaient en 2000 ont rétréci comme peau de chagrin. La cause profonde est que si les rendements augmentaient de près de 3% par an pendant l’époque dite de la révolution verte (les décennies 70-80), ils augmentent aujourd’hui de moins de 1% par an, ce qui ne suffit plus à compenser l’augmentation de la demande.
Même si je ne suis pas économiste je peux comprendre que la seule façon de faire baisser les prix, c’est d’augmenter l’offre. Cela ne peut pas se faire en augmentant les surfaces cultivées. Il faut donc créer les conditions nécessaires pour une augmentation des productions sur les surfaces déjà en culture. Le prix de l’engrais azoté est passé d’un indice 100 en 2000 à un indice 800 aujourd’hui, poussé par l’augmentation (bien plus faible) du prix du pétrole. On ne peut pas espérer que les agriculteurs continueront d’appliquer les mêmes doses d’engrais qu’autrefois sans répercussion négative sur les prix. Alors il faut créer de nouvelles variétés plus productives, mais peut-on encore le faire ? La sélection variétale traditionnelle montre aussi ses limites. La question aujourd’hui est de savoir si la recherche peut répéter ce que les agriculteurs du monde ont réussi à faire, sans la science, il y a quelque 10.000 ans : créer des plantes totalement nouvelles, produisant considérablement plus que leurs parents, un peu comme le mélange compliqué de trois espèces de blés sauvages avait conduit au blé aujourd’hui cultivé, ou comme l’épi du maïs sauvage – qui existe toujours et qui ne contient que 5 à 6 grains – avait donné naissance, par la sélection empirique d’un tout petit nombre de variations par les agriculteurs indiens, à un épi à 200 ou 300 grains. Bien sûr on pense que la recherche dispose aujourd’hui d’infiniment plus de technologies, dans sa boite à outils, que n’en possédaient les paysans de Mésopotamie ou les indiens d’Amérique. Et bien sûr certains ne manqueront pas de parler d’abord d’OGM. Je crois que la dite boite à outils contient infiniment plus qu’un seul marteau. Par contre, il est plus que temps de se demander si la recherche aujourd’hui investit assez dans des voies nouvelles à risque : les chercheurs préfèrent « assurer » (ils ont besoin de publier pour avancer) en continuant de faire ce qu’ils savent faire depuis longtemps plutôt que de se lancer dans des projets complètement innovants. Il est pourtant temps de leur permettre et même de les encourager à prendre des risques.
09:24 Publié dans Actualités, Economie, Politique, Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise alimentaire, agriculture, faim, développement, recherche
jeudi, 25 septembre 2008
« Le jour du dépassement global »
C’est nouveau, ça vient de sortir… mais est-ce que cela servir à quelque chose ? Le Monde rapporte qu’une ONG canadienne a inventé un nouveau concept pour essayer de réveiller le monde : celui du jour où nous autres, stupides humains, avons épuisé les ressources produites par notre planète pour l’année en cours. Nous venons de le passer, c’était mardi dernier. Ce que cela veut dire, c’est que du 24 septembre à la fin de l’année nous dépensons des ressources que nous n’avons pas, que nous dépensons l’avenir. En somme, on vit à crédit, un crédit sur le futur, personne ne sachant si et comment on pourra le rembourser.
Est-ce qu’une seule autruche sortira sa tête du trou pour autant ? C’est douteux, même si l’essai (et le concept) ne manque pas d’intérêt. Nous vivons dans des sociétés où l’individualisme, l’égoïsme, l’indifférence sont en croissance exponentielle. Tel des assidus de Goscinny, une poignée d’irréductibles résistent encore à l’envahissement. Gagneront-ils contre la majorité qui veut continuer de rouler en 4x4 climatisé, de bétonner le littoral ou de manger un steak de charolais chaque midi ? Je l’espère. Je crois davantage à la bonne gouvernance, qui impose les mesures nécessaires, qu’au « bottom-up » où chacun « prendrait conscience » et commencerait à se comporter en citoyen du monde. Faut pas rêver.
J’entends d’ici ceux qui vont dire « et vous beau parleur, que faites-vous pour changer votre style de vie dans le bon sens ? ». Moi j’ai la plus petite et une des plus économes voitures du marché, sans climatisation. Je surveille étroitement ma consommation d’eau. J’investis cette année dans le remplacement de ma chaudière au fioul dans une pompe à chaleur et des panneaux solaires. Et pour mes loisirs je n’utilise que le vent… Oui je fais attention, même sachant que le comportement d’une seule famille ne change pas grand-chose. Mais sachant aussi que la plage est faite de grains de sable.
Ceux qui ne veulent rien changer à leur style de vie disent que « science et technologies y pourvoiront », demain, dans dix ans, dans cent ans, comme cela s’est toujours fait dans le passé. Je suis convaincu qu’on a passé un cap et que ce n’est plus vrai, même si les technologies continuent de progresser à un rythme toujours plus élevé. Je me soucie aussi de l’équité dans cette dépense inconsidérée de ressources : pouvons-nous durablement nous arroger unilatéralement le droit de dépenser dix fois plus, de ces ressources que la planète produit par année, que les habitants du Bangladesh, de la Somalie ou de l’Afghanistan?
09:15 Publié dans Actualités, Economie, Nature/Environnement, Politique, Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : environnement, planète, ressources, équité
mardi, 23 septembre 2008
OGM : Haro sur les médias !
Hier je commentais une nouvelle publiée par le journal Le Monde sur le coton Bt en Chine, où les populations d’insectes ravageurs ont apparemment diminué. Et le soir même regardant mon journal télévisé j’ai entendu que des agriculteurs indiens se suicidaient en grand nombre, endettés jusqu’au cou parce qu’ils ont acheté (cher) des semences de coton Bt et que la récolte promise n’est pas là.
Que cherchent nos médias ? Je pense de plus en plus qu’ils entretiennent la confusion à dessein. Le problème des petits agriculteurs indiens n’est pas du tout un problème lié aux OGM. Il est un problème de systèmes agraires, de variétés « améliorées » et de filière. De très nombreux agriculteurs indiens se sont suicidés pendant et après la révolution verte – quand personne ne parlait encore d’OGM – parce qu’on les a plus que fortement et pas très honnêtement incités à planter les nouvelles variétés tout en sachant fort bien que tous n’avaient pas les moyens de payer tous les intrants (engrais, pesticides, irrigation) dont ces variétés ont impérativement besoin pour exprimer tout leur potentiel de production. Pour simplifier, on leur a prêté (à taux élevé) de quoi acheter des semences et pas grand-chose d’autre pour faire pousser des plantes inadaptées à leurs conditions de culture si on n’y rajoutait pas quantités d’engrais et de l’irrigation. Sans surprise, les récoltes obtenues ont n’ont pas été bonnes, très souvent moins bonnes que celles des variétés traditionnelles qu’ils faisaient pousser avant, et les dettes se sont accumulées sans espoir de sortie. La culture indienne a fait le reste. Incapables de s’organiser pour lutter contre leurs exploiteurs, beaucoup ont choisi la mort. Tirer de ce drame une relation de cause à effet avec la technologie OGM est indigne d’une presse qui se veut honnête et impartiale.
09:44 Publié dans Actualités, Coup de coeur/Coup de griffe, Economie, Politique, Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : OGM, Inde, coton, agriculture
lundi, 22 septembre 2008
OGM encore : quand les grands chercheurs parlent de ce qu’ils ne connaissent pas
Les 15 et 16 septembre derniers, l’Institut de France (précisons : la Fondation Institut de France-Aventis) et l’Académie des Sciences organisaient un colloque sur les OGM qui était à l’évidence un colloque pro-OGM, un seul son de cloche y étant entendu, pour faire court : les OGM ne sont pas seulement nécessaires et utiles, ils sont indispensables si on veut résoudre le problème de la faim.
Si « tout ce qui est excessif est insignifiant », je crois surtout que les pros (tout autant que les antis) discréditent sérieusement leur cause chaque fois qu’ils font preuve d’aussi peu de rigueur scientifique. Les OGM ne sont qu’une technologie. On doit en utiliser le meilleur, quand et seulement quand on n’a rien de mieux à se mettre sous la main.
Quand Marc van Montagu, éminent scientifique belge, interviewé par Le Figaro, dit par exemple : « La dernière trouvaille des anti-OGM, c'est de dire que les plantes transgéniques favorisent une forme de société dont ils ne veulent pas. Or selon moi, il faut absolument développer l'agriculture des pays en voie de développement pour faire face à la surpopulation et aux différences criantes de niveau de vie avec les pays riches - et pour ce faire, il faut le meilleur de la science, c'est-à-dire les OGM. Il n'est pas question de proposer à ces pays-là l'agriculture que nous pratiquions il y a cent ans ! »… il montre un manque de rigueur bien peu scientifique – outre sa totale méconnaissance des agricultures du Sud – tant il est évident que des gens qui n’arrivent pas à produire une tonne de grains à l’hectare ont besoin de bien d’autres choses que d’une nouvelle variété (OGM ou pas) pour espérer s’en sortir mieux.
Cet épisode, encore une fois, montre l’importance d’une recherche publique indépendante. Nous avons besoin, nous les consommateurs, nos politiques, nos décideurs, d’avis d’experts, indiscutables. Trop de chercheurs du secteur public ont pieds et mains liés dans des alliances juteuses avec le secteur privé. Ils sont disqualifiés pour l’expertise. Les instituts de recherche doivent jouer leur rôle, en finançant des recherches indépendantes de tout accord avec le privé. Et les chercheurs désignés pour ces travaux d’expertise dont nos décideurs ont besoin doivent clairement être des personnes sans aucun contrat avec le privé (déclarant sur l’honneur l’absence de tout conflit d’intérêt). Je ne dis pas que ce n’est pas le cas aujourd’hui dans les instituts de recherche. Cela ne l’est évidemment pas dans la presse qui fait choux gras des déclarations de tous ces chercheurs qui copinent, soit avec le privé, soit avec les ONG anti-OGM, parce qu’ils alimentent une polémique qui n’a pas vraiment raison d’être, sauf à faire vivre un nombre non négligeable de gens.
14:07 Publié dans Actualités, Coup de coeur/Coup de griffe, Politique, Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : OGM, agriculture, recherche, crise alimentaire
jeudi, 18 septembre 2008
« Quelle terre laisserons-nous ? Tout le monde s’en f… »
Nous sommes submergés par internet … d’information, de connaissances, de tentations. Merci à ceux qui trouvent encore le temps de passer quelques minutes sur mon blog. Un seul de ces lecteurs envoie régulièrement ses commentaires. Je l’en remercie vivement. Et je reviens ci-dessous sur le dernier reçu. Mais un seul lecteur qui commente, c’est vraiment dommage parce que je suis sûr que nous avons tous des choses à dire, des choses à partager sur les questions qui sont abordées sur ce blog.
Patrick Yeu, mon commentateur unique et donc préféré, me fait très justement remarquer qu’un mort dans la rue tout près de chez nous aura un impact infiniment supérieur à dix, voire cent morts dans un village éthiopien. On est concerné par la proximité, le rapport direct. Combien d’américains, qui vivent dans les états agricoles de l’intérieur, connaissent plus que la géographie de leur canton ? Une infime minorité d’entre eux est capable de trouver l’Ethiopie sur la mappemonde. Sommes-nous en train de devenir comme eux ?
La crise financière qui secoue les marchés depuis quelques semaines et s’est accentuée au cours des derniers jours est un exemple classique, mais seulement un exemple, de l’interdépendance dans laquelle nous vivons de plus en plus. Notre monde rétrécit. Les ressources à partager diminuent. Et on commence à montrer du doigt ceux qui les utilisent mal, même s’ils sont très loin de nous, parce que leur comportement affecte toute la planète. Si c’est seulement le rapport direct qui fait que l’on s’implique, alors on ne s’implique dans rien ou trop peu ou surtout trop tard. Comment changer cela ? Peut-on changer cela ? La décision appartient aux politiques, mais si les politiques ne bougent pas on ne peut pas décider pour eux et encore moins aller faire sur le terrain ce qui doit être fait, chacun de son côté, individuellement. Il faut donc que l’on s’organise, sans doute en structures intermédiaires –associations, ONG – pour faire bouger les décisionnels. J’ai fait partie d’une association de défense de l’environnement, dans un village du Gard. La dernière fois que nous (le bureau de l’association) avons organisé une activité collective – nettoyer un coin de garrigue – aucun des 3500 habitants du village ne s’est déplacé. Donc je rejoins Patrick Yeu et partage son avis : ma question « quelle terre laisserons-nous à nos enfants ? » n’est pas la bonne question. Pour faire court : tout le monde s’en fout. Les Nicolas Hulot sont des épouvantails à oiseaux, solitaires au milieu d’un champ, avec un corbeau posé sur chaque bras. On change leur veste une fois par an pour se donner bonne conscience, mais le monde continue de tourner de plus en plus mal à chaque minute sans que rien de sérieux ne soit fait pour enrayer durablement la spirale. Bien sûr vous aurez noté que si toutes les banques centrales se sont mobilisées, pour injecter 180 milliards de liquidités sur les marchés, il n’a pas été question de contribution française à cette action collective. Mais sur d’autres sujets, quand l’Etat français s’est avéré défaillant, des associations ont pris le relais. Considérant ce que l’on fait chaque année, par exemple, pour trouver des solutions par la recherche face à des maladies génétiques classées comme « rares », et qu’on appelle le téléthon… ne serait-il pas envisageable de faire quelque chose de similaire pour trouver des solutions à une maladie chronique tout ce qu’il y a de plus répandu en Afrique, en Asie du Sud et ailleurs et qu’on appelle malnutrition et pauvreté ?
15:24 Publié dans Actualités, Associations, Coup de coeur/Coup de griffe, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise alimentaire, agriculture, faim, développement, aide internationale
mardi, 16 septembre 2008
Ecouter pour innover : l’exemple du chuño bolivien
L’article est paru dans le New Agriculturist, et constitue un bon exemple de projet co-construit avec tous les acteurs d’une filière. Un des responsables du projet rappelle les difficultés au départ : « le principal défi était de réunir autour d’une même table des gens ayant des perspectives différentes, issus de milieux très différents, et de créer un climat de confiance ».
2008 est l’année de la pomme de terre, et l’exemple en question concerne un ensemble de variétés blanches d’altitude, cultivées depuis des millénaires par les communautés Amyara et Quechua. Traditionnellement, les pommes de terre sont séchées sur le sol, par l’alternance de grandes variations de températures jour-nuit. Elles subissent en fait plusieurs gels nocturnes, puis finissent sous les pieds des femmes pour éliminer le peu d’eau restante, et les pommes de terre séchées ainsi obtenues peuvent se garder des mois voire des années, quand que les pommes de terre non séchées subissent les attaques de divers parasites et pourrissent en quelques jours. Considérées comme une nourriture de pauvre, ces pommes de terre séchées étaient rarement vendues sur les marchés de la capitale ou dans les supermarchés. Le projet, qui réunissait des agriculteurs, des commerçants, des transformateurs, des exportateurs, des spécialistes de la cuisine et des organisations de recherche nationales et internationale (le Centre International de la Pomme de terre, CIP) a permis d’améliorer la qualité du produit et de le faire passer au rang de « produit andin naturel et sain ». Les chuños se vendent désormais sur des marchés de spécialités au Brésil, en Argentine, en Espagne et aux Etats-Unis. Des sous-produits, farines et soupes se développent et se créent un marché.

Aujourd’hui les agriculteurs qui participent au projet connaissent mieux la filière. Ils savent l’importance des critères de qualité. Ils ont accès aux informations sur le marché et sont devenus plus compétitifs. Les chuños font partie de la culture alimentaire de la Bolivie. Ils ne sont plus aujourd’hui seulement une agriculture de subsistence, le monde les découvre et les apprécie. Combien de cultures inconnues ou oubliées pourraient ainsi arriver sur nos marchés, être appréciées des consommateurs que nous sommes, et en même temps contribuer à améliorer le niveau de vie de ceux qui sont aujourd’hui les plus démunis ?
11:47 Publié dans Actualités, Cuisine/Gastronomie, Economie, Politique, Sciences et technologie, Traditions | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : agriculture, Bolivie, alimentation, pomme de terre
lundi, 15 septembre 2008
Ce dont tout le monde parle mais que personne ne fait : écouter les gens sur le terrain
Bien sûr j’exagère encore et toute « règle » connaît ses exceptions. Force est, tout de même, de constater que si l’écoute est dans tous les discours bien peu savent vraiment la pratiquer. On n’arrête pas de répéter en effet, et ceci depuis plus de dix ans, qu’un projet de recherche pour le développement peut difficilement voir ses résultats adoptés et avoir un impact concret que si les bénéficiaires de cette recherche ont contribué, dès la phase de conception du projet jusqu’à son suivi et son évaluation. Autrement dit vous pouvez demander à des dessinateurs de créer une voiture nouvelle dans leur bureau sans rien demander à personne et ensuite vous mettez 1000 personnes au chômage parce qu’ils construisent une voiture dont personne ne veut. Ou bien vous étudiez le marché avant, en allant voir vos clients potentiels et en analysant leur demande. Ce qui est vrai pour la nouvelle voiture chez nous est vrai pour la nouvelle variété de sorgho au Mali. Le chercheur qui ne sort pas de son labo ou de sa station expérimentale a toutes les chances de se planter. Bon, mais ça, on essaie de corriger, même si c’est encore un peu trop incantatoire.
Pour la recherche contre la pauvreté et pour la sécurité alimentaire, c’est encore plus compliqué. Parce que si l’on veut vraiment avoir un impact il faut que cette recherche s’insère dans un contexte plus large qui est celui du développement rural, où beaucoup d’autres forces sont en jeu. Le développement rural est quelque chose de compliqué qui demande des approches multidimensionnelles : domaines de recherches imbriqués (agriculture, santé, énergie, environnement), disciplines variées, biophysiques et socio-économiques, multi acteurs. Qui fait ça bien, qui a le savoir-faire ? Où ? Quelle la recherche qui s’initie, qui commence à réfléchir à partir du contexte spécifique et du savoir de l’agriculteur lui-même ? Quelle recherche a un impact sur un grand nombre à partir de l’étude de quelques cas individuels ? Les situations des agriculteurs pauvres, en zones agro-écologiques marginales (peu favorables), sont extrêmement diverses. Quelle recherche a un impact sur les revenus non pas de quelques villages, quelques centaines de familles, mais sur des millions ?
Cette complexité évoquée ici montre à quel point le chercheur seul est impuissant et à quel point il est nécessaire de rassembler tous les acteurs et de les écouter. Je participais ce matin à une réunion de la Commission pour la Recherche Agronomique Internationale (CRAI). Tous autour de la table étaient des chercheurs ou d’anciens chercheurs. L’un d’eux a remarqué avec moi que l’on n’appliquait donc pas à nous-mêmes ce qu’on revendiquait pour les autres : pourquoi n’a-t-on jamais invité l’AFD (Agence Française de Développement) à nos réunions ?
Les bons chercheurs sont des spécialistes pointus qui n’ont pas le temps de passer des journées entières dans des réunions multiples. Vrai ? Si c’est vrai, alors il faut inventer des intermédiaires, des « brookers » qui font une bonne liaison avec la demande et les réalités du terrain. Qui sont les brookers aujourd’hui ? Essentiellement des ONG. Discutent-ils avec les chercheurs ? Bien peu le font. Mais, disent-ils, c’est surtout parce que les chercheurs ne savent pas écouter… où sont les espaces de dialogue aujourd'hui, entre la science et la société en général?
14:45 Publié dans Débat/Forum, Politique, Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
vendredi, 12 septembre 2008
La diversité des plantes alimentaires, aujourd’hui et demain
Il y a seulement 40 ou 50 ans, quand on a commencé à sérieusement investir dans la collecte et la conservation de la diversité des plantes alimentaires, les technologies permettant de valoriser cette diversité pour la création de nouvelles variétés plus adaptées, de meilleure qualité nutritionnelle et/ou de meilleur rendement, étaient bien loin d’être ce qu’elles sont aujourd’hui. On pollinisait une plante par le pollen d’une autre et on regardait les enfants qui en résultaient. Imaginez : 100.000 variétés de blé* que l’on peut croiser entre elles, cela donne 100.000 x 100.000 = 10 milliards de combinaisons ou de familles différentes possibles! Les familles étant par nature hétérogènes, il faudrait peut être faire pousser et analyser un millier de plantes dans chacune d’elles pour voir le potentiel d’un croisement entre deux de ces 100.000 blés différents… on arrive à 10.000 milliards d’individus. Je passe sur le nombre de caractéristiques à analyser sur chaque plante, certaines requérant des analyses chimiques compliquées. Multipliez tout cela par le nombre de plantes cultivées importantes pour nos alimentations… on est depuis longtemps dans l’impossible absolu. Résultat : les ressources génétiques dorment dans les « banques » de gènes depuis 40 à 50 ans, et les sélectionneurs n’ont pu en exploiter, pour produire des variétés améliorées, qu’une infime partie.
On peut aujourd’hui changer tout cela. On peut aujourd’hui ouvrir la caverne d’Ali Baba de la diversité des plantes alimentaires. On a, du moins, une panoplie de technologies, d’outils, qui permettraient de le faire si l’essentiel de la production de nouvelles variétés n’était dans les mains d’un secteur privé qui n’a en tête que le profit à court terme et pas ou trop peu l’intérêt réel des consommateurs. Un nouveau rôle pour le secteur public de recherche – et une relance de ce secteur - serait donc, peut-être et entre autres choses, au travers de la démonstration qu’on peut diversifier l’agriculture et l’assiette des français de manière drastique, avec des produits nouveaux de grande qualité. Le problème, c’est que la grande majorité des chercheurs travaillent sur un nombre extrêmement restreint d’espèces, toujours les mêmes. Il faut donc une forte incitation et/ou une politique institutionnelle délibérée, pour que quelques uns se lancent en dehors des clous, sur des pistes nouvelles.
Je lisais hier quelques chapitres d’un livre publié au Canada sur la biodiversité pas toujours cultivée mais pourtant alimentaire du sud de l’Asie. Etonnant : dans un seul village les auteurs ont recensé pas moins de 453 plantes consommées, cultivées ou simplement ramassées dans les zones non cultivées. On peut nourrir le monde avec douze plantes mais la qualité de l’alimentation et notre qualité de vie dépendent de la diversité que l’on saura continuer à cultiver et à conserver pour les générations futures. Ce que je disais il y a quelques jours sur les céréales africaines oubliées s’applique à toutes les familles de plantes alimentaires, et à tous les continents.
Le gouvernement décide de diminuer de moitié l’usage des pesticides. C’est bien, même si l’échéance est beaucoup trop lointaine. Et pourquoi le gouvernement ne décide-t-il pas, de la même façon, de promouvoir la diversité dans l’agriculture ? Et donc dans nos assiettes. On a les ressources génétiques dans les placards, ou encore sur le terrain, à ramasser, et on a toutes les compétences dans les laboratoires et les stations de recherche pour transformer ces ressources en produits alimentaires de qualité... il ne manque qu'un coup de pouce!
------
* la collection mondiale conservée au Mexique par le CIMMYT en contient plus de 130000.
08:45 Publié dans Actualités, Politique, Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : agriculture, sélection, amélioration des plantes, génétique
vendredi, 05 septembre 2008
La Chine investit 3,5 milliards dans les OGM
Bové a du souci à se faire. La revue Science annonce aujourd'hui que la Chine lancera une grande initiative de recherche sur les OGM à la fin du mois, investissant la bagatelle de 3,5 milliards de dollars dans l'opération. Cela représente, si je ne me trompe pas, quelque 30% de plus que le budget TOTAL de la recherche en France! La Chine justifie cet investissement massif sur la base d'un constat - qui s'applique à la majorité des pays du monde: les sols sont dégradés et l'eau se fait rare, quand la population augmente, donc on va tout droit à une catastrophe alimentaire majeure si on ne prend pas des mesures drastiques (constat évident mais pourtant contesté par des chercheurs du Cirad hier dans leur conférence sur la crise alimentaire*). Pour les chinois, on peut bien sûr prendre des mesures agronomiques pour faire face aux contraintes mais il faut aussi des "super plantes" et les voies traditionnelles de la sélection ne suffisent plus.
Il n'y a pas de miracle. On est bon, c'est à dire performant, efficace, là où on investit. Les chinois ont déjà mis au point il y a plus d'un an une technologie OGM qui permet l'excision du gène ajouté une fois qu'il a fait son travail et avant que le produit n'arrive dans l'assiette ou risque de "contaminer" l'environnement. En bref, l'OGM apparemment sans risque. Nul doute que leur nouvel investissement va révolutionner l'agriculture, chez eux et partout ailleurs où ils interviennent.
----------
* J'y ai même entendu que la dégradation des sols en Afrique est un mythe, quand bien même on y pratique l'agriculture depuis la nuit des temps sans engrais ! Tous les centres de recherche africains, dans les enquêtes sur les contraintes à l'agriculture réalisées par les centres de recherche internationaux d'une part, le forum africain pour la recheche agricole (FARA) d'autre part, placent pourtant la fertilité des sols et la sécheresse en tête de liste. L'évaluation des priorités par la Fondation Bill Gates a également conduit à la même conclusion.
08:41 Publié dans Actualités, Economie, Politique, Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise alimentaire, agriculture, faim, développement, recherche, Afrique

