lundi, 22 janvier 2007
Réponse à La Colombe Blanche
MESSAGE RECU DE L'ONG LA COLOMBE BLANCHE L'ESPOIR D'UNE VIE
Nous sommes en Afrique de l'Ouest ABIDJAN, nous voudrions voir une photo d'un broyeur pour le manioc et savoir le prix approximatif de celui ci c'est pour un campement à BENOITKRO près de Gagnoa. Nous sommes une ONG LA COLOMBE BLANCHE L'ESPOIR D'UNE VIE et nous voulons offrir un broyeur.
Merci de votre réponse et bravo pour tout ce que vous avez pu faire et bravo pour cette femme de 67 ans qui en paraît bien moins.............Le travail conserve..........n'est ce pas ?
A très bientôt nous l'espérons
Nos salutations distinguées
Ecrit par : françoise | dimanche, 21 janvier 2007




Photos prises près d'Ibadan, au Nigéria. De haut en bas: zone de pelage, zone de broyage, le broyeur, zone de pré-cuisson de la farine de manioc (gari).
Je fais une demande de renseignements auprès de mes collègues qui travaillent sur le manioc (Cirad, CIAT, IITA) et vous recontacte. Merci de me donner votre adresse email.
Bien cordialement.
09:54 Publié dans Associations , Mes histoires , Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : manioc, broyeur, Côte d'Ivoire
mercredi, 03 janvier 2007
Une histoire de lulo
Comment sortir de la pauvreté en ne produisant que des céréales, riz, maïs ou blé ? Plus on est pauvre, plus la ferme est petite, et plus on a besoin de la diversification des productions. Ce qui rapporte, c’est ce qui se vend bien sur le marché, et c’est rarement la plante que tout le monde cultive, à l’identique.
Le lulo est un arbre fruitier d’Amérique du Sud qui pousse en altitude, dans des zones où tous les agriculteurs sont de petits agriculteurs pauvres. Je peux vous assurer que le matin, au petit déjeuner, le jus de lulo vaut tous les jus d’orange du monde.
Témoignage de Vitelio Menza*:
On peut très bien vivre sur une ferme de 2 hectares… Nous avons des caféiers, des avocatiers, des plantains… et bien sûr le lulo.
Le lulo est ce qui nous permet de nous en sortir. Les fruits se vendent mieux et plus vite que le café. Les usines de jus de fruit nous en demandent toujours plus… Le problème jusqu’ici, c’est que les nouveaux arbres étaient plantés à partir de graines, et seulement quelques uns produisaient autant que les arbres sur lesquels ces graines avaient été ramassées. Les chercheurs nous ont montré qu’avec les plants en tubes, tous les arbres étaient aussi bons producteurs que l’arbre d’origine. On va bientôt avoir notre propre fabrique de plants en tube, dans le village. On s’organise. (extrait et traduit - librement - du rapport annuel du CIAT)
Encore une petite histoire, encore un exemple, pour montrer que la recherche dont les agriculteurs du Sud ont besoin – je parle des petits agriculteurs pauvres du Sud, pas de ceux qui pratiquent la monoculture à la mode de chez nous – doit être une recherche qui réponde à leurs attentes au moins autant qu’elle doit répondre à nos désirs d’excellence et de publication dans des revues prestigieuses. Quand les dirigeants de la recherche, au ministère et dans les organismes auront compris qu’ils ont - eux aussi ** - un rôle à jouer pour aider les pauvres à sortir de la pauvreté, peut-être finiront-ils par accepter d’évaluer leurs chercheurs AUSSI pour leur impact sur cette pauvreté. Produire des pieds de lulo in vitro n’était pas une « grande recherche », mais c’était une recherche indispensable. Les chercheurs du CIAT et leurs collègues colombiens de l’institut national agronomique (CORPOICA, voir image ci-dessous) n’ont pas produit de cette recherche un article dans Nature ou Science, mais ils ont très sensiblement contribué à améliorer les revenus de quelques milliers de familles comme celle de Vitelio Mendoza. Pour les chercheurs qui ont réussi ce coup là comme pour moi, c’est certainement tout aussi important et satisfaisant que la belle publication. Ceux qui jugent que non et qui, en conséquence, refusent d’encourager et de soutenir ce genre de recherche sont malheureusement aux commandes. En France, il y a LA recherche. La recherche pour le développement, c'est quoi?

* Vitelio vit au sud-ouest de la Colombie
** parce que bien sûr la pauvreté est très loin d'être seulement une question de recherche. Mais tous oublient trop facilement que c'est aussi un domaine où il y a un besoin de recherches spécifiques.
10:09 Publié dans Mes histoires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, agriculture, pays du Sud, pauvreté
vendredi, 01 septembre 2006
Achetez maigre, vendez gras – au Laos
Téléspectateurs français lassés de navets rediffusés 20 fois, de séries policières quotidiennes et de télé-réalité à deux balles, révoltez-vous !
La recherche contre la pauvreté : la télévision anglaise (BBC) consacre une série d’émissions sur les belles histoires de la recherche pour la protection de l’environnement et la lutte contre la pauvreté. On pourrait faire un truc comme Ushuaia chez nous sur ce thème là
Exemple d’histoire filmée par la BBC : Achetez maigre, vendez gras – au Laos
L’agriculture traditionnelle, dans les régions d’altitude du Laos, est basée sur des alternances de cultures et de jachères, ces dernières permettant aux sols de récupérer leur fertilité avant d’être à nouveau cultivés. Avec une pression de population croissante, le temps de jachère a du être diminué, et en parallèle la déforestation a augmenté. Au final on a observé une diminution de la fertilité des sols et des rendements dans une région où les riziculteurs étaient déjà bien pauvres. En se mettant à cultiver des herbes, connues pour leur qualité fourragère, et alimenter avec leurs animaux, ces agriculteurs découvrent une nouvelle source de revenu. Une lueur d’espoir pour sortir de la pauvreté.
Le Laos
Le Laos est essentiellement une société rurale, puisque 85 pour cent de la population dépend de l’agriculture. Le secteur agricole représente 52 pour cent du PNB, dont 18% pour l’élevage et la pêche. Les zones les plus productives sont les zones de basse altitude le long du Mékong et de ses affluents. Les zones d’altitude souffrent de leur éloignement des marchés, accentué par l’état des routes, et dépendent essentiellement d’une agriculture de subsistance. Ces régions n’ont pas profité du développement économique et les populations qui y vivent sont très pauvres.
Toute stratégie visant à aider ces agriculteurs pauvres doit posséder simultanément toute une série de critères – elle doit favoriser la croissance de la production agricole, augmenter les revenus des familles tout en conservant les ressources naturelles et l’environnement.
Les projets fourrages du CIAT en Asie du Sud-Est
Depuis plus de 20 ans, le Centre International pour l’Agriculture Tropicale (CIAT) travaille pour trouver des solutions au problème présenté ci-dessus. Le projet « fourrages pour les petits agriculteurs » (FPA) et son successeur « systèmes d’élevage et niveau de vie » (SNEV) impliquent un réseau d’agriculteurs, de spécialistes du développement et de chercheurs avec pour objectif d’améliorer la production animale grâce aux fourrages en Asie du Sud-est. Le SNEV, qui est financé par le gouvernement australien, se focalise sur le nord du Laos.

Crédit: Jim Holmes et CIAT
L’élevage est une ressource pour les familles: une source potentielle de revenu, comme par exemple dans le cas du buffle qui peut être loué pour le labour, ou une assurance, l’animal pouvant être vendu quand la récolte n’est pas là. En général, les animaux n’ont que rarement été considérés comme une source de revenu par eux-mêmes et les petits agriculteurs ont donc peu investi dans l’achat d’animaux. Ces animaux sont généralement gardés à un niveau de subsistance et nourris de plantes natives et de résidus agricoles.
Dans la plupart des endroits du monde, et certainement en Asie du Sud-est et de l’est, on observe une évolution de la demande pour l’animal et les produits animaux en conséquence de la croissance démographique, de l’urbanisation et de l’augmentation des revenus. On estime que la demande en viande augmentera de 3 pour cent par an dans la région vers 2020. Au Laos, environ 75 pour cent de la viande bovine produite est consommé sur place, le reste étant exporté, principalement vers la Thaïlande, de plus en plus vers le Vietnam et, sans doute demain, vers la Chine.
Sécurité financière
Les agriculteurs prennent conscience que l’amélioration de la production animale pourrait améliorer leur sécurité financière. Pour aider ces agriculteurs, le CIAT les encourage à cultiver des fourrages pour alimenter les animaux et en même temps améliorer la valeur de leur cheptel.
Dans un projet financé par le gouvernement australien (AusAID), le CIAT a travaillé avec plus de 1300 familles réparties dans une centaine de villages de cinq districts appartenant à deux provinces– Xieng Khouang and Louang Prabang – et ce depuis maintenant cinq ans.

Les systèmes de production animale varient considérablement, d’un village ou d’une zone à l’autre, quelquefois en raison des ressources disponibles et quelquefois en raison de différences culturelles. Les solutions proposées doivent être adaptées à ces réalités.
Les fourrages
Les plantes fourragères sont des herbes (des graminées) et des légumineuses arbustives ou arboricoles qui peuvent servir à l’alimentation des animaux. Elles peuvent rendre d’autres services, comme par exemple de contribuer à prévenir l’érosion des sols, ou d’améliorer leur fertilité, ou de permettre de mieux contrôler les mauvaises herbes.

Gee Her et son papa procèdent à la récolte du fourrage pour alimenter les animaux.
Crédit: Jim Holmes et CIAT
Au départ, de nombreuses variétés de fourrages ont été évaluées, mais on a réduit leur nombre de 600 espèces et variétés à quelques 40 ‘cultivars’ à large spectre d’adaptation et pouvant contribuer à l’alimentation animale dans la région.
Critères pour sélectionner le fourrages:
• Comprendre les besoins des producteurs . Il y a quelquefois des ressources locales suffisantes pour l’alimentation animale. C’est seulement en cas de réel besoin qu’on peut motiver les producteurs pour qu’ils évaluent des fourrages et les adaptent à leur besoins propres.
• Trouver comment cultiver et utiliser les fourrages. Le pâturage de petites parcelles est un moyen simple, mais il faut impérativement une clôture pour empêcher les animaux d’aller manger les cultures voisines ou pour empêcher les animaux du voisin de venir se régaler chez soi. On peut aussi cultivar le fourrage, le couper, et l’apporter là où sont parqués les animaux. Cette méthode a l’avantage de concentrer les déjections qui peuvent être collectées. Des « clôtures vertes » peuvent apporter un bon supplément protéique tout en maintenant les animaux à l’écart des cultures voisines.
• Trouver les fourrages adaptés au sol et au climat. Une banque de données a été constituée qui réunit les informations sur les différentes espèces disponibles et leurs caractéristiques. Les agriculteurs peuvent faire leurs choix pour des tests à la ferme
Ce qu’ils recherchent généralement:
• Une plante qui pousse aussi pendant la saison sèche;
• Une plante qui s’installe rapidement après le semis;
• Une plante qui vit longtemps (pérenne);
• Une plante appréciée par les animaux, quelque soit sont stade de croissance.
Impact du projet
L’attitude des agriculteurs vis à vis de leurs animaux a changé, en même temps qu’ils prenaient la mesure des bénéfices financiers qu’ils pouvaient en tirer.
Les agriculteurs ont d’abord gagné du temps parce que les fourrages sont plantés près de la ferme et ils n’ont plus à les chercher dans la végétation naturelle plus éloignée. Les animaux sont en meilleure condition, plus sains, capables de se reproduire plus souvent. Et la conséquence de tout cela est une augmentation significative des revenues au moment où les revenues du riz diminuent.

Animal emmené au marché – mais les infrastructures routières laissent beaucoup à désirer. Crédit photo: Jim Holmes et le CIAT
Un certain nombre de problèmes sont encore à résoudre :
• Les marchés peuvent être difficiles d’accès du fait de l’état des infrastructures routières.
• L’éloignement fait que les agriculteurs sont mal informés des conditions du marché et n’obtiennent pas toujours le meilleur prix pour leurs produits.
• Pour les plus pauvres, l’absence de capital les empêche d’acheter un animal, mais ils peuvent démarrer avec de la volaille et des porcs et epue à peu acquérir les moyens d’acheter une vache.
• Il y a un risque de déforestation pour planter plus de fourrages, qui peut être atténué si l’on favorise les implantations fourragères dans des zones non forestières d’altitude.
• Les maladies animales restent un problème au nord Laos, même si des animaux mieux nourris sont moins susceptibles de les attraper.
• Pour tous ceux qui ont planté ces nouveaux fourrages, les bénéfices financiers ont des conséquences évidentes. L’augmentation des revenus a créé une certaine sécurité et une plus grande volonté d’investissement. Ils achètent de nouveaux animaux en meme temps qu’ils améliorent leurs conditions de vie, notamment leurs maisons, et commencent à envoyer leurs enfants plus longtemps à l’école.
Remerciements à Rod Lefroy, le coordonnateur régional du CIAT en Asie, et Peter Horne, le responsable du projet à qui ces infos ont été empruntées par la BBC et traduites, de façon très libre, par votre serviteur.
11:06 Publié dans Mes histoires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : recherche, développement, agriculture
mercredi, 02 août 2006
Amazonie : le mythe continue
L’Amazonie attire toutes sortes d’aventuriers. Des aventuriers de l’exploitation, minière, forestière ou agricole. Des aventuriers de la recherche, botanistes, écologues, de sciences humaines et sociales, etc. Un brésilien me disait un jour « je crois que dans l’Amazonie aujourd’hui il y a plus de chercheurs que d’indiens ». J'ai pas compté.
Il y a une vingtaine d’années, nous descendions l’Amazone, ma femme et moi, avec un couple d’amis et notre fils aîné, alors âgé d’un an. Sur le même bateau voyageait une famille descendant d’émigrés italiens. Quatre générations, une trentaine de personnes, de la mama ne parlant qu’italien au bébé dans son hamac. Ils avaient mis toutes leurs économies en commun, vendus tous leurs biens pour acheter un terrain dans un coin – forcément perdu – de la forêt amazonienne. Ils partaient s’installer sur leurs nouvelles terres, pleins d’espoir. Un long voyage depuis le sud du Brésil. Sur le même bateau, un autre personnage, chercheur d’or. Et doré de la tête au pieds, ou plutôt de ses dents jusqu’aux chaînes et bijoux en tous genres qu’il portait sur lui.
Vous avez sans doute lu d’autres histoires sur cette folle attraction et les projets pharaoniques et sans suite de quelques milliardaires américains ou des gouvernements militaires qui se sont succédés dans le pays jusqu’à il y a 20 ans.
Pour les paysans, les sols de la forêt n’étaient pas aussi riches que la végétation exubérante le laissait supposer. Ou plutôt, ils se sont vite épuisés après quelques années de culture continue ou de surpâturage. Et ce sont des millions et des millions d’hectares dégradés, largement impropres à la culture qui parsèment aujourd’hui le paysage, avec des familles rurales qui ont rêvé de richesse et se sont réveillées pauvres, et très souvent plus pauvres qu’au premier jour, obligées de rester sur place.
Le Brésil est un grand pays, dans tous les sens du terme. Il est devenu une super puissance agricole, qui fait peur aux Etats-Unis comme aux européens. Pensez… ils produisent à des prix très compétitifs malgré une absence de subventions agricoles ! (et personne là-bas ne se préoccupe plus de savoir si le soja est OGM ou non - voir ma note d'hier) Pendant longtemps, formation et recherche ont été entièrement dirigées vers ce développement d’une agriculture moderne et de l’agro-industrie allant avec. Les pionniers de l’Amazonie ou des savanes frontalières se débrouillaient comme ils pouvaient. Mais comme le Brésil est un grand pays et qu’il a fait ce qu’il fallait pour se développer vite, il peut aujourd’hui se préoccuper davantage des laissés pour compte que ne peuvent le faire beaucoup d’autres gouvernements sans moyens. Et la réhabilitation des zones dégradées, pour faire sortir les populations concernées de leur misère, est une des priorités du gouvernement Lula. Et donc de la recherche.
La recherche agronomique brésilienne a déjà démontré qu’elle ne manquait pas de savoir faire dans ce domaine. Le développement des savanes au cours des 20 dernières années en est l’éclatante démonstration. Dans les années 1970, ces savanes ne servaient qu’à l’élevage très extensif : cinq hectares pour une vache. Un fourrage africain – quelques graines d’une espèce - a été introduit par un émigré australien. En 15 ans, plus de 40 millions d’hectares ont été plantés avec cette herbe, un Brachiaria, constituant ainsi la plus grande monoculture mondiale. Mais les charges animales sont montées, jusqu’à près d’une vache pour un hectare. Tout le monde criait déjà au miracle, parce que ces terres étaient acides et réputées très peu fertiles. Mais on était loin encore de la révolution qui a suivi. L’acidité ? On peut la corriger, et l’investissement vaut la peine si derrière on plante quelque chose qui est en forte demande, comme le soja. Et peu à peu les savanes brésiliennes – que les brésiliens appellent les cerrados - ont été mises en culture, ou plus exactement en rotations culture-élevage. Les cultures se sont diversifiées, et leur fertilisation a permis que s’installent des plantes fourragères beaucoup plus performantes que les premiers Brachiaria. Les charges animales sont montées, 2, puis 3 vaches à l’hectare. Les cerrados produisent aujourd’hui 2/3 du coton brésilien, 60% du soja, la moitié de la production de viande nationale, un tiers du riz, du maïs ou du café. Et le potentiel existe pour doubler toutes ces productions puisque des 200 millions d’hectares de cerrados, un peu plus de la moitié seulement ont été mis en culture.
Réhabiliter les terres dégradées est devenu une priorité nationale et régionale. Les pays voisins du Brésil, dans l’immense bassin amazonien, se sont récemment associés pour travailler ensemble à la recherche de solutions. Les pistes principales viendront de l’adoption de bonnes pratiques agro-écologiques. Elles viendront aussi du bon usage de la biodiversité. Le bassin amazonien est en particulier le centre d’origine de très nombreuses légumineuses, qui ont la capacité d’absorber et de transformer l’azote de l’air et donc de fertiliser les sols si elles sont bien utilisées. Certaines d’entre elles ont déjà été identifiées, notamment par les chercheurs du CIAT et l’Embrapa (institut national de recherche agronomique brésilien), qui permettent d’améliorer la productivité des vieux pâturages dégradés à moindre frais. Mais d’autres solutions suivront très vite, comme de nouvelles rotations culture-élevage diversifiées, qui rendront l’espoir aux populations locales et en même temps freineront les ardeurs de ceux qui continuent de croire au mythe et continuent de défricher la forêt.
12:00 Publié dans Mes histoires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
vendredi, 27 janvier 2006
certaines plantes se protègent de la consanguinité
Si vous vous intéressez à la science, pas seulement à la recherche agricole dont je vous rabat les oreilles, et que vous souhaitez des informations dans un langage compréhensible, je vous recommande un excellent site en français : Futura Sciences.
Je vous en parle parce que je viens d’y voir, aujourd’hui, un article sur un sujet que j’ai abordé récemment, celui des pollinisateurs.
Pour illustrer l’importance de la pollinisation, une petite histoire vécue, mais jamais 100% élucidée. En Côte d’Ivoire, dans les années 1970, nous avions déjà repéré une plante, dans notre collection de plantes fourragères, comme un type très prometteur. Originaire de Tanzanie, et entrée dans nos livres sous le numéro T58, cette plante deviendra le cultivar Tanzania-1 lancé par les brésiliens en 1990 (voir ma note « mes bébés »). Mais vers 1977-78, nous n’en étions pas encore là, et pour faire les expérimentations nécessaires avec des animaux, sur des surfaces importantes, il nous fallait produire des semences en quantités suffisantes. Un premier essai, hors station expérimentale, dans une ferme d’état produisant des semences de diverses espèces au nord du pays, nous avait laissé penser que sur une terre de bonne fertilité il serait possible de récolter jusqu’à une tonne de semences de notre T58 à l’hectare. De quoi planter 200 hectares de pâturages.
Apprenant cela, un collègue gestionnaire d’une autre station expérimentale, nous a alors proposé un terrain à lui. « Nous y avons planté du riz, avec des engrais, pendant les cycles précédents. Le terrain est excellent et vous bénéficierez des fertilisations du riz, ou ce qu’il en reste. Bref, votre plante devrait très bien y pousser. Je cherche de nouvelles rentrées d’argent pour faire tourner ma station, on pourrait donc partager les bénéfices. » Chose dite, chose faite. Et la fertilité de la parcelle plantée, plus d’un hectare, se confirme rapidement, les plantes se développant de manière très spectaculaire. La floraison arrive, bien groupée, très intense. Puis l’époque de la récolte. Et là, patatras, les graines sont toutes vides, récolte = zéro. Le collègue responsable de la station est furieux : manque à gagner total, un cycle de culture perdu, sans compter les investissements (préparation du terrain) pour rien, etc. On n’est plus copains du tout…
Que s’est-il passé ? Précisément, je ne sais pas. Mais on peut faire des hypothèses raisonnables. L’espèce en question était « connue pour » être de celles qui acceptent leur propre pollen. On les appelle des plantes « autogames », c'est-à-dire capables de s’autoféconder. Autrement dit, sur le papier, et si cette « autogamie » était réelle, on aurait du récolter les semences attendues. Les plantes ont bien produit du pollen, comme partout ailleurs où nous les avions déjà plantées. Mais partout ailleurs où nous les avions déjà plantées il y avait d’autres clones de la même espèce à côté ou tout près, donc il y avait d’autres sources de pollen que le pollen du T58. L’hypothèse la plus probable est donc que les plantes dites autogames en fait ne l’étaient pas et demandaient, comme le maïs, à être pollinisées par une autre plante, d’un autre clone. La zone où nous venions d’essayer de multiplier notre T58 était une zone malheureusement totalement vide d’autres plantes de la même espèce. Dans ce cas-là, le problème n’était pas un problème de pollinisateurs, ce type de pollen voyageant habituellement avec le vent, mais très probablement un problème génétique, une incompatibilité de la plante à s’autoféconder.
Pourquoi les plantes font-elles des trucs pareils ? Comme chez les animaux et beaucoup d’autres organismes vivants, ces herbes fourragères tropicales supportent mal, en règle générale, la consanguinité. On peut la forcer. On voit que les « enfants » ainsi obtenus sont moins vigoureux et produisent moins de graines. Certains, à l’extrême, ne produisent plus rien du tout. Les plantes « se défendent » donc contre un risque de dégénérescence en inventant des mécanismes qui empêchent cette consanguinité. On était sans doute tombé sur un cas de ce genre, pas de chance !
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“ideas na cabeça, mãoes na terra e pes no chão” (des idées dans la tête, les mains dans la terre et les pieds dans les champs) était la devise de l’Embrapa, l’INRA brésilien, dans les années 1980. La devise avait oublié la musique dans les oreilles... Aujourd’hui, je n’y résiste pas. C’est Mozart qui m’accompagne!

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mardi, 24 janvier 2006
Mes bébés !
J’ai débarqué au Brésil en 1982 avec une collection de plus de 400 plantes africaines – de l’herbe à vaches – dans mes valises. Passée la quarantaine et tous les tests pour vérifier que je n’importait pas en même temps toutes les maladies de l’Afrique, on s’est mis à bosser, ma jeune collègue brésilienne Liana et moi, pour sélectionner « les meilleures ». Les meilleures, qu’est-ce cela veut dire ? D’abord, nous étions convaincus que dans un pays sans diversité (pour les fourrages) où plus de 50 millions d’hectares de pâturages sont cultivés avec un seul et même clone – en faisant sans doute la plus grande monoculture du monde – il ne fallait pas sélectionner UNE plante mais plutôt une diversité de plantes répondant à aux besoins. Et puis nous étions aussi convaincus que ces plantes devaient avoir un minimum de caractères, en faisant des cultivars plus intéressants que ceux qui étaient alors plantés comme : une bonne production de semences, permettant de les multiplier rapidement ; une croissance non nulle voire raisonnable même en saison sèche ; une teneur en protéines supérieure aux rares variétés existantes sur le marché, etc. Je suis parti avant le premier « lancement » officiel, mais nous avions déjà choisi les 25 « meilleures » plantes, qui toutes avaient un potentiel commercial. Le premier cultivar sur le marché est celui qui est dans la main de Gee Her (voir dans la rubrique « mes histoires » ma note sur l’histoire de Gee Her) et ci-dessous dans la photo de gauche. Tanzânia-1 (à gauche, aussi connu comme T58) a été lancé en 1990, Mombaça (au centre), en 1993, et Massai (à droite) en 2001, soit près de 20 ans après son arrivée au Brésil. Carrément lente, cette recherche, quand on pense que les utilisateurs qui veulent planter des fourrages à feuilles fines et persistants comme le Massai n’ont aucun choix sur le marché. La demande est telle que plusieurs vols de variétés ont eu lieu pendant que j’étais sur place, malgré le fait que nous cachions nos plantes et nos essais très loin de l’entrée de la station expérimentale.



Si ces trois cultivars portent des noms d'Afrique de l'est, c'est que les clones sont originaires de cette région, collectés en 1969 par deux collègues français. Le directeur général de leur institut à l'époque - Guy Camus, qui vient de disparaitre (voir ma note à ce sujet) - les soupçonnait de vouloir simplement visiter les parcs nationaux et avait longtemps hésité avant de leur payer ce voyage. Ces idiots n'avaient même pas passé une journée dans un parc, en deux mois de mission!
16:58 Publié dans Mes histoires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, fourrage, Brésil, agriculture
dimanche, 22 janvier 2006
de la vie sexuelle des plantes alimentaires
Si vous ne le saviez pas encore, je suis un spécialiste en biologie de la reproduction. Chez les plantes. Rien de croustillant en perspective, allez-vous dire. Voire. En tous cas, la biologie de la reproduction dirige le petit monde de la sélection variétale. On peut facilement créer une nouvelle variété de maïs parce que cette espèce se reproduit sexuellement, comme vous et moi, alors que créer une nouvelle banane, ce n’est pas de la tarte… si les bananes que nous mangeons produisaient des graines, on s’en serait déjà aperçu. Bref, toutes les plantes n’ont pas la même vie sexuelle, et certaines ont même carrément des mœurs bizarres. Ce sont quelques unes de celles-là que j’ai étudiées pendant de nombreuses années et dont je veux vous parler. Mais d’abord, retour sur les plantes sexuellement correctes.
Un maïs forme ses graines à partir de la pollinisation de ses ovules par le pollen d’une autre plante. Il y a grosso modo (parce que toute règle a ses exceptions) les plantes qui sont pollinisées par leur propre pollen – comme le blé – et celles qui refusent leur propre pollen et attendent le pollen d’une autre – comme le maïs. Ces plantes à « pollinisation croisée » représentent une grosse difficulté pour les petits agriculteurs auxquels je m’intéresse. Si Maléna, notre amie guatémaltèque (voir « l’histoire de Maléna » dans la rubrique mes histoires), aime son maïs et veut le garder tel qu’il est, elle se heurte à un problème en effet. Ne contrôlant pas le pollen qui vient polliniser ses plantes, elle récolte des épis qui résultent du croisement de sa variété par le « vent pollinique » qui passe sur son champ, mélange des pollens des plantes voisines dans son champ et des pollens qui viennent de plus loin, des champs de ses voisins. Dans tout petit village de cette région, il y a plusieurs variétés cultivées. Des maïs blancs, pour les tortillas, mais aussi des maïs noirs, jaunes, bruns, etc., qui s’utilisent pour certains plats ou certaines cérémonies, ou pour la vente aux fabricants d’aliments pour volaille. Bref, les épis récoltés sur la parcelle de Maléna sont très hétérogènes, en taille, en taux de remplissage des grains, voire en couleur des grains à cause de ce pollen hétérogène qui se promène au-dessus de chez elle. Et voilà pourquoi, après chaque récolte, Maléna doit choisir soigneusement ceux de ses épis qui serviront au prochain semis. Ceux qui ressemblent le plus à sa variété.
La sexualité source de variation, de diversité, a ses bons cotés. La diversité est une assurance contre les problèmes, comme les stress biotiques (insectes, champignons, etc.) ou abiotiques (sécheresse, salinité du sol, acidité du sol, etc.). Quand toutes les plantes sont identiques et que surgit un parasite, elles subissent toutes le même sort. Rien n'est épargné. Mais cette diversité est aussi source d’hétérogénéité au niveau de la récolte. Si Maléna a choisi de beaux, grands épis bien remplis pour servir au prochain semis, la récolte suivante sera très loin de ne contenir que de beaux, grands épis bien remplis. Ceci, et bien sûr le fait que Maléna n’a pas d’argent pour acheter des engrais, fait qu’elle ne récolte que 600 à 700 kg de grains sur sa parcelle d’environ un hectare. 10 fois moins qu’un agriculteur qui fait de l’intensif.
Il y a plusieurs façons d’aider Maléna pour qu’elle produise plus. Pour autant que le marché lui permette de vendre ses surplus à un prix raisonnable. On peut lui proposer une variété plus « performante » existant sur le marché des semences. Elle n’aimera pas ça et ne la plantera pas, parce que la variété ne fera pas des tortillas aussi bonnes que les siennes.
La seconde solution, c’est de faire de « l’amélioration participative » avec elle, pour améliorer sa variété sans lui faire perdre ce qu’elle considère être ses qualités. J’y reviendrai une autre fois. Plusieurs équipes montpelliéraines travaillent sur cette approche.
La troisième voie, à plus long terme, et sur laquelle j’ai travaillé, c’est d’introduire dans sa variété le mode de reproduction d’un cousin du maïs, le Tripsacum. Cette plante sauvage a des mœurs sexuelles particulières : il se clone, ses graines donnant naissance à des plantes qui sont en tous points identiques à leur mère. Si ce transfert était possible, les beaux épis que Maléna choisit pour le semis suivant ne produiraient que des plantes porteuses de beaux épis. Toutes choses égales par ailleurs, la production de Maléna serait très sérieusement augmentée.
Oui mais… et la diversité qui fonctionne comme assurance contre les aléas du milieu ? La nature est bien faite. Le clonage du Tripsacum, un phénomène qu’on appelle « l’apomixie » ne marche jamais à 100%. Autrement dit une partie importante de la descendance est parfaitement maternelle. Une autre partie continue de varier, créant ainsi un réservoir pouvant permettre de répondre à des besoins futurs d’évolution.
Quand je parle de recherche solidaire… voilà bien un caractère, l’apomixie, qui ne devrait pas vraiment intéresser les entreprises qui veulent vendre beaucoup de semences chaque année*. Le maïs apomictique pourrait être ressemé par les agriculteurs, année après année, sans que la variété perde quoi que ce soit en qualité et production. Et de fait, les équipes qui travaillent sur le sujet, pour produire des variétés de plantes alimentaires se clonant par apomixie, se comptent sur les doigts d’une main. La recherche est comme toute autre activité : quand on est 100 on va plus vite que si l’on est 10. C’est donc une recherche qui n’avance qu’à tous petits pas. Et tant pis pour Maléna et tous les petits agriculteurs qui pourraient en profiter… encore une fois.
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* C’est en fait un peu plus compliqué que cela. Certaines entreprises considèrent que le clonage pourrait les aider à diminuer les coûts de production des semences hybrides. Et les biotechnologies pourraient leur permettre de vendre des semences produites de cette façon mais ayant perdu ensuite la caractéristique. Donc des semences que les agriculteurs ne pourraient pas reproduire. Business is business.
16:25 Publié dans Mes histoires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : agriculture, recherche, apomixie
jeudi, 19 janvier 2006
Hommage à un grand monsieur disparu
J’ai appris par une note un peu sèche du courriel interne de mon institut de recherche le décès du professeur Guy Camus, qui fut Directeur Général de l'ORSTOM (Office de la recherche scientifique et technique outre-mer) pendant près de vingt ans (1963-1982), survenu le 9 janvier 2006, à Paris, à l’âge de 84 ans.
Personnalité forte et donc contestée par beaucoup, au sein même de l’organisme, il est certainement l’un des très grands sinon le tout premier architecte de la diversité des compétences et de la renommée internationale de ce qui s’appelle aujourd’hui l’Institut de recherche pour le développement (IRD).
Lui et son complice Georges Rizet, disparu quelques mois avant lui, m’avaient recruté en 1971 comme « élève-chercheur » pour participer à un projet de recherche pilote qui faisait partie de ses enfants chéris et qu’il gérait donc en direct et avec passion, ce qui ne manquait pas de susciter quelques jalousies parmi les collègues. Guy Camus avait donc fait tout naturellement partie de mon jury de thèse dix ans plus tard (c’était encore l’époque des longues thèses « d’Etat ») et il avait suivi de très près le début de ma carrière, jusqu’à ce qu’il soit remercié par la gauche arrivant au pouvoir en 1981 et passe à assumer d’autres responsabilités, notamment comme président du conseil scientifique du système international (le GCRAI) que j’évoquais dans mes notes de mardi.
C’est donc à Guy Camus, mais aussi bien sûr à Georges Rizet et à mon patron Jean Pernès, que je dois ma réussite comme biologiste, chercheur « international », connu et reconnu à l’étranger. C’est Guy Camus qui m’avait dit, en 1981, qu’il valait mieux que j’aille travailler à l’Embrapa, au Brésil, plutôt que d’aller dans le centre international le plus intéressé par ma recherche à l’époque, le CIAT. Un an plus tard, alors que j’étais déjà installé au Brésil, il m’avait dit s’être sans doute trompé : « le CIAT est un centre de recherche formidable ! ». 20 ans plus tard, ce sont mes amis brésiliens de l’Embrapa (pas mon institut, ni aucun collègue français) qui m’ont nominé pour faire partie du conseil du CIAT. Elu dans ce conseil, puis nommé président du comité des programmes (équivalent d’un conseil scientifique) un an plus tard, j’ai finalement été élu à la présidence du conseil en juin dernier, pour assumer ainsi la plus haute fonction au CIAT à partir de mai prochain pour trois ans. Je ne manquerai pas d’évoquer sa mémoire lors des cérémonies qui auront lieu à ce moment-là.
Merci, Monsieur Camus !
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mercredi, 18 janvier 2006
Quelles solutions, quels espoirs pour Maléna ?
Dans une note de décembre (« l’histoire de Maléna », dans la rubrique mes histoires), j’ai touché du doigt au paradoxe de la recherche agricole pour le développement (RAD). La RAD a une double mission : (1) il faut assurer la sécurité alimentaire, c'est-à-dire assurer que les productions vivrières sont suffisantes, à l'échelle d'un pays, pour que chacun ait assez à manger et (2) il faut trouver des solutions pour réduire la pauvreté en milieu rural. Si les productions vivrières doivent augmenter pour faire face à l’accroissement de la population que tout le monde annonce, on ne voit pas encore bien clairement comment on va assurer cette augmentation de production.
Pour simplifier (beaucoup ? trop ?), il y a aujourd’hui des agriculteurs qui pratiquent une certaine intensification et alimentent le marché, et puis il y a la grande majorité des petits producteurs pauvres, qui vivent dans les zones marginales (c'est-à-dire non propices à une agriculture intensive) et pratiquent une agriculture de subsistance : les céréales qu’ils produisent servent à l’alimentation familiale, pas plus. Maléna est de ceux-là. Arrivera-t-on à répondre à la demande avec une augmentation des productions dans les exploitations qui pratiquent déjà une certaine intensification, sans mettre en péril les ressources naturelles ? Autrement dit, peut-on intensifier plus ce qui l’est déjà, et jusqu’où ?
Si l’on regarde l’histoire des productions agricoles au cours des 50 dernières années – je parle de l’histoire au Sud, pas chez nous – on peut être raisonnablement optimiste : les productions ont augmenté régulièrement et globalement elles ont augmenté suffisamment… même si le global n’a pas grand sens pour les populations africaines, les productions agricoles sur ce continent étant encore en dessous des besoins. Mais on peut quand même être tenté de tirer la conclusion que l’agriculture, dans son ensemble, et notamment grâce à une recherche agricole performante, a progressé régulièrement et continuera certainement de le faire. Bref, si on a fait face jusqu’ici, pourquoi se soucier, on continuera à faire face. Et puis pour nous aveugler un peu plus, beaucoup contestent les prévisions d’accroissement démographique pour les prochaines 50 années. Facile. Pratique. L’autruche, c’est bien connu, ne fait rien que se cacher pour ne pas voir et ne rien avoir à faire.
Maléna n’est pas intéressée quand on lui propose de produire plus de maïs et de le vendre sur le marché, parce qu’elle pense – et elle a bien raison – qu’il vaudrait mieux, pour elle qui vit près d’une grande ville, produire des fruits ou des légumes afin d’améliorer les revenus familiaux. Ces produits là se vendent mieux que le maïs. C’est là qu’est le paradoxe évoqué plus haut : ceux qui produisent déjà beaucoup (relativement) ne pourront pas continuer éternellement à produire plus. On le voit chez nous : il y a un coût à puiser toujours plus dans les ressources naturelles, qu’au Sud on compense peu ou pas du tout par des fertilisants. Un rapport récent du programme des nations unies pour le développement (PNUD, 2005) sur l’Ouganda fournit un excellent exemple : les pertes en fertilité des sols sont estimées à 520 millions d’euros par an sur l’ensemble du territoire, ce qui représente une dette par habitant de 175 euros/an. Cette dette est, bien sûr, invisible et largement ignorée, mais elle mine durablement le potentiel de développement agricole du pays, et constitue une contrainte en croissance permanente qui affecte en priorité les plus pauvres.
Comment sortir de ce paradoxe. Il faut que les pauvres, comme Maléna, produisent et vendent plus de céréales sur le marché. Il faut en même temps qu’ils produisent des choses qui se vendent mieux et leur permettent d’augmenter leurs revenus. Et il faut qu’ils gèrent l’invisible, la fertilité de leurs sols et la productivité de l’eau.
Il n’y a pas de miracle. Tout cela requiert du travail. Le développement de solutions acceptables et acceptées ne se fera pas par « transferts de technologie » des centres de recherche du Nord vers les paysans du Sud, mais par des recherches participatives, pluridisciplinaires, sur place.
J’entends trop souvent dire aujourd’hui qu’il n’y a pas d’un côté la recherche agricole et de l’autre la recherche agricole pour le développement. La rumeur circule même que cette dernière, chez nous, pourrait totalement se fondre dans la première et donc, à terme, disparaître. Si le « tout est générique » l’emporte, comme je le crains, Maléna ne sortira pas de sa situation grâce à nous. Le Sud n’a vraiment pas besoin qu’on en fasse moins. Il faut faire plus, au contraire. Et si on ne le fait pas, le monde de nos enfants sera beaucoup plus violent que celui que nous connaissons aujourd’hui.
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lundi, 16 janvier 2006
Fin de voyage pour Stardust dans le désert de l’Utah
Incroyable. L’article du Midi Libre de ce matin nous raconte que l’engin s’est posé avec deux minutes de retard sur son plan de vol calculé en 1997. C’était un poisson d’avril du journal? En tous cas, c’est une sacrée démonstration des sciences et des scientifiques impliqués. Bravo.
Cela m’a fait revenir quelques années en arrière. N’allez pas croire que j’ai vécu partout dans ce monde, mais nous avons, ma famille et moi, passé un peu plus d’un an dans l’Utah. Je n’avais pas encore de caméra digitale à l’époque, alors je ne vous ferai pas un nouvel album photo, scanner c’est trop casse-pieds. Mais je ne peux que vous encourager à penser vacances aux Etats-Unis. Dans l’Utah et autour de l’Utah, depuis Yellowstone au Nord jusqu’au Grand Canyon au Sud, en passant par Arches et Zion, il y a un concentré de merveilles à visiter. Les campings des parcs sont géniaux et pas cher. Louer une voiture et circuler dans cette partie du pays, c’est vraiment un truc à faire une fois. En famille ou avec des amis.
Je n’ai aucune action dans aucun office du tourisme !
Qu'est-ce que cela a à voir avec Recherche-Solidarité-Sud? Rien à priori. Sauf qu'à l'Université d'Etat de l'Utah où je travaillais, il y avait des recherches en cours qui m'intéressaient pour préparer mon projet au Mexique. Et si je vous parlais de ça dans une prochaine note?
17:00 Publié dans Mes histoires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Utah, recherche, tourisme, USA

