mardi, 15 juillet 2008

Crise alimentaire : d’abord construire de bons partenariats

La semaine passée, Colin Chartres, Directeur Général de l’institut international sur la gestion de l’eau (IWMI) publiait une note sur SciDevNet pour dire, grosso modo, « attention ! Fabriquer des super-plantes ou super-cultures pour répondre aux besoins alimentaires croissants ne résoudra pas le problème essentiel : on n’aura plus d’eau ! ». Bon, chacun travaille pour sa chapelle et le budget de son institut, mais sur le fond il n’a pas tort. Sauf que d’autres pourraient dire la même chose que lui…
- sans plantes plus productives, on n’arrivera pas aux productions nécessaires,
- sans eau, ces plantes ne produiront pas ce que l’on attend d’elles,
- sans sols fertiles, même chose,
- sans résistances ou produits phytosanitaires, même chose,
- sans technologies et infrastructures de stockage, les pertes après récolte seront trop importantes,
- sans marché bien organisé et accessible, les productions seront perdues,
- etc.
Tout ceci suggère que donner à l’un, pour améliorer une composante du système – comme par exemple donner seulement à la recherche – c’est comme jeter l’argent par les fenêtres. Il faut d’abord réunir tous les acteurs et les obliger à travailler ensemble. Problème : où sont ceux qui savent faire dialoguer ensemble les politiques, les chercheurs, les agriculteurs, etc. ? Où forme-t-on ces "intégrateurs"?

mardi, 10 juin 2008

Crise alimentaire mondiale: pas une crise!

Racine profonde. Dans les pays du Nord, selon les statistiques de la Banque Mondiale, les deux-tiers des jeunes vont jusqu’à un niveau d’études supérieures (ce qui ne veut pas dire qu’ils complètent tous ce cycle). En Amérique latine la proportion est de 29%, en Asie de 20% et en Afrique sub-saharienne d’à peine 5%, Afrique du Sud incluse. Première racine profonde à la crise actuelle : un sous-investissement chronique dans l’éducation.

Traduction dans la recherche. Je me faisais le relais, dans une note précédente, d’une information donnée par le directeur du GCRAI, selon laquelle aucun sélectionneur, en Indonésie, a moins de 50 ans. Aujourd’hui je vois sur le site du réseau SciDev.Net que le ministre de la recherche de Zambie considère qu’il faudra peut-être relever l’âge de la retraite de ses scientifiques à 70 ans au moins. Faute de formation de jeunes et faute de crédits dans la recherche qui reçoit moins de 1% du budget de l’Etat. Ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres de ce que les gouvernements et leurs politiques nationales pèsent et continueront de peser lourd dans la crise en cours. Infiniment plus que les biocarburants, utilisés un peu vite comme alibi par tous ceux qui ne veulent pas qu’on pointe trop le doigt dans leur direction.

Utilisons le terme exact. La crise alimentaire est-elle une crise? François Bayrou, ex-ministre de l’éducation et aujourd’hui président d’un parti virtuel, nous rappelait gentiment hier qu’on ne devrait pas parler de crise du pétrole parce que contrairement aux crises précédentes, il ne va pas cette fois y avoir de baisse importante et durable du prix du baril. C’est une tendance, une évolution, pas une crise puisque c’est là pour rester, pour durer. La même chose s’applique au déficit alimentaire. Même si de bonnes récoltes cette année permettraient de diminuer l’intensité du phénomène, la tendance au déséquilibre entre offre et demande est là pour rester, pour durer. Les problèmes alimentaires d’aujourd’hui ne vont pas disparaître et ils ne devraient donc pas être appelés crise mais plutôt phénomène, déséquilibre, etc.

La crise alimentaire demande plus qu'une réunion de trois jours sans suite ou quelques vagues promesses non tenues. Elle demande une politique à tous les niveaux, national, régional, mondial. On ne s'occupe - à peine - que de l'urgence, comme si ce n'était qu'une... crise (entendez: passagère).

mardi, 03 juin 2008

Crise alimentaire : un sommet et une profusion d’inepties

La crise alimentaire est de nouveau à la une des médias, en raison du sommet de Rome (3-5 juin) où se réunissent une cinquantaine de chefs d’Etat pour parler de l’urgent, du long-terme, et se mettre d’accord, comme toujours à minima, sur ce qu’il conviendrait de faire. Pas de quoi s’exciter beaucoup, les divergences, au départ du sommet, ne devraient pas permettre des avancées très significatives.

Un bel exemple de ces divergences – et inepties - est donné ce jour dans un article du Monde signé par Laetitia Clavreul. Il faut produire plus et vite, en effet, mais à quoi sert de regarder ce que pourraient faire les Etats-Unis, l’Europe de l’est, voire la France ?

Il faut produire plus là où les gens ont faim, pas ailleurs. Et surtout pas chez nous.

La deuxième ineptie qu’on entend dans tous les discours ou presque, c’est qu’il faut amener les agriculteurs du Sud à produire plus selon nos modèles. Même si on y met des formes, en parlant de durabilité, la seule chose que les politiques imaginent c’est une intensification de l’agriculture à coup d’engrais (aux prix inabordables pour les agriculteurs du Sud), d’irrigation (quel gouvernement a investi dans l’irrigation depuis 30 ans ?), de semences améliorées (produites où et par qui ?), etc. Une agriculture à la mode de chez nous savez-vous-planter-des-choux.

Les agricultures du Sud, ce n’est pas le Brésil des savanes (cerrados) et ses fermes de plusieurs milliers d’hectares. C’est d’abord une écrasante majorité de « petits » agriculteurs qui pratiquent une agriculture familiale diversifiée. C’est cette agriculture là qu’il faut aider, sans chercher à la révolutionner, c'est-à-dire sans chercher à la faire muter vers une agriculture « moderne », occidentale, non durable, qui pousserait des millions de personnes sans emploi vers des villes qui n’en peuvent plus.

L’agriculture familiale peut produire plus, elle peut être « modérément » intensifiée sans augmenter les risques pour des agriculteurs qui ne peuvent se permettre d’en prendre. Si l’agriculture familiale produit seulement une tonne de céréales à l’hectare, on n’a pas, en effet, besoin de la faire passer à produire 4 fois plus pour assurer l’autosuffisance alimentaire des zones concernées. Ce serait d’abord très difficile à faire, compte-tenu de l’état des sols et des autres stress environnementaux, et ce ne serait pas durable. Ce ne serait surtout pas nécessaire parce que personne ne saurait gérer les surplus ainsi créés.

De ce qui précède, il faut retenir que les agricultures du Sud peuvent et doivent produire ce dont les gens du Sud ont besoin. Il faut seulement que leurs dirigeants des pays concernés, avec leurs « amis » et partenaires du Nord, investissent là où il faut. Mais je ne vois pas, malheureusement, comment les politiques réunis à Rome pourraient se mettre d’accord sur quelque chose comme cela, compte-tenu des intérêts divergents en présence.

mardi, 06 mai 2008

Le CIAT fait échec au biopiratage

En 1994, Larry Proctor, un américain du Colorado, avait acheté un paquet de haricots secs sur le marché de Sonora, au nord du Mexique. Après un an de culture sur sa ferme, il avait affirmé avoir développé une nouvelle variété de haricot sec avec une couleur jaune toute particulière. Il a appelé sa variété « Enola » (le prénom de sa femme) puis il a déposé et obtenu un brevet qui revendiquait des droits sur tous les haricots secs de couleur jaune. Ce brevet rendait illégal tout achat, vente ou utilisation des haricots jaunes. Proctor en avait le monopole. Selon le gouvernement mexicain, ce brevet a provoqué une diminution très sensible des exportations de haricots mexicains vers les Etats-Unis. Le gouvernement mexicain, avec la FAO, ont alors attaqué le brevet.

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A gauche : Enola ; à droite : la variété traditionnelle mexicaine

Il fallait pouvoir faire la démonstration que la nouveauté revendiquée par Proctor n’en était pas une. Autrement dit qu’il n’y avait pas eu d’amélioration variétale, mais seulement usage d’une ressource qui existait au Mexique depuis des milliers d’années. C’est là que le Centre International d’Agriculture Tropicale (CIAT) est entré en lice. Ce centre a la responsabilité de conserver et d’étudier les ressources génétiques des haricots depuis sa création en 1967. Sa collection contient quelque 35.000 variétés*. Six d’entre elles, de couleur jaune, originaires du Mexique et d’Amérique centrale ont été envoyées au Bureau des Brevets américain comme preuve de l’absence de nouveauté dans la variété Enola. Après un très long procès, le Tribunal Fédéral des Etats-Unis vient d'annuler le brevet par décision du 30 avril 2008.

« La biopiraterie est possible parce que malheureusement trop de gens méconnaissent la biodiversité ». Daniel Debouck, responsable de l’Unité de Ressources Génétiques du CIAT , souligne aussi que la mise en place, sur internet, des données morphologiques, agronomiques, génomiques et les photographies des variétés, devrait maintenant limiter l’attribution illégitime de brevets sur des variétés traditionnelles, développées par les agriculteurs latino-américains depuis la nuit des temps.

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Le 28 janvier dernier, une copie de cette collection a été envoyée dans le centre mondial de conservation à long terme inauguré quelques mois plus tôt à Svalbard (Norvège)

dimanche, 27 avril 2008

La recherche contre la faim

Quand on commence à dire, nous autres chercheurs, que les pays pauvres, les agriculteurs pauvres et même, indirectement, les urbains pauvres, ont besoin de la recherche agricole pour sortir de leur pauvreté, la plupart de ceux qui écoutent pensent « balivernes, ce dont ils ont besoin, c’est de gouvernements qui travaillent, adoptent de bonne politiques de développement, contrôlent la corruption, construisent des routes, des écoles, etc. Tout ce dont les agriculteurs ont besoin, c’est de faire ce qui se fait partout : préparer le sol, mettre des fertilisants, de bonnes semences, irriguer, et récolter. S’ils ne ramassent que 6 à 800 kgs par hectare aujourd’hui au lieu de 10 tonnes chez nous, c’est parce qu’ils ne font rien comme il faut, etc. »

Ce que je trouve intéressant c’est que les mêmes personnes, qui osent dire que les recettes existent déjà et qu’il n’y a qu’à les appliquer – on ose parler de « transfert de technologie » même quand rien n’est vraiment directement transférable - critiquent ces mêmes recettes quand elles sont appliquées chez nous : « notre agriculture pollue les sols et les rivières, etc. Vous avez vu la récente étude sur les vins, qui montre que même les grands crus contiennent des résidus de pesticides en quantités astronomiques ? »

Oui, on a des solutions toutes faites, qui nous arrangent plus qu’elles n’aident ceux qui ont désespérément besoin de solutions adaptées à leurs conditions environnementales, sociales, économiques. On dit : « plantez plus de maïs, plus de blé, oubliez les menus de vos ancêtres et adoptez les nôtres, ils sont plus nutritifs, plus sains, etc. ». Alors aujourd’hui tout le monde mange du pain au Burkina Faso, fait d’une farine de blé importée à prix d’or. Et aucun pays africain n’est autosuffisant en céréales, tous importent, et les prix s’envolant on achète moins (on mange moins) ou on s’endette plus. Spirale infernale. Les pays du Nord, Europe et Etats-Unis en tête peuvent se frotter les mains : nos agriculteurs ont de beaux débouchés pour des denrées de plus en plus chères. Si les africains sont insolvables peu importe, c’est l’aide internationale qui paie ces produits agricoles « donnés » pour se retrouver ensuite sur les marchés africains. Au fait, est-ce que Bruxelles a arrêté de donner des subventions à tous les céréaliers européens qui vendent leur grain deux fois plus cher que l’an passé ? Le savez-vous ?

L’agriculteur (-trice) burkinabé(e) n’a que faire d’un maïs exigeant qui produit un peu s’il pleut et plus du tout si la pluie cesse de tomber pendant quelques jours. Ce qu’il (elle) veut, ce sont des variétés adaptées à un sol pauvre qu’il (elle) ne pourra amender qu’en cultivant des légumineuses – haricots ou légume-fourrage, plantes qui fixent l’azote de l’air - en mélange ou en rotation, ajoutant quelquefois s’il (elle) a un peu d’argent un bouchon de coca d’engrais, pas plus, au pied de chaque plante, en semant directement, sans labour, pour retenir l’humidité de la pluie plus longtemps et limiter le ruissellement. Ce qu’il (elle) veut se sont des plantes résistantes aux insectes, aux champignons, au virus, aux nématodes, toutes ces plaies qui s’attaquent aux racines, ou aux feuilles, ou aux fleurs, ou à l’épi avant et après la récolte. Mais rien de ce qu’on lui propose n’est vraiment adapté à ses besoins, à ses contraintes, parce que les variétés viennent d’ailleurs, pour un autre sol, pour une autre pluviométrie, pour un autre environnement parasitaire. Personne ne fait de la sélection près de chez lui (elle). Personne ne produit de semences adaptées près de chez lui (elle). Tout vient de loin. Quand cela vient. Alors on garde ce qu’on a, précieusement, et on le ressème, année après année, si on n’a pas été obligé de le manger à cause du désastre de la dernière récolte.

Le chercheur ne peut pas travailler dans le village de chaque paysan burkinabé. Il y a trop de villages et pas assez de chercheurs. Et à cela on ne peut rien changer. On peut former un peu plus de chercheurs, pour qu’ils fassent davantage de sélection participative avec les agriculteurs. Mais surtout, il faut former auprès des chercheurs tous ceux qui travaillent dans ces ONG qui s’intéressent au développement agricole, pour qu’ils sachent répéter dans chaque village ce qu’ils ont vu faire dans celui où le chercheur travaille. La sélection participative ce n’est pas nécessairement très compliqué, et cela permet de produire de nouvelles variétés plus étroitement adaptées aux besoins de chacun. Et si l’on apprend aux mêmes personnels des ONG à aider les agriculteurs à s’organiser, pour acheter ensemble et donc moins chers les engrais dont ils ont besoin, ou la machine qui transforme le grain en farine, ou le mini silo qui permet de conserver ces grains à l’abri des insectes et des rongeurs, ou pour développer la production semencière par eux-mêmes, ou pour aller au marché au moment où il faut pour tirer un bon prix du surplus de grains, ou les fruits, ou les tubercules que la famille ne mangera pas…

Le problème, c’est que ceux qui ont besoin d’aide, ce sont des personnes, des hommes, souvent des femmes, quelquefois des adolescents, alors que les gouvernements qui « aident » ne s’adressent pas aux personnes mais aux autres gouvernements, ceux qui sont incapables d’assurer l’auto-suffisance alimentaire de leurs populations.

Ceux qui ont besoin d’aide sont des personnes qui veulent s’en sortir par leur travail, pas par l’aide internationale. S’ils sont prêts à travailler, il leur manque très généralement la connaissance du possible et un petit coup de pouce – une assistance technique, un micro crédit, une variété adaptée, etc. Vous, moi, nous pouvons aider une association, une ONG, pour qu’elle aide Esther, Amadou ou Suzan. Le désert, finalement, n’est fait que de grains de sable accumulés.

vendredi, 25 avril 2008

Crise alimentaire mondiale: le retour de Dionisio

Il s'appelait Dionisio Pulido. C'était un petit agriculteur de l'Etat du Michoacan, au nord-ouest de Mexico. Le 20 février 1943, le volcan Paricutin a commencé à sortir de son champ de maïs. L'histoire, ou est-ce la légende, raconte que Dionisio, voyant une fissure se former dans son champ, a d'abord essayé de la combler en y mettant quelques pelletées de terre. Ce que les gouvernements annoncent aujourd'hui, une aide accrue pour aider les pays les plus pauvres, c'est la même chose que les pelletées de terre de Dionisio. Je n'ai encore entendu personne proposer une grande conférence mondiale d'urgence pour développer un plan de long terme qui corrige toutes les absurdités qui nous ont conduit où nous en sommes aujourd'hui. On sait ce qu'il est advenu des pelletées de terre de Dionisio. Les mesures annoncées ces jours-ci vont en aider quelques uns pour quelques jours. Dérisoire.

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Le Paricutin en 1994. Du village de Dionisio n'a subsisté que le sommet du clocher. le sommet du volcan est visible à sa droite (photo Wikipedia)

vendredi, 07 décembre 2007

Le développement en Afrique ça craint (9/366)

Que mes lecteurs assidus – que je remercie – se rassurent, je ne vais pas continuer à annoncer des catastrophes sans solutions pendant 366 jours. Je me fatiguerai bien avant. Et il y a des raisons d’espérer… aussi. Mais pour qu’elles se concrétisent il faudra des leaders et des soutiens bien au-delà de ce qu’on voit aujourd’hui. Car si le présent est gris, les projections sur l’avenir annoncent encore pire. Si le changement climatique est le facteur aggravant dont on parle le plus aujourd’hui, les changements des prix agricoles suite aux spéculations sur les bioénergies auront un impact plus précoce et plus grave.

Tous les deux ans, le directeur de l’institut international de recherche sur les politiques agricoles (connu sous son acronyme anglais IFPRI) présente une synthèse sur « la situation alimentaire mondiale » (The world food situation). Selon le rapport présenté cette semaine à Pékin, quel que soit le scénario qui se concrétise l’expansion des bioénergies s’accompagnera d’une diminution des aliments disponibles pour les sociétés et des consommations en calories par jour qui seront en dessous des normes, la région la plus atteinte étant, encore une fois, l’Afrique sub-saharienne, où les disponibilités en calories pourraient chuter de 8% d’ici 2020, contre environ 5% en Amérique (ce qui y fera sans doute le plus grand bien) ou en Europe.

On n’en parle pas assez :
Depuis 2000, le prix du pétrole a triplé, celui du blé aussi.
Depuis 2000, le prix du riz et celui du maïs ont presque doublé.
Que font les pauvres quand les prix des denrées essentielles augmentent ?
Ils changent leur alimentation et le plus souvent ils passent à consommer des denrées qui ont une valeur nutritionnelle inférieure et qui sont carencées en micronutriments essentiels.

Le développement en Afrique ça craint

jeudi, 06 décembre 2007

Le développement en Afrique ça craint (8/366)

La croissance agricole au cours des dernières décennies du 20ème siècle a été spectaculaire. Entre 1980 et 2000, la part agricole dans les économies des pays du Sud a augmenté de 2% par an quand les populations n’augmentaient que de 1,6% par an. Ceci résultant d’une augmentation des rendements plus que des surfaces cultivées. Et la conséquence principale a été une réduction des prix des denrées premières. Sur la même période la croissance des pays agricoles du Sud était supérieure à la croissance des pays industrialisés. En moyenne. Parce que l’Afrique n’a pas participé à ce boom agricole.

Une des composantes de ce succès des agricultures au Sud a été l’augmentation des surfaces irriguées. 39% des surfaces cultivées en Asie du sud, 29% en Asie de l’est et du Pacifique bénéficient de l’irrigation. Pour seulement 4% en Afrique sub-saharienne.

L’autre composante est l’utilisation de variétés améliorées. 80% des surfaces aujourd’hui en Asie – contre 10% en 1960 – mais seulement 22% en Afrique sub-saharienne.

J’ai parlé hier des engrais trop chers, essentiellement à cause du transport. La consommation d’engrais a fortement augmenté en Asie. Pas en Afrique.

On ne peut pas produire plus et durablement sans apports (intrants). Les sols ne sont pas inépuisables. Les variétés traditionnelles cultivées, qui peuvent être un luxe dans nos pays du Nord, ne produisent pas assez, au Sud, pour nourrir les populations. Il faut les améliorer. Il faut donc de la recherche. Jusqu’ici l’investissement est resté beaucoup trop faible.
Le résultat est là :
Comparaison des rendements des céréales

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Le développement en Afrique ça craint

mercredi, 05 décembre 2007

Le développement en Afrique ça craint (7/366)

L’Afrique ne produit pas assez. Mais comment peut-elle intensifier ses productions si les sols sont dégradés ? Et si elle ne produit pas d’engrais ? En les important, pour pas cher ? Oui, sans doute. Mais une fois le container arrivé au port de Mombasa ou d’Abidjan, tout se complique. Les charges portuaires et surtout le coût des transports à l’intérieur du continent sont tels que le prix de l’engrais azoté par exemple est bien supérieur dans ces pays a ce qu’il est aux Etats-Unis ou en Europe. Quel agriculteur africain peut se payer ce luxe ?

Ci-dessous, en rose : le prix de production de l’engrais azoté; en orange le prix du transport (bateau) et de son assurance ; en vert foncé : le prix de la manipulation au port et le transport routier ; en vert clair : les autres coûts locaux. Le résultat : le transport représente un tiers du coût des engrais en Afrique. Ils sont plus chers que dans les pas développés. Sans parler de leur disponibilité au moment opportun.

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Happy birthday to me (on me l’a chanté en chinois ce soir, mais ni mon clavier ni surtout ma connaissance du chinois ne me permettent de le reproduire ici)

mardi, 04 décembre 2007

Le développement en Afrique ça craint (6/366)

Sixième note d’une série que j’ai commencée à écrire depuis Pékin où a lieu l’assemblée générale des centres internationaux de recherche agricole. La Chine. 53% de pauvres en milieu rural il y a 20 ans. Seulement 8% aujourd’hui. Un développement agricole précurseur d’une accélération de la croissance industrielle dont nous avons la preuve chaque jour chez nous en allant faire nos achats. Mais quel contraste avec l’Afrique. Les deux graphiques ci-dessous montrent que dans les années 1980 – il n’y a donc pas si longtemps – les rendements en Asie n’étaient guère supérieurs aux rendements observés en Afrique. En une quinzaine d’années, les premiers ont augmenté de 50% en moyenne, quand ils sont restés inchangés en Afrique. En parallèle, la pauvreté a diminué en moyenne de 30% en Asie. Elle n’a pas diminué en Afrique. Toutes les études faites dans les pays qui aujourd’hui sont dits émergents montrent que le développement agricole a été la première clé de leur décollage économique. En fait, le Rapport de la Banque Mondiale sur le Développement 2008 (World Development Report 2008 ) montre que 81% de la réduction de la pauvreté dans le monde sur la période 1993-2002 se doit à l’amélioration des conditions de vie (des revenus) en zone rurale, et 19% seulement à la migration vers les villes.

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Le développement en Afrique ça craint.

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