mardi, 15 juillet 2008

Crise alimentaire : d’abord construire de bons partenariats

La semaine passée, Colin Chartres, Directeur Général de l’institut international sur la gestion de l’eau (IWMI) publiait une note sur SciDevNet pour dire, grosso modo, « attention ! Fabriquer des super-plantes ou super-cultures pour répondre aux besoins alimentaires croissants ne résoudra pas le problème essentiel : on n’aura plus d’eau ! ». Bon, chacun travaille pour sa chapelle et le budget de son institut, mais sur le fond il n’a pas tort. Sauf que d’autres pourraient dire la même chose que lui…
- sans plantes plus productives, on n’arrivera pas aux productions nécessaires,
- sans eau, ces plantes ne produiront pas ce que l’on attend d’elles,
- sans sols fertiles, même chose,
- sans résistances ou produits phytosanitaires, même chose,
- sans technologies et infrastructures de stockage, les pertes après récolte seront trop importantes,
- sans marché bien organisé et accessible, les productions seront perdues,
- etc.
Tout ceci suggère que donner à l’un, pour améliorer une composante du système – comme par exemple donner seulement à la recherche – c’est comme jeter l’argent par les fenêtres. Il faut d’abord réunir tous les acteurs et les obliger à travailler ensemble. Problème : où sont ceux qui savent faire dialoguer ensemble les politiques, les chercheurs, les agriculteurs, etc. ? Où forme-t-on ces "intégrateurs"?

jeudi, 05 juin 2008

Crise alimentaire : et la voix des pauvres ?

La conférence de Rome se termine aujourd'hui, même si on n’en parle plus dans votre journal. Chefs de gouvernement et ministres se sont succédés pendant deux jours à la tribune, une grande majorité d’entre eux pour appeler à la modernisation de l’agriculture (entendez : refaire l’agriculture américaine ou européenne partout) ou appeler à une meilleure distribution des productions (entendez : les leurs). Quelques uns pour donner quelques sous, le total restant toujours dérisoire en regard de ce que ces mêmes gouvernements (inclus de nombreux gouvernements des pays du Sud où des gens meurent de faim) dépensent en une année en armement.

Au total, et je rejoins en cela les ONG qui viennent tout juste d’avoir une conférence avec la presse à Rome: à quelques exceptions près tous ces gouvernements ont exprimé leurs propres priorités, « business as usual » (rien ne change), la toute première des priorités des intervenants étant la libéralisation des échanges, mais personne ne propose des solutions nouvelles, innovantes, et surtout personne ne montre une réelle prise en compte des contraintes et des demandes des petits agriculteurs du Sud concernés. Où était la voix de ces millions de paysans pauvres et de leurs organisations dans cette conférence ? Dans un obscur événement parallèle, dont personne n’a parlé dans la presse. Un forum où l’on a apparemment beaucoup plus parlé des dimensions écologiques et sociales de la crise, mettant notamment l’accent sur l’adaptabilité des nouvelles solutions nécessaires aux petites agricultures du Sud, comme je le répète sans cesse dans ce blog.

Répétons encore une fois : on ne peut pas résoudre les problèmes des petits producteurs avec des solutions construites pour une agriculture moderne qui a depuis longtemps montré ses limites.

L’un des représentants des ONG a conclu en faisant de la crise alimentaire un crime contre l’humanité. Elle était évitable et on a laissé faire. On a notamment laissé les spéculateurs spéculer sur ce qui n’aurait jamais dû être ouvert à la spéculation, la nourriture.

Il est temps d’ajouter le droit à la nourriture parmi les droits de l’homme. Et d'en tirer les conséquences qui s'imposent.

mardi, 03 juin 2008

Crise alimentaire : un sommet et une profusion d’inepties

La crise alimentaire est de nouveau à la une des médias, en raison du sommet de Rome (3-5 juin) où se réunissent une cinquantaine de chefs d’Etat pour parler de l’urgent, du long-terme, et se mettre d’accord, comme toujours à minima, sur ce qu’il conviendrait de faire. Pas de quoi s’exciter beaucoup, les divergences, au départ du sommet, ne devraient pas permettre des avancées très significatives.

Un bel exemple de ces divergences – et inepties - est donné ce jour dans un article du Monde signé par Laetitia Clavreul. Il faut produire plus et vite, en effet, mais à quoi sert de regarder ce que pourraient faire les Etats-Unis, l’Europe de l’est, voire la France ?

Il faut produire plus là où les gens ont faim, pas ailleurs. Et surtout pas chez nous.

La deuxième ineptie qu’on entend dans tous les discours ou presque, c’est qu’il faut amener les agriculteurs du Sud à produire plus selon nos modèles. Même si on y met des formes, en parlant de durabilité, la seule chose que les politiques imaginent c’est une intensification de l’agriculture à coup d’engrais (aux prix inabordables pour les agriculteurs du Sud), d’irrigation (quel gouvernement a investi dans l’irrigation depuis 30 ans ?), de semences améliorées (produites où et par qui ?), etc. Une agriculture à la mode de chez nous savez-vous-planter-des-choux.

Les agricultures du Sud, ce n’est pas le Brésil des savanes (cerrados) et ses fermes de plusieurs milliers d’hectares. C’est d’abord une écrasante majorité de « petits » agriculteurs qui pratiquent une agriculture familiale diversifiée. C’est cette agriculture là qu’il faut aider, sans chercher à la révolutionner, c'est-à-dire sans chercher à la faire muter vers une agriculture « moderne », occidentale, non durable, qui pousserait des millions de personnes sans emploi vers des villes qui n’en peuvent plus.

L’agriculture familiale peut produire plus, elle peut être « modérément » intensifiée sans augmenter les risques pour des agriculteurs qui ne peuvent se permettre d’en prendre. Si l’agriculture familiale produit seulement une tonne de céréales à l’hectare, on n’a pas, en effet, besoin de la faire passer à produire 4 fois plus pour assurer l’autosuffisance alimentaire des zones concernées. Ce serait d’abord très difficile à faire, compte-tenu de l’état des sols et des autres stress environnementaux, et ce ne serait pas durable. Ce ne serait surtout pas nécessaire parce que personne ne saurait gérer les surplus ainsi créés.

De ce qui précède, il faut retenir que les agricultures du Sud peuvent et doivent produire ce dont les gens du Sud ont besoin. Il faut seulement que leurs dirigeants des pays concernés, avec leurs « amis » et partenaires du Nord, investissent là où il faut. Mais je ne vois pas, malheureusement, comment les politiques réunis à Rome pourraient se mettre d’accord sur quelque chose comme cela, compte-tenu des intérêts divergents en présence.

lundi, 02 juin 2008

Science et société (2): image et perception

Reste la perception de la société, qui n’est pas fumée sans feu. Le problème c’est qu’on ne parle que de la fumée et qu’on ignore largement tout le reste. Qu’est-ce que la recherche agronomique ? Qu’est-ce que les biotechnologies ? Si je parle de l’une ou des autres devant des non scientifiques, la question des OGM surgit dans les trois premières minutes de la discussion, alors que ce n’est pas même la face visible d’un iceberg (10%) en terme d’investissements et/ou en terme de voies de recherche prometteuses pour le progrès, en quantité ou qualité, des productions agricoles. Je caricature toujours un peu, mais seulement un peu, et je provoque régulièrement mes auditoires, en affirmant que cette technologie est déjà dépassée et/ou que les OGM de demain auront autant à voir avec ceux qu’on connaît aujourd’hui qu’une fraise des bois a de ressemblance avec un éléphant. Je rappelle aussi qu’aucune technologie n’est nocive en elle-même, seul peut l’être l’usage qu’on en fait. Qui ose encore critiquer aujourd’hui le nucléaire chez nous, au moment où le prix du pétrole bat des records tous les jours et où les alternatives énergétiques en sont encore aux balbutiements (essentiellement faute d’investissements dans la recherche en temps opportun) ? La même technologie a pourtant brûlé vifs les enfants d’Hiroshima.

Posez-vous des questions !
 Un maïs OGM peut polliniser le champ d’à côté. Et alors ? Un maïs non OGM fait la même chose. Pourquoi le premier remettrait-il en question le label bio de mon champ de maïs et pas le second qui va apporter tout un tas de caractéristiques – avantages et défauts – que je ne connais pas ?
 Vous avez des doutes sur la technologie, mais c’est pourtant la même technologie qui produit l’insuline. Connaissez-vous un seul diabétique qui préfèrerait revenir à utiliser de l’insuline de cochon plutôt que l’insuline humaine produite par des OGM?
 Un maïs OGM qui a reçu un gène de bactérie, est-ce la même chose ou est-ce différent d’un maïs OGM qui reçoit un gène de maïs ? Ou : tous les usages de la technologie OGM sont-ils équivalents ?
 Dans 99% des cas les problèmes rencontrés par les plantes cultivées peuvent sans doute être résolus par les voies de la sélection conventionnelle, parce qu’il existe par exemple dans la diversité de ces plantes des plantes résistantes au stress qui fait problème. Mais dans quelques cas, il n’y a pas de solution conventionnelle. Les papayes de Hawaï sont devenues en 1992 susceptibles à un virus qui a complètement décimé cette culture sans qu’on trouve de résistance dans les collections. Les chercheurs du secteur public ont développé une papaye de Hawaï OGM en introduisant une séquence inversée du virus qui empêche la synthèse de la protéine virale et la maladie. Américains et canadiens consomment de la papaye OGM depuis 9 ans. Les japonais refusent comme nous les OGM et paient exactement dix fois plus cher pour manger une papaye de qualité gustative très inférieure à la variété de Hawaï. La papaye est la deuxième production agricole de Hawaï après l’ananas et une source de revenu très importante pour les petits agriculteurs. Fallait-il laisser la culture et ces agriculteurs disparaître ? Ou passer à ne plus manger que des papayes de 2ème qualité, avant qu’elles ne soient à leur tour décimées par la maladie ?
 On produit, conventionnellement, de nouvelles variétés en croisant les variétés existantes par d’autres plantes de la même espèce ou d’espèces voisines qui apportent des caractéristiques complémentaires. Comme dans tout croisement ou hybridation, les enfants ne ressemblent pas aux parents et pour que le produit soit d’une qualité équivalente ou supérieure à celle de la variété de départ de multiples recroisements, de multiples générations seront nécessaires. Le processus est donc très long ; il faut de 10 à 20 ans en fonction de l’espèce (voire plus pour les espèces arboricoles) pour sortir une nouvelle variété sur le marché. La technologie OGM permet d’introduire une nouvelle caractéristique dans une variété existante sans perturber les qualités de celle-ci et d’obtenir, en une seule génération, une nouvelle variété améliorée. Faut-il se priver de cet avantage, qui permet aux sélectionneurs d’être très réactif en réponse, par exemple, à l’émergence d’une nouvelle maladie, ou doit-on laisser les variétés disparaître les unes après les autres ?
 Il existe des contraintes à l’agriculture que la sélection conventionnelle n’a pas réussi à surmonter de façon satisfaisante. Si la technologie OGM permet aux agriculteurs du Sahel, par exemple, d’avoir des variété qui tolèrent mieux une période de sécheresse que les variétés traditionnelles, tout en ayant conservé les caractéristiques qualitatives de celles-ci, peut-on dire aux chercheurs qu’ils ne doivent pas essayer de produire de tels OGM ?

Je pourrais continuer la liste de ce genre de questions sur plusieurs pages. Le point important ici est qu’on vous vend du noir ou du blanc quand rien n’est tout noir ou tout blanc. Je n’aime pas plus que vous l’idée d’un monopole de quelques grandes sociétés semencières sur le marché des variétés, qui nous condamne à terme à manger tous la même chose, la même variété de salade, la même variété de pomme de terre (vous savez qu’il en existe plusieurs milliers ?) ou la même variété de haricot. Est-ce que pour autant on doit enterrer une technologie qui a la capacité à trouver des réponses à des questions, des problèmes jusqu’ici sans réponse ? Imaginez qu’on interdise le nucléaire en France demain parce que cela ne plait plus à José Bové !

Cela ne veut pas dire que tout le monde doit être libre de produire des OGM dans son garage, comme aux Etats-Unis, ni qu’on doit produire des OGM pour tout. Mais quand il n’y a pas d’autre solution possible – et à minima dans ce cas – pourquoi s’en priver ?

Maintenant, qui, actuellement parle des OGM de cette manière, avec ce type de discours ? Et quels médias s’en font le relais ? Autrement dit la perception que vous pouvez avoir de la science et des scientifiques dépend de l’image qu’on vous en donne. Et sur cette question, les responsabilités sont largement partagées, par les institutions de recherche, les chercheurs eux-mêmes, et par la presse non spécialisée qui se fait, en priorité, le relais du sensationnel ou de la polémique (contribuant à alimenter cette dernière).

Et puis, finalement, pourquoi doit-on encore parler de ces maudits OGM, près d’un quart de siècle après la production de la première plante OGM (1984)?

dimanche, 01 juin 2008

Science et société (1): une perte de confiance non justifiée

Il n’y a plus de surprise. A chaque fois que je me trouve invité à parler de recherche devant des non scientifiques, arrive toujours le moment de la question sur les OGM :
- Pensez-vous que les OGM puissent être une partie de la solution ?
ou :
- Et vous, ces OGM, vous en pensez quoi ?
Etc. L’intéressant, c’est que très régulièrement, si je ne suis pas en présence de convertis inconditionnels, la discussion se termine par des remerciements pour « toutes ces choses dont on n’avait jamais entendu parler » et/ou l’observation « qu’après cette discussion, on se sent plus intelligent », ce qui ne fait que traduire un besoin jusqu’alors non satisfait de pouvoir se faire une opinion personnelle « éclairée ». Les seules choses qu’on entend ou voit à profusion sur les petits écrans sont les opinions et les exactions des extrémistes anti-OGM – beaucoup - et les revendications des industriels semenciers – un tout petit peu. Rien entre les deux ou si peu que cela passe totalement inaperçu.

Nous sommes un pays qui a perdu confiance dans la recherche et ses scientifiques. Bien sûr les opinions varient considérablement selon qu’il s’agit de la recherche médicale, des mathématiques, de l’aéronautique… ou des biotechnologies appliquées à l’agriculture et l’alimentation. Mais globalement, on observe une relation science-société qui est très différente de ce qu’elle est aux Etats-Unis ou dans la majorité des autres grandes puissances scientifiques. La France est au 6ème rang mondial en nombre de chercheurs. On s’enfonce dans bien des classements, mais pas dans celui-là. Nos recherches sont relativement bien financées quoi qu’on dise, et la production scientifique est de bonne qualité, même si la dispersion institutionnelle ne joue pas en faveur de notre classement dans les indices mondiaux comme l’indice de Shanghai, donc de sa visibilité. Bref, la France pourrait être fière de ce qu’elle a et reconnaître plus largement la qualité de sa recherche et de ses chercheurs. Pourtant l’homme de la rue a le plus souvent une piètre opinion du chercheur, hypertrophiant notamment sa responsabilité dans une série d’accidents ou d’incidents divers qui sont le plus souvent totalement hors de son contrôle. Médias, activistes de tous bords contribuent à l’amalgame et la confusion où se mélangent vache folle, transmission du SIDA par transfusion sanguine, nouvelles allergies, mal bouffe et j’en passe beaucoup volontairement la liste étant sans importance. Les scientifiques contribuent à cette confusion par leur silence assourdissant. Tous les mécanismes de surveillance sur la qualité des aliments, la qualité des soins, la qualité des services sont pourtant parvenus à des niveaux jamais atteints auparavant et le résultat le plus spectaculaire est une espérance de vie en croissance constante. Derrière tout cela il y a la recherche, mais on l’oublie pour ne se focaliser que sur les dérapages. Il se passe, au niveau de l’alimentation, ce qui s’est passé auparavant pour la santé. Si un vaccin évite à des millions de personne de contracter une maladie, on trouvera toujours des extrémistes pour focaliser toute leur attention et celle de tous de tous ceux qui veulent bien les écouter, sur le seul individu – ou le tout petit nombre d’individus - qui a fait une réaction négative au vaccin. L’important, et le seul fait important, la seule donnée qui compte, c’est qu’on a sauvé des millions de personnes d’une mort prématurée dans l’exemple du vaccin ou qu’on a donné accès à une alimentation infiniment plus sûre qu’elle ne l’était 50 ans auparavant dans le cas de la recherche agronomique et agro-alimentaire. On ne vit pas plus vieux aujourd’hui par accident. Et pas non plus du seul fait des progrès de la médecine (à suivre).

Quelques données (2005):
- nombre de chercheurs en France: 226000
- public ou privé? En France, 50% des chercheurs sont dans le privé et 50% dans le public. Aux Etats-Unis la proportion est 3/4-1/4
- des femmes: un chercheur français sur quatre est une femme. Ne me demandez pas combien occupent des postes de responsabilité, plus on monte dans les hiérarchies et plus cette part est faible.
- en nombre absolu de chercheurs la France est 6ème très loin derrière les Etats-Unis, qui comptent 1,4 million de chercheurs, et très loin derrière la Chine qui en compte près d'un million. Un nombre de chercheurs pour 1000 actifs, Finlande et Suède passent devant. La France est toujours 6ème, derrière le Japon, les Etats-Unis et l'Australie

vendredi, 25 avril 2008

Crise alimentaire mondiale: le retour de Dionisio

Il s'appelait Dionisio Pulido. C'était un petit agriculteur de l'Etat du Michoacan, au nord-ouest de Mexico. Le 20 février 1943, le volcan Paricutin a commencé à sortir de son champ de maïs. L'histoire, ou est-ce la légende, raconte que Dionisio, voyant une fissure se former dans son champ, a d'abord essayé de la combler en y mettant quelques pelletées de terre. Ce que les gouvernements annoncent aujourd'hui, une aide accrue pour aider les pays les plus pauvres, c'est la même chose que les pelletées de terre de Dionisio. Je n'ai encore entendu personne proposer une grande conférence mondiale d'urgence pour développer un plan de long terme qui corrige toutes les absurdités qui nous ont conduit où nous en sommes aujourd'hui. On sait ce qu'il est advenu des pelletées de terre de Dionisio. Les mesures annoncées ces jours-ci vont en aider quelques uns pour quelques jours. Dérisoire.

4e16e9179ebafc315d3e17281ae68fc6.jpg

Le Paricutin en 1994. Du village de Dionisio n'a subsisté que le sommet du clocher. le sommet du volcan est visible à sa droite (photo Wikipedia)

vendredi, 16 février 2007

Le dernier des faucheurs volontaires

Septembre 2007. C’est la rentrée. Pour les enfants à l’école. Pour José Bové derrière les portes du pénitencier (qui se sont refermééééées). Avec lui les 168 faucheurs volontaires de l’été, tous fichés aux RG – quel scandale ! - ont la gueule de bois. Ils ont bien réussi à faucher quelques 6,24 hectares en une douzaine d’opérations coup de poing, mais il aurait fallu recruter beaucoup, beaucoup de bras en plus. Malheureusement leurs rangs iraient plutôt s’éclaircissant, comme peau de chagrin. Le fait que les agriculteurs du Sud-Ouest aient cultivé 32.000 hectares de maïs Bt pendant l’été (contre environ 5.000 l’année précédente) a rendu leur combat de moins en moins populaire et de plus en plus difficile. Les agriculteurs et les forces de l’ordre ont en effet considérablement amélioré leur service de renseignement et les faucheurs ont essuyé de nombreux échecs sur le terrain. Surtout, les agriculteurs ont mené une importante campagne pour mieux informer le public : semences plus chères de 23 euros à l’hectare, certes, et donc bénéfice pour les « vilains » semenciers, mais beaucoup moins de pesticides dans l’environnement et, à la fin, un gain de 200 euros à l’hectare pour l’agriculteur. Tout le monde sait compter : avec les hectares cultivés en maïs OGM pendant l’été 2007, les agriculteurs du Sud-Ouest ont augmenté leurs revenus de plus de 6 millions d’euros cette année. 6 millions, un chiffre qui fait sans doute rêver Mr. Bové derrière ses barreaux, lui qui n’a pas réussi à réunir 600.000 voix sur son nom au premier tour de l’élection présidentielle du printemps. Il se console sans doute en pensant qu’à sa sortie, qui sera anticipée pour bonne conduite – la prison étant sans doute le seul endroit où sa conduite, depuis longtemps, mérite ce qualificatif – il y aura bien encore une ou deux caméras et trois ou quatre micros devant lesquels il pourra exposer les grandes lignes de son prochain combat : il a décidé de s’associer à Brigitte Bardot pour dénoncer la reprise de la chasse au sanglier une semaine avant l’ouverture générale.

(les chiffres indiqués dans ce billet d’humour sont tirés de l’article de Laetitia Clavreul, paru dans Le Monde du vendredi 16 février)

vendredi, 19 janvier 2007

Notre agriculture dans l’impasse ?

France-Info dans la campagne électorale… La question du jour concernait ce matin le futur de l’agriculture française. Quelques mots-clés ou idées relevées :

Subventions agricoles - Il n’y a plus d’agriculture non subventionnée chez nous – ou presque plus puisque 85 à 90% des agriculteurs touchent des subventions – et surtout il n’y a plus d’agriculture viable sans subventions. Or les subventions vont disparaître, l’Union Européenne s’y est engagé. Entre parenthèses, les britanniques ont déjà exprimé haut et fort l’idée que si nous dépensions pour la recherche ce que nous dépensons actuellement pour nos agricultures non rentables le développement économique du vieux continent ne serait pas à la traîne des développements asiatiques ou américains, mais très probablement devant.

Diversification – ce qui est vrai pour le petit agriculteur pauvre du Sud est sans doute vrai pour de nombreux agriculteurs français, à savoir que ceux qui vont s’en sortir dans le futur seront ceux qui auront su se diversifier au lieu de rester figés dans leur monoculture ou (mono-)élevage. Tous peuvent-ils le faire ? L’agriculture « de niche » peut-elle s’appliquer partout ?

Dépendance – j’ai entendu ce matin un représentant agricole dire que si nous éliminons les subventions agricoles, une catastrophe allait arriver, à savoir la dépendance. Seuls les Brésils et autres Ukraines passeront à produire pour le monde parce qu’ils ont pour certains des conditions environnementales plus favorables, mais surtout, et chez tous, parce qu’ils ont des lois sociales misérables et paient leurs employés au lance-pierre. Il y a une grosse part de vérité là-dedans, mais par contre on doit se demander pourquoi on devrait être auto-suffisant en tout, y compris pour l’alimentation. J’ai déjà écrit ici que la viande de bœuf brésilienne est en moyenne de qualité supérieure à la viande de bœuf française (toute règle connaissant des exceptions : la production de niche en est une) parce que là-bas, tout ou presque est élevé à l’herbe. Je n’aurais aucun état d’âme à acheter de la viande brésilienne si j’avais le choix, mais aujourd’hui je ne l’ai pas. Et depuis que je sais que 2,8 milliards de personnes vivent avec moins de deux euros par jour alors que nos vaches reçoivent cela comme subvention journalière, je trouve que notre viande n’a plus du tout le goût qu’elle avait hier. Je préfèrerais une France qui renforce ses secteurs performants, qui en crée de nouveaux, plutôt qu’une France qui cherche à maintenir à tout prix ses secteurs subventionnés.

9 milliards d’habitants à nourrir et les OGM – La question que j’ai déjà demandée plusieurs fois (en vain) à notre quotidien préféré de poser aux agriculteurs a été posée par France-Info : « êtes-vous opposés aux OGM ? ». Selon la journaliste qui a mené l’enquête, aucun n’a répondu par l’affirmative. Tous par contre ont dénoncé la lâcheté des politiques sur ce sujet. Et leur représentant à l’émission de dire – tout de bon sens – qu’il n’y a de leur part aucun rejet ni aucune position systématique : si cela met des sous dans la poche de l’agriculteur et moins de produits chimiques nocifs dans l’environnement, si personne ne trouve le moindre risque pour la santé, alors pourquoi pas ? Si on ne plante pas plus d’OGM aujourd’hui en France, c’est seulement la faute aux politiques… Il faudra doubler les productions agricoles à l’échelle mondiale, sur des surfaces en diminution et avec moins d’eau ; on ne pourra pas y arriver sans utiliser un maximum de technologies, et les OGM en feront partie, comme d’autres. Encore le bon sens.

Quelle est la vision des candidats à la présidentielle quant à notre agriculture à 10 ans, quand il n’y aura plus de subventions agricoles ? Vous le savez, vous ?

jeudi, 18 janvier 2007

Un Monde peu diplomatique contre les OGM

C’est vrai qu’une des grosses différences entre la presse « d’avant » et l’information sur Internet, c’est le stockage des données : mon Midi Libre ne reste pas plus de 2-3 jours à traîner dans la maison avant de trouver le chemin de la poubelle-papiers ; sur Internet je ma ballade et je retrouve des infos stockées il y a cinq ans, cinq mois, cinq jours. Je peux accéder d’un coup à des milliers de pages sur le même dossier. Les journalistes ont du mouron à se faire, à moins qu’ils ne sachent faire évoluer très vite leur métier.

Et donc, en farfouillant, je suis tombé sur deux pages d’un Monde diplomatique d’octobre 2006… que je n’ai pas trouvées diplomatiques du tout. Mais franchement, combien d’articles avez-vous lus sur les OGM qui méritent d’être considérés comme équilibrés, « faisant la part des choses » ?

Oui les OGM font faire de gros bénéfices à une toute petite poignée de grosses entreprises, Monsanto en tête, et constituent par conséquent une menace pour l’indépendance, le libre choix des agriculteurs et des consommateurs ;

Oui les OGM ne concernent aujourd’hui vraiment que 5 pays, deux caractères agronomiques et quatre plantes cultivées en zone tempérée, ne constituant donc pas un espoir à court terme pour la sécurité alimentaire des plus pauvres qui vivent sous les tropiques ;

Non on ne sait pas si les OGM sont sans risque pour la santé, pas plus qu’on le sait pour toutes les autres variétés conventionnelles que vous mangez pourtant tous les jours; le ou les risques très médiatisés des OGM, jusqu’à preuve du contraire (toujours manquante) ne sont pas comparables aux risques que nous faisons courir tous les jours à la planète et à la biodiversité de par notre mode de vie, nos voitures, nos industries, etc.

Oui les OGM peuvent échanger des gènes avec des plantes non-OGM de la même espèce ou d’espèces voisines, comme toutes les variétés conventionnelles l’ont fait depuis l’aube de l’agriculture, conduisant à l’évolution et souvent à la disparition des variétés traditionnelles et des espèces sauvages apparentées ;

Non les 8,5 millions d’agriculteurs qui cultivent aujourd’hui des OGM (a) ne sont pas tous stupides et (b) n’ont pas été tous violés par les semenciers, et non Mr. Bové n’est pas le seul agriculteur intelligent et éduqué que vous devriez écouter ; vos médias vous ont-elles donné la possibilité d’en entendre d’autres, et notamment ceux qui cultivent des OGM et en tirent profit ?

Non, tout cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas prendre des précautions et faire des études sur les risques, et c’est justement ce que la recherche publique voudrait bien pouvoir faire ; elle en est empêchée par une poignée d’irréductibles opposants que les autorités laissent faire ;

Qui a intérêt à ce que la recherche publique ne puisse pas démontrer l’innocuité et/ou l’avantage économique des OGM ?

Qui a intérêt à ce que la recherche publique ne puisse pas démontrer qu’on peut aussi produire des OGM utiles pour le consommateur, pour la santé ou pour l’environnement ?

recherche: assez d'argent, pas assez de résultats?

Dans le courrier électronique interne de mon institut, je reçois, comme tout le monde, les missives des syndicats, même sans être encarté. J’aurais pu les glisser sur la liste des courriers indésirables systématiquement refoulés, mais je les lis quelquefois, en espérant toujours un peu, et bien naïvement, que l’un ou l’autre finira un jour par ouvrir les yeux sur ce qu’est l’intérêt national : avoir une recherche forte, productive, compétitive, jouant un rôle important dans le développement économique du pays.

Là, ça y est, vous vous dites « il a viré sa cuti, il nous disait le contraire encore avant-hier ». C’est vrai, les gouvernements exagèrent, et le notre en particulier, qui pensent que toute recherche ou presque doit avoir application sonnante et trébuchante. Il n’y a pas de recherche « appliquée » sans recherche fondamentale forte, et dans un pays où la recherche appliquée privée est très en deçà de ce qu’elle est chez les pays voisins , ce n’est évidemment pas le privé qui va faire la recherche fondamentale dont nous avons besoin.

« Alors, qu’est-ce qu’il nous raconte ? ». Bon, il faut les deux. Il faut surtout une recherche publique plus forte. Là-dessus tout le monde est d’accord. Là où plus personne n’est d’accord, c’est sur les moyens d’y arriver. Les syndicats, pour faire court, disent qu’il faut plus d’argent et plus de fonctionnaires. Je cite un morceau choisi de la réaction CGT à l’article sur la recherche publié dans le monde du 16 janvier:

Que le système de recherche français soit malade, ce n’est pas le SNTRS-CGT qui va le nier, lui qui depuis des années dénonce les politiques mises en œuvre et qui d’ailleurs a fait des contre-propositions à des multiples reprises. Que les résultats soient mauvais et que la productivité soit en baisse n'est pas fait pour nous étonner non plus quand les chercheurs doivent passer plus de temps à chercher des crédits qu'à faire de la recherche.

C’est sur la deuxième phrase que j’ai le plus gros problème. Opposer compétition et qualité de la production, c’est contraire à tout ce qu’on voit autour de nous dans la vie de tous les jours. Je ne veux pas que la CGT nationalise nos supermarchés et leurs fournisseurs. C’est parce qu’ils se battent entre eux que mon paquet de nouilles est moins cher et/ou que j’ai le choix des marques. Surtout, les camarades de la CGT oublient de voir que les chercheurs les plus méritants, ceux qui publient le plus et le mieux (le fameux classement de Shanghai), ce sont aussi ceux qui passent le plus de temps à chercher des crédits, c'est-à-dire à écrire de bons projets qu’ils soumettent aux appels d’offres : les chercheurs américains.

Je travaille pour deux organismes de recherche. Le premier est français et fait essentiellement des recherches fondamentales, sources de publications. Sur un budget d’environ 180 millions, 10 proviennent de contrats (5,5%). Le second est international, basé en Colombie, et il fait essentiellement des recherches appliquées qui sont difficiles à publier dans des revues de haut niveau. Sur un budget de 40 millions, 28 proviennent de contrats (70%). Il y a autant de publications par chercheur par an dans les deux organismes. Cherchez l’erreur.

La recherche et la France ont tout à gagner à une augmentation de la compétition pour l’obtention des crédits de recherche. L’erreur, la seule que je vois dans l’évolution en cours, c’est que l’on traduise une plus grande compétitivité entre labos, et l’amélioration de la qualité qui en découlera, en un prétexte pour diminuer les crédits de recherche. La recherche qui ne manque pas d’argent mais de résultats, c’est une vue totalement fausse des réalités. La recherche manque de résultats ET d’argent dans notre pays. La solution est simple : il faut augmenter les crédits ET la compétitivité.

Ca y est, j'ai perdu 20 points dans les sondages? Tant pis. Ouvrez les yeux et regardez comment ça marche là où sa marche. C'est pas compliqué.

Toutes les notes