mardi, 02 septembre 2008

Humeur : Le discours et la méthode, ou pourquoi la recherche n’a toujours pas bonne presse dans l’opinion

Lundi soir je prenais une bière sur une terrasse de Montpellier avec quatre jeunes ingénieurs travaillant tous dans le domaine de l’eau. Tout naturellement, je leur ai demandé s’ils assistaient au Congrès Mondial de l’Eau et ce qu’ils en pensaient. Ils m’ont tous répondu, comme une seule voix, que non, qu’ils auraient bien aimé y assister, mais qu’un ticket d’entrée à 500 euros (coût de l’inscription au congrès) était totalement dissuasif pour ces jeunes professionnels comme pour leurs employeurs. « C’est un congrès élitiste » a conclu l’un d’eux. Peut-être. Ce qui est sûr, c’est qu’il est vraiment regrettable que de jeunes professionnels locaux ne puissent pas bénéficier de l’organisation d’un tel congrès chez eux.

Il se trouve que ces quatre jeunes sont également les forces vives de la délégation de Montpellier de l’association Action Contre la Faim. Nous avons discuté des activités des prochains mois pour l’association sur Montpellier. Et il a été question d’une contribution à la quinzaine de la solidarité internationale, avec notamment la possibilité de monter une conférence-débat, sans doute avec d’autres associations, sur le thème des émeutes de la faim et de la sécurité alimentaire. J’ai naïvement demandé si ACF-Montpellier était au courant de la conférence-débat du Cirad organisée après-demain (4 septembre) à Agropolis International sur ce même thème. Ils m’ont tous répondu, comme une seule voix, que non.

La recherche, ses dirigeants comme ses chercheurs, parlent beaucoup et de plus en plus d’impliquer tous les acteurs dans ce qu’ils font et notamment dans leurs prises de décision. Secteur privé, société civile, utilisateurs de la recherche sont – dans les discours – invités à contribuer. Dans les faits et comme par hasard la même semaine, pour deux événements différents, j’observe que l’action a bien du mal à suivre le discours. Est-ce si difficile à mettre en œuvre ? Y a-t-il vraiment volonté d’ouverture ?

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devise Shadok, hommage à Jacques Rouxel

jeudi, 19 juin 2008

CNRS: la France qu'on ne peut réformer

Toutes les structures se réforment quotidiennement, pour s'adapter à un monde changeant. Toutes? Non, un petit village resiste encore à la réforme envahissante. Ce village, c'est la France. L'expression de la résistance à toute réforme, aujourd'hui, c'est le CNRS. Mais tous les jours c'est une autre structure. Et les syndicats sont passés maîtres dans l'art de bloquer tout changement, toute réforme, toute adaptation, et finalement tout progrès.

J'entends que si l'on découpe le CNRS comme un saucisson, alors on fera faire marche arrière à la pluridisciplinarité. Quelle rigolade. Les mêmes disent que pour que la science soit de qualité elle doit être très pointue, entendez très (mono)disciplinaire. Tant pis si les grandes questions sociétales, les grands défis de notre temps, sont complexes et demandent cette intégration, cette pluridisciplinarité que j'évoquais dans une note précédente. On aimerait comprendre pourquoi un gros machin ça fonctionnerait mieux qu'un réseau de petits trucs. Et les unités mixtes de recherche, pluri-institutionnelles, démontrent que la pluridisciplinarité peut très bien se pratiquer au sein d'une équipe, même si ses membres appartiennent à des organismes totalement différents, a fortiuri s'ils sont d'instituts différents issus d'un même CNRS.

Finalement on défend quoi en défendant le gros machin? Autre chose que le poids?
Pourquoi les réformes sont-elles possibles chez tous nos voisins et pas chez nous?

mardi, 17 juin 2008

Crise alimentaire mondiale: c'est le moment de réviser sérieusement la PAC!

En même temps que les chefs d’Etat et de gouvernements se réunissaient à Rome pour discuter de l’aide d’urgence face à la crise alimentaire, l’ONG Oxfam * publiait une note intitulée « C’est le moment : Comment les leaders du monde devraient répondre à la crise des prix agricoles ».

Mes notes sur cette note :
- Partout on observe que l’augmentation des prix des denrées de base force de très nombreuses familles à manger moins ou moins bien, et elle pousse les plus pauvres à couper dans les dépenses de santé, d’éducation, et d’autres besoins.
- Selon le programme alimentaire mondial (PAM) les urgences alimentaires qui augmentaient de 15% par an en moyenne dans les années 1980, augmentent maintenant de plus de 30% par an.
- Pour aider à la stabilisation du système financier mondial, la réserve fédérale américaine et la banque centrale européenne ont su injecter plus de 1000 milliards de dollars dans le système au cours des six derniers mois. L’assistance nécessaire aujourd’hui pour aider les 53 pays les plus pauvres représente seulement 14,5 milliards. Malgré les promesses, on ne les a pas.
- L’aide alimentaire, donnée en « nature » (en grains) par les pays du Nord, a souvent contribué à augmenter la dépendance des pays du Sud vis-à-vis de ces importations et à miner la production alimentaire locale. L’assistance internationale devrait faire tout le contraire et soutenir les économies locales.
- Il est essentiel de développer des banques de semences locales
- La crise des prix alimentaires est en partie le résultat de décennies de négligence de l’agriculture dans les pays pauvres. Il faut s’attaquer sérieusement au développement agricole des pays pauvres si on veut faire disparaître la pauvreté comme on le prétend.
- Aucun pays pauvre n’a réduit sa pauvreté grâce à l’agriculture seule, mais pratiquement aucun n’y est arrivé sans avoir commencé par augmenter ses rendements agricoles
- La part de l’aide internationale consacrée chaque année à l’agriculture est d’environ 4 milliards de dollars. Les subventions agricoles des pays de l’OCDE représentent environ 125 milliards de dollars par an.
- Il faut plus d’argent. Il faut surtout mieux l’utiliser.
- Il vaut mieux donner des bons pour que les agriculteurs aillent eux-mêmes acheter leurs semences que de leur donner un paquet de semences choisies par d’autres que les utilisateurs directs.
- La quantité de maïs nécessaire pour remplir le réservoir d’un 4x4 marchant à l’éthanol est suffisante pour nourrir une personne adulte pendant une année.
- A Haiti en 1995, Banque Mondiale et FMI ont forcé le gouvernement à « libéraliser » son marché en ramenant les droits de douane sur les importations de riz de 50 à 3%, inondant le pays avec du riz américain subventionné et donc bon marché. Le pays qui était autosuffisant en 1990 doit maintenant importer, à prix d’or, 80% du riz qu’il consomme. 80% de la population rurale de Haiti est pauvre.
- L’augmentation des prix agricoles constitue une occasion unique de rectifier toutes les distorsions crées par les subventions agricoles. Les récentes déclarations des leaders américains et européens, dont Michel Barnier, suggèrent plutôt qu’on va dans le sens contraire.

La défense résolue de la politique agricole commune (PAC) par le gouvernement français est la preuve du double discours et marque le discrédit de notre pays sur la scène internationale et notamment dans nos relations avec les pays du Sud. Un geste fort est nécessaire et aujourd’hui possible. Nous restons bras croisés, assis sur nos privilèges scandaleux, quand – comme l’a rappelé le premier des hypocrites nationaux – un enfant meurt toutes les 30 secondes.




* seulement quelques unes des notes produites par Oxfam sont traduites en français. La note en référence ici est disponible uniquement en anglais et en espagnol.

lundi, 09 juin 2008

OGM : encore du tout-blanc-tout-noir, raz le bol !

Le Monde publie ce soir un article de Hervé Kempf qui sent bon le tout-blanc-tout-noir-tout-pourri-vendu. Derrière le titre « Les grands semenciers brevètent les gènes d'adaptation au changement climatique », HK nous informe que les centres internationaux de recherche agricole membres du CGIAR sont pieds et poings liés avec les grands méchants semenciers comme Monsanto pour assurer à ses derniers le monopole de l’utilisation des gènes de résistance à la sécheresse en Afrique. Ignoble! Ceci sur la base d’une information relayée par ETC et ses « chercheurs indépendants ». Et c’est qui qui les paient, les « chercheurs » activistes qui n'ont jamais rien cherché de cette ONG connue de longue date pour être 100% anti-OGM quel que soit l’OGM? Et si on veut avoir une information vraie, impartiale, sur ce qui existe derrière l’accord entre le CIMMYT, la Fondation Gates et le secteur privé, on va la chercher où ? Pas dans Le Monde, c’est clair, ou alors Hervé Kempf aurait aussi interviewé le CIMMYT et la Fondation Gates, pas seulement les opposants irréductibles d’ETC.

Moi qui ne suis pas journaliste je me suis quand même payé le luxe d’aller voir ce que le CIMMYT avait à déclarer, sur son site web, page intitulée : « l’initiative sur le maïs tolérant à la sécheresse en Afrique ». http://www.cimmyt.org/dtma/index.htm Je passe sur les détails. J’y ai quand même trouvé que le projet avait le soutien de tout un tas d'agences publiques, nationales, et pas seulement de Gates et du secteur privé. Et qu'il avait entre autres objectifs de produire des variétés résistantes qui seraient des variétés-populations, autrement dit des variétés que les petits agriculteurs pourraient replanter, cycle après cycle, sans avoir à racheter des semences chaque année chez un quelconque Monsanto… On lit ce qu’on veut lire, et donc on continue avec le tout-blanc-tout-noir. C’est cela qui aide chaque citoyen a y voir plus clair, à pouvoir se faire une opinion « informée » !

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Photo CIMMYT

jeudi, 05 juin 2008

Crise alimentaire : et la voix des pauvres ?

La conférence de Rome se termine aujourd'hui, même si on n’en parle plus dans votre journal. Chefs de gouvernement et ministres se sont succédés pendant deux jours à la tribune, une grande majorité d’entre eux pour appeler à la modernisation de l’agriculture (entendez : refaire l’agriculture américaine ou européenne partout) ou appeler à une meilleure distribution des productions (entendez : les leurs). Quelques uns pour donner quelques sous, le total restant toujours dérisoire en regard de ce que ces mêmes gouvernements (inclus de nombreux gouvernements des pays du Sud où des gens meurent de faim) dépensent en une année en armement.

Au total, et je rejoins en cela les ONG qui viennent tout juste d’avoir une conférence avec la presse à Rome: à quelques exceptions près tous ces gouvernements ont exprimé leurs propres priorités, « business as usual » (rien ne change), la toute première des priorités des intervenants étant la libéralisation des échanges, mais personne ne propose des solutions nouvelles, innovantes, et surtout personne ne montre une réelle prise en compte des contraintes et des demandes des petits agriculteurs du Sud concernés. Où était la voix de ces millions de paysans pauvres et de leurs organisations dans cette conférence ? Dans un obscur événement parallèle, dont personne n’a parlé dans la presse. Un forum où l’on a apparemment beaucoup plus parlé des dimensions écologiques et sociales de la crise, mettant notamment l’accent sur l’adaptabilité des nouvelles solutions nécessaires aux petites agricultures du Sud, comme je le répète sans cesse dans ce blog.

Répétons encore une fois : on ne peut pas résoudre les problèmes des petits producteurs avec des solutions construites pour une agriculture moderne qui a depuis longtemps montré ses limites.

L’un des représentants des ONG a conclu en faisant de la crise alimentaire un crime contre l’humanité. Elle était évitable et on a laissé faire. On a notamment laissé les spéculateurs spéculer sur ce qui n’aurait jamais dû être ouvert à la spéculation, la nourriture.

Il est temps d’ajouter le droit à la nourriture parmi les droits de l’homme. Et d'en tirer les conséquences qui s'imposent.

mercredi, 04 juin 2008

Crise alimentaire mondiale: la recherche agricole internationale en profite pour demander des sous!

L’Alliance des Centres Internationaux de Recherche Agricole du GCRAI, qui se présente comme la plus importante organisation dédiée à la recherche agricole internationale, publie aujourd’hui un communiqué de presse sur la crise alimentaire . Le Directeur exécutif de cette Alliance, Emile Frison, note que – en dollars constant – l’investissement des pays riches dans ces recherches a grosso modo diminué de moitié entre 1980 et aujourd’hui. « La nouvelle révolution dans une agriculture durable a été mise au placard » selon lui, à cause de cette diminution des soutiens. Et c’est, d’après lui, l’un des nombreux facteurs qui contribuent à la crise actuelle.

Bien sûr, la note continue par un appel à un renouveau des investissements : donnez-nous plus d’argent et vous aurez les résultats nécessaires pour la solution du problème. Frison signale toutefois que cela devra se faire non pas en isolement, mais en collaboration avec tous un tas d’acteurs (entendez : y compris les agriculteurs) et un grand nombre de partenaires de recherche.

Mais pourquoi les investissements ont-ils diminué si le CGRAI est un aussi bon système de recherche ?

Quel a été l’impact des recherches du GCRAI sur ceux qui, aujourd’hui sont dans une situation critique ?

Autrement dit, s’il est évident que ce système de recherche a contribué à ce qu’on a appelé la « révolution verte » dans les années 1960-1980 et au développement agricole dans les pays émergents, quelles contributions importantes a-t-il eu sur l’agriculture familiale, sur les plus petits, les plus pauvres, ceux qui souffrent de la crise d’aujourd’hui ? C’est – au minimum – beaucoup moins évident, moins visible.

Autre question perfide : un système qui est depuis 20 ans incapable de réformer sa structure est-il capable de réformer ses recherches ? L’agriculture familiale africaine a besoin d’autre chose que d’une révolution verte à l’indienne. Quelle proportion de ce qui se fait aujourd’hui, dans ces 15 centres internationaux, est pertinente pour l’amélioration des conditions de vie des ruraux les plus défavorisés ?

Je me place dans la peau d’un donateur-investisseur : pourquoi devrais-je choisir de placer mon argent dans ce système plutôt que de le donner, directement, aux gouvernements du Sud pour qu’ils conduisent eux-mêmes les recherches nécessaires, en coopération avec les Cirad, INRA, Cemagref ou IRD de chez nous, et/ou avec d’autres universités en Europe ou en Amérique du Nord ?

Le communiqué de presse mentionne les recherches sur l’adaptation des plantes à la sécheresse comme un exemple de ce que fait le GCRAI pour aider les agriculteurs du Sud. Pas convainquant. Compte-tenu des investissements et des avancées du secteur privé dans ce domaine de recherche, qui sont sans commune mesure avec ce que fait le GCRAI, ne vaudrait-il pas mieux investir dans la négociation et l’obtention de licences humanitaires pour que les travaux du secteur privé puissent être utilisés librement au Sud ? Beaucoup plus tôt que si on attend les résultats du GCRAI.

Qu’il y ait besoin de réinvestir dans la recherche, aucun doute là-dessus. Mais on a besoin de nouvelles idées, de nouvelles énergies, de nouvelles collaborations. D’une meilleure coordination entre des efforts internationaux qui se chevauchent trop souvent. Peut-on espérer cela d’un vieux système qui cherche à assurer sa pérennité quand sa mission initiale était de former puis de passer le relais ? Quelle est la part d'innovation dans les recherches du GCRAI aujourd'hui?

mardi, 03 juin 2008

Crise alimentaire : un sommet et une profusion d’inepties

La crise alimentaire est de nouveau à la une des médias, en raison du sommet de Rome (3-5 juin) où se réunissent une cinquantaine de chefs d’Etat pour parler de l’urgent, du long-terme, et se mettre d’accord, comme toujours à minima, sur ce qu’il conviendrait de faire. Pas de quoi s’exciter beaucoup, les divergences, au départ du sommet, ne devraient pas permettre des avancées très significatives.

Un bel exemple de ces divergences – et inepties - est donné ce jour dans un article du Monde signé par Laetitia Clavreul. Il faut produire plus et vite, en effet, mais à quoi sert de regarder ce que pourraient faire les Etats-Unis, l’Europe de l’est, voire la France ?

Il faut produire plus là où les gens ont faim, pas ailleurs. Et surtout pas chez nous.

La deuxième ineptie qu’on entend dans tous les discours ou presque, c’est qu’il faut amener les agriculteurs du Sud à produire plus selon nos modèles. Même si on y met des formes, en parlant de durabilité, la seule chose que les politiques imaginent c’est une intensification de l’agriculture à coup d’engrais (aux prix inabordables pour les agriculteurs du Sud), d’irrigation (quel gouvernement a investi dans l’irrigation depuis 30 ans ?), de semences améliorées (produites où et par qui ?), etc. Une agriculture à la mode de chez nous savez-vous-planter-des-choux.

Les agricultures du Sud, ce n’est pas le Brésil des savanes (cerrados) et ses fermes de plusieurs milliers d’hectares. C’est d’abord une écrasante majorité de « petits » agriculteurs qui pratiquent une agriculture familiale diversifiée. C’est cette agriculture là qu’il faut aider, sans chercher à la révolutionner, c'est-à-dire sans chercher à la faire muter vers une agriculture « moderne », occidentale, non durable, qui pousserait des millions de personnes sans emploi vers des villes qui n’en peuvent plus.

L’agriculture familiale peut produire plus, elle peut être « modérément » intensifiée sans augmenter les risques pour des agriculteurs qui ne peuvent se permettre d’en prendre. Si l’agriculture familiale produit seulement une tonne de céréales à l’hectare, on n’a pas, en effet, besoin de la faire passer à produire 4 fois plus pour assurer l’autosuffisance alimentaire des zones concernées. Ce serait d’abord très difficile à faire, compte-tenu de l’état des sols et des autres stress environnementaux, et ce ne serait pas durable. Ce ne serait surtout pas nécessaire parce que personne ne saurait gérer les surplus ainsi créés.

De ce qui précède, il faut retenir que les agricultures du Sud peuvent et doivent produire ce dont les gens du Sud ont besoin. Il faut seulement que leurs dirigeants des pays concernés, avec leurs « amis » et partenaires du Nord, investissent là où il faut. Mais je ne vois pas, malheureusement, comment les politiques réunis à Rome pourraient se mettre d’accord sur quelque chose comme cela, compte-tenu des intérêts divergents en présence.

dimanche, 27 avril 2008

La recherche contre la faim

Quand on commence à dire, nous autres chercheurs, que les pays pauvres, les agriculteurs pauvres et même, indirectement, les urbains pauvres, ont besoin de la recherche agricole pour sortir de leur pauvreté, la plupart de ceux qui écoutent pensent « balivernes, ce dont ils ont besoin, c’est de gouvernements qui travaillent, adoptent de bonne politiques de développement, contrôlent la corruption, construisent des routes, des écoles, etc. Tout ce dont les agriculteurs ont besoin, c’est de faire ce qui se fait partout : préparer le sol, mettre des fertilisants, de bonnes semences, irriguer, et récolter. S’ils ne ramassent que 6 à 800 kgs par hectare aujourd’hui au lieu de 10 tonnes chez nous, c’est parce qu’ils ne font rien comme il faut, etc. »

Ce que je trouve intéressant c’est que les mêmes personnes, qui osent dire que les recettes existent déjà et qu’il n’y a qu’à les appliquer – on ose parler de « transfert de technologie » même quand rien n’est vraiment directement transférable - critiquent ces mêmes recettes quand elles sont appliquées chez nous : « notre agriculture pollue les sols et les rivières, etc. Vous avez vu la récente étude sur les vins, qui montre que même les grands crus contiennent des résidus de pesticides en quantités astronomiques ? »

Oui, on a des solutions toutes faites, qui nous arrangent plus qu’elles n’aident ceux qui ont désespérément besoin de solutions adaptées à leurs conditions environnementales, sociales, économiques. On dit : « plantez plus de maïs, plus de blé, oubliez les menus de vos ancêtres et adoptez les nôtres, ils sont plus nutritifs, plus sains, etc. ». Alors aujourd’hui tout le monde mange du pain au Burkina Faso, fait d’une farine de blé importée à prix d’or. Et aucun pays africain n’est autosuffisant en céréales, tous importent, et les prix s’envolant on achète moins (on mange moins) ou on s’endette plus. Spirale infernale. Les pays du Nord, Europe et Etats-Unis en tête peuvent se frotter les mains : nos agriculteurs ont de beaux débouchés pour des denrées de plus en plus chères. Si les africains sont insolvables peu importe, c’est l’aide internationale qui paie ces produits agricoles « donnés » pour se retrouver ensuite sur les marchés africains. Au fait, est-ce que Bruxelles a arrêté de donner des subventions à tous les céréaliers européens qui vendent leur grain deux fois plus cher que l’an passé ? Le savez-vous ?

L’agriculteur (-trice) burkinabé(e) n’a que faire d’un maïs exigeant qui produit un peu s’il pleut et plus du tout si la pluie cesse de tomber pendant quelques jours. Ce qu’il (elle) veut, ce sont des variétés adaptées à un sol pauvre qu’il (elle) ne pourra amender qu’en cultivant des légumineuses – haricots ou légume-fourrage, plantes qui fixent l’azote de l’air - en mélange ou en rotation, ajoutant quelquefois s’il (elle) a un peu d’argent un bouchon de coca d’engrais, pas plus, au pied de chaque plante, en semant directement, sans labour, pour retenir l’humidité de la pluie plus longtemps et limiter le ruissellement. Ce qu’il (elle) veut se sont des plantes résistantes aux insectes, aux champignons, au virus, aux nématodes, toutes ces plaies qui s’attaquent aux racines, ou aux feuilles, ou aux fleurs, ou à l’épi avant et après la récolte. Mais rien de ce qu’on lui propose n’est vraiment adapté à ses besoins, à ses contraintes, parce que les variétés viennent d’ailleurs, pour un autre sol, pour une autre pluviométrie, pour un autre environnement parasitaire. Personne ne fait de la sélection près de chez lui (elle). Personne ne produit de semences adaptées près de chez lui (elle). Tout vient de loin. Quand cela vient. Alors on garde ce qu’on a, précieusement, et on le ressème, année après année, si on n’a pas été obligé de le manger à cause du désastre de la dernière récolte.

Le chercheur ne peut pas travailler dans le village de chaque paysan burkinabé. Il y a trop de villages et pas assez de chercheurs. Et à cela on ne peut rien changer. On peut former un peu plus de chercheurs, pour qu’ils fassent davantage de sélection participative avec les agriculteurs. Mais surtout, il faut former auprès des chercheurs tous ceux qui travaillent dans ces ONG qui s’intéressent au développement agricole, pour qu’ils sachent répéter dans chaque village ce qu’ils ont vu faire dans celui où le chercheur travaille. La sélection participative ce n’est pas nécessairement très compliqué, et cela permet de produire de nouvelles variétés plus étroitement adaptées aux besoins de chacun. Et si l’on apprend aux mêmes personnels des ONG à aider les agriculteurs à s’organiser, pour acheter ensemble et donc moins chers les engrais dont ils ont besoin, ou la machine qui transforme le grain en farine, ou le mini silo qui permet de conserver ces grains à l’abri des insectes et des rongeurs, ou pour développer la production semencière par eux-mêmes, ou pour aller au marché au moment où il faut pour tirer un bon prix du surplus de grains, ou les fruits, ou les tubercules que la famille ne mangera pas…

Le problème, c’est que ceux qui ont besoin d’aide, ce sont des personnes, des hommes, souvent des femmes, quelquefois des adolescents, alors que les gouvernements qui « aident » ne s’adressent pas aux personnes mais aux autres gouvernements, ceux qui sont incapables d’assurer l’auto-suffisance alimentaire de leurs populations.

Ceux qui ont besoin d’aide sont des personnes qui veulent s’en sortir par leur travail, pas par l’aide internationale. S’ils sont prêts à travailler, il leur manque très généralement la connaissance du possible et un petit coup de pouce – une assistance technique, un micro crédit, une variété adaptée, etc. Vous, moi, nous pouvons aider une association, une ONG, pour qu’elle aide Esther, Amadou ou Suzan. Le désert, finalement, n’est fait que de grains de sable accumulés.

samedi, 14 avril 2007

Trois semaines d’absence et trop de choses à commenter.

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Beaucoup de choses vues pendant mon séjour en Inde (retour hier), ce qui justifiera une série de notes dont les deux premières seront en ligne dès aujourd’hui.

Et l’actualité chez nous. Comme l’histoire de ce chercheur français pris en otage en Afghanistan puis libéré. On demande aux alpinistes imprudents de payer au moins une partie des opérations de secours. Quid des chercheurs (et de leurs instituts) inconscients qui vont là où tout le monde sait qu’il y a danger, de plus pour des études sur des sujets plus que sensibles ? Je suis scandalisé par cette affaire. Suis-je le seul?

Et je reviendrai sur la dernière édition du Times, qui consacre sa couverture et son principal dossier à la fuite des cerveaux français. Oui, nos jeunes s’en vont et de plus en plus. Et bien sûr ce sont tous de brillants diplômés. Ils disent quitter un pays où ils n’ont pas d’avenir. Qui en parle dans cette campagne électorale ? Surtout, pourquoi en sommes-nous arrivés là et que pouvons-nous faire pour enrayer ce phénomène, qui menace l'avenir de notre pays?

J’ai beaucoup de retard à rattraper !

mercredi, 07 mars 2007

OGM sans danger: LA FRANCE DESINFORMEE

Le réseau SciDev.Net a publié la nouvelle le 16 février dernier. Cela fera trois semaines ce vendredi. Et AUCUN JOURNAL FRANCAIS, AUCUNE TELEVISION ne s'en est encore aperçu. Personne n'a encore vu, voulu voir et/ou compris que l'article publié par les chercheurs chinois et américains dans le numéro de mars du Plant Biotechnology Journal révolutionnait totalement le débat sur les OGM. On peut discuter des qualités et des défauts des OGM existant aujourd'hui. Les OGM de demain, par contre, seront totalement garantis sans danger, que ce soit pour l'environnement ou pour la santé, puisque ni leur pollen ni leurs grains ne contiendront plus le transgène. Cette nouvelle devrait avoir fait la une des journaux. Personne n'est au courant. Pas même les scientifiques que j'ai cotoyé hier au salon de l'agriculture. On continue de parler des OGM comme s'il ne s'était rien passé. Je vous parie que si l'article avait conclu que les OGM sont nocifs pour la santé il aurait été déjà abondamment relayé dans tous nos medias!

VOILA COMMENT LES FRANCAIS SONT INFORMES SUR LES AVANCEES DE LA RECHERCHE !

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