jeudi, 18 septembre 2008

« Quelle terre laisserons-nous ? Tout le monde s’en f… »

Nous sommes submergés par internet … d’information, de connaissances, de tentations. Merci à ceux qui trouvent encore le temps de passer quelques minutes sur mon blog. Un seul de ces lecteurs envoie régulièrement ses commentaires. Je l’en remercie vivement. Et je reviens ci-dessous sur le dernier reçu. Mais un seul lecteur qui commente, c’est vraiment dommage parce que je suis sûr que nous avons tous des choses à dire, des choses à partager sur les questions qui sont abordées sur ce blog.

Patrick Yeu, mon commentateur unique et donc préféré, me fait très justement remarquer qu’un mort dans la rue tout près de chez nous aura un impact infiniment supérieur à dix, voire cent morts dans un village éthiopien. On est concerné par la proximité, le rapport direct. Combien d’américains, qui vivent dans les états agricoles de l’intérieur, connaissent plus que la géographie de leur canton ? Une infime minorité d’entre eux est capable de trouver l’Ethiopie sur la mappemonde. Sommes-nous en train de devenir comme eux ?

La crise financière qui secoue les marchés depuis quelques semaines et s’est accentuée au cours des derniers jours est un exemple classique, mais seulement un exemple, de l’interdépendance dans laquelle nous vivons de plus en plus. Notre monde rétrécit. Les ressources à partager diminuent. Et on commence à montrer du doigt ceux qui les utilisent mal, même s’ils sont très loin de nous, parce que leur comportement affecte toute la planète. Si c’est seulement le rapport direct qui fait que l’on s’implique, alors on ne s’implique dans rien ou trop peu ou surtout trop tard. Comment changer cela ? Peut-on changer cela ? La décision appartient aux politiques, mais si les politiques ne bougent pas on ne peut pas décider pour eux et encore moins aller faire sur le terrain ce qui doit être fait, chacun de son côté, individuellement. Il faut donc que l’on s’organise, sans doute en structures intermédiaires –associations, ONG – pour faire bouger les décisionnels. J’ai fait partie d’une association de défense de l’environnement, dans un village du Gard. La dernière fois que nous (le bureau de l’association) avons organisé une activité collective – nettoyer un coin de garrigue – aucun des 3500 habitants du village ne s’est déplacé. Donc je rejoins Patrick Yeu et partage son avis : ma question « quelle terre laisserons-nous à nos enfants ? » n’est pas la bonne question. Pour faire court : tout le monde s’en fout. Les Nicolas Hulot sont des épouvantails à oiseaux, solitaires au milieu d’un champ, avec un corbeau posé sur chaque bras. On change leur veste une fois par an pour se donner bonne conscience, mais le monde continue de tourner de plus en plus mal à chaque minute sans que rien de sérieux ne soit fait pour enrayer durablement la spirale. Bien sûr vous aurez noté que si toutes les banques centrales se sont mobilisées, pour injecter 180 milliards de liquidités sur les marchés, il n’a pas été question de contribution française à cette action collective. Mais sur d’autres sujets, quand l’Etat français s’est avéré défaillant, des associations ont pris le relais. Considérant ce que l’on fait chaque année, par exemple, pour trouver des solutions par la recherche face à des maladies génétiques classées comme « rares », et qu’on appelle le téléthon… ne serait-il pas envisageable de faire quelque chose de similaire pour trouver des solutions à une maladie chronique tout ce qu’il y a de plus répandu en Afrique, en Asie du Sud et ailleurs et qu’on appelle malnutrition et pauvreté ?

mardi, 02 septembre 2008

Qui a-t-il de plus beau que de sauver un enfant ?

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Entre les deux photos de Madison, publiées dans le dernier bulletin trimestriel d’Action Contre la Faim, un mois s’est écoulé. L’équipe qui, sur le terrain, s’est occupée de Madison et de sa maman peut être fière de ce qu’elle a accompli, même si la vie de Madison sera encore sûrement un parcours d’obstacles.

La crise alimentaire mondiale a été l’occasion pour une grande réunion de chefs d’Etat à Rome en juin, avec moult promesses dont beaucoup, malheureusement, aussitôt oubliées. Si notre président a trop promis, alors que les caisses de l’Etat sont désespérément vides, nous pouvons tous nous engager un tout petit peu, et faire une énorme différence.

Permettez-moi de vous rappelez que lorsque vous faites un don de 100 euros vous bénéficiez d’une déduction fiscale égale à 75% du montant du don, et donc que vous ne dépensez vraiment que 25 euros. Un tout petit sacrifice qui peut permettre à une équipe ACF au Libéria, en Côte d’Ivoire, au Népal ou au Guatemala de sauver un autre enfant. Faites un don!

mercredi, 14 février 2007

Un village qui vit de sa forêt

de Patrice Paah, au Cameroun

C'est un plaisir renouvelé de vous savoir à l'autre bout du net.

Ancien fonctionaire du Ministère de l'Agriculture j'ai démissionné après 9 ans de service à cause du manque de visibilité dans la fonction publique dans les activités supposées être menées. Je suis dans mon village depuis 1997. J'ai d'abord créé une ONG dirigée par mon épouse ensuite j'ai créé une coopérative agro forestière qui gère une superficie de 18 ha de forêt.

Je suis devenu consultant en foresterie car je suis né dans la forêt et je la connait par coeur pour avoir réalisé toute les activites forestières traditionnelles de notre village. J'anime le processus de la mise en place de la Forêt Modele de Dja et Mpomo (FOMOD).

Je suis aussi le point focal de l'Alliance Globale de la Foresterie Communautaire en Afrique.

Mon challenge présentement c'est de développer la foresterie communautaire dans ma zone afin de trouver les sources de financement direct pour améliorer l'agriculture, l'apiculture et la pisciculture et transformer un certain nombre des produits sur place afin d'améliorer leur valeur. C'est mon approche pour contribuer à la réduction de la pauvreté dans mon village. Grâce à vos soutiens multiformes, je serai tres ravi si autour de vous quelqu'un peut s'intéresser à mon combat en s'associant à la mise en oeuvre des forêts communautaires en respectant la règlementation en vigueur au Cameroun.

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La question du bloggeur: Quelles sont tes attentes, Patrice? Comment peut-on t'aider?

lundi, 22 janvier 2007

Réponse à La Colombe Blanche

MESSAGE RECU DE L'ONG LA COLOMBE BLANCHE L'ESPOIR D'UNE VIE

Nous sommes en Afrique de l'Ouest ABIDJAN, nous voudrions voir une photo d'un broyeur pour le manioc et savoir le prix approximatif de celui ci c'est pour un campement à BENOITKRO près de Gagnoa. Nous sommes une ONG LA COLOMBE BLANCHE L'ESPOIR D'UNE VIE et nous voulons offrir un broyeur.

Merci de votre réponse et bravo pour tout ce que vous avez pu faire et bravo pour cette femme de 67 ans qui en paraît bien moins.............Le travail conserve..........n'est ce pas ?

A très bientôt nous l'espérons

Nos salutations distinguées
Ecrit par : françoise | dimanche, 21 janvier 2007

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Photos prises près d'Ibadan, au Nigéria. De haut en bas: zone de pelage, zone de broyage, le broyeur, zone de pré-cuisson de la farine de manioc (gari).
Je fais une demande de renseignements auprès de mes collègues qui travaillent sur le manioc (Cirad, CIAT, IITA) et vous recontacte. Merci de me donner votre adresse email.

Bien cordialement.

lundi, 15 janvier 2007

Recherche au Sud : L’offre et la demande

par Patrick Yeu

Il ne s'agit pas, en l'occurrence, d'avoir des idées, mais de retrouver certaines choses qui fondent les échanges. La science et la recherche représentent effectivement une offre. Et une offre bien en peine car en face, il n'existe pas de demande. Ou du moins, une expression pertinente de la demande. Et ce n'est pas sans raisons. La réalité des besoins est tellement complexe que toutes formulations globales des situations locales - lutte contre la pauvreté, par exemple - relèvent d'une simplification tellement réduite aux seuls effets qu'elle prend vite une forme incantatoire tant elle exprime le problématique et non la solution.

La question, me semble-t-il, est celle de parvenir à faire exprimer une demande locale dans des termes locaux avant même de tenter de la rendre compréhensible au plan opérationnel. Cette première phase constitue la toute première étape technique de la "solidarité". Du moins, si on ne veut pas en rester à l'expression de bons sentiments.

Avant même d'envisager l'intervention des moyens, il paraît "naturel" et surtout cohérent sur le plan professionnel, de parvenir à faire exprimer au moins des attentes afin de pouvoir déboucher sur des demandes correspondant à la satisfaction des besoins locaux en termes de valorisation des hommes et des femmes à travers leurs savoirs et savoir-faire, d'une part, et de création de "place" pour chacun et pour tous dans les communautés, enfants et adolescents compris.

La première chose que l'on constate quand on travaille dans le domaine des transferts de technologies au niveau inter-Etats, c'est que l'élite locale, formée le plus souvent sur des bases occidentales, se trouvent aussi désarmée que les fournisseurs occidentaux pour établir des demandes et, surtout, des cahiers des charges pertinents.

La première demande de ces pays, le plus souvent implicite malheureusement, porte justement sur l'aide à une expression cohérente de la demande. Partir du fait que celle-ce existe est donc une erreur trop communément commise.

Que faire ?

C'est là où, effectivement, les nouvelles technoloqies et, en particulier, l'Internet en tant que média, a son rôle à jouer à mes yeux. A la fois par la publicité qu'il est capable d'apporter - à condition de s'en donner les moyens à commencer par les expertises - aux initiatives personnelles locales; la capacité qu'il a, de ce fait, de faire passer ce qui constitue au départ des résolutions en véritables engagements publics au niveau international non seulement des initiateurs mais de tous ceux qui, à partir d'une initiative seront aptes à lui apporter leur savoir-faire afin de déboucher, dans un premier temps, à la construction d'un projet cohérent qui, dès lors, devient porteur des solutions nécessaires, dans un deuxième temps, à la réalisation de son objet ce qui dépasse très largement la seule mise en oeuvre technique.

C'est dire combien les approches ne peuvent être que transverses en termes de compétences. La science a toute sa place, mais elle ne peut rien à elle seule. Elle doit faire partie d'une action plus large dont relève toutes les activités d'échanges fondées sur des résultats qui ne seraient s'arrêter au niveau de transactions à caractère simplement contractuel. Ceci ne veut surtout pas dire qu'il faille rejeter les compétences développées dans le domaine commercial dans les parties amont de ce type de transactions. C'est dire qu'il faut les "détourner" pour les intégrer dans des démarches non plus à court terme mais à moyen long terme s'exprimant, en outre, en termes qualitatifs.

La solidarité est un terme généreux et, en même temps, terriblement ambigu dans la mesure où, par nature, celle-ci est d'abord et avant tout, l'expression culturelle d'une certaine représentation du monde qui n'est pas celle de ceux qui en sont l'objet. Il y a, sur ce sujet, tout un travail réalisé en particulier par Francisco Varela, dans le domaine des sciences cognitives et qui porte effectivement sur un "création" de la connaissance fondée non plus sur des représentations préexistantes du monde, mais sur leur émergence en fonction des conditions contextuelles.

Je travaille actuellement sur la création d'un "Centre des enfants du monde pour le développement" dont une des activités serait une plate-forme d'animation et de suivi de projets locaux. Ce projet est né d'expérience menée au Sénégal dans le cadre d'une coopération entre ce pays et le Canada.

En résumé, plus que de spécialités - condition indispensable mais largement insuffisante - tout cela est affaire d'hommes, de femmes et même d'enfants et donc d'engagement, tant il s'agit, d'abord et avant tout, d'avenir et de futur pour des communautés et leurs membres.

Je vous redonne me coordonnées mail si vous vouliez en savoir plus sur ce projet. pyeu@the-incubator.com

Bravo pour votre démarche, ce blog et votre optimisme !

Remercier Le Monde en ligne et sa newsletter "Check-list" sans laquelle je n'aurais découvert votre existence.



Le problème des commentaires sur midiblogs, c’est qu’il faut être curieux pour les voir : ils n’apparaissent que si l’on clique sur le mot commentaires en bas de la note. Quand le commentaire est au moins aussi intéressant sinon plus que la note elle-même, c’est bien dommage qu’il ne soit pas lu. C’est la raison pour laquelle j’ai décider de publier le commentaire de Patrick Yeu sous forme de notes. Avec mes premiers commentaires ci-dessous.

Il est vrai de dire que les solutions sont à l’échelle locale, d’où la difficulté pour une recherche qui ne veut pas « se perdre » à cette échelle, mais produire des biens publics internationaux, pour ne pas dire mondiaux. Mais la recherche commence à utiliser sérieusement les outils de la modélisation et de l’information géographique pour permettre aux expérimentations locales d’avoir un impact sur des zones plus vastes. Dans cet esprit, des chercheurs du CIAT et d’organismes partenaires ont développé et testé un outil appelé « Homolog » qui permet de savoir où on a des chances de pouvoir répéter une « solution » agricole qui fonctionne dans un endroit particulier. C’est juste un exemple. Je suis sûr qu’il en existe bien d’autres.

Je partage totalement les idées de Patrick Yeu sur la difficulté à faire émerger la demande. C’est évidemment une étape-clé pour la recherche (et une preuve d’un besoin absolu de pluridisciplinarité), et je verse les questions qu’il soulève à la réflexion du petit groupe d’acteurs francophones recherche-développement que j’anime (utilisant Internet)