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vendredi, 19 décembre 2008

les chercheurs qui ne savent plus faire pousser les plantes

Quand une biologiste moléculaire mexicaine vous demande pourquoi son pied de maïs a des feuilles jaunissantes, il y a de quoi s’inquiéter sur sa formation. Combien de modélisateurs d’aujourd’hui (dont la population grandit très vite) ont vraiment étudié, par exemple, dans les livres et autres publications de physiologie les phénomènes physiologiques qui sont à l’origine des croissances qu’ils modélisent ? Est-ce que les formations de base sont encore de qualité et les connaissances acquises ? La course à la publication cristallisée par notre système d’évaluation de la recherche est peut-être porteuse de grands risques. Le chercheur se jette-t-il trop vite sur le pointu le plus rapidement publiable dans une revue de qualité au détriment d’un approfondissement-perte-de-temps ? Le fait qu’une chercheuse en biologie moléculaire des plantes ne sache plus faire pousser une plante en pot dans une serre n’est-il pas le révélateur d’un déficit qualitatif et/ou quantitatif dans le tronc commun généraliste par lequel tout biologiste devrait être passé ? Finalement, on mange des plantes et des animaux, pas seulement des gènes. Et j’entends tous mes collègues, sur tous les continents, se plaindre qu’on ne forme plus de ces gens qui passaient leurs journées dans les parcelles, dans les champs, à regarder les plantes issues du croisement entre la variété commerciale et une autre plante plus résistante à la sécheresse ou à une maladie, pour choisir les parents de la prochaine génération. L’amélioration des plantes, il y a cinquante ans, se pratiquait sur le terrain. Aujourd’hui beaucoup veulent croire qu’elle se pratique beaucoup/surtout dans les laboratoires, et du coup les formations « traditionnelles » ou même mixtes sont en voie de disparation. C’est plutôt inquiétant pour nos assiettes.

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