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vendredi, 26 septembre 2008

Prix du riz et recherches à risque

Décembre 2007, le riz Thai se vend à 362 dollars la tonne sur le marché international. Fin avril 2008, il est à 1000 dollars. La récolte de juin fait tomber les prix, mais en juillet ils sont encore à deux fois le prix de décembre dernier. Deux-tiers des pauvres de la planète dépendent du riz pour leur alimentation. Et plus ils sont pauvres, plus le poids de cette alimentation dans leur budget devient lourd. Certains consacrent jusqu’à 40% de leurs revenus à l’achat du riz. Quand le prix de celui-ci augmente, ils sont obligés d’en acheter moins. Et donc de manger moins.

Mes petits camarades économistes pourront dire ce qu’ils veulent sur le rôle des marchés et de la spéculation, le fait est que le monde consomme plus de riz qu’il n’en produit, et cela ne date pas d’hier. Les stocks qui existaient en 2000 ont rétréci comme peau de chagrin. La cause profonde est que si les rendements augmentaient de près de 3% par an pendant l’époque dite de la révolution verte (les décennies 70-80), ils augmentent aujourd’hui de moins de 1% par an, ce qui ne suffit plus à compenser l’augmentation de la demande.

Même si je ne suis pas économiste je peux comprendre que la seule façon de faire baisser les prix, c’est d’augmenter l’offre. Cela ne peut pas se faire en augmentant les surfaces cultivées. Il faut donc créer les conditions nécessaires pour une augmentation des productions sur les surfaces déjà en culture. Le prix de l’engrais azoté est passé d’un indice 100 en 2000 à un indice 800 aujourd’hui, poussé par l’augmentation (bien plus faible) du prix du pétrole. On ne peut pas espérer que les agriculteurs continueront d’appliquer les mêmes doses d’engrais qu’autrefois sans répercussion négative sur les prix. Alors il faut créer de nouvelles variétés plus productives, mais peut-on encore le faire ? La sélection variétale traditionnelle montre aussi ses limites. La question aujourd’hui est de savoir si la recherche peut répéter ce que les agriculteurs du monde ont réussi à faire, sans la science, il y a quelque 10.000 ans : créer des plantes totalement nouvelles, produisant considérablement plus que leurs parents, un peu comme le mélange compliqué de trois espèces de blés sauvages avait conduit au blé aujourd’hui cultivé, ou comme l’épi du maïs sauvage – qui existe toujours et qui ne contient que 5 à 6 grains – avait donné naissance, par la sélection empirique d’un tout petit nombre de variations par les agriculteurs indiens, à un épi à 200 ou 300 grains. Bien sûr on pense que la recherche dispose aujourd’hui d’infiniment plus de technologies, dans sa boite à outils, que n’en possédaient les paysans de Mésopotamie ou les indiens d’Amérique. Et bien sûr certains ne manqueront pas de parler d’abord d’OGM. Je crois que la dite boite à outils contient infiniment plus qu’un seul marteau. Par contre, il est plus que temps de se demander si la recherche aujourd’hui investit assez dans des voies nouvelles à risque : les chercheurs préfèrent « assurer » (ils ont besoin de publier pour avancer) en continuant de faire ce qu’ils savent faire depuis longtemps plutôt que de se lancer dans des projets complètement innovants. Il est pourtant temps de leur permettre et même de les encourager à prendre des risques.

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