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lundi, 22 septembre 2008
OGM encore : quand les grands chercheurs parlent de ce qu’ils ne connaissent pas
Les 15 et 16 septembre derniers, l’Institut de France (précisons : la Fondation Institut de France-Aventis) et l’Académie des Sciences organisaient un colloque sur les OGM qui était à l’évidence un colloque pro-OGM, un seul son de cloche y étant entendu, pour faire court : les OGM ne sont pas seulement nécessaires et utiles, ils sont indispensables si on veut résoudre le problème de la faim.
Si « tout ce qui est excessif est insignifiant », je crois surtout que les pros (tout autant que les antis) discréditent sérieusement leur cause chaque fois qu’ils font preuve d’aussi peu de rigueur scientifique. Les OGM ne sont qu’une technologie. On doit en utiliser le meilleur, quand et seulement quand on n’a rien de mieux à se mettre sous la main.
Quand Marc van Montagu, éminent scientifique belge, interviewé par Le Figaro, dit par exemple : « La dernière trouvaille des anti-OGM, c'est de dire que les plantes transgéniques favorisent une forme de société dont ils ne veulent pas. Or selon moi, il faut absolument développer l'agriculture des pays en voie de développement pour faire face à la surpopulation et aux différences criantes de niveau de vie avec les pays riches - et pour ce faire, il faut le meilleur de la science, c'est-à-dire les OGM. Il n'est pas question de proposer à ces pays-là l'agriculture que nous pratiquions il y a cent ans ! »… il montre un manque de rigueur bien peu scientifique – outre sa totale méconnaissance des agricultures du Sud – tant il est évident que des gens qui n’arrivent pas à produire une tonne de grains à l’hectare ont besoin de bien d’autres choses que d’une nouvelle variété (OGM ou pas) pour espérer s’en sortir mieux.
Cet épisode, encore une fois, montre l’importance d’une recherche publique indépendante. Nous avons besoin, nous les consommateurs, nos politiques, nos décideurs, d’avis d’experts, indiscutables. Trop de chercheurs du secteur public ont pieds et mains liés dans des alliances juteuses avec le secteur privé. Ils sont disqualifiés pour l’expertise. Les instituts de recherche doivent jouer leur rôle, en finançant des recherches indépendantes de tout accord avec le privé. Et les chercheurs désignés pour ces travaux d’expertise dont nos décideurs ont besoin doivent clairement être des personnes sans aucun contrat avec le privé (déclarant sur l’honneur l’absence de tout conflit d’intérêt). Je ne dis pas que ce n’est pas le cas aujourd’hui dans les instituts de recherche. Cela ne l’est évidemment pas dans la presse qui fait choux gras des déclarations de tous ces chercheurs qui copinent, soit avec le privé, soit avec les ONG anti-OGM, parce qu’ils alimentent une polémique qui n’a pas vraiment raison d’être, sauf à faire vivre un nombre non négligeable de gens.
14:07 Publié dans Actualités, Coup de coeur/Coup de griffe, Politique, Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : OGM, agriculture, recherche, crise alimentaire


Commentaires
"sauf à faire vivre un nombre non négligeable de gens", c'est bien ça le drame parce que ce sont ceux qui sont les près (proches ?) des cordons de la bourse...
Trouver un terrain d'études ne suffit pas. Il faut trouver la logique économique qui va avec, celle qui permette et qui puisse garantir la liberté et l'indépendance nécessaires à la prise en compte des problèmes et des solutions spécifiques aux situations étudiées.
Ça n'est pas impossible. Reste à le faire ce qui n'est pas évident (cf. supra le premier paragraphe)
Ecrit par : Patrick Yeu | jeudi, 25 septembre 2008
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