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mercredi, 10 septembre 2008

Crise alimentaire : produire plus avec moins – section moins de pesticides

Le ministre de l’agriculture et de la pêche a présenté au conseil des ministres de ce jour son plan ECOPHYTO2018 pour une réduction de moitié des pesticides dans l’agriculture française. Déjà on se rassure, 2018 c’est pas demain. Comme ça, on a tous le temps de se préparer à voir arriver des fruits et légumes tachetés sur les étals des supermarchés. Mon voisin agriculteur qui avait voulu expérimenter le « raisonné » il y a 4 ou 5 ans de cela avait du jeter toute sa production d’abricots que personne ne voulait lui acheter. Maintenant cela va changer, parce que vous et moi allons devoir être moins regardant. Franchement, deux ou trois petites taches noires sur l’abricot cela ne change rien au gout. J’ai essayé. Mais quand vous allez acheter vos fruits aujourd’hui je parie que vous reposez dans sa cagette celui qui a la moindre tache. Pas vrai ? Il va pourtant falloir choisir. Les fruits absolument parfaits, ça n’est possible qu’avec un usage excessif de pesticides, et il faut arrêter ça.

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Question: vous achetez ça ou vous la remettez dans la cagette?


Petit problème de gens bien nourris. Imaginez les traitements phytosanitaires au cœur de l’Afrique, pour des produits agricoles qui s’exportent vers nos marchés et que nous voulons toujours sans tache. Là-bas bien peu se soucient de l’environnement ou de la santé de ceux qui épandent ces produits dans les champs et cela se fait presque partout n’importe comment, seul le résultat comptant. Les règles ECOPHYTO ne s’appliqueront pas hors de France. Ou on fait quelque chose pour qu’elles s’appliquent aussi ?

Commentaires

Finalement, je me pose la question de savoir si, au bout du compte, tout cela n'est pas une affaire de confiance. Non plus dans les choses, mais dans les gens. Cet été, j'ai mangé des légumes du "jardin" (comprenez le petit lopin de terre) cultivé par mon épouse en retraite dans notre maison dans l'arrière-pays niçois. Tomates, concombres, pommes de terre ne risquaient pas de gagner un concours de beauté. Mais connaissant la productrice, aucune hésitation à franchir le cap du peu ragoûtant de la forme de certaines tomates et de la saleté repoussante des pommes de terre. Parce que, une fois préparés, quelle goût ! De celui que l'on tend à perdre (surtout pour ce qui concerne les tomates. Pour certains fruits, comme les pêches, par exemple, j'ai perdu, à tout jamais me semble-t-il, celui de mes "madeleines" de Proust.

Ce que je veux dire c'est qu'il existe non seulement une logique industrielle, qui fonctionne sur l'investissement et donc la nécessité du retour sur investissement qui privilégie le court terme, mais aussi une esthétique industrielle ou l'apparence finit par l'emporter sur la nature de ce qui est proposé. Ceci, évidemment, au détriment de tout le reste, d'où la défiance et la perte de confiance.

La réponse au défi qui nous est lancé n'est pas simplement quantitative. A vous lire, j'ai le sentiment que nous sommes confrontés non pas à une mais à plusieurs questions qu'il est important de dissocier si on ne veut pas déplacer et donc amplifier le problème actuel.

La première concerne l'agriculture de proximité - celle de confiance -, sa production, la création de surplus et leur commercialisation. Qu'au moins dans les campagnes, les gens et leurs proches, puissent vivre de leur travail sans être contraints de passer par l'intermédiaire de l'argent pour assumer leurs besoins quotidiens en matière alimentaire.

La seconde concerne l'alimentation des professions non agricoles. Cela concerne les agglomérations et les métropoles. Là se pose la question du juste prix et donc... de celui de la distribution. La question n'est pas de remettre en cause l'utilité des maillons concernés, mais de l'usage qu'ils font du retour sur investissements qui en vient à l'emporter sur la nature du service rendu et donc à ruiner la confiance. En final, la course au pas cher aboutit au fait que ce que l'on obtient ne vaut plus grand chose non plus.

Ce qui veut dire, bonne nouvelle, que la situation ne peut être que transitoire tant elle finit par créer une demande - solvable - pour sortir du schéma pervers. Le succès du "bio", chez nous, me semble aller dans ce sens même si, déjà, on commence à voir poindre les premiers risques d'une dérive industrialo-industrielle.

La question que je me pose est donc de savoir si grâce à la capacité potentielle des nouvelles technologies de mettre en contact direct des gens entre eux - en l'occurrence le producteur et le consommateur -, on va parvenir à rétablir les liens de confiance dans les produits achetés permettant ainsi de travailler de façon qualitative et adaptée aux ressources (le sol en étant une et ce qui le rend fertile d'autres. D'ailleurs ne doit-on pas, dorénavant, cultiver tout autant sinon plus, le sol que la plante ?)

Bon, c'est un peu, beaucoup en vrac (comme moi, ce dimanche matin), mais j'espère que vous voyez l'esprit du propos que j'essaie de tenir (je vous rassure, je n'ai rien bu !).

Je résume : Les problèmes actuels tiennent pour beaucoup au fait que la demande à laquelle est confrontée l'agriculture correspond moins à celle du consommateur qu'aux besoins et aux problèmes de l'offre (à caractère industrielle ce qui par le jeu du retour sur investissement, la conduit à être perverse) de la distribution, en général, et de la grande distribution, en particulier. Si j'ai bien compris ce que vous décrivez et expliquez dans votre blog, j'en déduis que c'est là une des causes majeures de la crise alimentaire mondiale (je ne parle pas des effets) et qu'il faudrait peut-être commencé par là, non ? L'eau, vitale, concerne la gestion de l'outil de production que constitue la terre. Tout aussi importante, ne relève pas forcément des mêmes questions. Doit-on travailler à nourrir les gens ou la grande distribution ?

Ecrit par : Patrick Yeu | dimanche, 14 septembre 2008

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