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mardi, 02 septembre 2008
Humeur : Le discours et la méthode, ou pourquoi la recherche n’a toujours pas bonne presse dans l’opinion
Lundi soir je prenais une bière sur une terrasse de Montpellier avec quatre jeunes ingénieurs travaillant tous dans le domaine de l’eau. Tout naturellement, je leur ai demandé s’ils assistaient au Congrès Mondial de l’Eau et ce qu’ils en pensaient. Ils m’ont tous répondu, comme une seule voix, que non, qu’ils auraient bien aimé y assister, mais qu’un ticket d’entrée à 500 euros (coût de l’inscription au congrès) était totalement dissuasif pour ces jeunes professionnels comme pour leurs employeurs. « C’est un congrès élitiste » a conclu l’un d’eux. Peut-être. Ce qui est sûr, c’est qu’il est vraiment regrettable que de jeunes professionnels locaux ne puissent pas bénéficier de l’organisation d’un tel congrès chez eux.
Il se trouve que ces quatre jeunes sont également les forces vives de la délégation de Montpellier de l’association Action Contre la Faim. Nous avons discuté des activités des prochains mois pour l’association sur Montpellier. Et il a été question d’une contribution à la quinzaine de la solidarité internationale, avec notamment la possibilité de monter une conférence-débat, sans doute avec d’autres associations, sur le thème des émeutes de la faim et de la sécurité alimentaire. J’ai naïvement demandé si ACF-Montpellier était au courant de la conférence-débat du Cirad organisée après-demain (4 septembre) à Agropolis International sur ce même thème. Ils m’ont tous répondu, comme une seule voix, que non.
La recherche, ses dirigeants comme ses chercheurs, parlent beaucoup et de plus en plus d’impliquer tous les acteurs dans ce qu’ils font et notamment dans leurs prises de décision. Secteur privé, société civile, utilisateurs de la recherche sont – dans les discours – invités à contribuer. Dans les faits et comme par hasard la même semaine, pour deux événements différents, j’observe que l’action a bien du mal à suivre le discours. Est-ce si difficile à mettre en œuvre ? Y a-t-il vraiment volonté d’ouverture ?

devise Shadok, hommage à Jacques Rouxel
16:59 Publié dans Actualités, Coup de coeur/Coup de griffe, Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : recherche, société civile, participation


Commentaires
La question que vous soulevez ici est transverse aux sujets que vous traitez dans ce blog. Une vraie question de fond. Une vraie rupture qui affecte donc notre capacité à penser le monde et son avenir.
En attendant, j'ai de plus en plus l'impression que trop de connaissances tue non pas la connaissance, mais les savoirs. A commencer par les savoir-vivre et donc les savoir-faire (dans cet ordre).
Comment retrouver une niveau de logique qui permette à nouveau de penser de façon cohérente les situations auxquelles nous sommes confrontées ? Telle devrait être le thème d'une réflexion volontairement transdisciplinaire au plan scientifique et transculturelle aux plans humain et social cette fois.
Ainsi quand dans un de mes précédents commentaires, je disais qu'il fallait investir sur la demande et non plus sur l'offre, je ne voulais pas dire qu'il fallait négliger l'offre, mais faire ce que vous dites : partir des ressources (et donc des savoir-vivre) et des besoins locaux en respectant y compris au plan technique, les modes de pensée, afin d'en faire une demande structurante pour l'offre. En clair, à une approche centrée sur l'offre par nature spéculative dès lors qu'elle est pensée dans une logique industrielle, il faut en revenir à une approche centrée sur la demande, c'est-à-dire, une fois encore sur les ressources et les besoins locaux. Sur le réel !
En est-on capable ? est-on capable de penser à grande échelle autrement qu'en suivant une logique industrielle ? N'est-ce pas là que se situe le fondement même de la révolution numérique ?
Pas évident d'accéder à ce paradigme-là parce que, fondamentalement, ce qu'il met en jeu ne relève pas des raisons que la raison connaît mais bien de ces raisons qu'elle ignore. Avec acharnement ! Reste donc à trouver la parade.
En fait, il semble que ceux qui s'opposent le plus au changement, en final, ce sont ceux-là même qui prônent l'innovation pour l'innovation. Une façon de mieux reculer sans cesse pour ne pas "sauter" (dans tous les sens du terme !).
Souhaitons-nous bonne chance et bon courage
Ecrit par : Patrick Yeu | mercredi, 03 septembre 2008
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