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lundi, 01 septembre 2008

Moins d'eau demain, mais toujours du maïs?

XIIIème Congrès Mondial de l’Eau oblige, je vais poursuivre une discussion démarrée avec la note précédente. Demain il faudra que les agricultures du monde produisent plus, beaucoup plus, avec moins d’eau. Il y a toute une diversité d’approches à combiner pour cela, dont certaines seront discutées mercredi au Corum de Montpellier, dans une session spéciale eau-agriculture sponsorisée par Agropolis Fondation.

Produire plus avec moins d’eau, cela peut être possible en gérant mieux la consommation de l’eau. Tout le monde sait – ou imagine – que les canaux d’irrigation vieux de 40 ans fuient de partout, ou que les systèmes d’irrigation par aspersion utilisent beaucoup plus d’eau que ce que la culture a vraiment besoin. Le goutte à goutte semble un optimum que peu d’agriculteurs peuvent se payer, si ce n’est sur des cultures qui se vendent particulièrement bien. A côté de cela il existe une diversité de pratiques culturales qui permettent d’utiliser moins d’eau par ce qu’elle l’utilise mieux. Certaines sont liées à la couverture permanente du sol, qui évite des pertes par évaporation. D’autres sont liées à la gestion « de la topographie »: on connaît les rizières en terrasses. On connaît moins les micro-terrasses et/ou micro-barrages qui permettent à une plante d’utiliser presque toute l’eau qui tombe sur la surface « en amont » de la plante (les anglophones parlent de « water harvesting » ou « récolte de l’eau »).

Ma spécialité n’est pas dans l’agronomie mais dans la génétique. Et vous savez, si vous lisez ces lignes depuis un moment, combien je m’irrite contre ces politiques de recherche qui ont consisté, depuis 50 ans, à vouloir, dans une première étape, produire des plantes idéales – à forte production – pour un nombre très limité de cultures, et à les faire adopter partout et par tous, quel qu’en soit le coût en terme de modification de l’environnement puis, dans une deuxième étape, utiliser exactement les mêmes plantes pour produire des plantes idéales adaptées aux environnements dans lesquels on veut les faire pousser, même quand la plante de départ était totalement inadaptée. Longue phrase, que je vais essayer de traduire par l’exemple. Un centre de recherche (je simplifie pour faire court) produit des variétés de maïs pour le monde entier, du Mexique au Zimbabwe. La philosophie est celle du qui peut le plus peut le moins : la plante qui produit 6 tonnes dans de bonnes conditions, sur la station expérimentale, produira plus que la variété du paysan africain, même si les conditions y sont infiniment moins favorables. Bien sûr c’est faux. Il lui faut toujours de l’eau et de l’engrais. Comme le paysan africain moyen ne peut s’offrir que l’eau du ciel et n’a pas les moyens d’acheter des engrais à prix d’or, la recherche décide de lui fabriquer (depuis peu) un maïs qui supporte mieux la sécheresse et la faible fertilité de son sol. Et comme c’est très difficile d’y arriver, on dépense des fortunes pour la recherche avec des résultats juste moyens.

Peu importe si 300 ans plus tôt personne ne mangeait de maïs au Zimbabwe mais seulement des céréales africaines, en mélange avec d’autres plantes africaines, légumes et fruits notamment. Toutes plantes qui, pour être africaines, étaient adaptées depuis des millénaires, à des pluviométries erratiques et des sols non fertilisés. Je caricature juste un peu (encore une fois, pour limiter la longueur du discours).

Je ne suis pas en faveur du retour à l’homme des cavernes, mais entre le tout importé et un new deal pour les plantes locales qui se baserait sur des avancées technologiques récentes comme la biologie comparative et la sélection assistée par marqueurs moléculaires, j’aimerais qu’un sain équilibre soit trouvé ce qui est trop loin d’être le cas aujourd’hui.

L’agriculture de demain devra utiliser moins d’eau qu’aujourd’hui. Si aujourd’hui on ne sait déjà pas comment gérer durablement l’eau qui existe, c’est peu dire qu’il va falloir trouver des solutions radicalement nouvelles pour demain. Où sont-elles ? Qui les prépare ? On voit poindre des pistes du côté des agronomes, mais c’est beaucoup moins évident du côté des généticiens… qui continuent de travailler sur le maïs.

Moi je fais le pari que la culture du maïs va diminuer, y compris en France. Parce qu’il faudra y mettre des subventions que plus aucun contribuable n’acceptera de payer.

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