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dimanche, 27 juillet 2008

crise alimentaire: les chercheurs qui "récupèrent"

Quand un problème n’a pas de solution simple parce qu’il résulte de multiples facteurs, comme c’est le cas pour la crise alimentaire, vouloir mettre à tout prix l’accent sur l’un au détriment des autres est une garantie d’échec. Et une prise de responsabilité grave. Un comité interministériel a été créé chez nous, je ne sais comment ni avec qui, pour apporter un éclairage au gouvernement sur la conduite à tenir dans les circonstances présentes. Une conférence annoncé pour le 4 septembre prochain au Cirad suggère que ce comité ayant fait « la démonstration » que la crise est la résultante de marchés tordus, de contraintes aux échanges et autres subventions, barrières douanières et j’en passe, ceux qui mettent aujourd’hui l’accent sur les problèmes de production agricole – comme moi - sont totalement à côté de la plaque. Il n’y a pas de problème de production, mais seulement un problème d’accès ! Les présidents brésiliens et argentins ne disaient pas autre chose au récent sommet de la FAO à Rome. Ils étaient sans l’avouer, comme tous ceux qui ont beaucoup à vendre, américains … et français dans le même club, plutôt soucieux d’écouler leurs productions nationales plutôt que de voir l’Afrique devenir autosuffisante. Que nos chercheurs en sciences économiques et sociales jouent ce jeu-là, où qu’ils défendent leur chapelle ce qui revient au même, a de quoi perturber l’honnête homme. Je pensais naïvement que nous avions au contraire devant nous un problème qui demandait une grande coopération entre toutes les disciplines, sciences économiques et sociales et sciences agronomiques au sens le plus large, entre recherche et développement, entre organismes du Nord et du Sud, etc. L’impression est plutôt d’une volonté de mainmise sur un sujet par un club monodisciplinaire, faisant fi de toutes les données qui contredisent leur thèse.

Il est « démontré » disent-ils, que l’on n’est pas devant un problème de production. Pourtant, là où l’agriculture a été intensifiée, les rendements stagnent, voire diminuent. Là où on aimerait voir un certain degré d’intensification – chez les agricultures traditionnelles du Sud – les progrès sont trop lents. Résultat : les stocks mondiaux de riz ne cessent de diminuer depuis 2000. Les échanges, les marchés, les spéculations aggravent le problème, c’est évident. Mais il est au moins tout aussi évident que la sélection variétale, l’amélioration des plantes, ne poussent plus les rendements de 3 à 4% par an comme dans les années 1970-80. Pour le riz on en est maintenant à moins de 1% de progrès annuel. Loin derrière l’accroissement des populations qui s’alimentent en riz. La génétique coince un peu (encourageant certains à penser que les OGM sont la seule solution) et les ressources naturelles étant mal gérées - eaux et sols s’épuisent - on ne peut même pas envisager « de continuer comme avant ». Que l’on ait un GROS problème de production devant nous est une évidence. Nous savons tous que les populations du Sud vont encore croitre de 2 à 3 milliards dans les 30 ans qui viennent, et si les échanges peuvent être considérablement améliorés il faudra quand même arriver à doubler les productions agricoles. Et pour le généticien que je suis… je ne sais vraiment pas comment on va pouvoir y arriver !

Et donc quand j’entends mes collègues clamer qu’il ne faut pas se tromper de priorité et que les productions agricoles n’en sont pas une, je m’attriste. Dieu merci, tous les autres centres mondiaux de recherche agricole internationale ne font pas la même erreur. Mais cette attitude, si elle se confirme, risque de nous marginaliser encore un peu plus sur la scène internationale.

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