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vendredi, 13 juin 2008
Crise alimentaire et recherche : l’obligation d’intégration
Un article plus très récent (mais toujours terriblement d’actualité) du New Agriculturist online interroge: est-que la recherche agronomique a vraiment changé ? Est-ce que les nouvelles façons de faire de la recherche pour le développement, tout ce que l’on appelle les recherches participatives, ont rétabli sa pertinence pour le développement rural ? Ou bien est-ce que les taux d’adoption et l’impact des recherches continuent de frustrer les chercheurs comme les bailleurs ? Il y a encore des chercheurs qui sont convaincus que la science peut changer l’histoire.
La recherche agronomique peut avoir l’impact attendu sur la pauvreté et les crises alimentaires, mais à condition et seulement si elle est intégrée dans une connaissance, une compréhension, une prise en compte plus large des systèmes de ressources naturelles (des écosystèmes), des communautés qui dépendent d’eux, et des politiques qui gouvernent leur gestion.
Un chercheur de l’ICRISAT (Institut international focalisé sur les zones semi-arides) résume très bien l’évolution : « dans le passé, on ne nous demandait pas d’avoir un impact. On nous demandait de développer de nouvelles technologies, des inventions, qui pouvaient diminuer les contraintes de production. C’est seulement depuis une dizaine d’années qu’on nous a demandé de regarder l’ensemble de la ferme, l’ensemble du système agraire, le niveau de vie des agriculteurs et les opportunités pour accroître les revenus. Et finalement à tout ce qui bloquaient les agriculteurs pour avancer. »
Autrefois il fallait seulement produire plus. Ce que l’on exige aujourd’hui de la recherche est infiniment plus complexe.

La nouvelle recherche doit intégrer des savoirs d’origines diverses: Il ne suffit plus en effet de produire de beaux et bons savoirs, il faut s’assurer qu’ils s’intègrent dans la réalité des circonstances d’un agriculteur, d’un village, d’une région.
Les agriculteurs eux-mêmes savent, mieux que quiconque, combien les choses DOIVENT changer. Ils ont, tout autant que les chercheurs, une vue partielle sur ce qui PEUT changer. La rencontre des savoirs est encore très largement à systématiser.
« Si on regarde les succès du passé, ils sont peu nombreux et assez anciens. Et une bonne partie du problème vient de ce qu’on ne s’attaque pas vraiment à l’ensemble des difficultés auxquelles les agriculteurs doivent faire face. Les agriculteurs et leurs familles vivent dans un monde difficile et doivent répondre à des problèmes complexes, et si on essaie de les aider à trouver des solutions à leurs problèmes, on ne peut le faire sans prendre en compte toute une série de dimensions en plus de celles pour lesquelles on a une expertise spécifique en tant que chercheur. Le travail utile et pertinent ne peut être qu’un travail d’équipe où se retrouvent des compétences pluridisciplinaires et alors, seulement alors, on a une chance d’accoucher d’une solution qui non seulement est une solution qui marche, mais qui est aussi une solution acceptée par les agriculteurs. » (d'après Dyno Keatinge, aujourd’hui directeur général de l’AVDRC, centre international travaillant sur les espèces potagères et basé à Taiwan)
La vraie question aujourd’hui me semble la question d’échelle. Pratiquer l’intégration à tous les niveaux, cela se fait déjà, (a) beaucoup dans les discours, (b) trop peu dans la pratique et (c) quand cela se fait, c'est à toute petite échelle, c'est-à-dire dans des villages pilotes. On sait travailler avec quelques dizaines, voire quelques centaines de familles rurales*. Mais on sait aussi que cette naissante efficacité doit impérativement passer du cent au cent million. Et il n’y a pas une recette universelle disponible pour réussir cet énorme changement d’échelle.
Dans un tel contexte, et face à un tel défi, les discussions actuelles sur la réorganisation des structures de recherche, comme celles qui concernent actuellement le système des centres internationaux de recherche agricoles, me semblent assez dérisoires. Au fond, on parle des structures surtout pour trouver le moyen de mieux les pérenniser, assez peu pour les rendre plus performantes sur le fond : les nouvelles structures seront-elles plus pertinentes, plus à l’écoute, auront-elle plus d’impact ? Certainement pas si cet objectif de pertinence n’est pas ce qui domine la réflexion.
A-t-on encore besoin d’un centre international qui travaille presque exclusivement sur l’amélioration génétique du maïs, du blé ou du riz ? Ne devrait-on pas plutôt créer de nouvelles structures intégratives pour répondre aux besoins d’une région ou sous-région particulière ?
Comment met-on les discours en pratique, à une échelle significative, sans d’abord mettre en place l’organisation que cela requiert ?
* l’exception à la règle, la seule que je connaisse du moins, est « le réseau haricot » en Afrique de l’est. Encore n’est-il qu’un exemple d’intégration entre acteurs à grande échelle, et pas encore un exemple d’intégration à l’intérieur d’un système ou d’un petit nombre de systèmes agraires. Les agriculteurs satisfaits des résultats de ce programme n’ont pas manqué d’interpeler les chercheurs pour qu’ils ouvrent leur programme notamment à d’autres cultures que le haricot, qu’ils ont en mélange sur leurs fermes.
11:13 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise alimentaire, agriculture, faim, développement, aide internationale, recherche

