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mardi, 10 juin 2008

Crise alimentaire mondiale: pas une crise!

Racine profonde. Dans les pays du Nord, selon les statistiques de la Banque Mondiale, les deux-tiers des jeunes vont jusqu’à un niveau d’études supérieures (ce qui ne veut pas dire qu’ils complètent tous ce cycle). En Amérique latine la proportion est de 29%, en Asie de 20% et en Afrique sub-saharienne d’à peine 5%, Afrique du Sud incluse. Première racine profonde à la crise actuelle : un sous-investissement chronique dans l’éducation.

Traduction dans la recherche. Je me faisais le relais, dans une note précédente, d’une information donnée par le directeur du GCRAI, selon laquelle aucun sélectionneur, en Indonésie, a moins de 50 ans. Aujourd’hui je vois sur le site du réseau SciDev.Net que le ministre de la recherche de Zambie considère qu’il faudra peut-être relever l’âge de la retraite de ses scientifiques à 70 ans au moins. Faute de formation de jeunes et faute de crédits dans la recherche qui reçoit moins de 1% du budget de l’Etat. Ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres de ce que les gouvernements et leurs politiques nationales pèsent et continueront de peser lourd dans la crise en cours. Infiniment plus que les biocarburants, utilisés un peu vite comme alibi par tous ceux qui ne veulent pas qu’on pointe trop le doigt dans leur direction.

Utilisons le terme exact. La crise alimentaire est-elle une crise? François Bayrou, ex-ministre de l’éducation et aujourd’hui président d’un parti virtuel, nous rappelait gentiment hier qu’on ne devrait pas parler de crise du pétrole parce que contrairement aux crises précédentes, il ne va pas cette fois y avoir de baisse importante et durable du prix du baril. C’est une tendance, une évolution, pas une crise puisque c’est là pour rester, pour durer. La même chose s’applique au déficit alimentaire. Même si de bonnes récoltes cette année permettraient de diminuer l’intensité du phénomène, la tendance au déséquilibre entre offre et demande est là pour rester, pour durer. Les problèmes alimentaires d’aujourd’hui ne vont pas disparaître et ils ne devraient donc pas être appelés crise mais plutôt phénomène, déséquilibre, etc.

La crise alimentaire demande plus qu'une réunion de trois jours sans suite ou quelques vagues promesses non tenues. Elle demande une politique à tous les niveaux, national, régional, mondial. On ne s'occupe - à peine - que de l'urgence, comme si ce n'était qu'une... crise (entendez: passagère).