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vendredi, 06 juin 2008
Crise alimentaire, dit papa, ça se traduit comment en Amérique ?
Par : $$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$$ !
Patrick Yeu m’envoie un lien avec un article du New York Times qui vaut son pesant de cacahouètes (de Georgie). Fin du sommet de Rome sur la crise alimentaire. Qu’est-ce que les américains en ont compris ? Qu’il faut investir massivement dans l’agriculture américaine et tout l’agrobusiness américain. « Allez-y, ils ont besoin de nourriture, on va en produire beaucoup plus, avec plus d’eau, plus d’engrais et de pesticides, des machines encore plus performantes, etc. La demande ne va pas diminuer, les prix non plus, c’est le moment d’acheter. »
Critiquer les américains, on sait faire. Est-ce qu’on pense différemment chez nous ? Qui ose dire, chez nous, qu’il faut supprimer les subventions agricoles européennes ? Zéro. Bové préfère taper sur des OGM insignifiants que de s’attaquer à cette vraie question.
Au fait, personne ne m’a encore dit si tous les agriculteurs céréaliers français qui recevaient des centaines de milliers d’euros de subventions en 2006 les reçoivent toujours en 2008 quand les prix sur le marché ont doublé ?
Je ne suis pas souvent d’accord avec lui, mais cette fois j’approuve. Selon Jean Ziegler (Le Monde de ce jour) , pour qui le sommet de Rome est « un échec total », il y a trois choses urgentes à faire. « Tout d'abord, l'interdiction totale de brûler de la nourriture [entendez : du maïs] pour en faire des biocarburants. Ensuite, retirer de la Bourse la fixation des prix des aliments de base, et instaurer un système où le pays producteur négocie directement avec le pays consommateur pour exclure le gain spéculatif. Troisièmement, que les institutions de Bretton Woods, notamment le Fonds monétaire international, donnent la priorité absolue dans les pays les plus pauvres aux investissements dans l'agriculture vivrière, familiale et de subsistance. »
C'est tellement évident qu'ils ne risquaient pas de se mettre d'accord là-dessus les cravatés du sommet de Rome!
16:35 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : crise alimentaire, agriculture, faim, développement, aide internationale
Commentaires
Je me replonge dans les écrits de Watzlawick. Psychologue, psychothérapeute, psy-chanalyste et sociologue, il a été un des membres fondateur de l'Ecole de Palo-Alto. On lui doit une série d'ouvrages sur les troubles liés au changement et leur traitement ainsi que sur la communication dont je me rends compte qu'ils sont incontournables, aujour-d'hui, pour comprendre - parce que c'est bien de ça dont il s'agit pour commencer - la question soulevée dans ce billet et les précédents (je n'ai pas encore lu les suivants, mais ça devrait être le cas) : comment se fait-il que l'on réponde à la question de la faim dans le monde par plus de pognon. J'utilise ce terme trivial pour bien souligner le caractère gras et grossier de l'intention. Son côté dérisoire aussi. La faim des autres est perçue comme un moyen pour certains de faire plus de "blé" au lieu de permettre à ceux qui en ont besoin d'en produire.
Le problème est bien là et pas ailleurs. Dans nos pays d'abondance apparente, pro-duire plus de biens n'a plus vraiment de sens pour soi. Du coup, on fait même produire ailleurs quand ça rapporte plus.
Dans ces conditions, la lutte contre la misère et la pauvreté ne peut relever que de la déclaration de bonne intention (je mets volontairement au singulier parce que pour être singulier, c'est vraiment singulier jusqu'au bout) qui ne coûte rien ou pas grand chose (voir le résultat du sommet de Rome). C'est affreux à dire, mais il vaut mieux le faire que de continuer à se leurrer : les pays occidentaux et, du coup, les grandes orga-nisations internationales, ne sont pas aptes, et ne le seront pas en l'état, à résoudre au plan pratique les problèmes de la faim dans le monde puisque c'est, en grande partie, leur mode de pensée qui, justement, est à l'origine des crises alimentaires locales...
Régler la crise de la faim demander de régler auparavant ce qui amène le système occidental à produire une richesse de plus en plus insensée pour le plus petit nombre au détriment d'un nombre de plus en plus grand et de façon, là aussi, de plus en plus insen-sée. Si on ne commence pas par là, alors plus on fera et pire la situation sera. Selon l'Ecole de Palo-Alto et Watzlawick, on en est arrivé au point où le problème, c'est la so-lution à laquelle on pense systématiquement.
La cause ? Penser que le changement auquel on est confronté relève d'un simple ajustement, d'une mesure d'adaptation. La température extérieure change. Il fait plus froid ? Il suffit de mettre un pull de plus ou d'allumer le chauffage et le tour est joué. Ils ont appelé ces changements de niveau 1. Et donc, il existe aussi des changements de niveau 2. Là la solution ne relève pas de l'adaptation mais de la façon de voir le pro-blème car ce qui est en cause, c'est justement un changement de paradigme, de logique sinon de niveau de logique. Si on vous invite à passer le week-end sur la Lune et que, grâce à votre moteur de recherche préféré, vous découvrez que les nuits y sont parti-culièrement froide, prendre quelques petites laines supplémentaires ne réglera pas le problème. Si vous en restez là, ce n'est pas de froid dont vous allez souffrir... La chan-gement est nettement plus radical et exige des réponses qui correspondant à la nature de ce changement-là. Le temps sur la Lune, est un changement de niveau 2.
Sommes-nous les mieux placés pour résoudre la question de la faim dans le monde ? Honnêtement, je ne le crois pas spontanément pour les raisons culturelles (mais pas seulement) que je viens d'énoncer.
En fait, depuis le début de commentaire, je ne parle pas de la crise de la faim, mais à propos de la crise de la faim. Ce qui n'est pas du tout la même chose.
Et puis, surtout, "… un phénomène demeure incompréhensible tant que le champs de l’observation n’est pas suffisamment large pour qu’y soit inclus le contexte dans lequel ledit phénomène se produit" (Watzlawick et al. "Une logique de la communication" Pa-ris, Seuil Coll. Points/essais, 1972, p.15). L'affaire de l'Arche de Zoé est là pour montrer combien l'avalanche de nouvelles, c-à-d de phénomènes, nous les rend incompréhensi-ble sur le fond.
Un fois encore, seuls les "gens ordinaires", originaires des lieux savent le contexte lo-cal. Si les nouvelles technologies ont un sens, c'est bien celui de servir d'interface entre ces contextes spécifiques et le contexte planétaire. C'est dire que les solutions à la question de la faim demanderont de passer, comme au billard, par la bande plutôt que directement. Reste donc à monter le dispositif d'observation et de décision adéquat.
Ecrit par : Patrick Yeu | dimanche, 08 juin 2008

