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lundi, 02 juin 2008

Science et société (2): image et perception

Reste la perception de la société, qui n’est pas fumée sans feu. Le problème c’est qu’on ne parle que de la fumée et qu’on ignore largement tout le reste. Qu’est-ce que la recherche agronomique ? Qu’est-ce que les biotechnologies ? Si je parle de l’une ou des autres devant des non scientifiques, la question des OGM surgit dans les trois premières minutes de la discussion, alors que ce n’est pas même la face visible d’un iceberg (10%) en terme d’investissements et/ou en terme de voies de recherche prometteuses pour le progrès, en quantité ou qualité, des productions agricoles. Je caricature toujours un peu, mais seulement un peu, et je provoque régulièrement mes auditoires, en affirmant que cette technologie est déjà dépassée et/ou que les OGM de demain auront autant à voir avec ceux qu’on connaît aujourd’hui qu’une fraise des bois a de ressemblance avec un éléphant. Je rappelle aussi qu’aucune technologie n’est nocive en elle-même, seul peut l’être l’usage qu’on en fait. Qui ose encore critiquer aujourd’hui le nucléaire chez nous, au moment où le prix du pétrole bat des records tous les jours et où les alternatives énergétiques en sont encore aux balbutiements (essentiellement faute d’investissements dans la recherche en temps opportun) ? La même technologie a pourtant brûlé vifs les enfants d’Hiroshima.

Posez-vous des questions !
 Un maïs OGM peut polliniser le champ d’à côté. Et alors ? Un maïs non OGM fait la même chose. Pourquoi le premier remettrait-il en question le label bio de mon champ de maïs et pas le second qui va apporter tout un tas de caractéristiques – avantages et défauts – que je ne connais pas ?
 Vous avez des doutes sur la technologie, mais c’est pourtant la même technologie qui produit l’insuline. Connaissez-vous un seul diabétique qui préfèrerait revenir à utiliser de l’insuline de cochon plutôt que l’insuline humaine produite par des OGM?
 Un maïs OGM qui a reçu un gène de bactérie, est-ce la même chose ou est-ce différent d’un maïs OGM qui reçoit un gène de maïs ? Ou : tous les usages de la technologie OGM sont-ils équivalents ?
 Dans 99% des cas les problèmes rencontrés par les plantes cultivées peuvent sans doute être résolus par les voies de la sélection conventionnelle, parce qu’il existe par exemple dans la diversité de ces plantes des plantes résistantes au stress qui fait problème. Mais dans quelques cas, il n’y a pas de solution conventionnelle. Les papayes de Hawaï sont devenues en 1992 susceptibles à un virus qui a complètement décimé cette culture sans qu’on trouve de résistance dans les collections. Les chercheurs du secteur public ont développé une papaye de Hawaï OGM en introduisant une séquence inversée du virus qui empêche la synthèse de la protéine virale et la maladie. Américains et canadiens consomment de la papaye OGM depuis 9 ans. Les japonais refusent comme nous les OGM et paient exactement dix fois plus cher pour manger une papaye de qualité gustative très inférieure à la variété de Hawaï. La papaye est la deuxième production agricole de Hawaï après l’ananas et une source de revenu très importante pour les petits agriculteurs. Fallait-il laisser la culture et ces agriculteurs disparaître ? Ou passer à ne plus manger que des papayes de 2ème qualité, avant qu’elles ne soient à leur tour décimées par la maladie ?
 On produit, conventionnellement, de nouvelles variétés en croisant les variétés existantes par d’autres plantes de la même espèce ou d’espèces voisines qui apportent des caractéristiques complémentaires. Comme dans tout croisement ou hybridation, les enfants ne ressemblent pas aux parents et pour que le produit soit d’une qualité équivalente ou supérieure à celle de la variété de départ de multiples recroisements, de multiples générations seront nécessaires. Le processus est donc très long ; il faut de 10 à 20 ans en fonction de l’espèce (voire plus pour les espèces arboricoles) pour sortir une nouvelle variété sur le marché. La technologie OGM permet d’introduire une nouvelle caractéristique dans une variété existante sans perturber les qualités de celle-ci et d’obtenir, en une seule génération, une nouvelle variété améliorée. Faut-il se priver de cet avantage, qui permet aux sélectionneurs d’être très réactif en réponse, par exemple, à l’émergence d’une nouvelle maladie, ou doit-on laisser les variétés disparaître les unes après les autres ?
 Il existe des contraintes à l’agriculture que la sélection conventionnelle n’a pas réussi à surmonter de façon satisfaisante. Si la technologie OGM permet aux agriculteurs du Sahel, par exemple, d’avoir des variété qui tolèrent mieux une période de sécheresse que les variétés traditionnelles, tout en ayant conservé les caractéristiques qualitatives de celles-ci, peut-on dire aux chercheurs qu’ils ne doivent pas essayer de produire de tels OGM ?

Je pourrais continuer la liste de ce genre de questions sur plusieurs pages. Le point important ici est qu’on vous vend du noir ou du blanc quand rien n’est tout noir ou tout blanc. Je n’aime pas plus que vous l’idée d’un monopole de quelques grandes sociétés semencières sur le marché des variétés, qui nous condamne à terme à manger tous la même chose, la même variété de salade, la même variété de pomme de terre (vous savez qu’il en existe plusieurs milliers ?) ou la même variété de haricot. Est-ce que pour autant on doit enterrer une technologie qui a la capacité à trouver des réponses à des questions, des problèmes jusqu’ici sans réponse ? Imaginez qu’on interdise le nucléaire en France demain parce que cela ne plait plus à José Bové !

Cela ne veut pas dire que tout le monde doit être libre de produire des OGM dans son garage, comme aux Etats-Unis, ni qu’on doit produire des OGM pour tout. Mais quand il n’y a pas d’autre solution possible – et à minima dans ce cas – pourquoi s’en priver ?

Maintenant, qui, actuellement parle des OGM de cette manière, avec ce type de discours ? Et quels médias s’en font le relais ? Autrement dit la perception que vous pouvez avoir de la science et des scientifiques dépend de l’image qu’on vous en donne. Et sur cette question, les responsabilités sont largement partagées, par les institutions de recherche, les chercheurs eux-mêmes, et par la presse non spécialisée qui se fait, en priorité, le relais du sensationnel ou de la polémique (contribuant à alimenter cette dernière).

Et puis, finalement, pourquoi doit-on encore parler de ces maudits OGM, près d’un quart de siècle après la production de la première plante OGM (1984)?

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