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dimanche, 01 juin 2008

Science et société (1): une perte de confiance non justifiée

Il n’y a plus de surprise. A chaque fois que je me trouve invité à parler de recherche devant des non scientifiques, arrive toujours le moment de la question sur les OGM :
- Pensez-vous que les OGM puissent être une partie de la solution ?
ou :
- Et vous, ces OGM, vous en pensez quoi ?
Etc. L’intéressant, c’est que très régulièrement, si je ne suis pas en présence de convertis inconditionnels, la discussion se termine par des remerciements pour « toutes ces choses dont on n’avait jamais entendu parler » et/ou l’observation « qu’après cette discussion, on se sent plus intelligent », ce qui ne fait que traduire un besoin jusqu’alors non satisfait de pouvoir se faire une opinion personnelle « éclairée ». Les seules choses qu’on entend ou voit à profusion sur les petits écrans sont les opinions et les exactions des extrémistes anti-OGM – beaucoup - et les revendications des industriels semenciers – un tout petit peu. Rien entre les deux ou si peu que cela passe totalement inaperçu.

Nous sommes un pays qui a perdu confiance dans la recherche et ses scientifiques. Bien sûr les opinions varient considérablement selon qu’il s’agit de la recherche médicale, des mathématiques, de l’aéronautique… ou des biotechnologies appliquées à l’agriculture et l’alimentation. Mais globalement, on observe une relation science-société qui est très différente de ce qu’elle est aux Etats-Unis ou dans la majorité des autres grandes puissances scientifiques. La France est au 6ème rang mondial en nombre de chercheurs. On s’enfonce dans bien des classements, mais pas dans celui-là. Nos recherches sont relativement bien financées quoi qu’on dise, et la production scientifique est de bonne qualité, même si la dispersion institutionnelle ne joue pas en faveur de notre classement dans les indices mondiaux comme l’indice de Shanghai, donc de sa visibilité. Bref, la France pourrait être fière de ce qu’elle a et reconnaître plus largement la qualité de sa recherche et de ses chercheurs. Pourtant l’homme de la rue a le plus souvent une piètre opinion du chercheur, hypertrophiant notamment sa responsabilité dans une série d’accidents ou d’incidents divers qui sont le plus souvent totalement hors de son contrôle. Médias, activistes de tous bords contribuent à l’amalgame et la confusion où se mélangent vache folle, transmission du SIDA par transfusion sanguine, nouvelles allergies, mal bouffe et j’en passe beaucoup volontairement la liste étant sans importance. Les scientifiques contribuent à cette confusion par leur silence assourdissant. Tous les mécanismes de surveillance sur la qualité des aliments, la qualité des soins, la qualité des services sont pourtant parvenus à des niveaux jamais atteints auparavant et le résultat le plus spectaculaire est une espérance de vie en croissance constante. Derrière tout cela il y a la recherche, mais on l’oublie pour ne se focaliser que sur les dérapages. Il se passe, au niveau de l’alimentation, ce qui s’est passé auparavant pour la santé. Si un vaccin évite à des millions de personne de contracter une maladie, on trouvera toujours des extrémistes pour focaliser toute leur attention et celle de tous de tous ceux qui veulent bien les écouter, sur le seul individu – ou le tout petit nombre d’individus - qui a fait une réaction négative au vaccin. L’important, et le seul fait important, la seule donnée qui compte, c’est qu’on a sauvé des millions de personnes d’une mort prématurée dans l’exemple du vaccin ou qu’on a donné accès à une alimentation infiniment plus sûre qu’elle ne l’était 50 ans auparavant dans le cas de la recherche agronomique et agro-alimentaire. On ne vit pas plus vieux aujourd’hui par accident. Et pas non plus du seul fait des progrès de la médecine (à suivre).

Quelques données (2005):
- nombre de chercheurs en France: 226000
- public ou privé? En France, 50% des chercheurs sont dans le privé et 50% dans le public. Aux Etats-Unis la proportion est 3/4-1/4
- des femmes: un chercheur français sur quatre est une femme. Ne me demandez pas combien occupent des postes de responsabilité, plus on monte dans les hiérarchies et plus cette part est faible.
- en nombre absolu de chercheurs la France est 6ème très loin derrière les Etats-Unis, qui comptent 1,4 million de chercheurs, et très loin derrière la Chine qui en compte près d'un million. Un nombre de chercheurs pour 1000 actifs, Finlande et Suède passent devant. La France est toujours 6ème, derrière le Japon, les Etats-Unis et l'Australie

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