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jeudi, 15 mai 2008

Crise alimentaire mondiale: des gènes pour produire plus?

Selon, l'institut international de recherche sur le riz (IRRI), basé aux Philippines, la première priorité face à la crise alimentaire est de transformer les résultats de la recherche en améliorations réelles sur le terrain, c'est à dire à la ferme. L'écart observé, entre le potentiel d'une variété tel qu'observé sur la station expérimentale de l'institut, et ce que l'agriculteur moyen produit est énorme, et se doit largement à ce que cet agriculteur n'a pas accès à l'information et/ou aux technologies, pratiques agricoles qui permettent à la variété d'exprimer pleinement son potentiel. Le résultat , c'est qu'une variété qui peut produire 5 tonnes n'en donne qu'une ou deux chez l'agriculteur. Et la crise alimentaire actuelle, liée aux stocks insuffisants et à la spéculation, n'est pas prête à reculer, à moins d'une augmentation très forte des productions, ce que personne n'envisage à court terme.

Mais même si les gouvernements investissent, ce qu'ils ont commencé à faire - un peu tard - il faudra faire plus demain pour faire face à l'accroissement de la demande. Et les experts s'accordent pour dire que "faire comme avant" ne suffira pas. Autrement dit, améliorer les rendements potentiels, chaque année, d'environ 1%, par une amélioration variétale traditionnelle, ne permettra pas d'équilibrer offre et demande. Il faudra faire plus. Donc innover, prendre des risques, et surtout investir davantage dans la recherche.

Publié la semaine passée dans Nature Genetics et relayé par SciDev.Net, un article présente les résultats d'une recherche menée en Chine sur un gène qui modifie notablement le nombre de grains sur l'épi, entre autres caractères. D'une manière plus générale, et en faisant un petit retour sur l'histoire de l'agriculture et de la domestication des plantes cultivées, de très nombreuses espèces ont été "apprivoisées" par l'agriculteur qui a retenu, sélectionné dans ses champs les plantes, les épis portant le plus grand nombre de grains bien formés. Mais il est illusoire de penser que cette progression de la production s'est faite de manière linéaire, progressive. les rendements qui augmentent régulièrement, de 3% par an, c'est de l'histoire récente. Celle de la génétique et des sélectionneurs de ma génération. Entre le maïs sauvage, le téosinte et ses 6-7 grains par épi et le maïs des indiens du Mexique qui en contenait déjà plusieurs centaines, il n'y a pas eu des épis à 10, puis à 20, puis à 40 grains. Il y a eu un saut, une rupture. On est passé directement de quelques grains à beaucoup. Il n'est pas déraisonnable de penser que de telles ruptures sont encore possibles, sur un certain nombre de plantes alimentaires, même si cet avis est contesté. L'exemple de la recherche sur le riz cité plus haut tendrait plutôt à confirmer la possibilité. Il montre, au moins, que certaines équipes de recherche y croient et qu'elles sont soutenues dans leurs efforts.

Il est à espérer que les ambitions seront permises chez nous aussi. L'ordinaire ne suffit plus. Ce que le gouvernement doit soutenir, en priorité, n'est pas "ce qu'on peut faire" mais "ce qu'on pourrait faire d'extraordinaire". Et nos chercheurs ne manquent pas d'idées.

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