vendredi, 05 septembre 2008

La Chine investit 3,5 milliards dans les OGM

Bové a du souci à se faire. La revue Science annonce aujourd'hui que la Chine lancera une grande initiative de recherche sur les OGM à la fin du mois, investissant la bagatelle de 3,5 milliards de dollars dans l'opération. Cela représente, si je ne me trompe pas, quelque 30% de plus que le budget TOTAL de la recherche en France! La Chine justifie cet investissement massif sur la base d'un constat - qui s'applique à la majorité des pays du monde: les sols sont dégradés et l'eau se fait rare, quand la population augmente, donc on va tout droit à une catastrophe alimentaire majeure si on ne prend pas des mesures drastiques (constat évident mais pourtant contesté par des chercheurs du Cirad hier dans leur conférence sur la crise alimentaire*). Pour les chinois, on peut bien sûr prendre des mesures agronomiques pour faire face aux contraintes mais il faut aussi des "super plantes" et les voies traditionnelles de la sélection ne suffisent plus.

Il n'y a pas de miracle. On est bon, c'est à dire performant, efficace, là où on investit. Les chinois ont déjà mis au point il y a plus d'un an une technologie OGM qui permet l'excision du gène ajouté une fois qu'il a fait son travail et avant que le produit n'arrive dans l'assiette ou risque de "contaminer" l'environnement. En bref, l'OGM apparemment sans risque. Nul doute que leur nouvel investissement va révolutionner l'agriculture, chez eux et partout ailleurs où ils interviennent.



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* J'y ai même entendu que la dégradation des sols en Afrique est un mythe, quand bien même on y pratique l'agriculture depuis la nuit des temps sans engrais ! Tous les centres de recherche africains, dans les enquêtes sur les contraintes à l'agriculture réalisées par les centres de recherche internationaux d'une part, le forum africain pour la recheche agricole (FARA) d'autre part, placent pourtant la fertilité des sols et la sécheresse en tête de liste. L'évaluation des priorités par la Fondation Bill Gates a également conduit à la même conclusion.

jeudi, 04 septembre 2008

La phrase du jour

« Jamais une ville en Afrique n’a eu à souffrir de pénurie alimentaire »

C’est ce que j’ai entendu – mot pour mot – cet après-midi dans la conférence du jour sur la crise alimentaire.

Tout va très très bien en Afrique. Rideau.

Bill, Bob, Jacques*, vous nous racontez des histoires!

Amis africains vous en pensez quoi ?

Je ferme mon blog ?


(* Gates, Zoellick, et Diouf respectivement et respectueusement)

mardi, 02 septembre 2008

Humeur : Le discours et la méthode, ou pourquoi la recherche n’a toujours pas bonne presse dans l’opinion

Lundi soir je prenais une bière sur une terrasse de Montpellier avec quatre jeunes ingénieurs travaillant tous dans le domaine de l’eau. Tout naturellement, je leur ai demandé s’ils assistaient au Congrès Mondial de l’Eau et ce qu’ils en pensaient. Ils m’ont tous répondu, comme une seule voix, que non, qu’ils auraient bien aimé y assister, mais qu’un ticket d’entrée à 500 euros (coût de l’inscription au congrès) était totalement dissuasif pour ces jeunes professionnels comme pour leurs employeurs. « C’est un congrès élitiste » a conclu l’un d’eux. Peut-être. Ce qui est sûr, c’est qu’il est vraiment regrettable que de jeunes professionnels locaux ne puissent pas bénéficier de l’organisation d’un tel congrès chez eux.

Il se trouve que ces quatre jeunes sont également les forces vives de la délégation de Montpellier de l’association Action Contre la Faim. Nous avons discuté des activités des prochains mois pour l’association sur Montpellier. Et il a été question d’une contribution à la quinzaine de la solidarité internationale, avec notamment la possibilité de monter une conférence-débat, sans doute avec d’autres associations, sur le thème des émeutes de la faim et de la sécurité alimentaire. J’ai naïvement demandé si ACF-Montpellier était au courant de la conférence-débat du Cirad organisée après-demain (4 septembre) à Agropolis International sur ce même thème. Ils m’ont tous répondu, comme une seule voix, que non.

La recherche, ses dirigeants comme ses chercheurs, parlent beaucoup et de plus en plus d’impliquer tous les acteurs dans ce qu’ils font et notamment dans leurs prises de décision. Secteur privé, société civile, utilisateurs de la recherche sont – dans les discours – invités à contribuer. Dans les faits et comme par hasard la même semaine, pour deux événements différents, j’observe que l’action a bien du mal à suivre le discours. Est-ce si difficile à mettre en œuvre ? Y a-t-il vraiment volonté d’ouverture ?

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devise Shadok, hommage à Jacques Rouxel

Qui a-t-il de plus beau que de sauver un enfant ?

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Entre les deux photos de Madison, publiées dans le dernier bulletin trimestriel d’Action Contre la Faim, un mois s’est écoulé. L’équipe qui, sur le terrain, s’est occupée de Madison et de sa maman peut être fière de ce qu’elle a accompli, même si la vie de Madison sera encore sûrement un parcours d’obstacles.

La crise alimentaire mondiale a été l’occasion pour une grande réunion de chefs d’Etat à Rome en juin, avec moult promesses dont beaucoup, malheureusement, aussitôt oubliées. Si notre président a trop promis, alors que les caisses de l’Etat sont désespérément vides, nous pouvons tous nous engager un tout petit peu, et faire une énorme différence.

Permettez-moi de vous rappelez que lorsque vous faites un don de 100 euros vous bénéficiez d’une déduction fiscale égale à 75% du montant du don, et donc que vous ne dépensez vraiment que 25 euros. Un tout petit sacrifice qui peut permettre à une équipe ACF au Libéria, en Côte d’Ivoire, au Népal ou au Guatemala de sauver un autre enfant. Faites un don!

lundi, 01 septembre 2008

Moins d'eau demain, mais toujours du maïs?

XIIIème Congrès Mondial de l’Eau oblige, je vais poursuivre une discussion démarrée avec la note précédente. Demain il faudra que les agricultures du monde produisent plus, beaucoup plus, avec moins d’eau. Il y a toute une diversité d’approches à combiner pour cela, dont certaines seront discutées mercredi au Corum de Montpellier, dans une session spéciale eau-agriculture sponsorisée par Agropolis Fondation.

Produire plus avec moins d’eau, cela peut être possible en gérant mieux la consommation de l’eau. Tout le monde sait – ou imagine – que les canaux d’irrigation vieux de 40 ans fuient de partout, ou que les systèmes d’irrigation par aspersion utilisent beaucoup plus d’eau que ce que la culture a vraiment besoin. Le goutte à goutte semble un optimum que peu d’agriculteurs peuvent se payer, si ce n’est sur des cultures qui se vendent particulièrement bien. A côté de cela il existe une diversité de pratiques culturales qui permettent d’utiliser moins d’eau par ce qu’elle l’utilise mieux. Certaines sont liées à la couverture permanente du sol, qui évite des pertes par évaporation. D’autres sont liées à la gestion « de la topographie »: on connaît les rizières en terrasses. On connaît moins les micro-terrasses et/ou micro-barrages qui permettent à une plante d’utiliser presque toute l’eau qui tombe sur la surface « en amont » de la plante (les anglophones parlent de « water harvesting » ou « récolte de l’eau »).

Ma spécialité n’est pas dans l’agronomie mais dans la génétique. Et vous savez, si vous lisez ces lignes depuis un moment, combien je m’irrite contre ces politiques de recherche qui ont consisté, depuis 50 ans, à vouloir, dans une première étape, produire des plantes idéales – à forte production – pour un nombre très limité de cultures, et à les faire adopter partout et par tous, quel qu’en soit le coût en terme de modification de l’environnement puis, dans une deuxième étape, utiliser exactement les mêmes plantes pour produire des plantes idéales adaptées aux environnements dans lesquels on veut les faire pousser, même quand la plante de départ était totalement inadaptée. Longue phrase, que je vais essayer de traduire par l’exemple. Un centre de recherche (je simplifie pour faire court) produit des variétés de maïs pour le monde entier, du Mexique au Zimbabwe. La philosophie est celle du qui peut le plus peut le moins : la plante qui produit 6 tonnes dans de bonnes conditions, sur la station expérimentale, produira plus que la variété du paysan africain, même si les conditions y sont infiniment moins favorables. Bien sûr c’est faux. Il lui faut toujours de l’eau et de l’engrais. Comme le paysan africain moyen ne peut s’offrir que l’eau du ciel et n’a pas les moyens d’acheter des engrais à prix d’or, la recherche décide de lui fabriquer (depuis peu) un maïs qui supporte mieux la sécheresse et la faible fertilité de son sol. Et comme c’est très difficile d’y arriver, on dépense des fortunes pour la recherche avec des résultats juste moyens.

Peu importe si 300 ans plus tôt personne ne mangeait de maïs au Zimbabwe mais seulement des céréales africaines, en mélange avec d’autres plantes africaines, légumes et fruits notamment. Toutes plantes qui, pour être africaines, étaient adaptées depuis des millénaires, à des pluviométries erratiques et des sols non fertilisés. Je caricature juste un peu (encore une fois, pour limiter la longueur du discours).

Je ne suis pas en faveur du retour à l’homme des cavernes, mais entre le tout importé et un new deal pour les plantes locales qui se baserait sur des avancées technologiques récentes comme la biologie comparative et la sélection assistée par marqueurs moléculaires, j’aimerais qu’un sain équilibre soit trouvé ce qui est trop loin d’être le cas aujourd’hui.

L’agriculture de demain devra utiliser moins d’eau qu’aujourd’hui. Si aujourd’hui on ne sait déjà pas comment gérer durablement l’eau qui existe, c’est peu dire qu’il va falloir trouver des solutions radicalement nouvelles pour demain. Où sont-elles ? Qui les prépare ? On voit poindre des pistes du côté des agronomes, mais c’est beaucoup moins évident du côté des généticiens… qui continuent de travailler sur le maïs.

Moi je fais le pari que la culture du maïs va diminuer, y compris en France. Parce qu’il faudra y mettre des subventions que plus aucun contribuable n’acceptera de payer.