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dimanche, 04 mai 2008

Réussite agricole en Afrique de l'Est

La crise alimentaire est là. Mais les agriculteurs du Sud ne se croisent pas les bras. En Afrique, les progrès sont évidents. Un exemple.

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A gauche, sur la photo, vous voyez Esther Mudomo, et si vous voulez être tout à fait correct en s’adressant à elle, vous l’appelez Mama Esther Mudomo. Et derrière elle, à droite, vous voyez sa dernière acquisition. Sa première vache, baptisée « Recherche ». Je vais vous expliquer pourquoi.

Les haricots sont originaires d’Amérique. On les trouve, à l’état sauvage, du Mexique à l’Amazonie. Pas étonnant que le Centre International d’Agriculture Tropicale, installé en Colombie, au cœur de cette diversité, ait été choisi pour rassembler et étudier toutes les formes de haricots. Sa « banque de gènes » contient environ 30.000 variétés différentes de haricots. Vous visitez l’endroit. On vous ouvre une armoire et devant vous des milliers de petits flacons remplis de haricots de toutes les couleurs et toutes les tailles.

Comme toutes les plantes alimentaires, les haricots ont voyagé avec les hommes. Et aujourd’hui, ceux qui mangent le plus de haricots habitent en Afrique de l’est, comme Mama Esther Mudomo. Vous mangez entre 4 et 6 kilos de haricots par an, en moyenne. Au Ruanda ou dans l'ouest du Kenya, on en mange entre 30 et 40 kgs. Certains disent que le haricot, très riche en protéines, c’est un peu la viande du pauvre.

Comme toutes les plantes cultivées, surtout sous les tropiques, le haricot a ses ennemis, aussi divers et variés que les haricots le sont eux-mêmes. Alors les chercheurs essaient de trouver des variétés qui résistent à tous ces parasites. Et en même temps ils cherchent des variétés qui produisent plus, et des variétés de meilleure qualité nutritive. Le problème, c’est que le plus souvent, ces nouvelles variétés n’arrivent pas dans les villages comme celui de Mama Esther Mudomo. En 2000, une analyse a montré que dans tous les pays d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe où la culture du haricot est importante (17 pays), les instituts de recherche ont produit de nouvelles variétés à partir de collections reçues du CIAT. Oui, mais voilà , seulement 5% des surfaces cultivées en haricot étaient plantées avec ces variétés, faute de semences disponibles dans tous les villages. Une grande Fondation (Gatsby, Grande-Bretagne) a décidé de financer un grand projet pour aider les agriculteurs africains à accéder à ces nouvelles variétés. L’objectif était d’atteindre 2 millions de familles en 5 ans. Fin 2007, un an avant la fin du projet, 6,5 millions de familles cultivaient les nouvelles variétés de haricot*. Mama Esther Mudomo a fait partie des premières agricultrices qui ont eu accès à quelques semences, multipliées par l’institut de recherche national. Elle a eu la chance de travailler avec un chercheur du CIAT, Robin Buruchara, pathologiste-sélectionneur, qui l’a aidé à choisir sa nouvelle variété parmi un grand nombre de plantes résistantes au pourrissement des racines dont souffraient les haricots de Mama Esther Mudomo jusqu’alors. Cette « recherche participative » a permis la sélection d’une nouvelle variété très résistante, que Mama Esther Mudomo a commencé à cultiver chez elle, puis à donner à ses voisines. Le succès a été tel qu’elle a ensuite commencé à vendre des graines aux villages voisins. Et avec l’argent gagné, elle a acheté sa première vache. Et elle l’a appelée « recherche », « parce que, explique-t-elle, c’est la recherche qui m’a permis d’obtenir l’argent pour l’acheter. »

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* Le réseau pour l’amélioration du haricot africain (PABRA, acronyme anglais) a réuni plus de 250 instituts de recherche, ONG, associations d’agriculteurs et autres depuis 2003, pour sélectionner de manière participative (chercheurs et agriculteurs travaillant ensemble sur le terrain) de nouvelles variétés et produire les semences nécessaires.