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jeudi, 29 mai 2008
CAMPUS Montpellier Université Sud de France
Gagné! Ce qui était encore impensable il y a quelques mois, tant les responsables universitaires locaux semblaient peu préparés à s'entendre, c'est réalisé. Plus possible de faire marche arrière aujourd'hui, après l'annonce du gouvernement qui fait de Montpellier Université l'un des six centres universitaires d'excellence français retenus dans la première vague.
On se réjouit aussi, dans la communauté "agronomique" (au sens large) du rôle joué dans cette construction par le pôle agro rassemblé autour d'Agropolis International, pôle dont l'excellence internationale a déjà été reconnue par la labellisation de sa Fondation-RTRA (réseau thématique de recherche avancée) début 2007. Un décret daté du 22 mai dernier officialise son nom: elle s'appelle désormais "Agropolis Fondation".
Le défi est maintenant devant nous. Réussir la rénovation de l'université montpelliéraine est un élément de ce futur. Réussir son intégration et l'émergence de grands projets fédérateurs, interdisciplinaires, qui contribueront à augmenter sa visibilité et sa reconnaissance internationale en est un autre.
Période bien excitante pour les scientifiques de Montpellier et tous ceux qui les soutiennent, notamment à La Région. Quel dommage que notre premier quotidien régional n'ait pas été capable ce matin d'en faire un gros titre en première page!
11:46 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : recherche
mercredi, 21 mai 2008
Crise alimentaire mondiale: actions urgentes
Face à la crise alimentaire mondiale, qui se concrétise tous les jours un peu plus, par les nouvelles alarmantes que retransmettent les médias – notamment sur la famine dans la corne de l’Afrique – et par les prix qui grimpent partout y compris chez nous, il y des mesures d’urgence à prendre et des investissements à faire sur le moyen et long terme.
1. Il faut d’abord apporter des aides d’urgence et une assistance aux gens qui ont faim aujourd’hui. Parce qu’ils ont faim bien sûr d’abord et que la faim est inacceptable. Mais aussi parce qu’ils risquent très rapidement de remettre en cause la légitimité des pouvoirs politiques et d’engendrer plus de désordres, voire de guerres civiles dans des régions qui n’en manquent pas ;
2. Il faut éliminer les barrières ou les restrictions aux exportations
3. Il faut mettre en place des programmes de production pouvant avoir des impacts importants à court terme dans des zones clés ;
4. Il faut changer les politiques existantes sur les bioénergies
Ensuite dans une deuxième étape qui devrait suivre très vite :
5. Il faut calmer les marchés en prenant des mesures qui régulent la spéculation, qui mettent en commun les stocks publics de grains, qui renforcent le financement des importations et facilitent l’aide alimentaire
6. Il faut investir dans la protection sociale
7. Il faut augmenter les investissements pour une croissance agricole durable ;
8. Il faut conclure les négociations du cycle de Doha et de l’organisation mondiale du commerce
Source : note de Von Braun et al. (mai 2008) de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI)
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lundi, 19 mai 2008
Crise alimentaire : le drame au quotidien
(traduit du Blog de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, l’IFPRI)
Domitila Revilla Romero, 56 ans, vit dans un bidonville à la périphérie de Lima et lave du linge une bonne partie de sa journée pour faire vivre ses trois enfants, son neveu et sa belle-fille, qui tous ont des sources de revenus de plus en plus incertaines et précaires. Mais avec l’augmentation des prix des denrées premières, Madame Revilla ne trouve pas seulement plus difficile de joindre les deux bouts, il lui arrive de ne pas pouvoir du tout mettre de la nourriture sur la table. C’est un drame dont elle témoigne en pleurant.
En un seul mois, en mars dernier, le prix de l’huile qu’elle achète pour la cuisson a augmenté de 75%, de l’équivalent de 92 centimes d’euro à un euro 61 centimes, pendant que le prix du riz augmentait de plus de 50%, de 41 à 65 centimes. Pour quelqu’un qui reçoit à peine un euro et 16 centimes pour dix linges lavés et qui dépense déjà une partie disproportionnée de ses revenus dans l’alimentation, ces augmentations de prix signifient seulement qu’elle et les siens se coucheront la faim au ventre de plus en plus souvent.
09:05 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise alimentaire, agriculture, faim, développement, aide internationale
vendredi, 16 mai 2008
Revue de presse hebdomadaire sur la crise alimentaire :
La bataille contre la faim des camerounais (Le Monde du 15.05)
Face à la valse des prix des denrées alimentaires, les camerounais n’ont d’autre choix que de travailler plus s’ils le peuvent, mais surtout de se serrer la ceinture et manger moins. La note positive est que le gouvernement annonce des mesures pour aider l’agriculture. En espérant que l’aide internationale ne vienne pas… les aider à reconsidérer ces promesses.
Jeffrey Sachs prône une aide massive pour relancer l’agriculture africaine (Le Monde du 15.05) Economiste du développement et directeur de L’Institut de la terre, J. Sachs lance l’idée d’un fonds mondial pour l’agriculture africaine. Pas de solution miracle innovante : il faut de l’argent, simplement, pour que les africains remettent un peu de fertilité dans leurs terres dégradées et accèdent à l’irrigation là où c’est possible, comme les asiatiques il y a 30 ou 40 ans. Il souligne, comme je l’ai fait ici plus tôt, que l’aide alimentaire constitue sans aucun doute « le système le plus nuisible pour le développement. », accusant au passage le président américain de se soucier davantage de satisfaire les exportations de ses céréaliers subventionnés plutôt que d’aider au développement de l’Afrique. Preuve que son « utopie » n’en est pas une, après la sécheresse de 2005, et rompant avec les préceptes des bailleurs de fonds, Banque mondiale en tête, poussant l'Etat à supprimer les subventions, notamment pour les engrais, le président du Malawi Bingu Wa Mutharika lançait un programme de 60 millions de dollars mettant à disposition des agriculteurs des sacs d'engrais à bas prix. Trois ans plus tard, les rendements ont triplé et le Malawi exporte des céréales dans la région.
L’ONU ne sait plus où donner de l’aide (Le Figaro du 15.05) L’article rapporte le pillage des rares livraisons du Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU en Birmanie et revient sur la critique faite à l’aide, qui déstabilise les marchés locaux et rend les Etats dépendant, ce que conteste le directeur du programme à Genève, Daly Belgasmi. Question de fond : les pays riches se fatiguent de compenser les déficiences de gouvernements du Sud sans contrepartie, mais peut-on prendre la décision de laisser mourir des millions de personnes si ces gouvernements ne prennent aucune des mesures attendues ?
10:36 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise alimentaire, agriculture, faim, développement, aide internationale
jeudi, 15 mai 2008
Crise alimentaire mondiale: des gènes pour produire plus?
Selon, l'institut international de recherche sur le riz (IRRI), basé aux Philippines, la première priorité face à la crise alimentaire est de transformer les résultats de la recherche en améliorations réelles sur le terrain, c'est à dire à la ferme. L'écart observé, entre le potentiel d'une variété tel qu'observé sur la station expérimentale de l'institut, et ce que l'agriculteur moyen produit est énorme, et se doit largement à ce que cet agriculteur n'a pas accès à l'information et/ou aux technologies, pratiques agricoles qui permettent à la variété d'exprimer pleinement son potentiel. Le résultat , c'est qu'une variété qui peut produire 5 tonnes n'en donne qu'une ou deux chez l'agriculteur. Et la crise alimentaire actuelle, liée aux stocks insuffisants et à la spéculation, n'est pas prête à reculer, à moins d'une augmentation très forte des productions, ce que personne n'envisage à court terme.
Mais même si les gouvernements investissent, ce qu'ils ont commencé à faire - un peu tard - il faudra faire plus demain pour faire face à l'accroissement de la demande. Et les experts s'accordent pour dire que "faire comme avant" ne suffira pas. Autrement dit, améliorer les rendements potentiels, chaque année, d'environ 1%, par une amélioration variétale traditionnelle, ne permettra pas d'équilibrer offre et demande. Il faudra faire plus. Donc innover, prendre des risques, et surtout investir davantage dans la recherche.
Publié la semaine passée dans Nature Genetics et relayé par SciDev.Net, un article présente les résultats d'une recherche menée en Chine sur un gène qui modifie notablement le nombre de grains sur l'épi, entre autres caractères. D'une manière plus générale, et en faisant un petit retour sur l'histoire de l'agriculture et de la domestication des plantes cultivées, de très nombreuses espèces ont été "apprivoisées" par l'agriculteur qui a retenu, sélectionné dans ses champs les plantes, les épis portant le plus grand nombre de grains bien formés. Mais il est illusoire de penser que cette progression de la production s'est faite de manière linéaire, progressive. les rendements qui augmentent régulièrement, de 3% par an, c'est de l'histoire récente. Celle de la génétique et des sélectionneurs de ma génération. Entre le maïs sauvage, le téosinte et ses 6-7 grains par épi et le maïs des indiens du Mexique qui en contenait déjà plusieurs centaines, il n'y a pas eu des épis à 10, puis à 20, puis à 40 grains. Il y a eu un saut, une rupture. On est passé directement de quelques grains à beaucoup. Il n'est pas déraisonnable de penser que de telles ruptures sont encore possibles, sur un certain nombre de plantes alimentaires, même si cet avis est contesté. L'exemple de la recherche sur le riz cité plus haut tendrait plutôt à confirmer la possibilité. Il montre, au moins, que certaines équipes de recherche y croient et qu'elles sont soutenues dans leurs efforts.
Il est à espérer que les ambitions seront permises chez nous aussi. L'ordinaire ne suffit plus. Ce que le gouvernement doit soutenir, en priorité, n'est pas "ce qu'on peut faire" mais "ce qu'on pourrait faire d'extraordinaire". Et nos chercheurs ne manquent pas d'idées.
11:05 Publié dans Actualités , Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, agriculture, pays du Sud, pauvreté, développement, biodiversité
mercredi, 07 mai 2008
Crise alimentaire: aide internationale et recherche agricole
3 points à retenir :
1. Chaque euro investi dans la recherche agricole internationale produit neuf euros en aliments*, tandis que chaque euro investi dans l’aide alimentaire ne produit évidemment qu’un euro d’aliment.
2. La recherche produit des bénéfices qui perdurent année après année, tandis que l’aide alimentaire n’est un bénéfice… que jusqu’à ce qu’elle ait été consommée.
3. La recherche donne aux gens le pouvoir de produire leur propre alimentation, tandis que l’aide alimentaire les confine à la dépendance du monde extérieur.
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Ces données proviennent du Rapport sur le Développement Mondial 2008 publié par la Banque Mondiale. Elles sont établies à partir de l’analyse de quelques 700 projets. Sans cet investissement, les pays du Sud produiraient 7-8% d’aliments en moins et les prix des denrées de base seraient 20% plus élevés qu’ils ne le sont actuellement.
08:53 Publié dans Actualités , Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, agriculture, pays du Sud, pauvreté, développement
mardi, 06 mai 2008
Le CIAT fait échec au biopiratage
En 1994, Larry Proctor, un américain du Colorado, avait acheté un paquet de haricots secs sur le marché de Sonora, au nord du Mexique. Après un an de culture sur sa ferme, il avait affirmé avoir développé une nouvelle variété de haricot sec avec une couleur jaune toute particulière. Il a appelé sa variété « Enola » (le prénom de sa femme) puis il a déposé et obtenu un brevet qui revendiquait des droits sur tous les haricots secs de couleur jaune. Ce brevet rendait illégal tout achat, vente ou utilisation des haricots jaunes. Proctor en avait le monopole. Selon le gouvernement mexicain, ce brevet a provoqué une diminution très sensible des exportations de haricots mexicains vers les Etats-Unis. Le gouvernement mexicain, avec la FAO, ont alors attaqué le brevet.

A gauche : Enola ; à droite : la variété traditionnelle mexicaine
Il fallait pouvoir faire la démonstration que la nouveauté revendiquée par Proctor n’en était pas une. Autrement dit qu’il n’y avait pas eu d’amélioration variétale, mais seulement usage d’une ressource qui existait au Mexique depuis des milliers d’années. C’est là que le Centre International d’Agriculture Tropicale (CIAT) est entré en lice. Ce centre a la responsabilité de conserver et d’étudier les ressources génétiques des haricots depuis sa création en 1967. Sa collection contient quelque 35.000 variétés*. Six d’entre elles, de couleur jaune, originaires du Mexique et d’Amérique centrale ont été envoyées au Bureau des Brevets américain comme preuve de l’absence de nouveauté dans la variété Enola. Après un très long procès, le Tribunal Fédéral des Etats-Unis vient d'annuler le brevet par décision du 30 avril 2008.
« La biopiraterie est possible parce que malheureusement trop de gens méconnaissent la biodiversité ». Daniel Debouck, responsable de l’Unité de Ressources Génétiques du CIAT , souligne aussi que la mise en place, sur internet, des données morphologiques, agronomiques, génomiques et les photographies des variétés, devrait maintenant limiter l’attribution illégitime de brevets sur des variétés traditionnelles, développées par les agriculteurs latino-américains depuis la nuit des temps.
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Le 28 janvier dernier, une copie de cette collection a été envoyée dans le centre mondial de conservation à long terme inauguré quelques mois plus tôt à Svalbard (Norvège)
09:32 Publié dans Actualités , Economie , Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, agriculture, pays du Sud, pauvreté, biodiversité
lundi, 05 mai 2008
Crise alimentaire mondiale : les politiques sortent le sparadrap !
Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations unies dans Le Monde aujourd’hui :
« Lors d'une visite d'une école primaire en construction à Ouagadougou, j'ai raconté aux enfants les conditions dans lesquelles j'avais moi-même étudié : une école sans murs, où nous étions assis à même la terre. Je leur ai expliqué que j'avais moi aussi connu la faim dans mon enfance - nous avions tout juste de quoi nous nourrir, mes propres grands-parents et d'autres personnes âgées contraintes de fouiller dans les ordures pour trouver de la nourriture, les enfants en bas âge ayant à peine de quoi assurer leur croissance.
Je me suis souvenu de ces images lors de mon voyage en Afrique, et j'ai pensé à l'abondance des ressources que recèle ce continent, à la force et au courage de ses habitants. Si mon propre pays (la Corée du Sud) est parvenu à surmonter ses traumatismes pour devenir une puissance économique, l'Afrique en est tout aussi capable. La seule condition, c'est que nous l'y aidions. Nous pouvons commencer à le faire en prenant les mesures indispensables pour maîtriser la crise alimentaire. »
Le programme alimentaire mondial (PAM) aide ceux qui ont faim. Quelques uns en tout cas. Officiellement 73 millions de personne, alors qu’il y a un milliard de personnes, sur terre, qui sont considérées comme très pauvres et « à risque ». Quel risque ? De mourir de faim, dans leur coin, dans l’indifférence ? De devenir des terroristes ? Il faut avoir le ventre plein pour ça. La crise alimentaire, a dit le ministre burkinabé des affaires étrangères, constitue une menace bien plus dangereuse que celle du terrorisme, "elle conduit les gens à douter de leur propre dignité d'être humain". Le PAM reçoit des tas de promesses depuis quelques jours. Comme celle de Bush, pour « un milliard de dollars ». Mais dans les caisses aujourd’hui, il n’y a toujours que 11,5 millions d’euros.
Et après ? A Mexico City, pour que la pollution s'en aille, on espérait un grand coup de vent. Aujourd’hui, on prie seulement pour des moissons exceptionnelles en Ukraine ou ailleurs. Toujours le sparadrap façon Dionisio (voir ma note du 25 avril dernier). Quand va-t-on parler d’un investissement massif dans les infrastructures et les filières agricoles au Sud ? Dans la recherche pour le développement ? Dans l’aide aux ONG et autres associations qui travaillent au quotidien pour développer l’agriculture, la santé, l’éducation dans les zones rurales d’Afrique, d’Amérique latine ou d’Asie ?
Et après ? Le développement, c’est ce à quoi tout le monde à droit. Et cela marche pour beaucoup. Dans la Corée du Sud de Monsieur Ban Ki-moon, en Chine, en Inde, au Brésil, ailleurs. Tout ce « petit » monde se met à consommer plus. Il faut plus de technologies, plus de voitures, de téléphones portables, plus de tout. Et tout cela se produit comment ? A coup de plus de pollution, plus de biodiversité et de ressources non renouvelables qui disparaissent, plus d’énergie. C’est d’abord l’alimentation. Puis ce sera l’eau qui deviendra un luxe. Puis l’air que nous respirons. La gouvernance mondiale de « la petite histoire du futur » de Jacques Attali, vous vous rappelez ? Est-il déjà trop tard ?
La barbe hirsute, vêtu d’un vieux boubou déchiré, une cloche à la main, il parcourt les rue en annonçant la fin du monde.
On avait cru que cela pourrait être plutôt comme ça :

Mais c’est bien plus cruel :

Moi, je ne fais que crier au feu. Criez avec moi, nombreux, et peut-être les décideurs se décideront-ils à bouger.
15:40 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise alimentaire, agriculture, faim, développement, aide internationale
dimanche, 04 mai 2008
Réussite agricole en Afrique de l'Est
La crise alimentaire est là. Mais les agriculteurs du Sud ne se croisent pas les bras. En Afrique, les progrès sont évidents. Un exemple.

A gauche, sur la photo, vous voyez Esther Mudomo, et si vous voulez être tout à fait correct en s’adressant à elle, vous l’appelez Mama Esther Mudomo. Et derrière elle, à droite, vous voyez sa dernière acquisition. Sa première vache, baptisée « Recherche ». Je vais vous expliquer pourquoi.
Les haricots sont originaires d’Amérique. On les trouve, à l’état sauvage, du Mexique à l’Amazonie. Pas étonnant que le Centre International d’Agriculture Tropicale, installé en Colombie, au cœur de cette diversité, ait été choisi pour rassembler et étudier toutes les formes de haricots. Sa « banque de gènes » contient environ 30.000 variétés différentes de haricots. Vous visitez l’endroit. On vous ouvre une armoire et devant vous des milliers de petits flacons remplis de haricots de toutes les couleurs et toutes les tailles.
Comme toutes les plantes alimentaires, les haricots ont voyagé avec les hommes. Et aujourd’hui, ceux qui mangent le plus de haricots habitent en Afrique de l’est, comme Mama Esther Mudomo. Vous mangez entre 4 et 6 kilos de haricots par an, en moyenne. Au Ruanda ou dans l'ouest du Kenya, on en mange entre 30 et 40 kgs. Certains disent que le haricot, très riche en protéines, c’est un peu la viande du pauvre.
Comme toutes les plantes cultivées, surtout sous les tropiques, le haricot a ses ennemis, aussi divers et variés que les haricots le sont eux-mêmes. Alors les chercheurs essaient de trouver des variétés qui résistent à tous ces parasites. Et en même temps ils cherchent des variétés qui produisent plus, et des variétés de meilleure qualité nutritive. Le problème, c’est que le plus souvent, ces nouvelles variétés n’arrivent pas dans les villages comme celui de Mama Esther Mudomo. En 2000, une analyse a montré que dans tous les pays d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe où la culture du haricot est importante (17 pays), les instituts de recherche ont produit de nouvelles variétés à partir de collections reçues du CIAT. Oui, mais voilà , seulement 5% des surfaces cultivées en haricot étaient plantées avec ces variétés, faute de semences disponibles dans tous les villages. Une grande Fondation (Gatsby, Grande-Bretagne) a décidé de financer un grand projet pour aider les agriculteurs africains à accéder à ces nouvelles variétés. L’objectif était d’atteindre 2 millions de familles en 5 ans. Fin 2007, un an avant la fin du projet, 6,5 millions de familles cultivaient les nouvelles variétés de haricot*. Mama Esther Mudomo a fait partie des premières agricultrices qui ont eu accès à quelques semences, multipliées par l’institut de recherche national. Elle a eu la chance de travailler avec un chercheur du CIAT, Robin Buruchara, pathologiste-sélectionneur, qui l’a aidé à choisir sa nouvelle variété parmi un grand nombre de plantes résistantes au pourrissement des racines dont souffraient les haricots de Mama Esther Mudomo jusqu’alors. Cette « recherche participative » a permis la sélection d’une nouvelle variété très résistante, que Mama Esther Mudomo a commencé à cultiver chez elle, puis à donner à ses voisines. Le succès a été tel qu’elle a ensuite commencé à vendre des graines aux villages voisins. Et avec l’argent gagné, elle a acheté sa première vache. Et elle l’a appelée « recherche », « parce que, explique-t-elle, c’est la recherche qui m’a permis d’obtenir l’argent pour l’acheter. »
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* Le réseau pour l’amélioration du haricot africain (PABRA, acronyme anglais) a réuni plus de 250 instituts de recherche, ONG, associations d’agriculteurs et autres depuis 2003, pour sélectionner de manière participative (chercheurs et agriculteurs travaillant ensemble sur le terrain) de nouvelles variétés et produire les semences nécessaires.
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vendredi, 02 mai 2008
Crise alimentaire mondiale : les bons cris et les bonnes questions
L’affaire de la crise alimentaire est avant tout politique, c’est évident. Et pour que les politiques bougent, il faut crier au feu. Et pas tout seul. Alors, quelque 150 articles de presse en une seule journée, qui crient tous au feu, je trouve cela plutôt encourageant. « Ils » vont peut être se réveiller ! Et au moment où j’écris cela j’apprends que Georges Bush vient de s’engager à mettre un milliard de dollars dans la corbeille.
J’ai quelques certitudes, comme tout un chacun. Quand je m’en vais en Colombie, comme le mois passé, ou au Canada, comme ce mois-ci, je sais que je voyage dans un engin qui est le résultat de millions d’heures de recherche. Et en tournant la tête au moment où j’écris sur mon clavier, je peux lister des dizaines et des dizaines d’objets autour de moi qui sont le résultat de milliers d’heures de recherche. On n’a rien sans rien faire. Et croire que la recherche, aujourd’hui, ne sait plus ni interroger ni s’interroger, où qu’elle est coincée par des contraintes que lui impose la société et/ou la politique, c’est bien mal la connaître. Si elle est toujours un peu coincée, certes, c’est par ses habits d’autrefois (les vieilles structures françaises de recherche), mais elle s’en libère de plus en plus. J’ai passé une journée fantastique mercredi: les agronomes de Montpellier discutaient avec les mathématiciens de ce qu’ils pouvaient faire ensemble. Première grande rencontre entre deux pôles. Plus d'une centaine de chercheurs. Toute une journée dans l’amphithéâtre d’Agropolis International. Trop tôt pour dire de quoi ils vont accoucher, mais il y avait 70 fiches déposées avant la rencontre – autant de manifestations d’intérêt pour une coopération agro-maths - et un appel à projet vient d’être ouvert par Agropolis Fondation* pour financer les meilleures idées qui sortiront de ces échanges. Comme le dit Patrick Yeu dans son dernier commentaire, les agronomes ont de plus en plus de données à gérer, mais ce n’est plus un problème. Ce n’est pas seulement l’analyse du génome qui progresse à la vitesse grand V (un exemple donné hier : 12 secondes pour séquencer ce que l’on séquençait en plus d’une demi-heure il y a deux ans à peine), c’est aussi la gestion et l’analyse des données.
Si les réussites se multiplient, sur le terrain, à l’échelle de la ferme, ou au mieux du village, les besoins sont à l’échelle du continent. Jusqu’à hier c’était un problème insurmontable que de changer d’échelle et transformer un impact ponctuel en un impact plus général. Aujourd’hui, agronomes et mathématiciens, aidés par les spécialistes de l’information géographique, sont capables de modéliser et de prévoir. Ils sont capables d’apporter des informations techniques précises à ceux qui doivent prendre les décisions. La décision est un choix, pas une obligation. Le but de la recherche est de permettre que cette décision soit la mieux informée possible. On progresse dans ce domaine autant que dans les autres.
Demain je vous donnerai un exemple de ce que la recherche peut faire, vous parlant d’une réussite exceptionnelle en Afrique de l’est et Afrique australe : le programme PABRA.
Diouf: le monde doit dynamiser l'agriculture (FAO)
29 avril 2008 - M. Jacques Diouf, Directeur général de la FAO, a exhorté la communauté internationale à prendre des mesures immédiates face à l’urgence alimentaire mondiale

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*l'auteur du blog, Yves Savidan, est président du Conseil Scientifique d'Agropolis Fondation
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