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mercredi, 30 avril 2008
interview "en español": les OGM sont-ils la solution à la crise alimentaire mondiale?
Ce midi, j'ai été appelé par une radio mexicaine pour donner, en direct, mon avis sur la crise alimentaire actuelle, ses causes, les remèdes possibles, et - pas de surprise - la dernière question du journaliste a été "pensez-vous que les OGM puissent être la solution?"
Je me fatigue un peu d'avoir à répondre à ce genre de question. D'abord cela m'exaspère que l'on parle "des" OGM. Dire "les OGM" c'est déjà démontrer qu'on ne connaît rien à la question. Il y a autant de différence entre le maïs de Monsanto qu'on a interdit à nos agriculteurs de planter cette année et certains OGM que concoctent certains labos publics (bien sûr non français) qu'entre un éléphant et une fraise des bois.
Et puis depuis plus de soixante ans maintenant, c'est la même histoire. Si vous savez qu'on peut faire un bon usage de l'énergie nucléaire comme on peut en faire un très mauvais usage, vous pouvez comprendre que c'est à peu près vrai de TOUTE technologie.
Alors ma réponse au journaliste mexicain a été: la solution est bien plus complexe que l'utilisation d'une simple technologie. On est en total déséquilibre entre l'offre et la demande en matière de céréales. Les pays du Sud ont beaucoup progressé, la croissance chez eux est plusieurs fois supérieure à la notre, et la consommation de leurs habitants a suivi. Les chinois et les indiens, en moyenne, consomment beaucoup plus aujourd'hui qu'il y a dix ans, et c'est vrai aussi pour les produits alimentaires, pas seulement pour la vente des téléphones portables. Comme on a négligé d'investir dans l'agriculture et la recherche agricole depuis 30 ans, il y a maintenant un décalage qu'on n'est pas près de rattraper. Au contraire, la crise va certainement s'aggraver au cours des prochaines années. Déjà l'Inde a annoncé une augmentation de 30% de son budget agricole, notamment pour remettre en état un système d'irrigation laissé à l'abandon depuis trop longtemps. Mais ce sont TOUS les pays du Sud qui devraient investir massivement, avec notre aide si nécessaire, et ils sont encore loin de le faire, voire d'y penser. A côté de cela, les OGM ne sont qu'une anecdote. On a besoin, d'abord, de combler l'écart entre ce qu'une variété améliorée traditionnelle (non OGM) peut produire sur les parcelles de la station de recherche et chez l'agriculteur. Cela peut être 4-5 tonnes dans le premier cas, et moins d'une tonne dans l'autre. Cela veut dire investir dans l'amélioration des pratiques agricoles comme par exemple la généralisation du semis direct, l'accès aux engrais verts, aux semences, etc. Mille et une choses sont nécessaires et possibles avant le recours aux OGM. Ce qui ne veut pas dire, surtout pas, qu'on ne va pas, d'ici quelques années, voir apparaître des OGM résistants à la sécheresse, ou à des maladies, des parasites qu'on ne sait pas combattre aujourd'hui, etc., et notamment et surtout des OGM de meilleur qualité nutritive qui amélioreront très sensiblement l'alimentation des populations les plus démunies. Technologiquement c'est possible. Bien sûr, ce n'est pas Monsanto qui va sortir ces variétés là. Mais elle viendront peut-être de recherches soutenues par Bill Gates. Et si cela permet d'éviter chaque année la cécité, le rachitisme, voire la mort de dizaines et de dizaines de milliers d'enfants, je ne ferai surement pas partie de ceux qui oseront encore crier haro sur les OGM !
22:00 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : OGM, agriculture, recherche, crise alimentaire
dimanche, 27 avril 2008
SCOOP: En 2009, Montpellier accueille tous les financiers de la recherche contre la faim
La Banque Mondiale, la Fondation Bill et Melinda Gates, la Fondation Rockefeller, tous les gouvernements, du Japon au Canada en passant par la Grande-Bretagne, la Suisse ou la Chine, les organisations internationales, comme la FAO ou le Programme des Nations-Unies pour le Développement, bref tous ceux qui financent la recherche agricole pour le développement, la recherche contre la pauvreté et la faim, se réuniront au Corum de Montpellier du 7 au 10 décembre 2009 à l'occasion de la 9ème assemblée générale du GCRAI*, une assemblée organisée pour la première fois en Europe, et donc bien sûr pour la première fois en France.
La journée du mardi 8 sera consacrée à l'offre française et européenne de recherche pour le développement, et elle aura lieu à Montpellier SupAgro, sur le campus de La Gaillarde, avec des conférences, des tables-rondes et une rencontre avec les étudiants.
C'est Agropolis International qui coordonne l'organisation côté français, avec la participation de tous les établissements d'enseignement et de recherche concernés et avec le soutien des collectivités.
Toujours fortement médiatisée dans la presse internationale, cette réunion braquera pour quelques jours tous les projecteurs sur Montpellier, centre mondial des sciences vertes.
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*Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale, qui finance les 15 centres internationaux de recherche agricole avec lesquels les chercheurs montpelliérains ont de nombreuses collaborations.
09:55 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, agriculture, pays du Sud, pauvreté, développement
La recherche contre la faim
Quand on commence à dire, nous autres chercheurs, que les pays pauvres, les agriculteurs pauvres et même, indirectement, les urbains pauvres, ont besoin de la recherche agricole pour sortir de leur pauvreté, la plupart de ceux qui écoutent pensent « balivernes, ce dont ils ont besoin, c’est de gouvernements qui travaillent, adoptent de bonne politiques de développement, contrôlent la corruption, construisent des routes, des écoles, etc. Tout ce dont les agriculteurs ont besoin, c’est de faire ce qui se fait partout : préparer le sol, mettre des fertilisants, de bonnes semences, irriguer, et récolter. S’ils ne ramassent que 6 à 800 kgs par hectare aujourd’hui au lieu de 10 tonnes chez nous, c’est parce qu’ils ne font rien comme il faut, etc. »
Ce que je trouve intéressant c’est que les mêmes personnes, qui osent dire que les recettes existent déjà et qu’il n’y a qu’à les appliquer – on ose parler de « transfert de technologie » même quand rien n’est vraiment directement transférable - critiquent ces mêmes recettes quand elles sont appliquées chez nous : « notre agriculture pollue les sols et les rivières, etc. Vous avez vu la récente étude sur les vins, qui montre que même les grands crus contiennent des résidus de pesticides en quantités astronomiques ? »
Oui, on a des solutions toutes faites, qui nous arrangent plus qu’elles n’aident ceux qui ont désespérément besoin de solutions adaptées à leurs conditions environnementales, sociales, économiques. On dit : « plantez plus de maïs, plus de blé, oubliez les menus de vos ancêtres et adoptez les nôtres, ils sont plus nutritifs, plus sains, etc. ». Alors aujourd’hui tout le monde mange du pain au Burkina Faso, fait d’une farine de blé importée à prix d’or. Et aucun pays africain n’est autosuffisant en céréales, tous importent, et les prix s’envolant on achète moins (on mange moins) ou on s’endette plus. Spirale infernale. Les pays du Nord, Europe et Etats-Unis en tête peuvent se frotter les mains : nos agriculteurs ont de beaux débouchés pour des denrées de plus en plus chères. Si les africains sont insolvables peu importe, c’est l’aide internationale qui paie ces produits agricoles « donnés » pour se retrouver ensuite sur les marchés africains. Au fait, est-ce que Bruxelles a arrêté de donner des subventions à tous les céréaliers européens qui vendent leur grain deux fois plus cher que l’an passé ? Le savez-vous ?
L’agriculteur (-trice) burkinabé(e) n’a que faire d’un maïs exigeant qui produit un peu s’il pleut et plus du tout si la pluie cesse de tomber pendant quelques jours. Ce qu’il (elle) veut, ce sont des variétés adaptées à un sol pauvre qu’il (elle) ne pourra amender qu’en cultivant des légumineuses – haricots ou légume-fourrage, plantes qui fixent l’azote de l’air - en mélange ou en rotation, ajoutant quelquefois s’il (elle) a un peu d’argent un bouchon de coca d’engrais, pas plus, au pied de chaque plante, en semant directement, sans labour, pour retenir l’humidité de la pluie plus longtemps et limiter le ruissellement. Ce qu’il (elle) veut se sont des plantes résistantes aux insectes, aux champignons, au virus, aux nématodes, toutes ces plaies qui s’attaquent aux racines, ou aux feuilles, ou aux fleurs, ou à l’épi avant et après la récolte. Mais rien de ce qu’on lui propose n’est vraiment adapté à ses besoins, à ses contraintes, parce que les variétés viennent d’ailleurs, pour un autre sol, pour une autre pluviométrie, pour un autre environnement parasitaire. Personne ne fait de la sélection près de chez lui (elle). Personne ne produit de semences adaptées près de chez lui (elle). Tout vient de loin. Quand cela vient. Alors on garde ce qu’on a, précieusement, et on le ressème, année après année, si on n’a pas été obligé de le manger à cause du désastre de la dernière récolte.
Le chercheur ne peut pas travailler dans le village de chaque paysan burkinabé. Il y a trop de villages et pas assez de chercheurs. Et à cela on ne peut rien changer. On peut former un peu plus de chercheurs, pour qu’ils fassent davantage de sélection participative avec les agriculteurs. Mais surtout, il faut former auprès des chercheurs tous ceux qui travaillent dans ces ONG qui s’intéressent au développement agricole, pour qu’ils sachent répéter dans chaque village ce qu’ils ont vu faire dans celui où le chercheur travaille. La sélection participative ce n’est pas nécessairement très compliqué, et cela permet de produire de nouvelles variétés plus étroitement adaptées aux besoins de chacun. Et si l’on apprend aux mêmes personnels des ONG à aider les agriculteurs à s’organiser, pour acheter ensemble et donc moins chers les engrais dont ils ont besoin, ou la machine qui transforme le grain en farine, ou le mini silo qui permet de conserver ces grains à l’abri des insectes et des rongeurs, ou pour développer la production semencière par eux-mêmes, ou pour aller au marché au moment où il faut pour tirer un bon prix du surplus de grains, ou les fruits, ou les tubercules que la famille ne mangera pas…
Le problème, c’est que ceux qui ont besoin d’aide, ce sont des personnes, des hommes, souvent des femmes, quelquefois des adolescents, alors que les gouvernements qui « aident » ne s’adressent pas aux personnes mais aux autres gouvernements, ceux qui sont incapables d’assurer l’auto-suffisance alimentaire de leurs populations.
Ceux qui ont besoin d’aide sont des personnes qui veulent s’en sortir par leur travail, pas par l’aide internationale. S’ils sont prêts à travailler, il leur manque très généralement la connaissance du possible et un petit coup de pouce – une assistance technique, un micro crédit, une variété adaptée, etc. Vous, moi, nous pouvons aider une association, une ONG, pour qu’elle aide Esther, Amadou ou Suzan. Le désert, finalement, n’est fait que de grains de sable accumulés.
09:38 Publié dans Actualités , Coup de coeur/Coup de griffe , Economie , Politique , Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Afrique, recherche, développement, crise alimentaire
vendredi, 25 avril 2008
Crise alimentaire mondiale: le retour de Dionisio
Il s'appelait Dionisio Pulido. C'était un petit agriculteur de l'Etat du Michoacan, au nord-ouest de Mexico. Le 20 février 1943, le volcan Paricutin a commencé à sortir de son champ de maïs. L'histoire, ou est-ce la légende, raconte que Dionisio, voyant une fissure se former dans son champ, a d'abord essayé de la combler en y mettant quelques pelletées de terre. Ce que les gouvernements annoncent aujourd'hui, une aide accrue pour aider les pays les plus pauvres, c'est la même chose que les pelletées de terre de Dionisio. Je n'ai encore entendu personne proposer une grande conférence mondiale d'urgence pour développer un plan de long terme qui corrige toutes les absurdités qui nous ont conduit où nous en sommes aujourd'hui. On sait ce qu'il est advenu des pelletées de terre de Dionisio. Les mesures annoncées ces jours-ci vont en aider quelques uns pour quelques jours. Dérisoire.

Le Paricutin en 1994. Du village de Dionisio n'a subsisté que le sommet du clocher. le sommet du volcan est visible à sa droite (photo Wikipedia)
13:50 Publié dans Actualités , Débat/Forum , Economie , Politique , Réactions | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : crise alimentaire, agriculture, faim, développement, aide internationale
mardi, 22 avril 2008
L'alimentation mondiale est plus que très sérieusement menacée
La Banque mondiale considère que 33 Etats dans le monde sont menacés de troubles politiques et de désordres sociaux à cause de la montée brutale des prix des produits agricoles et énergétiques (lu dans Le Monde du 14 avril dernier).
Trois graphiques valent mieux qu'un long discours.
Dans le premier, vous voyez que les stocks de riz se sont cassé la figure depuis... 2000. Pas hier. Les gouvernements avaient le temps de réagir. Ils ont laissé faire.

Quand l'offre diminue et la demande augmente, notamment parce que les pays asiatiques s'enrichissent et consomment plus, tout le monde s'attend à ce que les prix augmentent. Quand en plus de cette loi économique élementaire on laisse les spéculateurs investir librement sur les marchés agricoles et qu'on laisse la presse étaler tous les jours la menace (encore toute virtuelle) des bioénergies, le problème s'accentue. Les prix des principales céréales ont donc presque doublé en 1 an (deuxième graphique).

Pour faire retomber le soufflé, il faut simplement inverser la tendance: produire plus fera retomber les prix. Oui, c'est bien beau mais comment? On doit produire plus, de toute façon, pour nourrir les 3 milliards d'habitants qui vont s'ajouter au 6,5 milliards actuels dans les 30-40 années à venir. Mais pour cela on aura moins de terres, moins d'eau, des sols dégradés, des engrais plus chers (leur prix suit celui du pétrole), etc, etc, PRODUIRE PLUS AVEC MOINS DE TOUT ! Pas de miracle: il faut investir massivement dans la recherche agricole. Le troisième graphique montre qu'on a fait le contraire depuis trop longtemps.

RESUME: LE MONDE MARCHE SUR LA TETE, PAS ETONNANT DONC QU'ON SOIT DANS UNE SITUATION DE PRESQUE CATASTROPHE ALIMENTAIRE MONDIALE.
Dernier point: l'inertie actuelle est amplement alimentée (si j'ose dire) par tous les imbéciles qui répétent depuis des années que l'agriculture mondiale produit assez pour nourrir le monde. Tous les pays pauvres doivent manger ce qu'ils produisent, parce qu'ils n'ont pas les moyens d'acheter ailleurs, parce que le marché leur propose est trop cher (pas de transport ou transport trop cher), parce que ce que nous produisont pour leur vendre modifie leurs habitudes et goûts alimentaires. Ecouler leurs surplus agricoles subventionnés, nos agriculteurs adorent. En faisant cela on n'aide pas le Sud. On le condamne un peu plus. A suivre (très vite)
Les trois graphiques de cette note proviennent d'une étude qui vient d'être publiée par l'institut international de recherche sur le riz (IRRI). Voir www.irri.org
18:56 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Afrique, recherche, développement
Crise alimentaire mondiale: Il est temps de sortir du silence
Mille excuses à tous ceux qui viennent encore sur mon blog malgré des mois de silence pour cause d'excès de travail. La situation appelle une reprise des notes... elles arrivent! Merci de votre patience.
16:03 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

