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mardi, 22 avril 2008
L'alimentation mondiale est plus que très sérieusement menacée
La Banque mondiale considère que 33 Etats dans le monde sont menacés de troubles politiques et de désordres sociaux à cause de la montée brutale des prix des produits agricoles et énergétiques (lu dans Le Monde du 14 avril dernier).
Trois graphiques valent mieux qu'un long discours.
Dans le premier, vous voyez que les stocks de riz se sont cassé la figure depuis... 2000. Pas hier. Les gouvernements avaient le temps de réagir. Ils ont laissé faire.

Quand l'offre diminue et la demande augmente, notamment parce que les pays asiatiques s'enrichissent et consomment plus, tout le monde s'attend à ce que les prix augmentent. Quand en plus de cette loi économique élementaire on laisse les spéculateurs investir librement sur les marchés agricoles et qu'on laisse la presse étaler tous les jours la menace (encore toute virtuelle) des bioénergies, le problème s'accentue. Les prix des principales céréales ont donc presque doublé en 1 an (deuxième graphique).

Pour faire retomber le soufflé, il faut simplement inverser la tendance: produire plus fera retomber les prix. Oui, c'est bien beau mais comment? On doit produire plus, de toute façon, pour nourrir les 3 milliards d'habitants qui vont s'ajouter au 6,5 milliards actuels dans les 30-40 années à venir. Mais pour cela on aura moins de terres, moins d'eau, des sols dégradés, des engrais plus chers (leur prix suit celui du pétrole), etc, etc, PRODUIRE PLUS AVEC MOINS DE TOUT ! Pas de miracle: il faut investir massivement dans la recherche agricole. Le troisième graphique montre qu'on a fait le contraire depuis trop longtemps.

RESUME: LE MONDE MARCHE SUR LA TETE, PAS ETONNANT DONC QU'ON SOIT DANS UNE SITUATION DE PRESQUE CATASTROPHE ALIMENTAIRE MONDIALE.
Dernier point: l'inertie actuelle est amplement alimentée (si j'ose dire) par tous les imbéciles qui répétent depuis des années que l'agriculture mondiale produit assez pour nourrir le monde. Tous les pays pauvres doivent manger ce qu'ils produisent, parce qu'ils n'ont pas les moyens d'acheter ailleurs, parce que le marché leur propose est trop cher (pas de transport ou transport trop cher), parce que ce que nous produisont pour leur vendre modifie leurs habitudes et goûts alimentaires. Ecouler leurs surplus agricoles subventionnés, nos agriculteurs adorent. En faisant cela on n'aide pas le Sud. On le condamne un peu plus. A suivre (très vite)
Les trois graphiques de cette note proviennent d'une étude qui vient d'être publiée par l'institut international de recherche sur le riz (IRRI). Voir www.irri.org
18:56 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Afrique, recherche, développement
Commentaires
Nous sommes entrés de plan pied maintenant dans une économie purement spéculative. Cela veut dire que le bon vieux capitalisme patrimonial, c'est-à-dire, matériel, est mort. En face, pour l'instant, il n'y a rien pour s'opposer à la spéculation et au profit pour le profit, comme le montre ces graphiques.
La réponse n'est donc pas uniquement technique ni même scientifique. Avant même de s'occuper à produire plus, il faudrait songer à produire mieux sauf à alimenter non pas les hommes, mais, une fois encore, la spéculation...
J'y pense. A suivre ...
Ecrit par : Patrick Yeu | mardi, 22 avril 2008

