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mercredi, 18 avril 2007
Nutrition, biofortification et haricots
Depuis 3 ans, les centres internationaux de recherche agricole (voir GCRAI 1 et 2) conduisent un programme de biofortification des variétés cultivées, qui n’a pas reçu un accueil enthousiaste de la part de nos chercheurs spécialistes de la nutrition. La biofortification n’était pourtant pas présentée comme une nouvelle panacée, mais seulement comme une approche complémentaire, qui plus est bon marché et durable. On dépense en effet plus d’un milliard de dollars chaque année en supplémentation et/ou fortification, autrement dit en distribuant des pilules ou en ajoutant des vitamines ou du fer aux aliments vendus ou distribués dans les pays pauvres. Et c’est très loin d’être suffisant, comme le démontre les chiffres de la malnutrition dans ces pays. La biofortification, c’est une recherche qui vise à produire des variétés enrichies (en fer, zinc, vitamine A notamment), autrement dit une solution durable puisque les variétés restent sur le marché et/ou dans les champs des agriculteurs pendant de nombreuses années, quand les autres approches dépendent de fonds extérieurs et de systèmes de distribution non pérennes. Le programme international sur la biofortification, qui s’est donné un nom plus « commercial », HarvestPlus (le « plus » de la récolte) a jusqu’ici coûté quelque 13 millions de dollars par an, une goutte d’eau par rapport aux autres approches.
L’approche utilise essentiellement la biodiversité existant chez les plantes cultivées et/ou leurs espèces apparentées. Pour de nombreuses espèces aujourd’hui cultivées, l’essentiel des efforts de recherche au cours des 50 dernières années a porté sur la quantité produite et pas la qualité. La priorité était de donner à manger au plus grand nombre. Les généticiens- sélectionneurs n’ont, de fait, pas porté une grande attention à la diversité existant dans leurs collections pour des caractères comme la teneur en fer, pourtant si importante pour la croissance des jeunes enfants.

Le CIAT vient d’analyser plus de 2000 variétés de haricot (choisies dans une collection qui en comprend plus de 36000), en regardant tout spécialement leur teneur en fer et en zinc. Et découvert une diversité considérable pour ces éléments. La teneur en fer, par exemple, varie du simple au triple, soit de 34 ppm (1 partie par million = 1g par tonne) à 100ppm. Pour le zinc, certaines variétés montraient des teneurs deux fois supérieures aux variétés actuellement consommées. Des études sont en cours, en collaboration avec l’université del Valle (Cali, Colombie) pour observer les effets de telles variétés dans l’alimentation d’enfants d’âge préscolaire. Et donc vérifier qu'une plus grande concentration en micronutriments dans la plante se traduit bien par une plus grande absorption et utilisation par l'organisme, avec les effets positifs espérés.
Cette recherche bénéficie du soutien de la Fondation Bill & Melinda Gates.
10:12 Publié dans Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, agriculture, pays du Sud, pauvreté, développement
dimanche, 15 avril 2007
Inde : les oubliés de la croissance
3. Le district de Bolangir, Etat de l’Orissa
Cette note, et les suivantes, s’inspirent du dossier d’un hebdomadaire indien, Outlook, dans son édition du 9 avril. Son titre, en première page : « oubliez les 9,2% de croissance, regardez seulement comment l’autre Inde survit »
Tout le monde en est convaincu – en tout cas tout le monde en Asie : le 21ème siècle appartiendra à l’Asie et tout particulièrement à l’Inde et à la Chine. La face la plus visible de l’iceberg indien chez nous : Mittal qui ose venir manger Arcelor. Mais ce n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres.
Et puis à côté du brillant, du spectaculaire, des immenses chantiers de construction qu’on voit partout, il y a l’autre Inde, essentiellement rurale, 300 millions de personnes (un quart de la population indienne) qui vit avec moins de 10000 Rs par mois (10000 roupies = 178 euros). La plupart des experts estiment que le futur de l’Inde dépend de sa capacité à améliorer la vie de ces gens-là. Le gouvernement sortant, pour justifier son inaction, affirme que c’est la pauvreté des villes qui est la plus préoccupante et que c’est le développement urbain qui doit être prioritaire. Mais la pauvreté des villes est essentiellement faite de l’accumulation, dans ses bidonvilles, des pauvres ayant quitté leurs terres…
« La croissance sans équité est stérile, tout autant que l’équité sans croissance est stérile » (Jaipal Reddy, ministre indien de l’information)
Outlook prend parti et affirme que le futur de l’Inde dépend de la solution au problème de la pauvreté rurale, et le journal a donc décidé d’aller voir « cette autre Inde », pour voir comment elle survit, en choisissant le district de Bolangir, dans l’Etat de l’Orissa, sur la côte est de l’Inde.
Les résultats d’une enquête dans 20 villages du district de Bolangir (en oriya, langue locale) :
Pensez-vous que les programmes sociaux du gouvernement donnent de bons résultats ?
NON 63%, ils sont dominés par la corruption ; OUI 35%
Quand il y a une crise, comme la sécheresse, êtes-vous aidés par le gouvernement ?
NON 82% ; OUI 18%
Et qu’est-ce que le gouvernement devrait faire, pour améliorer vos conditions de vie ?
1. Développer un système de crédits moins chers: 47%
2. Apporter des aides à l’agriculture: 32%
3. Assurer l’emploi: 15%
4. Améliorer les infrastructures et les services de santé: 3%
Orissa, champion de la pauvreté, toutes catégories ?
17,8% des maisons ont l’électricité (67% dans le Madhya Pradesh) ; 21% des villages ont un accès aux soins et 26% à des médicaments ; 38% des habitants ont l’eau courante.
Tous les observateurs relèvent la mauvaise gouvernance, l’absence de volonté politique, la corruption comme causes de la dégradation des services gouvernementaux au cours de la décennie passée. La situation des pauvres de l’Orissa ne s’est pas améliorée, elle s’est dégradée. Les politiques se cachent derrière une loi sur le droit à l’information. Ils prétendent que les agriculteurs sont aujourd’hui citoyens, avec pouvoir de pression sur les gouvernements pour qu’ils travaillent dans leur sens. C’est sans doute la grande différence avec la Chine : ici, il y a plus de démocratie. Qui ose poser la question : et si ce n’était pas la toute première priorité pour les pauvres ?
17:44 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : développement, agriculture, Inde
Inde : les oubliés de la croissance
2. Dans les champs, un espoir… qui s’assèche
Uttar Pradesh (UP). 180 millions d’habitants, 3 fois la population de la France sur moins de la moitié de sa superficie (231.250 Km2), dont les ¾ vivent de l’agriculture. Environ 20 millions de familles rurales dont la vie est tout sauf facile, mêmes si elles font de leur Etat le premier producteur de céréales pour l’alimentation (38 millions t), de canne à sucre (113 millions t), de légumes (16 millions t) et de lait (17 millions t). Tout sauf facile parce que l’activité agricole ne suffit pas pour donner à ces familles un revenu suffisant et que tout le monde s’en fiche.

De 1995 à 2005, tous les grands partis ont tenus les rennes du congrès. Les agriculteurs étaient très recherchés avant les élections, tout le monde leur promettant beaucoup. Aucun ne tenant ensuite ses promesses. Dans une région qui a des sols alluvionnaires parmi les plus fertiles de l’Inde et les plus grandes ressources en eau, 25% des terres – 3,7 millions d’hectares - ne bénéficient d’aucun accès à l’irrigation. Et là où les terres sont irriguées, une évolution dramatique est en cours. Depuis la révolution verte, la principale source d’eau pour l’irrigation venait des canaux de l’Etat et des tubes/pompes publiques. Tout le système de canaux est aujourd’hui en voie de délabrement. Les agriculteurs sont obligés d’acheter des pompes diesel; on en compte déjà plus de 35 millions dans l’UP. Le problème, c’est que 16,6 millions d’agriculteurs, dans l’Etat de l’Uttar Pradesh, soient les ¾ d’entre eux, possèdent moins d’un hectare. 3 millions possèdent entre 1 et 2 hectares. 90% sont donc de petits agriculteurs pour qui la pompe diesel est désormais hors de prix, le diesel et l’amortissement de la pompe diminuent leurs maigres revenus considérablement. Seulement 1/5 des pompes marchent à l’électricité, on a déjà vu pourquoi. Selon une étude faite par le département d’Etat au Plan, un agriculteur typique du village de Basariyah dans le district de Lucknow dépense 12.200 Rs pour cultiver 3 bignas (0,75 acre) de cultures pluviales demandant le travail de trois adultes pendant 5 mois. Il en tire 20.800 Rs, soit un profit de 8.600 Rs. Cela revient à un salaire mensuel de 560 Rs par adulte pendant ces 5 mois (ce qu’ils peuvent trouver comme emploi pendant les 7 mois restant, l’étude ne le dit pas).
Ce n’est pas tout. Pour survivre, les agriculteurs utilisent de l’eau, qu’ils paient, tirée des nappes phréatiques. Sur 559 des 819 points de pompages des eaux souterraines pour l’agriculture on a observé une diminution de la nappe au cours des dernières cinq années, dans certains cas jusqu’à 10 mètres de moins. Beaucoup de petits agriculteurs en sont revenus à utiliser l’eau des étangs et des puits villageois.
Les trois derniers plans à 5 ans de l’UP ont consacré seulement 8 à 10% du budget à l’agriculture. Cela n’a permis ni de construire de nouveaux canaux, ni de remettre les anciens en état. 40% des familles rurales sont aujourd’hui endettées. La production agricole stagne : en 2005, elle était même légèrement inférieure à la production de 1995. L'avenir de l'agriculteur indien n'est pas rose.
Agriculture: un métier de femmes (photo ci-dessous: récolte du blé dans le Rajasthan)

09:35 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : développement, agriculture, Inde
samedi, 14 avril 2007
Inde : les oubliés de la croissance
La croissance de l'Inde fait rêver: 9,2% en 2006. Mais elle est vraiment loin de concerner toute la population. Au cours de mon voyage en Inde, les contrastes m'ont frappé. L'Uttar Pradesh est le premier producteur de céréales et de lait parmi les états de l'Inde. Mais partout on y voit le blé récolté à la faucille, par des femmes accroupies dans les champs, qui travaillent du matin au soir sous des températures ne frisant les 40° que si l'on est à l'ombre. Des femmes que j'ai vues aussi balayer les chemins ici ou ailleurs, avec un balai de paille de moins d'un mètre, pourquoi Diable si ce n'est que cela les oblige à se pencher en deux, comme une humiliation. L'Inde est coupée en deux, de plus en plus, entre l'Inde de la technologie et de l'industrie, qui n'est plus sous-développée, et l'Inde rurale, que les états délaissent. Les notes qui suivent sont une petite illustration, mélange des images de mon voyage et de notes de lecture des journaux locaux.
1. Pauvreté et santé ne font pas bon ménage
Uttar Pradesh (UP). Bien qu’une étude récente de la Banque Mondiale affirme que la pauvreté a reculé de manière significative dans l’Etat de l’Uttar Pradesh, le fait que 59 millions de personnes vivent avec des revenus inférieurs à 366 roupies par mois (en zone rurale) ou 483 roupies en zone urbaine – la limite officielle de la pauvreté – a pourtant tout du cauchemar, selon le Sunday Times of India (New Delhi, édition du 8 avril 2007)
Tout ne va pas pour le mieux du côté des enfants…

D’autres indicateurs démontrent une qualité de vie misérable en UP, malgré des ressources naturelles abondantes. De tous les états de l’Inde, l’UP est l’un des pires pour les indicateurs de santé. Pour chaque millier de bébés qui naissent dans cet état, 73 meurent dans les jours qui suivent la naissance. 85% des enfants entre 6 et 35 mois souffrent d’anémie. Si tous ces paramètres traduisent une pauvreté endémique, ils vont de parallèle avec l’absence d’attention accordée à la santé par les autorités. Seulement 23% des enfants de moins de deux ans ont reçu tous les vaccins que les enfants du même âge nés ailleurs reçoivent normalement. Et contrairement à ce qu’annonce la Banque Mondiale, la situation ne va pas en s’améliorant pour tous les indicateurs puisque si la mortalité a baissé de 89 à 73/1000 au cours des 8 dernières années, le pourcentage d’enfants anémiés en UP était de 74% en 1999.
…ni du côté des femmes

L’UP a l’un des taux de fécondité les plus élevés de l’Inde puisqu’en moyenne chaque femme donne naissance à 5 enfants au cours de sa vie (contre 3 pour la moyenne nationale). Les femmes enceintes ne reçoivent pas les soins nécessaires, seulement ¼ d’entre elles ayant une visite prénatale avec un personnel formé pour cela. Le pourcentage de femmes enceintes recevant une supplémentation en fer et acide folique (IFA) pendant 3 mois durant leur grossesse est de 10% contre 22% au niveau national. La mortalité à l’accouchement atteint 707 (pour 100.000) contre 407 en moyenne en Inde.
Le budget santé de l’Etat n’a jamais dépassé 5,7% au cours de la décennie passée. Par habitant, cela représente 150 Rs par habitant (pour 304 au niveau national). Cela laisse la santé aux mains d’un secteur privé peu compétent et surtout beaucoup trop cher. Ceci explique qu’une étude de la Banque Mondiale révèle que 45% des habitants de l’UP ont recours aux médecines traditionnelles et aux charlatans. Seulement 10% ont accès aux soins publics, 40% consultent des docteurs privés.

L’accès à la santé qui se détériore est l’un des symptômes d’une exclusion économique et d’un secteur social attardé. De mauvaises conditions de vie ont un impact direct sur la santé. Par exemple 56,5% des maisons n’ont accès qu’à des égouts ouverts, 30% n’ont rien du tout. 65% des maisons n’ont pas l’électricité et beaucoup de ceux qui l’ont ne l’ont que quelques heures par jour.
Les habitants continuent de travailler pour donner un meilleur futur à leur enfants. L’alphabétisme est passé de 50 à 61% en six ans, et les inscriptions à l’école primaire ne cessent d’augmenter. Ce qui est nécessaire maintenant c’est une nouvelle direction de l’économie dans le gouvernement de l’Etat et un gouvernement qui se préoccupe vraiment de cette situation, mais pas qui fasse semblant comme cela a été le cas au cours des décennies passées. Les élections arrivent et donc on promet beaucoup...
12:05 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Trois semaines d’absence et trop de choses à commenter.
Beaucoup de choses vues pendant mon séjour en Inde (retour hier), ce qui justifiera une série de notes dont les deux premières seront en ligne dès aujourd’hui.
Et l’actualité chez nous. Comme l’histoire de ce chercheur français pris en otage en Afghanistan puis libéré. On demande aux alpinistes imprudents de payer au moins une partie des opérations de secours. Quid des chercheurs (et de leurs instituts) inconscients qui vont là où tout le monde sait qu’il y a danger, de plus pour des études sur des sujets plus que sensibles ? Je suis scandalisé par cette affaire. Suis-je le seul?
Et je reviendrai sur la dernière édition du Times, qui consacre sa couverture et son principal dossier à la fuite des cerveaux français. Oui, nos jeunes s’en vont et de plus en plus. Et bien sûr ce sont tous de brillants diplômés. Ils disent quitter un pays où ils n’ont pas d’avenir. Qui en parle dans cette campagne électorale ? Surtout, pourquoi en sommes-nous arrivés là et que pouvons-nous faire pour enrayer ce phénomène, qui menace l'avenir de notre pays?
J’ai beaucoup de retard à rattraper !
10:48 Publié dans Actualités , Coup de coeur/Coup de griffe , Voyage/Tourisme | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

