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dimanche, 15 avril 2007

Inde : les oubliés de la croissance

2. Dans les champs, un espoir… qui s’assèche

Uttar Pradesh (UP). 180 millions d’habitants, 3 fois la population de la France sur moins de la moitié de sa superficie (231.250 Km2), dont les ¾ vivent de l’agriculture. Environ 20 millions de familles rurales dont la vie est tout sauf facile, mêmes si elles font de leur Etat le premier producteur de céréales pour l’alimentation (38 millions t), de canne à sucre (113 millions t), de légumes (16 millions t) et de lait (17 millions t). Tout sauf facile parce que l’activité agricole ne suffit pas pour donner à ces familles un revenu suffisant et que tout le monde s’en fiche.

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De 1995 à 2005, tous les grands partis ont tenus les rennes du congrès. Les agriculteurs étaient très recherchés avant les élections, tout le monde leur promettant beaucoup. Aucun ne tenant ensuite ses promesses. Dans une région qui a des sols alluvionnaires parmi les plus fertiles de l’Inde et les plus grandes ressources en eau, 25% des terres – 3,7 millions d’hectares - ne bénéficient d’aucun accès à l’irrigation. Et là où les terres sont irriguées, une évolution dramatique est en cours. Depuis la révolution verte, la principale source d’eau pour l’irrigation venait des canaux de l’Etat et des tubes/pompes publiques. Tout le système de canaux est aujourd’hui en voie de délabrement. Les agriculteurs sont obligés d’acheter des pompes diesel; on en compte déjà plus de 35 millions dans l’UP. Le problème, c’est que 16,6 millions d’agriculteurs, dans l’Etat de l’Uttar Pradesh, soient les ¾ d’entre eux, possèdent moins d’un hectare. 3 millions possèdent entre 1 et 2 hectares. 90% sont donc de petits agriculteurs pour qui la pompe diesel est désormais hors de prix, le diesel et l’amortissement de la pompe diminuent leurs maigres revenus considérablement. Seulement 1/5 des pompes marchent à l’électricité, on a déjà vu pourquoi. Selon une étude faite par le département d’Etat au Plan, un agriculteur typique du village de Basariyah dans le district de Lucknow dépense 12.200 Rs pour cultiver 3 bignas (0,75 acre) de cultures pluviales demandant le travail de trois adultes pendant 5 mois. Il en tire 20.800 Rs, soit un profit de 8.600 Rs. Cela revient à un salaire mensuel de 560 Rs par adulte pendant ces 5 mois (ce qu’ils peuvent trouver comme emploi pendant les 7 mois restant, l’étude ne le dit pas).

Ce n’est pas tout. Pour survivre, les agriculteurs utilisent de l’eau, qu’ils paient, tirée des nappes phréatiques. Sur 559 des 819 points de pompages des eaux souterraines pour l’agriculture on a observé une diminution de la nappe au cours des dernières cinq années, dans certains cas jusqu’à 10 mètres de moins. Beaucoup de petits agriculteurs en sont revenus à utiliser l’eau des étangs et des puits villageois.

Les trois derniers plans à 5 ans de l’UP ont consacré seulement 8 à 10% du budget à l’agriculture. Cela n’a permis ni de construire de nouveaux canaux, ni de remettre les anciens en état. 40% des familles rurales sont aujourd’hui endettées. La production agricole stagne : en 2005, elle était même légèrement inférieure à la production de 1995. L'avenir de l'agriculteur indien n'est pas rose.

Agriculture: un métier de femmes (photo ci-dessous: récolte du blé dans le Rajasthan)
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