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vendredi, 02 mars 2007

La recherche française pour le développement

Le mensuel La Recherche de mars 2007 comporte un encart intitulé Recherche pour le développement, UN ENJEU MONDIAL. La Recherche n’est pas un journal que tout le monde arrive à lire dans le métro, et l’encart n’échappe pas à cette règle. Dommage, parce que, comme le rappelait Sylvestre Huet dans son article «L’agronomie française tente un croisement décrié» (Libération du 20 février), le sujet mériterait un débat national. A condition que tout le monde puisse comprendre les enjeux, parce qu’ils sont exprimés simplement et clairement. On n'y est pas encore.

Surtout, et comme toujours dans une synthèse de ce genre, on a du inviter des gens d’un peu partout pour rester dans le politiquement (traduisez: institutionnellement) correct, même parmi ceux qui n’ont rien à voir avec le sujet et ne s’y intéressent que comme moyen de faire parler d’eux (je ne cite personne, mais si vous êtes convaincus que la physique des particules est une priorité pour les pauvres au sud du Sahara c’est que vous devriez passer plus de temps à fréquenter ce blog… entre autres)

Etant moi-même président d’un centre de recherche international, je regrette aussi que l’on ne parle des centres internationaux de recherche que pour citer l’ICIPE à Nairobi ou l’ICTP en Italie (encore la physique théorique !), qui ne font, ni l’un ni l’autre, partie du système des centres internationaux de recherche pour le développement connu sous l’acronyme GCRAI (voir mes notes sur ce sujet).

Jean-Pascal Pichot, Catherine Aubertin, Bernard Hubert signent des articles soulignant le besoin d’une « autre » recherche, pluridisciplinaire, pluri-partenariats, à l’écoute des réalités locales, etc. Suivent des exemples, intéressants, de grands thèmes étudiés, liés au climat, à la gestion de l’eau, à la biodiversité, aux maladies tropicales, à l’agroalimentaire, aux bioénergies notamment.

Rien de bien nouveau. Rien de bien excitant pour nos lecteurs et partenaires du Sud. Rien de bien excitant non plus pour les lecteurs français, je le crains.

Nous sommes face à deux défis énormes : la pauvreté et la faim. Nous sommes face au constat d’un échec : les recherches menées jusqu’ici n’ont pas servi aux pauvres. Nous avons signé, comme tous les autres pays, en bas des Objectifs du Millénaire pour le Développement. Des objectifs qui seront plus ou moins atteints partout, sauf en Afrique. Rien de tout cela n’est mentionné, où alors il faut le chercher entre les lignes. Mais c’est cela qui est important. Quelle nouvelle recherche construit-on pour y répondre? Avec qui?

Oui, il faut faire de la recherche autrement. Mais surtout, il faut passer du discours aux actes. Et ce n’est certainement pas du mariage entre un énorme institut de recherche agronomique hexagonal, sans intérêt ni compétence pour s’attaquer à la pauvreté en Afrique, et un institut spécialisé en pleine réforme et en plein doute, que naîtra le nouvel élan, le nouveau recentrage sur les priorités, les besoins, les attentes des pays et des gens du Sud. Il y avait mieux à faire. Le gouvernement a fait le mauvais choix.

Et au-delà de nos éternels problèmes structurels, qui passent hélas toujours avant le fond, notre recherche française pour le développement va-t-elle enfin s’attaquer à la pauvreté ? Comment ? Je n’ai pas trouvé la réponse à mes questions.

(comme toujours, les opinions exprimés dans ce blog n’engagent que leur auteur, et ne sont, en aucune manière le reflet d’une opinion institutionnelle quelconque)

Commentaires

J'ai peur que l'on n'y parvienne pas. Du moins tant que l'on parlera, pensera problème. Le propos peut paraître paradoxale et il l'est. Au sens le plus fondamental. Il y a paradoxe parce que l'on se trompe de niveau de logique. La lutte contre quelque chose est le meilleur moyen de maintenir la chose en l'état. Lutter contre... ce n'est pas la solution, mais bien le problème ! D'ailleurs, si on avait - ou on voulait bien penser - la solution , on ne lutterait pas contre, mais pour la chose en question.

Lutter contre la pauvreté n'a pas de sens. Sauf au plan de l'émotion. Se battre pour valoriser ce que chacun porte en soi, ça effectivement, c'est un combat sinon le combat. Aujourd'hui, les vraies batailles tournent autour du respect et donc de la place de chacun dans un système dont la complexité même fait qu'il dispose effectivement d'un rôle. Le défi auquel nous sommes tous confrontés est celui-là : permettre de trouver à chacun sa place. Celle qui lui permet d'être reconnu et partant celle qui lui permet de vivre pleinement. C'est-à-dire au plan social, inter-générationnel, économique et politique.

Les nouvelles technologies et le monde planète ne nous offrent pas vraiment le choix : l'homme est à prendre en totalité et non plus en petits morceaux.

Le propos est ambitieux ? Utopique ? Il est à la hauteur de l'éradication de la pauvreté. Le reste, effectivement, ne peut, désespérement, relever que du discours convenu.

Par nature, ce propos ne peut être que personnel. Il n'engage que son auteur. Moi en l'occurrence. C'est tout le contraire d'un discours ou d'une doctrine. Et donc le propos n'est pas critique, chacun fait ce qu'il peut. C'est ce qui fait sa force parce qu'il est synonyme d'engagement et, aussi, c'est qui fait sa faiblesse. Apparente. C'est dire qu'il faut trouver manière et matière à rendre la chose vivante. A mobiliser pour que les projets fleurissent. Pas évident. Mais, évidemment, ce n'est pas une raison... pour désespérer (ce qui n'empêche, malheureusement, de l'être devant l'inertie et l'ineptie de ce qui se fait ici. L'abondance est la mère de toutes les lâchetés. Les toutes petites et les très grandes.... En pendant ce temps, le monde se meurt.

Ecrit par : Patrick Yeu | vendredi, 02 mars 2007

Après relecture, je m'aperçois qu'emporté par mon raisonnement, je n'y suis pas allé avec le dos de la cuiller ! La phrase "Lutter contre la pauvreté n'a pas de sens" demande à être nuancée. Sur le fond, je maintiens, mais cela ne veut pas dire qu'il ne faille rien faire pour lutter contre les effets de la pauvreté. Ici et là, partout, maintenant. Ceci en faisant attention que cela ne dispense pas de rechercher et de lutter pour promouvoir la valeur de chacun. A ce titre, le Mouvement Emmaüs représente un très bon exemple.

Ecrit par : Patrick Yeu | samedi, 03 mars 2007