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mardi, 20 février 2007
Recherche : un mariage sans amour ni raison ?
Sous le titre « l’agronomie française tente un croisement décrié », Sylvestre Huet, journaliste de Libération, met (enfin) le doigt sur un des sujets amplement débattu ici : le besoin d’une recherche forte au service des populations pauvres du Sud. Et très justement, comme je l’ai déjà fait sur ce blog, il se fait l’écho des inquiétudes légitimes de ceux qui travaillent et militent pour cette recherche face au mariage forcé entre le géant INRA – qui affiche clairement son total manque d’intérêt pour l’agriculture de l’Afrique sub-saharienne – et le très spécialisé Cirad qui cherche, et depuis longtemps, à la fois à contribuer à l’amélioration des grandes cultures tropicales et à contribuer à répondre au premier des Objectifs du Millénaire pour le Développement : la réduction de la pauvreté.
Les chercheurs du Cirad ont toutes raisons d’être inquiets. Chez tous nos voisins, quand il y a eu fusion entre des instituts tropicaux et des instituts de biologie avancée (life sciences), la spécialisation tropicale est très vite passée dans l’arrière boutique quand ce n’était pas aux oubliettes. Avec une excellente raison pour cela, qui s’appelle l’évaluation des hommes et des équipes. Si l’évaluation est unique, la même pour tous, il vaut mieux travailler sur la génétique des levures que sur la génétique des arbres fruitiers tropicaux. Dans le premier cas on aura plusieurs publications possibles par an, dans le second les premiers résultats publiables attendront quelques années.
La France est le dernier pays qui a un gros « appareil » de recherche pour le Sud. Au Cirad, très porté sur la recherche agricole au sens large, s’ajoute l’IRD dont le champ est plus diversifié, incluant notamment la santé (le SIDA, les maladies émergentes, etc.), les sociétés (les migrations, les politiques de développement, etc.), et dont la nature de la recherche est souvent un peu plus fondamentale. Les deux organismes sont, de toute évidence, infiniment plus complémentaires que ne le sont l’INRA et le Cirad. Pourquoi donc avoir choisi de marier l’INRA et le Cirad plutôt que le Cirad et l’IRD ?
Sylvestre Huet conclut son article sur le besoin d’un débat sur la coopération agronomique internationale. Je ne peux que soutenir cette idée. Le Sud a besoin d’une recherche agronomique spécifique parce que le Sud ne cultive pas la même chose que nous, ne cultive pas comme nous, et ne bénéficie pas comme nous d’un accès au marché biaisé par les subventions agricoles. Pour faire court, la recherche d’un INRA a peu de chance de servir aux agriculteurs du Mali, celle du Cirad et de l’IRD si. Et fusionner de « petits » instituts spécialisés avec un mastodonte dont la mission est toute hexagonale ne peut que conduire à la disparition plus ou moins rapide de celui qui s’est fait manger et/ou de sa spécificité. C’est l’histoire de toute fusion et on ne voit pas pourquoi on devrait croire que celle-ci se conclura de façon différente.
L’INRA d’aujourd’hui a une PDG très « dynamique » qui jouit à l’évidence d’un grand soutien politique. C’est sans doute tant mieux pour le personnel de l’INRA, mais les citoyens sont légitimement en droit de se demander si le maintien d’un institut public de recherche agronomique de 8.000 employés est encore justifié quand cette agriculture ne représente plus qu’une infime partie de notre économie, ne survit que grâce à des subventions européennes en diminution sinon en voie d’extinction… et quand le secteur privé est omniprésent, qui pourvoit apparemment à tous les besoins des agriculteurs. L’ouverture de l’INRA à l’international, à marche forcée, vers des pays comme les Brésil, Inde et autre Chine, qui sont en passe de devenir les premiers concurrents de notre agriculture nationale, mériterait elle aussi débat. Peut-être davantage que la fusion entre deux organismes qui ont des missions bien différentes.
La politique, comme le cœur, a ses raisons que la raison ne connaît pas.
12:01 Publié dans Actualités, Politique, Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, agriculture, pays du Sud, pauvreté, développement


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