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mardi, 20 février 2007
Il est où et pour qui, ce micro-crédit dont tout le monde parle ? Pas pour les femmes de mon village
par Patrice Pa’ah (Cameroun)
Au village nous voyons les choses simplement, mais on est toujours incompris de tous les interlocuteurs qui sortent de la ville avec parfois beaucoup de facilités d'actions. En fin de compte nous nous résignons sur le fait que nous sommes dans un marché de dupes.
Les problèmes de l'agriculture dans ma zone sont d’ordre divers:
- d'abord, ouvrir la forêt dense avec la machette et la hache afin de cultiver sur une parcelle d'un hectare avec la seule force humaine est quelque chose d'extra ordinaire ;
- ensuite avoir une semence de bonne qualité et en quantité qui puisse garantir les récoltes appréciables relève d'un parcours de combattant ;
- Enfin avoir un petit financement d'un minimum de 300 dollars au village pour réaliser la moitié de tous ces travaux afin de pouvoir prétendre à une sécurité alimentaire stable relève simplement du rêve.
Tout le système de production agricole rurale en zone forestière au Cameroun est bloqué à ce niveau. On pense que la pauvre femme villageoise n'est pas un acteur économique et que si on lui prête 300 dollars pour faire son champ d'un hectare elle va disparaître dans la nature. Conséquence : les Ndjiem (Bantou) et les Baka (Pygméees) de ma zone vivent tous dans une précarité extrême et indescriptible. Quel respect et quel honneur quand tu ne peux pas assurer la ration alimentaire journalière à ta famille ! Quel paradoxe quand tu es entouré des richesses naturelles abondantes et que tu sois le plus misérable de la planète.
- Ouvrez Internet pour voir l'étude (publiée en anglais) que j'ai réalisée pour la CAFT dans le cadre de l'entreprenariat communautaire en milieu forestier. Dans ce document il y a quelques idées émises pour apporter certaines solutions possibles dans ce système de production bloqué. Je rectifie que la CAFT (Coopérative Agro forestière de la Trinationale) gère environ 18.000 Ha et non 18 ha. Dans le projet de la CAFT il faut valoriser certaines ressources naturelles pour financer le développement local. Cela est possible à une condition, à savoir il faut injecter un peu de fonds pour l'investissement de départ. Qu'est qu'on peut faire de grand et de durable sans un certain capital de départ ? Au Cameroun il n'y a aucune Banque qui finance la création d'entreprise communautaire en milieu rural. L'option c'est de se retourner vers les donateurs ou bailleurs des fonds qui peuvent se pencher sur certains cas. En attendant la valorisation de nos ressources naturelles pour avoir les sources de financement local, on recherche simultanément les partenaires et les potentiels bailleurs de fonds.
16:47 Publié dans Actualités , Coup de coeur/Coup de griffe , Economie , Nature/Environnement , Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Afrique, développement
Commentaires
C'est effectivement la grande question. Les procédures d'attribution de fonds sont trop lourdes administrativement et sur le plan comptable pour 300$... et donc, pour tous les projets de développement local nécessitant "si peu" de fonds. Le micro-crédit est une proposition alternative parce qu'essentiellement citoyenne et non plus seulement bancaire. Reste à ali-menter les premières mises et à amorcer le processus vertueux que Patrice Pa'ah et bien d'autres, hélas, attendent et réclament de leurs vœux.
La question soulevée est celle de la valorisation des activités locales. Là, elles sont agricoles ; ici, elles concernent l'industrie et les services. Mais les questions sont les mêmes : faire confiance ! Dès lors, cette question concerne aussi les pays développés et l'emploi à l'heure de la délocalisa-tion des activités industrielles. Curieusement, parce que les nouvelles technologies reposent sur des procès, elles pourraient - elles devraient - rendre ces procédures transparentes et permettre l'émergence de nouvel-les normes d'attribution et de suivi administratif et comptable adaptées aux micro-prêts.
Le micro-crédit est par nature local. Il peut s'étendre pour attendre une taille plus que respectable. Reste qu'il s'agit d'une banque de proximité comme on dit ici. C'est de là que doivent partir les initiatives, mais ce n'est justement pas là que les fonds se trouvent. C'est ce paradoxe que l'on doit se donner pour mission de résoudre...
C'est une vocation essentielle du projet de "Centre des enfants du monde pour le développement" : faire connaître des projets et fournir les moyens d'établir des liens directs, de personne à personne, entre donateurs (mais pas seulement d'argent) et acteurs locaux dont la mère de famille, cette femme villageoise dont nous parle si justement Patrice Pa'ah.
Y a du pain sur la planche ! Mais il ne faut surtout pas se découra-ger et aller de l'avant.
Ecrit par : Patrick Yeu | mercredi, 28 février 2007

