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lundi, 19 février 2007
OGM: le grand tournant
J’ai trouvé la nouvelle sur le réseau SciDev.Net, avec une note mise en ligne vendredi dernier et intitulée : l’outil du « gène coupeur » pourrait conduire à des variétés OGM plus sûres.
Un des gros arguments des anti-OGM est lié au fait que les plantes peuvent échanger des gènes via le pollen et la fécondation, et que par exemple un pied de maïs OGM peut envoyer son pollen sur un pied de maïs non-OGM et le « polluer ». De même, les semences ramassées sur les pieds de maïs OGM peuvent, par accident, se mélanger à des semences non-OGM, et des produits labellisés non-OGM peuvent se retrouver « pollués », ou des sacs de semences vendues pour non-OGM contenir quelques semences qui sont OGM. Bref, les gènes peuvent circuler, y compris les « vilains » gènes que Bové et vous ne voulez pas dans votre assiette. Et il va devenir de plus en plus difficile de garantir une filière 100% non-OGM pour des plantes comme le maïs le soja ou autre coton.
Ce sera bientôt sans importance. Le risque de pollution par les OGM va disparaître totalement grâce à un travail réalisé par des chercheurs chinois et américains et publié fin janvier 2007 dans le Plant Biotechnology Journal (voir ci-dessous pour accéder à l’article intégral, en anglais).
L’idée, c’était de trouver le moyen d’éliminer le gène étranger introduit dans la plante une fois qu’il a rendu le service attendu – par exemple protéger la plante des insectes foreurs de tige pendant sa croissance – et donc de faire en sorte que ni le pollen, ni les semences produites par cette plante OGM ne contiennent plus le gène OGM. C’est fait. Et vérifié, pour l’instant sur un nombre encore limité de descendances : 21 plantes OGM et 25.000 descendants de chacune d’elles. Mais à chaque fois avec une excision qui marche à 100%. Alors bien sûr il faut continuer, vérifier que l’expérience réalisée sur le tabac marche aussi chez les autres espèces, avec de plus grandes descendances, etc. mais rien n’étant vraiment spécifique dans le protocole, on ne voit pas pourquoi il n’en serait pas ainsi.
Plus précisément, le gène étranger est introduit, petit morceau d’ADN qu’on ajoute à l’ADN de la plante cultivée, mais avec ce qu’on pourrait appeler un « point de faiblesse » de chaque côté, de petites séquences qu’un autre gène, que j’appelle le « gène coupeur » saura reconnaître et casser au bon moment, et en tous cas avant la reproduction de la plante.
C’est donc une énorme avancée scientifique pour les semenciers et les agriculteurs. Le gène introduit ne peut plus polluer puisqu’il est éliminé avant toute propagation (pollen ou semence) ou toute consommation.
Le seul argument de poids qui restera aux anti-OGM absolus sera celui du monopole des semenciers et de la dépendance des agriculteurs vis-à-vis d’un petit nombre de fournisseurs. Pour combien de temps cet argument tiendra-t-il ? Produire un OGM est tellement simple qu’on trouve des américains pour s’amuser à en produire dans leur garage. Tous les semenciers du monde s’y mettront si les risques pour la santé et/ou l’environnement n’existent plus, le gène étant systématiquement excisé après avoir joué son rôle et ne passant donc plus dans aucun grain de pollen ou semence.
Une révolution. Comme chaque grande avancée scientifique, il faut maintenant attendre que la chose soit vérifiée encore et encore, et qu’elle soit ensuite appliquée dans l’industrie semencière. Sur ce dernier point, je fais le pari que cela va aller très vite.
L'article intégral (en anglais):
Keming Luo, Hui Duan, Degang Zhao, Xuelian Zheng, Wei Deng, Yongqin Chen, C. Neal Stewart Jr, Richard McAvoy, Xiangning Jiang, Yanhong Wu, Aigong He, Yan Pei, Yi Li, 2007.
'GM-gene-deletor': fused loxP-FRT recognition sequences dramatically improve the efficiency of FLP or CRE recombinase on transgene excision from pollen and seed of tobacco plants.
Plant Biotechnology Journal (OnlineEarly Articles).
14:39 Publié dans Actualités , Economie , Nature/Environnement , Politique , Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : OGM, agriculture, recherche
Commentaires
c'est, peut-être bien, cela demanderai une expérimentation en milieu clos de quelques années avec un contrôle par des organismes indépendants.
cela ne resoud pas le problème de l'approvisionnement en semences des agriculteurs qui risque d'être totalement (c'est presque le cas) au mains de quelques multinationales.
Ecrit par : gp | lundi, 19 février 2007
C'est une avancée si elle s'avère exacte et si elle est vérifiée par des chercheurs indépendants.
Mais il faut vérifier que ces OGM n'induisent pas, à long terme, des modifications dans les organismes des consommateurs (humains ou animeaux) et cela par des chercheurs indépendants avant d'autoriser la commercialisation de ces OGM.
Ecrit par : ababord | mardi, 20 février 2007

