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lundi, 15 janvier 2007
Recherche au Sud : L’offre et la demande
par Patrick Yeu
Il ne s'agit pas, en l'occurrence, d'avoir des idées, mais de retrouver certaines choses qui fondent les échanges. La science et la recherche représentent effectivement une offre. Et une offre bien en peine car en face, il n'existe pas de demande. Ou du moins, une expression pertinente de la demande. Et ce n'est pas sans raisons. La réalité des besoins est tellement complexe que toutes formulations globales des situations locales - lutte contre la pauvreté, par exemple - relèvent d'une simplification tellement réduite aux seuls effets qu'elle prend vite une forme incantatoire tant elle exprime le problématique et non la solution.
La question, me semble-t-il, est celle de parvenir à faire exprimer une demande locale dans des termes locaux avant même de tenter de la rendre compréhensible au plan opérationnel. Cette première phase constitue la toute première étape technique de la "solidarité". Du moins, si on ne veut pas en rester à l'expression de bons sentiments.
Avant même d'envisager l'intervention des moyens, il paraît "naturel" et surtout cohérent sur le plan professionnel, de parvenir à faire exprimer au moins des attentes afin de pouvoir déboucher sur des demandes correspondant à la satisfaction des besoins locaux en termes de valorisation des hommes et des femmes à travers leurs savoirs et savoir-faire, d'une part, et de création de "place" pour chacun et pour tous dans les communautés, enfants et adolescents compris.
La première chose que l'on constate quand on travaille dans le domaine des transferts de technologies au niveau inter-Etats, c'est que l'élite locale, formée le plus souvent sur des bases occidentales, se trouvent aussi désarmée que les fournisseurs occidentaux pour établir des demandes et, surtout, des cahiers des charges pertinents.
La première demande de ces pays, le plus souvent implicite malheureusement, porte justement sur l'aide à une expression cohérente de la demande. Partir du fait que celle-ce existe est donc une erreur trop communément commise.
Que faire ?
C'est là où, effectivement, les nouvelles technoloqies et, en particulier, l'Internet en tant que média, a son rôle à jouer à mes yeux. A la fois par la publicité qu'il est capable d'apporter - à condition de s'en donner les moyens à commencer par les expertises - aux initiatives personnelles locales; la capacité qu'il a, de ce fait, de faire passer ce qui constitue au départ des résolutions en véritables engagements publics au niveau international non seulement des initiateurs mais de tous ceux qui, à partir d'une initiative seront aptes à lui apporter leur savoir-faire afin de déboucher, dans un premier temps, à la construction d'un projet cohérent qui, dès lors, devient porteur des solutions nécessaires, dans un deuxième temps, à la réalisation de son objet ce qui dépasse très largement la seule mise en oeuvre technique.
C'est dire combien les approches ne peuvent être que transverses en termes de compétences. La science a toute sa place, mais elle ne peut rien à elle seule. Elle doit faire partie d'une action plus large dont relève toutes les activités d'échanges fondées sur des résultats qui ne seraient s'arrêter au niveau de transactions à caractère simplement contractuel. Ceci ne veut surtout pas dire qu'il faille rejeter les compétences développées dans le domaine commercial dans les parties amont de ce type de transactions. C'est dire qu'il faut les "détourner" pour les intégrer dans des démarches non plus à court terme mais à moyen long terme s'exprimant, en outre, en termes qualitatifs.
La solidarité est un terme généreux et, en même temps, terriblement ambigu dans la mesure où, par nature, celle-ci est d'abord et avant tout, l'expression culturelle d'une certaine représentation du monde qui n'est pas celle de ceux qui en sont l'objet. Il y a, sur ce sujet, tout un travail réalisé en particulier par Francisco Varela, dans le domaine des sciences cognitives et qui porte effectivement sur un "création" de la connaissance fondée non plus sur des représentations préexistantes du monde, mais sur leur émergence en fonction des conditions contextuelles.
Je travaille actuellement sur la création d'un "Centre des enfants du monde pour le développement" dont une des activités serait une plate-forme d'animation et de suivi de projets locaux. Ce projet est né d'expérience menée au Sénégal dans le cadre d'une coopération entre ce pays et le Canada.
En résumé, plus que de spécialités - condition indispensable mais largement insuffisante - tout cela est affaire d'hommes, de femmes et même d'enfants et donc d'engagement, tant il s'agit, d'abord et avant tout, d'avenir et de futur pour des communautés et leurs membres.
Je vous redonne me coordonnées mail si vous vouliez en savoir plus sur ce projet. pyeu@the-incubator.com
Bravo pour votre démarche, ce blog et votre optimisme !
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Le problème des commentaires sur midiblogs, c’est qu’il faut être curieux pour les voir : ils n’apparaissent que si l’on clique sur le mot commentaires en bas de la note. Quand le commentaire est au moins aussi intéressant sinon plus que la note elle-même, c’est bien dommage qu’il ne soit pas lu. C’est la raison pour laquelle j’ai décider de publier le commentaire de Patrick Yeu sous forme de notes. Avec mes premiers commentaires ci-dessous.
Il est vrai de dire que les solutions sont à l’échelle locale, d’où la difficulté pour une recherche qui ne veut pas « se perdre » à cette échelle, mais produire des biens publics internationaux, pour ne pas dire mondiaux. Mais la recherche commence à utiliser sérieusement les outils de la modélisation et de l’information géographique pour permettre aux expérimentations locales d’avoir un impact sur des zones plus vastes. Dans cet esprit, des chercheurs du CIAT et d’organismes partenaires ont développé et testé un outil appelé « Homolog » qui permet de savoir où on a des chances de pouvoir répéter une « solution » agricole qui fonctionne dans un endroit particulier. C’est juste un exemple. Je suis sûr qu’il en existe bien d’autres.
Je partage totalement les idées de Patrick Yeu sur la difficulté à faire émerger la demande. C’est évidemment une étape-clé pour la recherche (et une preuve d’un besoin absolu de pluridisciplinarité), et je verse les questions qu’il soulève à la réflexion du petit groupe d’acteurs francophones recherche-développement que j’anime (utilisant Internet)
10:05 Publié dans Associations, Débat/Forum, Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : recherche, agriculture, pays du Sud, pauvreté, développement


Commentaires
Bonjour,
Ce que dit M. Yeu est fort pertinent. Il faut lui reconnaitre ce doigte quant au processus de l'offre et de la demande. Voyez-vous, mon clavier est sans accent et vous risquez d'avoir du mal a me lier meme comme nous parlons tous francais. C'est parfois ces accents qui manquent generalement dans certains aspects de la recherche pour le developpement et qui, soit inhibent la demande, soit tout simplement ''donne des demandes prefabriquees'', repondant non pas aux reels besoins, mais tous simplement a un certain ''prestige social'' du plus dominant. Voyez-vous, cette action dans le Sud est mon oeuvre... ou encore '' je les tiens...
En somme, je ne suis pas totalement d'accord avec M. Yeu, car la demande ne manque pas par rapport a l'offre. Generalement, la qualite de la demande est volontairement bridee par les exigences de celui qui maitrice l'offre de la science et vous comprenez fort bien que l'extraversion est la mode, la fuite en avant le leitmotiv tres partage.
A tres bientot.
Jonas
Ecrit par : Jonas Kemajou Syapze | lundi, 15 janvier 2007
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