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mercredi, 10 janvier 2007

Recherche au Sud : comment faire autrement ?

Il y a un vrai besoin de réflexion collective sur ce « comment faire autrement ». Ce qui suit n’est donc que la première petite contribution d’un individu ayant un peu d’expérience. Mais les expériences sont multiples et, surtout, cette réflexion collective devrait bénéficier des apports des acteurs du Sud, comme ces personnes avec qui j’ai eu la chance de discuter à Washington dans le cadre d’un forum des acteurs lui-même partie de l’assemblée générale du GCRAI (voir mes notes sur les GCRAI – 1 et 2). Eux ont une expérience indispensable à la réflexion collective que j’appelle de mes vœux (c’est la saison, non ?).

Je leur écris – du moins à ceux dont j’ai gardé l’adresse – pour leur demander de continuer ici ce dialogue commencé au cours d’une matinée dans la capitale américaine. J’espère qu’ils répondront, sachant que tous n’ont pas chez eux la qualité d’accès à Internet que nous avons ici.

J’ai vu, au cours des dernières années, plusieurs enquêtes être menées par des organismes nationaux ou internationaux pour savoir quelles étaient les attentes. Ce genre d’enquête est essentiellement un alibi. Après l’enquête, on peut dire « nous avons interrogé nos partenaires du Sud » ou « nous sommes à l’écoute de la demande », etc. Et puis on oublie tout cela pendant des années et tout continue, plus ou moins, comme avant.
Ce qui fonctionne vraiment bien se passe sur le terrain, là où les chercheurs et les acteurs du développement sont au contact, en continu, apprennent à se connaître, s’estiment et se respectent. C’est le caractère continu du dialogue qui est important. C’est lui qui permet de corriger peu à peu les (dis)fonctionnements pour qu’ensemble on puisse atteindre les objectifs fixés à la satisfaction de tous.

La question alors, c’est comment faire quand on n’est pas ensemble sur le terrain à travailler au sein d’un même projet ? Comment faire pour que la recherche qui est faite en amont, en France par exemple et à Montpellier en particulier, soit une recherche pertinente et intégrée dans une chaîne recherche-développement qui ait à la fin des produits utiles, utilisables et utilisés ?

Toutes les idées sont les bienvenues.

Commentaires

Il ne s'agit pas, en l'occurrence, d'avoir des idées, mais de retrouver certaines choses qui fondent les échanges. La science et la recherche représentent effectivement une offre. Et une offre bien en peine car en face, il n'existe pas de demande. Ou du moins, une expression pertinente de la demande. Et ce n'est pas sans raisons. La réalité des besoins sont tellement complexes que toutes formulations globales des situations locales - lutte contre la pauvreté, par exemple - relèvent d'une simplification tellement réduite aux seuls effets qu'elle prend vite une forme incantatoire tant elle exprime le problématique et non la solution.

La question, me semble-t-il, est celle de parvenir à faire exprimer une demande locale dans des termes locaux avant même de tenter de la rendre compréhensible au plan opérationnel. Cette première phase constitue la toute première étape technique de la "solidarité". Du moins, si on ne veut pas en rester à l'expression de bons sentiments.

Avant même d'envisager l'intervention des moyens, il paraît "naturel" et surtout cohérent sur le plan professionnel, de parvenir à faire exprimer au moins des attentes afin de pouvoir déboucher sur des demandes correspondant à la satisfaction des besoins locaux en termes de valorisation des hommes et des femmes à travers leurs savoirs et savoir-faire, d'une part, et de création de "place" pour chacun et pour tous dans les communautés, enfants et adolescents compris.

La première chose que l'on constate quand on travaille dans le domaine des transferts de technologies au niveau inter-Etats, c'est que l'élite locale, formée le plus souvent sur des bases occidentales, se trouvent aussi désarmée que les fournisseurs occidentaux pour établir des demandes et, surtout, des cahiers des charges pertinents.

La première demande de ces pays, le plus souvent implicite malheureusement, porte justement sur l'aide à une expression cohérente de la demande. Partir du fait que celle-ce existe est donc une erreur trop communément commise.

Que faire ?

C'est là où, effectivement, les nouvelles technoloqies et, en particulier, l'Internet en tant que média, a son rôle à jouer à mes yeux. A la fois par la publicité qu'il est capable d'apporter - à condition de s'en donner les moyens à commencer par les expertises - aux initiatives personnelles locales; la capacité qu'il a, de ce fait, de faire passer ce qui constitue au départ des résolutions en véritables engagements publics au niveau international non seulement des initiateurs mais de tous ceux qui, à partir d'une initiative seront aptes à lui apporter leur savoir-faire afin de déboucher, dans un premier temps, à la construction d'un projet cohérent qui, dès lors, devient porteur des solutions nécessaires, dans un deuxième temps, à la réalisation de son objet ce qui dépasse très largement la seule mise en œuvre technique.

C'est dire combien les approches ne peuvent être que transverses en termes de compétences. La science a toute sa place, mais elle ne peut rien à elle seule. Elle doit faire partie d'une action plus large dont relève toutes les activités d'échanges fondées sur des résultats qui ne seraient s'arrêter au niveau de transactions à caractère simplement contractuel. Ceci ne veut surtout pas dire qu'il faille rejeter les compétences développées dans le domaine commercial dans les parties amont de ce type de transactions. C'est dire qu'il faut les "détourner" pour les intégrer dans des démarches non plus à court terme mais à moyen long terme s'exprimant, en outre, en termes qualitatifs.

La solidarité est un terme généreux et, en même temps, terriblement ambigu dans la mesure où, par nature, celle-ci est d'abord et avant tout, l'expression culturelle d'une certaine représentation du monde qui n'est pas celle de ceux qui en sont l'objet. Il y a, sur ce sujet, tout un travail réalisé en particulier par Francisco Varela, dans le domaine des sciences cognitives et qui porte effectivement sur un "création" de la connaissance fondée non plus sur des représentations préexistantes du monde, mais sur leur émergence en fonction des conditions contextuelles.

Je travaille actuellement sur la création d'un "Centre des enfants du monde pour le développement" dont une des activités serait une plate-forme d'animation et de suivi de projets locaux. ce projet est né d'expérience menée au Sénégal dans le cadre d'une coopération entre ce pays et le Canada.

En résumé, plus que de spécialités - condition indispensable mais largement insuffisante - tout cela est affaire d'hommes, de femmes et même d'enfants et donc d'engagement, tant il s'agit, d'abord et avant tout, d'avenir et de futur pour des communautés et leurs membres.

Je vous redonne me coordonnées mail si vous vouliez en savoir plus sur ce projet. pyeu@the-incubator.com

Bravo pour votre démarche, ce blog et votre optimisme !

remercier Le Monde en ligne et sa newsletter "Check-list" sans laquelle je n'aurais découvert votre existence.

Ecrit par : Patrick Yeu | vendredi, 12 janvier 2007

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