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jeudi, 04 janvier 2007

La biodiversité et les personnes vulnérables

Ce qui suit est extrait (et traduit assez librement) d’un article paru en août 2006 dans la revue en libre accès sur Internet PLoS Biology (volume 4, no.8, pages 1300-1305). L’article passe en revue les rôles que joue la biodiversité et les risques pour l’homme de l’érosion de plus en plus rapide de cette biodiversité. Je m’intéresse ici à un point particulier, déjà souligné dans l’extrait de l’intervention de Nicolas Hulot à l’UNESCO (voir la note précédante) : les premières victimes de la dégradation de notre environnement et de l’érosion de la biodiversité – toutes choses dues à notre mode de vie - sont les personnes les plus pauvres qui vivent dans les pays du Sud.

Les personnes qui sont les plus dépendantes des services rendus par les écosystèmes, comme les petits agriculteurs, les pauvres du milieu rural, les sociétés traditionnelles, sont ceux qui sont les premiers touchés par la perte de biodiversité avec des conséquences désastreuses importantes et immédiates. Ce sont ces gens-la qui sont en effet les plus dépendants de « l’assurance » que représente la biodiversité des écosystèmes naturels en terme de sécurité alimentaire et d’accès permanent aux plantes médicinales, au bois de chauffage, à des matériaux de construction comme en terme de protection contre les aléas naturels que sont les orages ou les inondations. Dans bien des cas les services rendus aux secteurs les plus aisés de la société sont subventionnés et laissent les pauvres payer l’essentiel du coût de la perte de biodiversité. Des exemples qui illustrent ce fait ? L’impact de nos agricultures industrielles subventionnées sur la petite agriculture tropicale. L’impact de la pêche industrielle subventionnée sur les petits pêcheurs pauvres du Sud. Du fait de leur absence de pouvoir économique, les secteurs les moins privilégiés de la société ne peuvent pas compenser leurs pertes en services rendus par les écosystèmes en achetant des biens et des services ailleurs, et typiquement ils n’ont aucun pouvoir sur les politiques nationales ou internationales. Quand la qualité de l’eau se détériore sous l’effet de l’usage excessif d’engrais et de pesticides par ceux qui peuvent pratiquer une agriculture industrielle, les pauvres n’ont pas les moyens d’acheter de l’eau potable ailleurs. Quand les ressources naturelles en protéines et vitamines, issues de la chasse et de la cueillette de fruits disparaissent parce que la forêt disparaît, les riches peuvent encore acheter de la viande et des fruits, mais les pauvres cessent d’en manger. Quand la capacité des écosystèmes naturels à compenser les effets des orages et des inondations est perdue du fait du bétonnage des zones côtières, ce sont ceux qui ne peuvent pas migrer – par exemple les petits pêcheurs – qui en souffrent le plus. En résumé, l’érosion de la biodiversité et des services qu’elle rend accentue les inégalités et la marginalisation des personnes les plus vulnérables, en diminuant leur accès à toute une série de matériaux qui sont pour eux une garantie de vie saine, et en réduisant leur liberté de choix et d’action. Un développement économique qui ne tient aucun compte de ses effets sur l’érosion de la biodiversité aura très probablement pour conséquence d’aggraver la pauvreté, alors qu’en même temps d’autres secteurs en tireront profit. L’érosion de la biodiversité est très étroitement et indissolublement liée à la question de la pauvreté, identifiée par les Nations Unies comme la plus grande menace pour le futur de la planète. On doit marteler cette conclusion pour qu’elle entre dans le crâne de toutes les autruches qui dirigent le monde et qui pensent que la biodiversité n’est qu’une préoccupation intellectuelle de gens aisés.

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