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mercredi, 03 janvier 2007

Une histoire de lulo

Comment sortir de la pauvreté en ne produisant que des céréales, riz, maïs ou blé ? Plus on est pauvre, plus la ferme est petite, et plus on a besoin de la diversification des productions. Ce qui rapporte, c’est ce qui se vend bien sur le marché, et c’est rarement la plante que tout le monde cultive, à l’identique.

Le lulo est un arbre fruitier d’Amérique du Sud qui pousse en altitude, dans des zones où tous les agriculteurs sont de petits agriculteurs pauvres. Je peux vous assurer que le matin, au petit déjeuner, le jus de lulo vaut tous les jus d’orange du monde.

Témoignage de Vitelio Menza*:

On peut très bien vivre sur une ferme de 2 hectares… Nous avons des caféiers, des avocatiers, des plantains… et bien sûr le lulo.

Le lulo est ce qui nous permet de nous en sortir. Les fruits se vendent mieux et plus vite que le café. Les usines de jus de fruit nous en demandent toujours plus… Le problème jusqu’ici, c’est que les nouveaux arbres étaient plantés à partir de graines, et seulement quelques uns produisaient autant que les arbres sur lesquels ces graines avaient été ramassées. Les chercheurs nous ont montré qu’avec les plants en tubes, tous les arbres étaient aussi bons producteurs que l’arbre d’origine. On va bientôt avoir notre propre fabrique de plants en tube, dans le village. On s’organise.
(extrait et traduit - librement - du rapport annuel du CIAT)

Encore une petite histoire, encore un exemple, pour montrer que la recherche dont les agriculteurs du Sud ont besoin – je parle des petits agriculteurs pauvres du Sud, pas de ceux qui pratiquent la monoculture à la mode de chez nous – doit être une recherche qui réponde à leurs attentes au moins autant qu’elle doit répondre à nos désirs d’excellence et de publication dans des revues prestigieuses. Quand les dirigeants de la recherche, au ministère et dans les organismes auront compris qu’ils ont - eux aussi ** - un rôle à jouer pour aider les pauvres à sortir de la pauvreté, peut-être finiront-ils par accepter d’évaluer leurs chercheurs AUSSI pour leur impact sur cette pauvreté. Produire des pieds de lulo in vitro n’était pas une « grande recherche », mais c’était une recherche indispensable. Les chercheurs du CIAT et leurs collègues colombiens de l’institut national agronomique (CORPOICA, voir image ci-dessous) n’ont pas produit de cette recherche un article dans Nature ou Science, mais ils ont très sensiblement contribué à améliorer les revenus de quelques milliers de familles comme celle de Vitelio Mendoza. Pour les chercheurs qui ont réussi ce coup là comme pour moi, c’est certainement tout aussi important et satisfaisant que la belle publication. Ceux qui jugent que non et qui, en conséquence, refusent d’encourager et de soutenir ce genre de recherche sont malheureusement aux commandes. En France, il y a LA recherche. La recherche pour le développement, c'est quoi?

medium_cultivodelulo.jpg


* Vitelio vit au sud-ouest de la Colombie
** parce que bien sûr la pauvreté est très loin d'être seulement une question de recherche. Mais tous oublient trop facilement que c'est aussi un domaine où il y a un besoin de recherches spécifiques.

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