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mercredi, 18 octobre 2006

Le grand accord (presque) confidentiel

En juillet j’étais à Brasilia pour participer à une réunion sur le futur de la recherche agricole. La salle était pleine de caméras de télévision. Pas moins de quatre ministres étaient présents.

Je reviens… pas de très loin pour une fois, seulement de Paris. J’ai assisté à la signature d’un accord visant au renforcement des coopérations entre la recherche française (1) et les centres internationaux de recherche agricole, ces deux mammouths ayant pour mission commune de contribuer à faire d’une part que l’augmentation (raisonnée et raisonnable) des productions agricoles reste en phase avec l’augmentation de la population - 2,5 milliards d’habitants en plus d’ici 2040 - et d’autre part que la pauvreté ne soit plus qu’un mauvais souvenir à ce moment-là.

La pauvreté ? Prenez un billet de 50 euros dans la main et regardez-le. Il y a 2 milliards et 800 millions de personne sur notre planète qui n’ont pas cela pour vivre par mois. 70% d’entre eux sont des gens qui vivent à la campagne et qui dépendent, directement ou indirectement, de l’agriculture pour leur survie, pour leur avenir, pour sortir de la misère. Nous avons le devoir de les aider, collectivement. Ils doivent pouvoir développer des agricultures plus efficaces (pas seulement plus productives) et plus compétitives. Et cela ne se fera pas sans des recherches agricoles conséquentes, chez eux, avec eux. Nous avons les compétences pour cela. La pauvreté des villes est un cliché, une image télévisée qui cache la forêt… et d’où viennent-ils, ces pauvres qui s’entassent aujourd’hui dans les villes? Il faut traiter la cause, pas les symptômes.

Alors quand deux des plus gros mammouths du secteur, la recherche agricole française avec l'INRA à sa tête et la recherche agricole internationale, se rencontrent enfin et décident de se coordonner et de faire plus ensemble, on attend un tonnerre d’applaudissements. Tous nos parlementaires étaient invités à l’événement, toute la presse l’était aussi. Dans la salle Gambetta du ministère de l’agriculture à moitié vide (nombreux ne l’ont vu qu’à moitié pleine), je me suis levé pour demander combien il y avait de parlementaires présents – aucun – et combien de journalistes – huit, dont une majorité de stagiaires, et je me suis tourné vers les organisateurs pour demander pourquoi un événement comme celui-là n’attirait pas plus d’enthousiasme, pourquoi on parlerait toujours et encore plus des murs qui se construisent à nos frontières que des efforts de ceux qui soignent le mal à la racine et ont décidé de s’associer pour y travailler de manière plus efficace. Je n’ai pas eu de réponse satisfaisante à ma question, ni dans la salle, ni dans nos quotidiens ce matin, qui ne publient pas une seule ligne sur l’événement.

Ce combat-là prendra du temps. Mais nous ne pourrons pas l’éviter bien longtemps.

(1) étaient présents et signataires les président(e)s de l’INRA, du Cirad, de l’IRD, et du Cemagref

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